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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 



^X^ REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TRENTE-NEUVIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLAGHER 

83 bi % RUE LAFAYETTE iV^ 7 Z^-*^l- 

1899 fc* 4 



loi 
t. 3 e ) 



LES 

NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE f/EMLÉSIASTIQlIE 

DE JÉSUS, FILS DE SIRA 



Ceux qui, comme nous, ont salué avec joie la découverte des 
premiers fragments hébreux de l'Ecclésiastique, ou Sagesse de 
Jésus fils de Sira, attendaient avec impatience l'apparition des 
nouveaux morceaux du même ouvrage retrouvés par le savant 
M. Schechter. Leur attente est aujourd'hui satisfaite 1 , et il en est 
qui, au premier moment, regretteront d'avoir vu leur vœu exaucé. 
Il n'y eut qu'un cri, lors de la publication des ch. xxxix-xlix : 
voilà enfin l'original de cet écrit fameux, voilà un livre de plus à 
faire entrer dans la" collection biblique ! Ainsi s'exprimait le plus 
illustre des sémitisants contemporains, M. Nœldeke. Les hébraï- 
sants ou simplement les amateurs d'hébreu, ceux qui dès leur 
tendre âge se sont nourris de la littérature juive, manifestèrent 
quelque hésitation — tel l'auteur de ces lignes — : la langue de ces 
fragments, coulante en certains chapitres, est tellement rocail- 
leuse en d'autres, si différente de tous les spécimens connus de la 
littérature ancienne, le style en est si gauche, la grammaire si 
excentrique, le vocabulaire si distant de celui des plus récentes 
parties de la Bible, que le doute était bien permis. Seulement, 
comme les simples impressions ne sont pas admises en science, 
force fut bien de s'incliner devant une démonstration qui parut in- 
vincible : de l'original hébreu il n'existe que deux versions directes, 
la grecque et la syriaque; toutes les autres procèdent de celles-ci. 
Or, l'une et l'autre fourmillent de contre-sens, de non-sens ou de 
faux sens qui s'expliquent par le texte hébreu retrouvé : n'est-ce 

1 The Wisdom of Ben Sira. Portions of the book Ecclesiasticus from hebrew ma- 
nuscripts in the Cairo Genizah collection presented to the University of Cambridge 
by the editors, by S. Schechter and C. Taylor. 

T. XXXIX, n° 77. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas la preuve irréfutable que c'est bien l'original? Ce fut à cette 
conclusion qu'aboutirent indépendamment les uns des autres, et 
les premiers éditeurs, MM. Schechter, Neubauer et Cowley. et 
ceux qui reprirent leur travail, comme MM. Halévy, Smend, 
Schlatter, Kahna et nous-même, et tous les savants sans excep- 
tion qui étudièrent le texte, comme MM. Nœldeke, Bâcher, Fran- 
kel, Kaufmann, Taylor, Blau, etc. Aussi dans la collection des 
Apocryphes de Kautzsch a-t-on pris pour base de la traduction de 
ces chapitres le texte hébreu de Cambridge et d'Oxford. 

Il y a quelques mois, M. Margoliouth poussa un cri d'alarme ! , 
mais qui ne rencontra pas d'écho. Tout le monde s'est trompé, 
s'écria-t-il ; cet original hébreu est l'œuvre d'un- Juif persan qui 
a retraduit dans cette langue une traduction persane faite à l'aide 
de la version grecque et de la version syriaque. Et c'est ainsi, 
ajoutait-il, que l'unanimité des savants a commis une erreur de 
date d'une dizaine de siècles l 

La démonstration de M. Margoliouth ressemblait fort à ces jeux 
d'esprit auxquels on s'amuse, même en Angleterre : avec les 
arguments dont il se sert, on a prouvé que l'œuvre de Shakespeare 
est de Bacon. 

Et il se trouve que les nouveaux fragments — tout en lui 
donnant tort — confirment eu parlie sa thèse. Il nous est pénible 
d'en convenir ; il est particulièrement douloureux à celui qui a 
mis sur le titre de son édition : texte original hébreu d'avoir 
à le déclarer : cet « original » n'est pas l'original — à moins de 
supposer que les chapitres xxxix-xlix n'ont pas le même auteur 
que ceux qui les précèdent et les suivent. Ce serait une solution 
désespérée à laquelle, pour l'instant, nous croirions indigne de 
nous de recourir. Nous dirons, dans la suite de cette étude, les 
raisons de le supposer, mais aussi celles qui empêchent de s'y ar- 
rêter. En science aussi il faut dire : errare humanum est, sedper- 
severare diabolicum. 

Nous ne nous attarderons pas à rendre compte de l'édition que 
nous avons sous les yeux; nous ne dirons même pas aussi longue- 
ment qu'il le faudrait tout le bien que nous pensons du travail de 
MM. Schechter et Taylor, qui, par leur traduction et leurs com- 
mentaires si nourris, ont rendu un service signalé aux études 
hébraïques et aux étudiants. Nous voulons aller au plus pressé et 
montrer que nous nous trouvons bel et bien en présence d'une 



1 The oriijin of the « Original Hebreto • of Ecclesiasticus. Cf. Revue, t. XXXVIII, 
p. 306. 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 3 

retraduction, et non de l'original. Puis, nous tâcherons de déter- 
miner la valeur du texte qui nous a été ainsi conservé par le 
traducteur, car si notre hébreu n'est pas l'original, il peut re- 
présenter telle forme se rapprochant de l'original plus que les 
deux versions connues jusqu'ici. 

Les fragments nouveaux proviennent de deux manuscrits, les 
ch. xxx, 11 — xxxi, 11; xxxu, 1 — xxxiii, 3; xxxv, 9 — xxxvi,21; 
xxxvii, 27 — xxxvin, 27; xlix, 12 — li, 30, du môme ms. que les 
feuillets déjà édités, et les ch. m, 6 — vu, 29; li,34 — xvi, 26, d'un 
autre, différent à divers points de vue. C'est du premier, comme 
il est naturel, que nous nous occuperons tout d'abord *. 



Quelques arabismes. 

Ces nouveaux fragments présentent la singularité que nous 
avons déjà relevée 2 dans les fragments édités par MM. Neubauer 
et Cowley. Nous avons fait observer, en effet, qu'aux ch. xxxix, 
25, et xl, 1, l'hébreu pbn « donner en partage » est traduit dans 
les deux versions grecque et syriaque par « créer ». Tous les exé- 
gètes ont expliqué cette variante par l'arabe -phn, qui signifie 
« créer ». Mais comment se rendre compte de cette confusion? 
Ben Sira aurait-il lui-même employé le mot hébreu en lui donnant 
l'acception qu'il a en arabe? Ce n'est pas possible; la langue 
hébraïque ne manque pas de synonymes de ana « créer ». D'ail- 
leurs, on retrouverait des traces de cette acception du verbe dans 
les dialectes rabbinique et néo-hébreu. Donc, il est certain que, si 
Ben Sira s'est servi du terme pbn, c'est en lui conservant son sens 
ordinaire de « donner en partage ». Dans ce cas, il est impossible 
de comprendre par quel miracle le petit-fils de l'auteur, vivant en 
Egypte, où l'on parlait le grec, se serait avisé de confondre ce 
mot, courant en hébreu, avec un terme de l'arabe lui ressemblant, 
alors que tout porte à croire qu'il ignorait cette langue, et aussi 
par quel miracle l'auteur de la version syriaque aurait commis 
la même méprise extraordinaire ; et cela plusieurs fois l'un et 
l'autre. Il faut donc de toute nécessité admettre que ce verbe 

1 Pour l'âge de ce ms., nous avons maintenant un point de repère sérieux. L'écri- 
ture est de la même famille et probablement de la même école de scribes qu'un acte 
signé de la main de Houschiel de Kairouan, qui fut Gaon à la fin du x e siècle. 
IL. Schechter a publié un fac-similé (Jew. Quart. Revieio, t. XI, p. 643) de cette 
pièce, retrouvée également dans la gueniza du Caire'. On remarquera aussi que l'écri- 
ture des notes marginales ressemble étonnamment à celle des feuillets ms. du Talmud 
de Jérusalem, provenant du même endroit et édités par M. P. de Kokowstoll. 

2 Revue, t. XXX VIII, p. 307. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébreu est une traduction fautive de l'arabe — et la confusion 
était d'autant plus facile que le verbe pbn convenait fort bien au 
contexte — ou le résultat d'une assimilation inconsciente faite 
par un Juif parlant l'arabe. 

La remarque n'avait pas manqué de nous embarrasser, mais 
nous ne nous croyions pas autorisé par un seul exemple à heurter 
le sentiment universel des savants. 

Les nouveaux fragments nous fournissent un troisième spéci- 
men de l'emploi de ce verbe pbn, là où G. et S. portent « créer ». 
Il n'y aurait pas lieu de s'y arrêter plus que la première fois, si 
dans le même verset n'apparaissait pas une singularité de même 
nature. Le distique (xxxvm, 1) est ainsi conçu : "ohat ^sb asn m 
btf pbn ina t». 

Le mot w est intraduisible, car il ne répond à aucune forme 
hébraïque acceptable. Une variante marginale — qui n'est peut- 
être qu'une correction conjecturale — le remplace par ftsn, qui a 
l'avantage d'être grammatical, mais non d'être plus clair. Le 
verset signifierait : 

« Pais le médecin avant son besoin (d'en avoir besoin ■), 
Car - lui aussi, Dieu Ta fait. » 

On conviendra que le verbe « paître » ne fait pas trop bonne 
figure dans la phrase. 
G. traduit : 

Ti'fxa caxpov ttûoç tocç /esta; aùxoZ 
xal yào aùxov exTiarsv o xupioç. 

« Honore le médecin pour le besoin que tu en as, 
Car lui aussi, le Seigneur l'a créé. » 

S. dit: 

wij anbtf rh tjfin b-j^ ^b a^am ab v êton np^ 

« Honore le médecin avant d'en avoir besoin, 
Car lui aussi, Dieu l'a créé 3 . » 

Justement cette sentence a été conservée par le Talmud. R. Eléa- 
zar (Amora du 111 e siècle), qui cite souvent Y Ecclésiastique, la 
mentionne sous cette forme araméenne : 

« Honore le médecin avant d'en avoir besoin k . » 

1 Ou, d'après la variante marginale : « Selon ton besoin. » 

a « Car » est à la marge. 

3 À cette version correspond la glose marginale. 

* J. Taanit, 06 d. 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 5 

Bien mieux, le Midrasch Tanhowna (Mikèç, 10) fait dire textuel- 
lement à R. Éléazar: « Il est écrit dans le livre de Ben S'ira : 
Honore. . . * » 

Cet accord entre les différentes traductions plaide en faveur du 
sens de « honorer » pour le premier mot ; le contexte l'exige 
également. 

Or, curieuse coïncidence : ian — et sous la même forme gram- 
maticale — signifie en arabe honorer* ! Ici encore, il nous parait 
impossible que Ben Sira se soit servi de cette racine avec ce sens 
et que tous les traducteurs, sans se donner le mot, aient inter- 
prété avec la même sûreté ce terme inconnu à l'hébreu 3 . 

On comprend maintenant plus facilement la quantité é'ara- 
bismes qui se remarquent même dans les ch. xxxix-l. 

Le dilemme que nous avions formulé plus haut s'impose donc 
avec force : notre texte hébreu est une traduction de l'arabe, ou 
une traduction due à un Juif parlant l'arabe. La première hypo- 
thèse ne peut aucunement se soutenir, ainsi qu'on va le voir. Nous 
allons, en effet, montrer, par un morceau assez long, que l'hé- 
breu est une traduction d'une version syriaque; ce morceau est 
celui qui termine l'ouvrage, li, 13-20. 

l'acrostiche alphabétique. 

On sait que ce couplet, d'après M. Bickell, formait dans l'original 
un acrostiche alphabétique. La version syriaque permet de le 
retrouver facilement. A cause de la parenté du syriaque avec 
l'hébreu, S. a même conservé à leurs places respectives les lettres 

n îzj .p s d y ,,e b ■» ♦.; a. Dans l'hébreu figurent : N 

n ,1 p ï s y ,î s ,; ,n. L'hébreu ne contredit donc pas l'hy- 
pothèse de M. Bickell. Ce n'est certainement pas par hasard que 
précisément les initiales des douze dernières lignes, par exemple, 
sont les initiales des 12 dernières lignes d'un acrostiche alpha- 
bétique. 

Si notre texte représente l'original, comment s'exf>liquer les 
exceptions : pourquoi les lignes 3, 4, 5, 6, 7, 9, 11, 12, 15,21 



1 La maxime est encore citée comme proverbe et traduite en hébreu dans Exode 
JZabha, 21. 

8 Les éditeurs signalent ce rapprochement, ou plutôt expliquent l'hébreu par cette 
racine arabe. 

3 On pourrait encore citer l'emploi, xxxi. 2. du verbe ;,"-£ri (= arabe farad ja ; 
mais l'exemple est moins probant que les autiet-, car la lacine existe au£H en 
araméen. 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n'ont-elles pas l'initiale qu'on attendrait? En admettant toutes les 
altérations que, par profession, les copistes sont susceptibles de 
commettre, comment imaginer que même le plus ignorant ma- 
nœuvre, ne découvrant pas cette particularité qui devait lui 
crever les yeux, ait si maladroitement et comme à dessein dé- 
naturé ou bouleversé le texte primitif? 

Il faut procéder maintenant à la contre-épreuve : les irrégu- 
larités de l'acrostiche s'expliquent-elles par l'hypothèse d'une 
traduction? Cette contre-épreuve va, croyons-nous, lever tous les 
doutes. 

Prenons le verset 28, qui devrait commencer par un © : il a en 
tête un n, bien que le verset précédent ait déjà pour initiale cette 
lettre. Il est ainsi conçu : 

13 ispn aîrn 5)051 vnwa ^iiïïb i?£tt) trm 

M. Taylor traduit : 

« Ecoutez, vous nombreux, mon enseignement dans ma jeunesse, 
et vous acquerrez par moi de l'argent et de l'or 1 . » 

M. Taylor fait suivre le mot nombreux d'un point d'interroga- 
tion : il a été choqué avec raison de la singularité de ce vocatif, 
aussi baroque en hébreu qu'en français 2 . Mais ce n'est pas seule- 
ment ce vocatif qui déconcerte, c'est la phrase tout entière. De 
quoi s'agit-il, en effet? L'auteur vient de dire, si nous en croyons 
l'hébreu : 

.« Voyez de vos yeux que j'ai été petit, que je m'y suis tenu (à la 
sagesse; et l'ai trouvée » : 

!TriN3M21 rn 3 WE21 TP^ pp ^D ÛS'Wn in-i 

Il ajouterait donc : « Ecoutez mon enseignement dans ma jeu- 
nesse. » Ces mots n'auraient de sens que si l'on pouvait tra- 
duire : « Écoutez l'enseignement que j'ai recueilli dans ma jeu- 
nesse », mais les règles de la syntaxe hébraïque s'opposent à 
une telle interprétation. Remarquons, en outre, qu'au lieu de : 
« Vous acquerrez par moi de l'or et de l'argent », le génie hé- 
braïque réclamerait plutôt : « Vous acquerrez par elle » (la 
sagesse). 

Consultons maintenant les versions. G. porte : 

1 Hear, ye many (?), my teaching in my youth ; 
And ye shall get silver and gold by me. 

2 Le mot ne peut pas être le sujet du verbe au passé, car la fin, comme le contexte, 
exige un impératif. 

3 11 faut sans aucun doute "^nbfà^l, « j'y ai travaillé », comme en S. 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 7 

[/.stûcs/sts uatSeiav sv 7coXXto ào'.OaoJ apyupi'oo, 
xcd 7ioXuv youcov XTTrç<xa<x6e Iv owttj. 

« Echangez l'enseignement contre une grande somme d'argent, 
Et vous acquerrez par elle beaucoup d'or '. » 

On voit tout de suite que le vocatif qui nous avait embarrassé 
fait défaut. D'autre part, quelle que soit la teneur authentique de 
la fin du premier hémistiche, elle n'offre aucune analogie avec 
celle de l'hébreu : « dans ma jeunesse ». Le verbe grec, enfin, ne 
correspond nullement à celui de l'hébreu. Bien certainement donc, 
ni G. n'est la traduction, même incorrecte, de notre hébreu, ni 
celui-ci celle de G. Par contre, dans le second hémistiche, G. a 
gardé sans aucun doute le reflet de l'original en mettant « par 
elle » et non « par moi ». 

S. : is "j-ispn nsîtii tfïïNon *ïW ^ ^sb-p "i3>»ib 

« Écoutez mon enseignement, si petit qu'il soit, 
Et vous acquerrez par moi de l'argent et de l'or. » 

Cette fois la ressemblance est frappante : iasbli "tfttia est le 
calque fidèle de ">i"i^b i^t^iid ; le second hémistiche est exactement 
le même dans les deux textes; bien mieux, ia « par moi » se trouve 
également en S. 

Seulement nous constatons deux divergences : 1° point de pen- 
dant au vocatif « nombreux » ; 2° wt ^3 « quoique petit » à pre- 
mière vue est à cent lieues de « dans ma jeunesse », irmjan. 

Comment s'expliquer à la fois ces ressemblances et ces diver- 
gences ? De la façon la plus simple si nous prenons la peine de 
comparer le verset hébreu précédent à S. et à G. Bien que nous 
l'ayons cité déjà, nous le reproduisons, corrigé : 

srriKafctti m vibîaJi wiin "jup ^ ûs^^a ian 

« Voyez de vos yeux que j'ai été petit, 

Que j'y ai travaillé et l'ai trouvée (la sagesse). » 

G. : tosTs Iv ocp6aX[xoTç ûtxoW, oxt oXiyov êxo7r''a<7oe 
îcoù sùpov IjxauToo 7roXXY|V àvrrcauciv. 

« Voyez de vos yeux que j'ai peu travaillé, 

Et ai trouvé par moi-même beaucoup de repos (?) » 

S. : n^d î-inrDuîîo m nb£2 ti wn batt i-O'wn im. 

« Voyez de vos yeux que j'y ai peu travaillé, 
El l'ai trouvée nombreuse 'en grande quantité). » 

1 Ou le texte grec est très corrompu, ou le traducteur s'est complètement mépris 
sur le sens do l'hébreu ; il faut peut-être lire : xat tcoXùv àpyupiov xaï 7roXùv xpuffôv... 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

La ressemblance des deux versions, qui sont indépendantes, té- 
moin le mot àvàTiauGiv, étrange en G. et absent en S., atteste que 
tel était bien l'original, qu'il est facile de reconstituer : aa-wa ifcn 
1 nanti ï-n tïksïï-i na vibtt* wn "O. 

La fidélité des deux versions est confirmée par le verset 16, qui 
en est une sorte de doublet : 

G. : sxXiva oXt'yov ib oùç jxou xat èoe£àp.7jV, 
xaî 7coXXvjv eûpov IjxauTto TcatSeiav. 

« J'ai prêté «m p«# l'oreille et l'ai reçue, 

Et ai trouvé par moi-même beaucoup d'instruction: » 

S. n'a que la seconde partie du verset, pour des raisons que 
nous dirons plus loin : 

« Et j'ai trouvé beaucoup d'instruction. » 
L'hébreu n'a également que ces mots : 

« Et j'ai trouvé beaucoup de science. » 

Tout s'éclaire maintenant : le vocatif trai « nombreux », qui est 
en tête du verset 28, provient du mot aras qui termine le verset 27 
en S., et voilà pourquoi l'acrostiche est dérangé. La ligne com- 
mençait par "\yyyD, à supposer que S. ait conservé le mot hébreu 
de l'original. 

Qu'on ne dise pas que c'est un copiste qui a placé, à tort, D^an 
à cette place, car ce mot ne peut en aucune façon se rattacher à 
MYiÉOfett. C'est bel et bien un contre-sens grossier. 

Du même coup s'explique le terme incongru Tfnwa « dans 
ma jeunesse », qui nous avait choqué, avec raison. C'est un nou- 
veau contre-sens, non moins grossier que le précédent : le traduc- 
teur juif a pris wt la « quoique petit », pour *«« tot la « quand 
j'étais petit (jeune) », mots qu'il avait lus au verset 16 a. Et c'est 
ainsi que « ma science, si petite qu'elle soit » est devenue « ma 
science dans ma jeunesse». Autre contre-sens de même nature au 
verset 27 : les mots du syriaque rhïtt Ti TWl « j'y ai peu tra- 
vaillé » sont devenus : «j'ai été petit et y ai travaillé ». 

Voilà plus qu'il n'en faut pour assurer avec certitude que ce 
chapitre est traduit du syriaque. 

Pour terminer cet ordre d'observations, considérons le ver- 
set 26. Au lieu de commencer par sa^ism « votre cou », exigé 

1 Ou peut-être ïiai îrnNtttt*!. 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLESIASTIQUE 9 

par l'acrostiche, il porte wnNisn « et votre cou ». Ce malencon- 
treux vav a-t-il été ajouté par le caprice d'un copiste inattentif? 
Aucunement : il est justement dans le syriaque. 

On demandera peut-être par quel hasard l'hébreu, n'étant 
qu'une traduction de S., a pu garder tant de vestiges de l'acros- 
tiche de l'original. C'est qu'il ne pouvait en être différemment. 
Comment, en effet, rendre autrement : 

■JWIB que par to^TfilTïfc, fc«a que par ^a, 

«anp — nannp, "H* 1 — ^"p, 

1*72^ — n*aia, va — va, 

*is — iy, 

la troisième personne fém. du futur que par n? 

Nous ne parlons pas de ina = aïr, n s = ^ais ou vinns = nnns, 
nen = im, qui s'imposaient au traducteur. Mais partout où le 
terme syriaque n'avait pas de correspondant hébreu commençant 
nécessairement parla lettre requise par l'acrostiche, le traducteur, 
comme on le devine, s'est peu soucié d'une nécessité qu'il ignorait. 
C'est ainsi qu'au verset 23, où l'on attendrait un d, il y a "BS = 
1£3û de S. (trbsD *b« 15s). On a cru que l'acrostiche est fourni par le 
mot tpbao, qui aurait été placé par erreur à la tin de l'hémistiche. 
Mais il n'en est rien, car G. et S. s'accordent à mettre ce terme à 
la fin. Il y avait très probablement dans l'original : YTID. 

Enfin, l'hébreu n'a môme pas les vingt-deux vers que commande 
l'acrostiche alphabétique. Ici encore cette circonstance prouve 
que loin d'être l'original, ce n'est que la traduction du syriaque, 
car précisément cette version a passé plusieurs versets, conservés 
en G. La coïncidence serait curieuse si elle ne se comprenait pas 
admirablement. 

Nous allons tout de suite avoir la preuve et de la suppression 
de ces versets et de la dépendance étroite de l'hébreu par rap- 
port à S. 

Au premier verset du couplet (verset 13) on lit : 

« J'ai été jeune, je L'ai désirée et recherchée. » 

Le morceau étant complètement séparé des chapitres précé- 
dents, qui parlent de tout autre chose, on ne voit pas à quel mot 
se rapporte le pronom féminin : «je /'ai désirée, je Tai recher- 
chée ». Or, en S. même particularité : 

nnvai m r-panatan «ba *«n 
Que ce substantif féminin, qu'on devine aisément, ait nécessai- 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rement figuré dans une phrase précédente, cela Ta de soi; G. le 
confirme, car il a gardé le verset, disparu en S., où la sagesse 
est nommée en toutes lettres. 

Autre exemple de semblables omissions en S. et en H. et dues, 
en S., à l'étourderie du traducteur : 

Le verset 14 de H. est ainsi conçu : 

« J'ai fait des prières dans ma jeunesse, 
Et j'ai trouvé beaucoup de science. » 

C'est la traduction exacte de S. : 

fiwsbv Hrû«H wy nsn ti^t *d ïimbx mbsi 

Or, ce verset est formé de deux hémistiches appartenante deux 
versets différents, à savoir 14 a et 16 & de G. : S. a sauté par inad- 
vertance deux distiques. En G., 14a est commandé par 14&, et 16 b 
par 16a, ce qui exclut l'hypothèse d'une addition en G. 

14 a : £Tl toV V£OÇ * (?) 7)!jlOUV 7TS01 aUTTJÇ, 

& : xai ëa>ç layixon ixÇTjTéda) aÙT^v. 

« Dans ma jeunesse j'ai prié pour elle (pour l'avoir), 
El jusqu'à la fin je la rechercherai. » 

Quant au verset 16, nous l'avons déjà reproduit plus haut et 
nous avons montré que l'authenticité en est corroborée par le 
v. 28 \ 

D'après M. Taylor, le premier hémistiche de S. correspondrait 
à 16a de G.; le texte courant serait une corruption de mb^Ki 
"■3*78 « et j'ai penché mon oreille ». Ddns ce cas, notre démonstra- 
tion serait plus éclatante encore : l'hébreu, non seulement serait 
la traduction du syriaque, mais le calque d'un exemplaire de ce 
texte, corrompu et défiguré. Toutefois la conjecture de M. Taylor 
me paraît peu convaincante, elle n'explique pas le pléonasme 
iimbs et la disparition de rm. 

De quelque façon donc qu'on retourne ce verset hébreu, on 
constate qu'il reproduit servilement S , qui sûrement a altéré 
l'original. 

Si nous voulions entrer dans le détail, nous pourrions apporter 
d'autres preuves que notre hébreu n'est qu'une traduction de S. 

1 Ou èv vèoTY)Tt u.ov ; en tout CdS, ëvavTi vaoû doit être corrigé d'après ce sens, car 
autrement on ne comprendrait pas la suite. 

2 La comparaison montre même qu'il faut probablement rayer àvocTcaudiv en G. 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HEUREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 11 

Avant de passer à un autre chapitre, nous en produirons en- 
core une. 
Au verset 18, on lit : 

« J'ai eu l'intention de bien faire, 

EL je ne changerai pas l'ayant trouvé. » 

S. : rtrïTOïBN is ^parra abi nnN'jttb rarcririN. 

On ne saurait désirer de ressemblance plus grande. 

En G., à *\zr& abi répondent les mots : xod où ^y, «fa^uvÔS « et 
je ne serai pas déçu ». Le traducteur grec a donc lu utûk, qui se 
confond très fréquemment avec mm. Or, c'est précisément ce 
verbe qui serait de circonstance en hébreu, plutôt que ^Dïia. 

Est-il étonnant, après tout cela, que notre morceau alphabé- 
tique renferme des rabbinismes d'une époque récente, tels que 
ïb^i l>a 1» insnn, et "Wliï rnn? 

De ces rabbinismes nous en rencontrons en grand nombre dans 
les chapitres que nous allons étudier maintenant à un autre point 
de vue. 

VERSETS TRADUITS DE DEUX FAÇONS DIFFÉRENTES, DONT 
UNE SUREMENT D'APRÈS LE SYRIAQUE. 

Ce qui frappe, au premier examen, dans les ch. xxx et suiv., 
c'est, à côté des rabbinismes et surtout des aramaïsmes, le grand 
nombre de doublets, de versets consécutifs exprimant de deux 
façons différentes la même pensée. 

1. xxx, 17 : 

1»N3 a&o» dbir nrrDi NYiD ^wû m^b ma 

imy n&oa biNtt) imbi msn m^rra mjab ma 

2. /&., 20 : 

man^i mw pam (lire ono) û"*vo nra&o 
Mbnna t* fb }£*« p 

3. xxxi, 4 : 

*ps mm mm dhi nma ionb 15* yin 

. ib ïina ab mm. ont -iro nonb ^2 b^y 

4. 76., 10: 

metan ib mm dibiz) nb mm 

masnb ^b mn» ï^n tnbto nisna ■o 

maanb ^b éoïi -pn ûbu5-»i imu i» 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5. xxxn, 4 : 

ï^n nmûE hy h$ *w nrsT D^a b^ amna 

■p^n nniaio hy *ptt) ûsot ant a^a by û^in t^ia 

■«tt nn^tt bs> trc û^3i D^a ^a T^sai '■jsa im nnT Tana 



6. 76., 10 : 



p^a natr T-m 135b 
•jn i«na ^Dbi p"n wtr -na •rçsb 



7. 76., 14 : 

ïw» a*w nrrnniD^n ion» np^ bN ta-m 

inbana nîwn npb np^ bN *^sn idw 

8. 76., 16 : 

t^sm ruas» mbnnnm asuJE "pa^ ^ arp 

aabE watv mai m»am iùbice irai ■»"■• "w* 

9. 76., 17 : 

t-nrtain r-scr (à la marge o^n) a^n «•*« 
(à la marge n»an) rrona noa^ «b Dan œ^N 

10. 76., 22 : 

^ttian ^rrnriaai qnnTo ^n^ia nyan ba 

n-Tn vntn«ai fcavim *p-n naan bt* 

il. 76., 23: 

ttiatsa ieto nba iw\9 ba *a ^aa -n?:^ yém bas 

•mat» "wiib nbN ïron* *a ' ^uîd: m»© ^p©*» ban 

Ces sortes de doublets, il est vrai, ne se retrouvent plus dans 
les chapitres xxxv et suivants. On tirera de cette circonstance des 
conclusions que nous prévoyons et que nous discuterons plus loin. 
Pour l'instant, force nous est de confesser qu'une telle singularité 
prouve à elle seule que notre texte n'est point l'original. Ce qui 
corrobore cette observation, c'est qu'en réalité, souvent les deux 
leçons représentent l'une un texte semblable à G. 2 , l'autre S. 

Ainsi le n° 1 a est de tout point conforme à G. : 

xpetacxwv ôàvaxoç uTiàp Çtorjv 7rixpàv, 

xaï àvaTraucitç aîôjvoç r\ àppa>GT7j|j.a £|A[aovov. 

« Mieux vaut la mort qu'une vie douloureuse, 
Et le repos éternel qu'une longue maladie. » 

1 Oq pourrait eu citer encore d'autres, mais ces exemples suffisent. 

2 Nous ne disons pas qu'elle est une traduction de G. 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 13 

1 &, au contraire, est conforme à S : 

D-»pn aofio p hvob nrrabn «tz^a ton p ri»7ab npo 

« Il vaut mieux mourir qu'une vie malheureuse, 

Et descendre dans le scheol qu'une souffrance persistante. » 

2 a — G. : tu arc s p sùvoiïyoç 7cepiXa[i.êàv(DV irapOevov xai CT£và£ojv. 

« Comme un eunuque qui embrasse une jeune fille et gémit. » 

2 b = S. : anbina mb 'p'n fcWttntt "pa. 

« Gomme un eunuque qui couche près d'une vierge. » 

Inutile de poursuivre la comparaison, chacun la complétera à 
son gré. 

Le dernier exemple que nous venons de relever mérite quelque 
attention, car il nous livre la clé du problème. Plaçons l'hébreu 
en regard du syriaque : 

H. : nVira û5> }b pao p 

S. : anbvû mb ^mi «mqwi p 

L'analogie dans les termes est curieuse, en particulier celle de 
pfcW et «553*™. Or, que signifie p&tt en hébreu? C'est un adjectif 
ayant le sens de « véritable, fidèle, sûr ». Que vient faire cet ad- 
jectif dans cette phrase? M. Schechter suppose qu'il y avait dans 
l'original pa* « gardien », et que le copiste, sous l'influence du 
motpao, qui termine le verset 17, l'a remplacé par ce dernier. 
Mais l'hypothèse est insoutenable, car, premièrement le contexte 
exige impérieusement le mot D^D « eunuque » ; ps « gardien, 
nourricier, précepteur » n'a aucunement ce sens ; en second lieu, 
s'il y avait eu p« dans l'original, G. et S. ne s'accorderaient pas 
à traduire ce mot par « eunuque ». La présence de l'adjectif pao 
ne peut donc s'expliquer que d'une façon : le traducteur juif n'a 
pas compris le terme syriaque armitt 1 , qui veut dire eunuque, 
comme dans I Rois, xxn, 9 ; II Rois, ix, 32 ; Actes,vm, 27, etc. ; il 
l'a rendu comme si c'était simplement l'adjectif « fidèle 2 ». 

Voilà la preuve indéniable que ce n'est pas seulement dans le 
morceau final, que nous avons étudié, mais encore dans les autres 
chapitres, que notre texte hébreu procède au moins partiellement 
d'une traduction syriaque. 

1 L'arabe qui suit S. ne s'y est pas trompé : il rend le mot par al 'hasiyyou 
• eunuque ». 

2 11 y a cependant une autre explication possible : le traducteur avait écrit pN 
et c'est un copiste qui a mis paw ; mais la conclusion serait la même : pa< vien- 
drait de S. 



14 REVUE DES ETUDES JUIVES 



AUTRES PREUVES QUE L HEBREU EST LA TRADUCTION 
DU SYRIAQUE. 

Reste, il est vrai, un moyen d'écarter cet argument : ces dou- 
blets conformes à S. ont peut-être été ajoutés à l'original, qui 
s'accorde avec G.; de la marge où ils étaient consignés d'abord, 
ils seront entrés ensuite dans le corps du texte 1 . Mais cet expé- 
dient ne peut se défendre, car nous allons trouver d'autres spé- 
cimens de confusions analogues dans des versets qui ne sont pas 
des doublets. 

A la suite du verset sur lequel nous venons de nous arrêter, 
on lit, v. 21 : 

^D3 Y*b ïrin ba 

« Ne livre pas ton âme au jugement; » 



puis 23 b : 

« Car le jugement en a tué beaucoup. » 

Ces propositions sont assez obscures ; elles déconcertent encore 
plus quand on consulte le contexte. L'auteur développe cette idée 
que la bonne humeur et la joie sont la santé du corps, tandis que 
le chagrin vieillit avant le temps et abrège la vie. Or, S. porte : 

v. 21 : ■pow amvjb brin ab 

« Ne livre pas ton âme au chagrin. » 

v. 23 b : awTn b-jp sôwoVi ba» 

« Car le chagrin en a tué beaucoup . » 

Le mot am a été pris pour ar-i 3 ! M. Taylor, il est vrai, sup- 
pose que le texte portait Vvh, lequel se retrouve dans une va- 
riante du Pirhê Abot, n. Le Mahzor Vitry, au lieu de ï-niE 
ïiaan, a ynn pote. Mais la correction n'est pas nécessaire et rien 
ne prouve qu'au temps de Ben Sira le mot existât déjà. 

1 Cela même prouverait qu'il existait une traduction hébraïque d'une version sy- 
riaque, ou que le copiste — sinon l'auteur — consultait un texte syriaque. 

8 Même emploi du mot "pi, cbap., xxxviii, 18. 

8 Qu'on n'oppose pas ce l'ait que dans l'écriture syriaque le vav et le yod ne se 
ressemblent pas autant qu'en hébreu, car rien ne dit que le syriaque dont procède la 
traduction hébraïque n'ait pas été écrit en caractères hébreux, comme le targoum des 
Proverbes, qui, comme on le sait, est syriaque, 



LES NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLESIASTIQUE 13 

Evidemment, si nous n'avions que cet exemple de la légèreté du 
traducteur, mieux vaudrait s'en tenir à cette conjecture, si forcée 
qu'elle soit. Mais il en est bien d'autres où l'influence du syriaque 
est transparente. 

Dans le même chapitre, on lit : 

v. 15 td!e vra "m ^n 

v. 16 ûs* n^ ^iiai* b* nrai* "pa 

« Je désire plus la vie de que l'or. » 

« Il n'y a pas de richesse qui vaille plus que la richesse de 
des os. » 

Nous avons laissé en blanc la traduction de ^u:, lequel ne peut 
signifier que « nombril » né, ou « prince » nia. On reconnaîtra 
sans peine qu'aucun de ces deux mots ne convient au texte. A la 
marge on voit naus « chair » et nm « richesse »* au verset 15, 
et *i«ttJ au verset 16. Ni l'un ni l'autre de ces substantifs ne nous 
tirent d'embarras ; même *i&W3 « chair », qui est le moins étrange, 
ne saurait donner un sens raisonnable : « la richesse de la chair 
des os (ou du corps) » ne convient pas au texte, qui exige ici le 
mot « santé ». C'est le mot qui se lit précisément en G. et en S. 
Or, en syriaque, armu et Nnvmu: signifient « santé »; ce sont les 
deux termes dont se sert la Peschito dans ce passage -. Le traduc- 
teur s'est contenté de l'hébraïser. 

Souvent même il conserve l'expression araméenne presque sans 
rien y modifier, Ainsi, xxx, 12, Eps = SfO; 23, y«D = ys ; xxxi, 
7, nbpn = anbp-in ; 8, pïïtt = awiBtt : xxxn, 11 b, ■jmnb iw = nas 
"jrpab; 19, bpnn = bpnn ; xxxvni, 25 d, vnvjnzn = nrvunizn, etc. 

Inutile de souligner l'importance de ces ressemblances verbales. 

La cause est maintenant entendue : les nouveaux fragments 
portent la trace visible qu'ils ne sont — au moins pour un certain 
nombre de chapitres — qu'une retraduction en hébreu d'une 
version syriaque. 

Nous comprenons maintenant les syriacismes qui se ren- 
contrent dans les ch. xxxix-xlix, et dont nous avions trop vite 
fait bon marché. Ils méritent d'être étudiés. 

Israël Lévi. 

(A suivre.) 

1 Nous parlerons plus tard de ces doubles gloses marginales. 

a Le traducteur arabe ici encore a bieu compris S. : il reod le mot par si^h^hatoun 
« santé », qui, comme, en syriaque, signifie également validité. 



Ll DÉCRUT ATHÉNIEN EN L'HONNEUR DTOCAN 



Le décret athénien en l'honneur d'Hyrcan, que nous a trans- 
mis Josèphe (Ant. jud., XIV, 8, 5), a plus occupé jusqu'à pré- 
sent les philologues classiques que les historiens du peuple juif. 
L'incertitude de la date de ce document est sans doute la 
cause de cette indifférence. Je crois donc utile d'essayer de fixer 
les idées à cet égard; mais, tout d'abord, il importe de restituer 
le texte exact du décret, fort maltraité par les copistes. Je ferai 
usage, à cet effet, des règles désormais bien connues auxquelles 
obéissait, à l'époque alexandrine, la rédaction des décrets athé- 
niens. Il y avait là une sorte de protocole, invariablement fixé 
dans son ordre et dans son style, et dont les greffiers ne de- 
vaient pas s'écarter. Lorsque, dans un document lapidaire ou ma- 
nuscrit, ce protocole n'est pas observé, on est en présence d'une 
faute du graveur ou du copiste, que la critique a le droit et le de- 
voir de rectifier. Dans le cas particulier qui nous occupe, nous 
risquons d'autant moins de nous égarer que nous possédons deux 
décrets (réunis sur une même stèle) de la même année que le dé- 
cret en faveur d'Hyrcan (Corp. inscr. attic, II, 470). Je crois 
utile, avant d'aller plus loin, de reproduire parallèlement les pro- 
tocoles de ces deux derniers décrets (1. 1 et 31 et suiv.) dont les 
petites lacunes ont été comblées avec certitude *. 

'Ayaôri TuyY|. 'Etù 'AyaôoxXÉouç àpy_ovxo;, iizi xy^ç ( A'iavxc'Soç xpixYjç ) 

(Kexpoirtôoç TexâpxïK) 
ïcpuxaveiaç, y, EuxXtjç Zsvàvo[pou A!8aX(oY|ç] eypafxaaxsusv, £ BoYjopofjuûvoç 

/ nuavod'itôvoç 
x£xpaoi £7ïi o = xa, X£xàpx7) xaî oexocxy, ) xyjç 7rouxavetaç èxxXYjaia xupta 

ëxTTfj èirt ôéxa, 7céjjLicTri xal ôexàrr) ) 
[ev x<5 Osaxpco ' xwv] Tcposopwv e7r£t|/y]<ptÇev l 'AtceXXyjç 'AyjJX'o^wvxoç 

( c HXto'5wpoç «InXcovtôou 

1 Je respecte scrupuleusement l'orthographe de la pierre, qui est très capricieuse 
en ce qui concerne Viola muet. 



LE DECRET ATHENIEN EN L'HONNEUR D'HYRCAN 17 

'AyyEXYjGEV ) Xal (7u(v7tpO£8pOl ' EOO^EV XÙk OYjJJUOt ' ©EÔSoXOÇ AtoBuipOU 

...CSflC J ({A 

Eouvtsbç sncev... 

Je passe maintenant au décret de Josèphe ! : 

[Intitulé.) 

'Etù 'AyaQoxXÉouç àpyovxoç, [ext ttjç ...l'Soç OExàxYjç icpuxavEtaç (*), Yjt] 
EÛxXyjç (Sjsvàvopou (A!0aXtoY|ç) ( 2 ) £ypaa[xàx£U£[v], Mouvtytwvoç ( 3 ) Évoe- 
xàxYjt, [svBsxàxTji] ( 4 ) ttjç xpuxavst'aç, £xxX7)(7tàç Y£V0[/.év7jç ( 5 ) sv twi Ôsà- 
xpan, xàiv TipoÉSpoov £TC£^Yjcpc(Ç) £V ( 6 ) Aa>pb0£O<; [...ou]( 7 ) 'EpytEuç xat 
<Vt> ( s ) <xu 4 u.7uç>ôg8pot ' [sSoijev] ( 9 ) twi OYJfAan. Atovùatoç Atovuatou [démo- 
tique]( 10 ) £lx£v • 

(Considérants.) 

'E7C£toYj ''Ypxavbç 'AÀ£;àvopGu, àpytEpEii; xal ÊGvapyY|<; twv 'Iouoatiov, 
8iaTsXet xotvYjt te xàit OYjjxcot xal totat :wv TuoXtxûv ÉxâVran suvouç wv("), 
xat 7ca<yvjt /poj[jL£voç 7i£pl aùxoùç <77cou8y|i, xal xoùç 7tapaytvo(j.£Vûu<; 'AÔYjvauov 
Yj xaxà TipEC^E-'av yj xax ' totav 7rpb<pastv ( 12 ) Tcpbç aùxbv u7uo8£^sxai cptXocppdvio; 
xal 7rpo7T£[JL7r£t ttjç àccpaXouç aùxwv à-jravôBou Trpovooù^Evo; * ÊjxapxupVjÔYj {/.ev 
xal TipÔTEpov 7i£pl xouxwv , AEAOX0AI 8s xal vuv — @£ooocrtou(?) ( 13 ) XOU 

©£OOU>pOU (?) SouVtSCOÇ £t<7Y|yY|(7a[X£VOU Xal 7T£pl XYjÇ TavSpOÇ àpETY^Ç U7t0fAVY)- 

aavxoç xbv OYjpiov xal oxt itpoatpsatv sj^sc 7uotsïv 7][xaç o xt 7rox' av 8ûvYjxat 
àyaôbv * — 

(Dispositif.) 

Tirerai xbv àvopa ^puacot axEcpàvwt àpt<7X£tun xaxà xbv vojxov ( l4 ) , 
xal crxYi^at aùxoiï stxova /aXxqv lv xwt xejxevei xou AVjfjiou xal xûv Xa« 
ptxcov ( 15 ), àvsfrcsïv Se xbv crvÉcpavov èv xuu ÔEaxpcot Atovuutotç ( 16 ), xpayan- 
8ô5v xc5v xatvwv àyo[j.£VGL>v, xal IlavaÔYjVatcov xal 'EXEuctvtcov <^xal^>( 17 ) 
ev xotç yupt.vtxo?ç àytocrtv * 

£7ct[i.eX7)9Tivai 8s xoùç crxpaxYjyou; ( ls ), SiajxsvovTi xe aùxàn xat [8ta]<pu- 
Xàxxovxt ( 1<J ) xyjV Trpbç Tjij-aç Euvotav slvat icav o xt av £7ctvo7J<T0L>[j.£v sic xt{i.YjV 
xal }(âptv tyjç xàvopbç <7t:ou8y|Ç xal tptXoxttxtaç, ïva xouxwv ysvojxÉvcov (*•) 
cpat'vYjxat b Syjiaoç Yjtxcov a7roo£^b[jt.£Voç xoùç àyaôoùç xal xyiç TcpoffYjxouffYiç 
à^otê-rjç àçtwv xal ÇY|Xa><r[a><r]i [tcocvxeç] ttj(ç) 7i£pl 7][Ji.aç <77tou8yj(ç) x(b)v 

(<L8e) X£XtU,Y j U£v(o)v (**)< 

sXsaôat Se xal TtpEaêEÎç [xûeTç] ( 22 ) è^ a7ràvxcov 'AÔY^vatcov, otTtvsç xb 
«l/YjfptTjxà xe aùxwt xop-touat xal TrapaxaXÉa'ouatv TrpOGOsçàjJLEvov xà; xt(xàç 
7T£tpa(iôat xt 7rot£tv àyaôbv 7){xà)v àeî xyjv 7cbXtv. 

1 Je place entre [ ] les lettres que je supplée, entre < > celles que je supprime, 
entre ( ) celles que je corrige. 

T. XXXIX, n° 77. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Notes critiques. 

1. La mention de la prytanie (12 e partie de l'année, pendant 
laquelle chacune des douze tribus présidait, à son tour, aux af- 
faires publiques) est indispensable. — L'année d'Agathocle (ainsi 
que celle d'Aristarque qui la précède) a sûrement douze mois, car 
dans le premier décret de Théodotos, le 14 Boédroraion correspond 
au 14 e jour de la prytanie, dans le second, le 16 Pyanepsion cor- 
respond au 15 e jour de la prytanie. Ces coïncidences ne peuvent 
avoir lieu que dans une année commune; donc, dans notre décret, 
la prytanie doit avoir le même numéro d'ordre que le mois Muny- 
chion, c'est-à-dire 10 ; de là ma restitution oexir^ç. Quant au nom 
de la tribu, on ne peut le deviner, car c'est le sort qui désignait 
l'ordre où elles fonctionnaient; tout ce qu'on peut affirmer, c'est 
que ce n'était ni l'Aiantis qui exerça cette année la troisième pry- 
tanie (1 er décret de Théodotos), ni la Cécropis qui exerça la 4 e 
(2 e décret), ni l'iEgéis, car le président des proèdres est du dème 
d'Erchia, lequel faisait partie de cette tribu, et il est de règle que 
la tribu prytanisante ne contribue pas à la formation du bureau 
(Aristote, République athénienne, c. 44). 

2. Josèphe : EùxX^ç MevàvSpeu 'AÀiaoua'.oç. La faute Mtvdh/Bpou pour 
SsvàvopGu est vénielle, mais il n'en est pas de môme d^AAi^oucto; 
pour A16aXtoY,ç (ce dernier nom, qui a péri dans l'intitulé du pre- 
mier décret de Théodotos, est conservé intégralement dans le 
second) ; l'erreur se trouvait peut-être déjà dans le document 
d'archives utilisé par la source de Josèphe ; il est plus vraisem- 
blable qu'elle ait été commise par un ancien — peut-être par 
suite d'une abréviation mal résolue — que par un copiste by- 
zantin. Il ne peut être question de distinguer les deux gref- 
fiers ; de nombreux exemples prouvent qu'à l'époque alexan- 
drine le ypap.[j.aT£Ùç xaxà irpuTavEtav — malgré son nom et la formule 
consacrée icputavefa; \i 8Ypaj*pi.àTsusv ô Bava — restait en fonctions 
toute l'année. 

3. Mouvi/twvoç, orthographe des inscriptions (et de la première 
main du ms. F). Vulgairement Mquvu^i&vqç. 

4. Rétabli par Dindorf. On pourrait aussi écrire Bexdb-rmle 2 e dé- 
cret de Théodotos prouvant que, dans certains mois de l'année 
d'Agathocle, la date prytanique était d'un jour en retard sur le 
quantième mensuel. 

5. Leçon de FAMW. L donne Ytvofjtivrçç, P àyo^sv^ç que préfère à 
tort Niese. Cf. Aristote, c. 42, 4 : xbv S'ôVvapov (Iviaurôv) éxxX^aia; 
ev Tàk ôsaTûoH ysvo^évtjç. Au reste, la formule épigraphique (voir plus 



LE DÉCRET ATHÉNIEN EN L'HONNEUR D'HYRCAN 1» 

haut le décret de Théodotos) est simplement ixxli\<si<x (xupia) lv ôfed- 
tgoj'. et il est possible que le texte ait été remanié. 

('). Les mss. ont srts<JWj<ptffsv, mais cette forme est à peu près sans 
exemple dans les décrets (cf. pourtant CIA., II, 117, a 3 ; Diog. 
Laert., VII, 10). Voir Droysen, Hermès, XVI, p. 192. 

7. Le patronymique du président est de règle depuis l'an 314/3 
avant J.-C. 

8. L'article n'est jamais exprimé. 

9. Suppléé par Bœckh. 

10. Le démotique de l'auteur du décret ne manque jamais de- 
puis l'an 350. 

11. Leçon de P (L^tin : fidelis existent). FLAMW : eûvôûv. 

12. 7cpécpaortv manque dans P et n'est pas indispensable. 

13. Leçon de FLAMW. Le ms. Pet la version latine ont A'.ovus-ou, 
que préfère Niese, mais qui n'est vraisemblablement qu'un écho du 
AiovuGiou de l'intitulé. Dumont a proposé d'identifier ce personnage 
avec 0e68oToç ÀioSwpou Souvient, auteur des deux décrets CIA, II, 
410. La conjecture est séduisante (car ©eo&teioç est un nom assez 
rare ', et la faute ©soSc&pou pour âto8(£pot» facile), mais n'est pas 
indispensable. — On ne s'explique pas que 1' « introducteur » de 
la question (slaTïyr^^svoç) et l'auteur du décret soient deux per- 
sonnages différents ; je ne connais pas d'exemple identique. Natu- 
rellement le cas est tout différent lorsque la question est mise à 
l'ordre du jour par les stratèges (cf. le décret d'Éphèse ap. Jos., 
Ant., XIV, $ 202 : Nucàvwp sîtcev, e!<r7jYY|crafJt.éva)V xwv (TTûaT^ycov). L'ex- 
plication la plus vraisemblable est que Théodosios avait, dans une 
assemblée précédente, saisi le peuple d'une motion tendant à de- 
mander au Sénat un Trpo6'oùXeu{i.a sur la question. Au retour de ce 
TrpoêouÀeufxa, l'initiateur de la motion se trouvant empêché de 
venir à l'assemblée, le projet de décret fut présenté par Dionysios. 
Cf. le cas d'Héraclide de Salamine, CIA., IV, 2, 179 b : la pre- 
mière motion a pour auteur Télémachos d'Acharnés, le wpoêeu- 
Xsu[j.a Céphisodote d'Acharnés, et le décret définitif de nouveau 
Télémachos. Toutefois les deux cas ne sont pas exactement pa- 
rallèles et dans notre décret il n'est pas question de la êouX-iq. 

14. xaxà tôv vôikov. Les couronnes d'or décernées par le peuple 
athénien ne pouvaient dépasser une valeur de 1,000 drachmes 
d'argent, c'est-à-dire un poids de 50 statères d'or, d'après la rela- 
tion entre les deux métaux existant à l'époque alexandrine. 

15. Ce sanctuaire était souvent aïfecté aux statues des bienfai- 

1 Cependant il se rencontre à cette époque : CIA., II, 985 (archonte), BCH., 
XI, 263 (statuaire), ib., XIII, 270 (père d'un éphèbe sous Héracleidès), CIA., 11,470, 
1. 94 (éphèbe). 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

teurs de la République (voir les inscriptions citées par Escher, 
art. Charités dans Pauly-Wissowa, col. 2154). Il était situé sur 
l'agora, au Nord du prétendu Theseion. Gp. Homolle. BCH., 
XV, 367. 

16. Cette formule se retrouve dans le décret CIA., II, 328; 
c'est à tort qu'on l'a attribuée « à l'imagination de Fr. Lenor- 
mant ». Toutefois la formule ordinaire est A'.ovuacwv xûv h àaxst 

xa'.voTç xpaytoSoTç. 

17. Kat supprimé par Niese. Les rixoX£u.a?a, souvent associées aux 
deux autres fêtes gymniques, ne figurent pas non plus dans CIA., 
470, 1. 26. 

18. On s'attendrait à ce que les mots £7up.£Xr J ÔYivac — axpaxYjYouç se 
rattachassent à la proclamation de la couronne, par exemple : xyjç 
oi àvayopsùffscoç xou <7X£<pâvou ett'.ij.., etc. (cf. CIA., IV, 2, 417 b). Il m'a 
paru trop hardi de corriger le texte en ce sens. 

19. PVE et Niese : «puXctTTovn. 

20. PE et Niese : yivo^vcov. 

21. Les mss. ont : xai ÇTjXaxrrji xyjv rcepi "ïjftaç rnzouùrp xwv (V. : êx 
xcov, Gutschmid : sxaaroç xcovjvjô-r) x£xtaY|[X£V(Dv. Ce texte est sûrement 
corrompu ; je n'ai cherché qu'a rétablir le sens probable. 

22. Le nombre des ambassadeurs paraît indispensable. TPEIG 
a pu tomber après 11PECBE1G. 

Traduction. 

« Sous l'archonte Agathocle, pendant la dixième prytanie, celle de 

la tribu , ayant pour greffier Euclès, fils de Xénandros, du dème 

d'Aithalé, le 41 Munychion, 11 e jour de la prytanie, l'assemblée étant 
réunie au théâtre, les suffrages furent recueillis par Dorothée, fils de 

, du dème d'Erchia, président des proèdres, et par ses collègues. 

Le peuple a décidé, Dionysios, fils de Dionysios, du dème de , a 

proposé : 

» Attendu que Hyrcan,fils d'Alexandre, grand prêtre et ethnarque 
des Juifs, témoigne constamment sa bienveillance à notre peuple en 
général et à chacun des citoyens en particulier, mettant tout son zèle 
à les servir, qu'il acueille avec empressement les Athéniens de pas- 
sage dans son pays, soit en ambassade, soit voyageant pour une 
affaire privée, et qu'il les rapatrie en veillant à ce qu'ils s'eu re- 
tournent en sûreté; desquels faits déjà précédemment il a été rendu 
témoignage, et plaise au peuple maintenant — Théodose, fils de 
Théodore, ayant introduit la motion et rappelé au peuple la vertu de 
ce personnage et sa volonté de nous faire tout le bien qui est en son 
pouvoir: 

» Il sera décerné à Hyrcan une couronne d'or, en récompense de 
son mérite, selon la loi, et on lui érigera une statue en bronze dans 



LE DÉCRET ATHÉNIEN EN L'HONNEUR D'HYRCAN 21 

le sanctuaire de Démos et des Charités ; la couronne sera proclamée 
dans le théâtre aux fêtes de Dionysos, quand on jouera les tragédies 
nouvelles, ainsi qu'aux concours gymniques des Panathénées et des 
Eleusinies ; 

» Les stratèges, tant qu'il persévérera dans ces sentiments et dans 
cette bienveillance à notre égard, pourvoiront à ce qu'il reçoive 
toutes les marques d'honneur et de reconnaissance dues à son zèle 
et à sa générosité, afin que, par cette conduite, on sache comment 
notre peuple accueille et récompense dignement les hommes de bien 
et que tous rivalisent de zèle à nous obliger en voyant les hon- 
neurs dont il aura été l'objet ; 

» On élira trois ambassadeurs, choisis parmi tous les Athéniens, 
qui lui apporteront le présent décret et l'exhorteront à accepter ces 
honneurs et à s'efforcer toujours d'obliger notre cité. » 

Les Juifs, on le sait, ont eu deux grands prêtres du nom d'Hyr- 
can : Jean Hyrcan I er (135-105 av. J.-C.j et son petit-fils, Hyrcan II 
(78-40 av. J.-C). Duquel des deux est-il question dans notre 
décret ? 

Josèphe, dont l'opinion, à vrai dire, est de peu de poids, rap- 
porte notre texte à Hyrcan II, et t^lle est aussi, avec des nuances 
de détail, la thèse de Keil, Ritschl, Schœmann, Kœhler, Men- 
delssohn, Latischeff, Ad. Schmidt et Unger. Au contraire, Cor- 
sini, Clinton, Meier, Dittenberger , Grosberger, Dumont, S. Rei- 
nach, Homolle, Schûrer, Wilhelm (1) se sont prononcés en faveur 
d'Hyrcan I er . D'ailleurs, entre les partisans d'un même Hyrcan, 
les avis diffèrent sur l'époque précise : ainsi, tandis que la plupart 
des partisans d'Hyrcan I er songent aux premières années de son 
principat (entre 132 et 129), M. Homolle se prononce pour l'avant- 
dernière 106/5; de même, parmi les savants favorables à Hyr- 
can II, Kœhler remonte aux années 69-62, Mendelssohn indique 
avec précision l'an 62, d'autres descendent jusqu'à la fin du 
règne (Ritsch : 46; Unger : 48), etc. *. 

1 Cf. Keil, Rheinisches Muséum, XVIII, p. 61 ; 

Ritschl, Rk. Mus., XXVIII, 611 ; 

Schœmann, (Wiechische Alterthûmer, II (3e éd.), p. 552; 

Kœhler, CIA., II, 1, p. 266; 

Mendelssohn, Rh. Mus., XXX, 424 ; 

LatischeiF, BCH, V, 255 ; 

Ad. Schmidt, Neue Jahrbûcher, 1884, p. 694; 1887, p. 112; 

Unger, Sitzungsberichte de l'Académie de Bavière, 1897, p. 126; cf. Bùchler, To- 
biaden und Oniaden, p. 138; 

Corsini, Fasti attici, I, 181 ; IV, 114; 

Clinton, Fatti kellenici, ad an. 131; 

Meier, Index atticorum archontum qui post olymp., 121, 2, etc., Halle, 1854. Com- 
mentatio secunda, p. 79; 

Dumont, Essai sur la chronologie des archontes athéniens postérieurs à la *22 e 
Olympiade (Pans, 1870), p. 29; 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

On n'attend pas de moi une discussion détaillée de tous les ar- 
guments mis en avant dans cette controverse. Il y en a qui sont de 
pur sentiment, comme lorsque M. Kœhler, tout en rapportant le 
décret à Hyrcan II, s'efforce d'en faire remonter la date le plus 
haut possible sous prétexte que les caractères de l'institution 
éphébique, dans le décret CIA., 470, sont plutôt ceux du 11 e siècle 
que du i er : c'est réellement être bien affirmatif sur un sujet où 
nos lumières sont des plus incertaines. De même l'identification 
du cosmète Eù'oo^oç Eùoôçou ' Ayzoooûaioç dans ce décret (1. 33) avec 
l'enfant EùBo^o; Eùoo^oo, de la tribu Hippothontis, vainqueur sous 
Pliaedrias (CIA., II, 446) vers 150, est dénuée de toute preuve. 

Je me contenterai donc de rappeler brièvement l'argumentation 
de M. Homolle. Ce savant fait observer que ©soooxoç AtoSoSpou 
Eouvtsuç, auteur des deux décrets CIA., 4"70, figure comme épimé- 
lète dans une inscription délienne l [BCH., VII, 364) dont la date, 
fixée par le grand prêtre Hélianax, paraît être 101 av. J.-C, 2 et 
dans une autre ( BCH. , VI, 498) comme prêtre d'Aphrodite Syrienne , 
dont le culte fut introduit à Délos en 110. Dès lors l'archontat 
d\Agathocle devrait tomber entre 110 et 101 av. J.-G. 

Ce raisonnement pèche par la base en ce qu'il suppose l'iden- 
tité du Théodotos Diodôrou des inscriptions déliennes et du 
Théodotos Diodôrou des décrets athéniens. On peut, avec tout 
autant de vraisemblance, voir en eux des homonymes, l'aïeul et le 
petit-fils, en se souvenant que, dans beaucoup de familles athé- 
niennes, les noms se reproduisaient régulièrement de deux en 
deux générations. Si Théodotos I er a pu exercer vers 101 de 
hautes fonctions à Délos, son petit-fils a pu, soixante ans plus 
tard, en exercer à Athènes : c'est à peu près l'intervalle que l'on 
observe dans les cas pareils, par exemple entre le ministère de 
Casimir-Périer, premier du nom (1832), et celui de son petit-fils 
(1892). Dès lors, a priori, les inscriptions déliennes ne sauraient 
être opposées à l'opinion de Josèphe, et, en faveur de cette opi- 
nion, on peut faire valoir les arguments positifs suivants : 

1° Le bénéficiaire de notre décret est appelé 'Ypxavbç 'AÀsçàvôpou. 



S. Reinach, Rev. arch., 1883, II, p. 99 suiv.; 

Grasberger, Actes de l'Acad. de Wuribourg, 1862; 

Homolle, Bull. Corr. hell., X, 25, et XVII, 145 ; 

Schùrer, G-eschichte des jUdischen Volkes, 11 (3 e éd.), p. 43, note 113; 

Wilhelm, art. Agathokles dans la 3 e éd. de la Realencyclopàdie de Pauly-Wissowa. 
(Cependant cet excellent savant s'exprime avec des réserves qui semblent annoncer 
un changement d'opinion.) 

1 Cf. Salomon Reinach, Revue archéologique, 1883, II, p. 99 suiv. 

» Homolle, BCH., VIII, 102, X, 26. 



LE DECRET ATHENIEN EN L'HONNEUR D'HYRCAN 23 

Or, Hyrcan I er était fils de Simon; Hyrcan II était fils d'Alexandre 
(Jannée). Il faudrait donc admettre que Josèphe ou l'auteur plus 
ancien auquel il a emprunté notre document en a, de propos déli- 
béré, falsifié le texte en substituant 'AXç&tvSpQg à l(ao>voç : il est 
impossible de deviner la raison d'une pareille fraude; celles 
qu'imagine M. Homolle sont confuses et peu vraisemblables. 

2° Hyrcan est qualifié de àoy.sps'j; xy.\ ïHviy/r^ xtov 'Iouoocudv. Le 
titre d'ethnarque appartenait sûrement à Hyrcan Iï, sinon dès 
l'origine, du moins depuis l'an 41 av. J.-G. A cette époque, en 
effet, César disposa, dans un décret officiellement communiqué 
aux Sidoniens et conservé par Josèphe [Ant. jud., XIV, § 194, 
Niese): 'Y&xavbv 'A);s;àvoço>j xat xà Tsxva aùxoiï lOvy.o/aç 'Iouoauov elvac. 
Ce même titre lui est appliqué dans plusieurs autres actes officiels 
(XIV, § 200, par César; § 210, par le Sénat; § 211, par César; 
§ 226, par Dolabella). Au contraire, les actes officiels relatifs à 
Jean Hyrcan I er — décret de Pergame (XIV, 247), lettre des Lao- 
dicéens (XIV, 241) — lui donnent simplement le titre de grand 
prêtre. 

3° Les considérants de notre décret supposent non seulement 
que de nombreux Athéniens avaient eu l'occasion de traverser les 
possessions d'Hyrcan pour leurs affaires privées, mais encore que 
des ambassades athéniennes avaient dû emprunter son territoire. 
Au temps d'Hyrcan I er , pareil fait n'est pas croyable. La politique 
de ce prince, comme le montre sa conduite envers Samarie, n'était 
rien moins que philhellénique. De plus —je l'ai démontré ailleurs 
— sa domination sur les villes de la côte, même Joppé, fut, jus- 
qu'au bout, des plus incertaines, et c'est dans ces villes que les né- 
gociants athéniens pouvaient avoir affaire l . Sous Hyrcan II, les 
choses avaient bien changé. Joppé, la Tour de Straton (Césarée) 
étaient alors des villes juives; Hyrcan et son tout-puissant mi- 
nistre Antipater étaient bien en cour auprès de César et d'An- 
toine. Le commerce avec l'Arabie, avec la mer Rouge passait 
désormais par le territoire juif. On comprend que, dans ces con- 
ditions, les Athéniens aient eu intérêt à cajoler l'ethnarque de 
Jérusalem. Bientôt ils devaient ériger à Hérode une statue, dont 
la base s'est conservée [CIA., III, 1, 550); la statue votée à 
Hyrcan n'a donc rien qui puisse nous étonner, encore qu'elle ait 
dû choquer l'orthodoxie du prince-pontife, scrupuleux observateur 
du Décalogue. 

4° Dans le décret éphébique de Tarchontat d'Agathocle (CIA.> 

1 On peut remarquer que dans la liste des Etats auxquels les Romains, vers la fin 
du principat de Simon, recommandaient les Juifs (I Macc, xy, 12 suiv.) Athènes 
ne figure pas. 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II, 4*70) est mentionné (col. I, 1. 1071 un éphèbe du nom de 
KaMixpaTi87]ç SuvBpdfxou Sxeipteuç.Or, une inscription contemporaine 
d'Auguste [CIA. y III, 109-110) mentionne un gymnasiarque Syn- 
dromos, fils de Callicratidès. Dans les familles athéniennes, les 
noms se reproduisent généralement de deux en deux générations. 
Le Syndromos du n° 109 est donc bien probablement le fils de 
Callicratidès du n° 470 : dès lors ce dernier, et, par suite, l'ar- 
chonte Agathocle, est un contemporain d'Hyrcan II. Je ne donne, 
d'ailleurs, cet argument que sous toutes réserves, car, au lieu de 
deux générations, il aurait pu s'en écouler quatre entre les deux 
Syndromos. 

5° L'orthographe du décret CIA., 470, où les iota muets sont 
souvent supprimés, indique le I er siècle plutôt que le n 9 . Il en est 
de même de la forme des lettres dans une autre inscription du 
même archontat, une dédicace d'éphèbes au Pirée (BCH., XIII, 
269= CIA., IV, 2, 1226 d). Si la reproduction du Corpus est 
exacte, de pareilles formes de lettres, avec leurs apices con- 
tournés, la barre transverse du r dépassant considérablement à 
gauche, seraient inouïes au n e siècle. 

6° On remarquera que dans la liste des fêtes où sera proclamée 
la couronne d'Hyrcan manquent les IlToXstj.a?a ; or, celles-ci figurent 
encore dans le décret de l'archontat de Phaidrias(CA4., Il, 446) du 
milieu du n e siècle et dans celui de Médeios (iô., 467) qui paraît 
être de Tan 100. 

Nous pouvons dès lors considérer comme démontré que l'ar- 
chontat d'Agathocle — qui entraîne avec lui tout un groupe d'ar- 
chontats 1 — se place au i er siècle et que le décret athénien vise 
Hyrcan II et non Hyrcan I er . Peut-on en fixer la date avec un peu 
plus de précision? Hyrcan II a exercé le souverain pontificat pen- 
dant près de quarante ans (78-40 av. J.-C), mais avec de nom- 
breuses intermittences et dans des conditions bien diverses. De 
78 à 69 le pouvoir politique fut tout entier aux mains de sa 
mère Alexandra, qui frappa monnaie en son propre nom et dont 
le nom figurait seul dans les actes officiels, même dans les actes 
de l'état civil (Josèphe , Vita, § 5 Niese). De 69 à 63 régna 
effectivement, sinon légalement, Aristobule II. De 57 à 47, sous 
le régime inauguré par Gabinius, Hyrcan fut réduit à ses fonc- 
tions de grand prêtre, et le pays fut, en fait, gouverné par les 
Romains. Les seules périodes qui puissent donc sérieusement 
entrer en ligne de compte sont les années 63 à 57 et 47 à 40. 

1 Héracleidès, Sosicratès, Aristarchos, Dionysios meta Paramonon, etc. 



LE DÉCRET ATHÉNIEN EN L'HONNEUR D'HYRCAN 5tà 

Entre les deux, on peut hésiter, mais j'estime que la période 47-40 
est de beaucoup la plus probable. En effet, il n'est nullement 
prouvé que Pompée, en 63, ait donné à Hyrcan le titre d'ethnarque 

— Josèphe ne parle que vaguement de sôvouç raposTam'oc (XX, § 244) 

— tandis que nous savons positivement qu'il le reçut de César en 47. 
De plus, la politique philhellénique, spécialement philathénienne, 
impliquée par notre décret convient tout particulièrement aux 
dernières années d'Hyrcan, où, sous le nom du vieil ethnarque, le 
gouvernement appartenait, en réalité, à Antipater et à ses fils, 
dont on connaît les tendances hellénistes. Quelques années plus 
tard, Athènes « regorgeait » des offrandes d'Hérode (Josèphe, 
Guerre, I, § 425). 

Dans le texte des Antiquités, le décret des Athéniens est précédé 
des lignes suivantes, qui, à en juger par la transcription de Jo- 
sèphe, feraient partie du préambule du décret, mais qui, en réa- 
lité, doivent en être séparées : 

'Etù TTouToevEtoç xoà Uostoç Atovusiou tou ' AtxXtjti '.àoou, {/.Tjvôç navéïxou 
7i£a7TTT|'. y.TnôvTOç, (y.)izzo6Q-i) l toTç GTpaTTJYoIç (j/Vjcptffji.a 'AO'^vauov. 

« Sous le prytane et prêtre Dionysios, fils d'Asclépiadès, le 
5 e jour avant la fin du mois Panémos, le décret (suivant) des Athé- 
niens a été remis aux stratèges. » 

Ces lignes énigmatijues ne comportent, à mon avis, qu'une 
seule interprétation : le décret athénien en faveur d'Hyrcan n'a pas 
été, malgré les dispositions formelles du libellé, porté directement 
à Jérusalem; les ambassadeurs athéniens se sont contentés d'en 
remettre la copie aux magistrats d'une ville amie, qui se sont 
chargés de la transmettre aux intéressés : c'est dans les archives de 
cette ville amie que Josèphe ou plutôt son précurseur (Nicolas de 
Damas?) en a trouvé et copié le texte. Quelle peut avoir été cette 
ville? Elle doit remplir les conditions suivantes : 1° avoir une 
constitution grecque, des stratèges, un prytane éponyme qui était 
en même temps prêtre 2 ; 2 1 être amie et voisine de Jérusalem; 
3° être en relations étroites avec Athènes. Il me semble que, de 
toutes les villes de la côte syrienne auxquelles on pourrait penser 
(Gaza, Ptolémaïs, Sidon, Béryte, etc.), c'est Ascalon qui répond le 
mieux à ces données. Nous ignorons, il est vrai, le détail de sa 
constitution, mais elle était certainement grecque, la ville jouis- 
sant d'une complète autonomie depuis 104 av. J.-C, époque de 

1 M?s. £7reô66y;; corr. Krebs. 

s Je ne connais aucune cité grecque où l'on observe cette particularité. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

son ère. Il est bien certain aussi que le calendrier macédonien 
(auquel appartenait le mois Panémos) y était en usage, comme 
dans les autres villes de cette côte. Le nom Asclépiadès, porté par 
le père du prytane éponyme, rappelle le culte ascalonitain de 
Asclépios Àcovtou/oç auquel Proclus adressa un hymne (Marinus, 
Vita Procli, c. 19). Les bonnes relations d'Ascalon avec les Juifs 
sont attestées, entre autres, par le choix que fit César de 
ville avec deux autres, pour y graver son traité d'alliance avec 
Hyrcan (Ant. jud. , XIV, § 197). D'autre part, nous con- 
naissons, dès le m e siècle, des commerçants d'Ascalon établis à 
Athènes (CIA., II, 3, 2836; cf. CIA., III, 2, 2388 et 9) et à Délos 
[BCH., VIII, p. 128, 133, 488), et même un éphèbe d'Athènes de 
naissance ascalonitaine (II, 1, 467,1. 148) Enfin, l'intervalle de 
deux mois et demi qui s'est écoulé entre le vote du décret athé- 
nien (11 Munychion = avril) et sa remise aux autorités de la cité 
intermédiaire (25 Panémos —juin) correspond parfaitement à la 
distance maritime qui sépare Athènes d'Ascalon. 

Nous ne quitterons pas ce sujet sans rappeler que Mendelssohn ! 
a cherché à préciser encore davantage la date de notre décret en 
y rapportant les mots qui se lisent quelques lignes plus haut chez 

Josèphe : Tocura êysvôTO ï~\ 'Tpxavou àpyisoswç xoù è6vàp/ou erouç èvotTOi» 

[i^vbç navrai». A la vérité, dans le texte de Josèphe, ces mots se 
réfèrent au sénatusconsulte romain rendu en faveur des Juifs , 
sous la présidence du préteur L. Valerius. Mais, outre que tout le 
monde est d'accord aujourd'hui pour reconnaître que ce sénatus- 
consulte est beaucoup plus ancien qu'Hyrcan II, la date énoncée au 
texte est celle des ides de décembre et ne saurait donc correspondre 
au mois de Panémos (juin). Mendelssohn a donc supposé que la 
notice de Josèphe s'est trompée de place et concerne, en réalité, le 
décret athénien, ou plutôt sa remise, qui est effectivement du mois 
Panémos. Mais, en admettant cette hypothèse pour vraie, il paraît 
impossible qu'une ville autonome, chargée de la transmission d'un 
décret étranger, l'ait enregistré sous l'année régnale d'un prince 
étranger. Il faudrait alors supposer que les mots ïtz\ 'YpxavoU 
. . . èOvip/ou ont été ajoutés par Josèphe et que l'acte original était 
simplement daté « de l'an IX, mois Panémos 2 ». Cet an IX pour- 
rait alors être compté selon 1ère césarienne, de septembre 49 
av. J.-C, et la date indiquée correspondrait à juin 40 av. J.-C, 

1 Commentât™ de S. C. Romanorvm, etc. dans Ritschl, Acta societatis philol. Lips., 
1875, p. 31 et Rh. Muséum, XXX, p. 424. 

* Mendelssohn admettait qu'il s'agit bien de l'an IX d'Hyrcan II, pour lui 62 av. 
J.-C. Homolle corrige 9 en 29 et aboutit à l'an 106/5 (29* d'Hyrcan I" !) 



LE DÉCRET ATHÉNIEN EN L'HONNEUR D'HYRCAN 27 

c'est-à-dire quelques mois à peine avant l'invasion d'Antigone et 
des Parthes qui mit fin au principat d'Hyrcan. Malheureusement 
rien ne permet de croire que cette ère ait jamais été en usage à 
Ascalon, où l'on ne connaît que l'ère de l'autonomie (104 av. J.-G.) 
et l'ère de Gabinius (57 av. J.-C). Sous ce rapport, Gaza, où l'on 
connaît l'ère dite de Pompée (61 av. J.-C), donnerait peut-être 
un résultat plus satisfaisant, mais rien ne prouve qu'Hyrcan portât 
le titre d'ethnarque dès 52 *. 

Il faut savoir borner notre curiosité et ne pas compromettre 
par d'indiscrètes conjectures un résultat solidement acquis : le dé- 
cret athénien d'Hyrcan concerne Hyrcan II et a été rendu dans 
les dernières années de son principat. 

Théodore Reinach. 

1 L ère Césarienne de 49 ou 48 av. J.-C. a été employée à Laodicée et à Pto- 
lémaïs, qui peuvent également entrer en ligne de compte. 



ISRAËL ET JUDA 



(suite et fin 



Revenons maintenant au temps où les deux Etats hébreux sub- 
sistaient encore côte à côte. Nous croyons avoir établi, dans le 
chapitre précédent, leur opposition au point de vue religieux et 
montré comment les fondateurs de leur religion respective sont 
devenus les héros d'histoires merveilleuses, Moïse chez les Judaïtes 
et Josué chez les Israélites du Nord. Mais, en ce qui concerne la 
période suivante jusqu'à l'établissement de la royauté, le livre des 
Juges et les premiers chapitres du livre de Samuel nous rapportent 
déjà une partie de ce qu'on avait l'habitude de raconter chez les 
Israélites du Nord de ces temps anciens, surtout au sujet des 
guerres et des hommes des diverses tribus du Nord qui en furent 
les héros. De la tribu de Juda, au contraire, il ne nous a pas été 
transmis de traditions populaires de ce genre et nous n'avons 
presque aucune relation la concernant durant cette période. Car ce 
que le chap. i du livre des Juges rapporte des guerres et des con- 
quêtes de cette tribu ne porte pas le caractère de la légende, et le 
seul récit historique qui s'y trouve paraît être la prise de Hébron 
par Caleb et de Debir par Othoniel (10-13; cf. Jos., xv, 13-17); 
mais ces conquêtes doivent avoir été faites aussitôt après l'installa- 
tion de la tribu de Juda. Tout le reste de cette relation est ou bien 
une anticipation sur ce qui s'est passé à l'époque de David 2 , ou 
une pure fiction de l'époque de l'exil ou d'après l'exil 3 . 



* Voir Revue, t. XXXVIII, p. 172. 

8 Comme, par exemple, la conquête des villes des Philistins (v. 18). 
3 Par exemple, la victoire de Bezek (v. 4 et s.), ainsi que la prise et l'incendie de 
Jérusalem (v. 8), — du reste en contradiction avec le v. 21. — Quant à la ville de 



ISKAEL ET JUDA 29 

Le récit qui suit concernant une grande victoire que le même 
Othoniel aurait remportée sur un roi de Mésopotamie (en. ni, 8-11) 
qui portait le nom bizarre de « Kûschan à la double méchanceté », 
sans qu'on indique de quel peuple il était le roi, est aussi d'in- 
vention tardive. Ce roi aurait tenu Israël tout entier asservi 
pendant huit ans, mais Othoniel l'aurait vaincu. On ne dit pas 
où se serait livrée cette bataille. Cette courte et sèche relation 
n'est donc pas une tradition populaire. Et comme, à cette époque, 
Othoniel non seulement ne pouvait plus être un guerrier bien 
vaillant, mais pouvait difficilement être encore en vie 1 , ce récit 
ne contient guère d'élément historique. Il ne peut être que le 
maigre produit issu de l'imagination d'un rédacteur postérieur 
à l'exil en vue dissocier aussi un schophet judaïte aux scho- 
phetim du Nord. La seule chose qui soit relatée au sujet de la 
tribu de Juda pendant cette longue période, et nous l'apprenons 
par un récit des Israélites du Nord, c'est le fait qu'à l'époque 
de Samson, elle était sous la domination des Philistins 2 . Ainsi 
Juda limitait son cycle de légendes au fondateur de sa religion, 
tandis que les Israélites du Nord retendaient aussi à la vie na- 
tionale. Juda cherchait surtout à développer ses convictions re- 
ligieuses ; pour les Israélites du Nord, leur nationalité, leur ori- 
gine et leur histoire n'avaient pas moins d'importance, et c'était 
là ce dont ils s'enorgueillissaient. Après le règne du roi David, 
l'orgueil national commença aussi à s'éveiller dans la tribu de 
Juda, au souvenir de ce grand prince sorti de son sein ; mais 
jusque-là, cette tribu ne comptait guère de héros de guerre. Même 
en ce qui a trait à David, on relate fort brièvement ses victoires 
et ses conquêtes; le point auquel on attache une importance par- 
ticulière, dans les récits qui le concernent, c'est sa piété et sa 
soumission envers Dieu, sa contrition et son humilité après ses 
fautes. C'est dans un but d'édification que ses fautes sont étalées sans 
pitié; Dieu lui pardonna en raison de ses vertus. Il reste le favori 

Bezek, elle était placée très loin du territoire judaïte (I Sam., xi, 8) ; mais le roi de 
Bézek, Adoni Bezek, paraissait identique avec Adoni-Cédek, roi de Jérusalem (Jos. , 
x, 1); cf. Malkicédek, roi de Salem (Geu., xiv, 18). Notre relation serait une imi- 
tation du récit de Josué attribuant la victoire de Josué aux Judaïtes. 

1 Othoiiiet est désigné comme uu l'rère cadet de Caleb (Juges, i, 13), qui, d'après 
un autre passage (Jos., xiv, 10), cinq ou six ans après l'entrée dans le pays de Ca- 
naaD, avait atteint l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Même si nous ne tenons compte 
que du livre des Juges, Othoniel, à la mort de Josué — d'après le chap. i —, était 
déjà dans la maturité de l'âge. Et voici qu'on soutient qu'il aurait encore survécu 
à la géuération suivante et aurait été encore en activité comme général d'armée à 
l'époque où le souvenir des miracles divins opérés par l'intermédiaire de Josué était 
déjà effacé (Juges, u, 10) ! 

* Juges, xv, 11» 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de Dieu, qui lui* promet la durée éternelle de sa dynastie. Dans le 
cours des temps, sa personnalité s'élève jusqu'à devenir l'idéal du 
roi pieux, dont les désirs et les aspirations ne tendent qu'à jouir de 
la présence de Dieu. Ainsi, on composa en son nom ou on lui 
attribua des chants qui forment la plus belle parure de sa cou- 
ronne et qui respirent la piété la plus intense, l'humilité et la sou- 
mission devant Dieu. Sa renommée n'est pas due à ses exploits 
héroïques et à ses conquêtes, mais à ses sentiments religieux et 
moraux. Ceci est bien conforme à tout le prophétisme judaïte, qui 
avait, d'ailleurs, des affinités avec le caractère et l'esprit de la 
tribu. 

Chez les Israélites du Nord, par contraste avec la tribu de Juda, 
la conscience de leur nationalité était bien vivante et puissante. 
Nous disions plus haut qu'ils étaient fiers de leur origine. En effet, 
si nous examinons attentivement le livre de la Genèse, il nous 
apparaît généralement comme une œuvre des Israélites du Nord ; 
il est, en partie, l'œuvre d'Ephraïm-Manassé, quoiqu'il ait été 
remanié après coup par une main judaïte et qu'il ait encore reçu 
des additions. Cela ressort déjà de l'ampleur avec laquelle l'histoire 
de Joseph nous est racontée et de la glorification de ce patriarche. 
Il est évident que les légendes sur Joseph se formèrent chez les 
.tribus qui lui devaient leur origine et qui s'enorgueillissaient de 
l'avoir pour ancêtre. Nous relèverons dans la suite quelques 
détails à l'appui de notre hypothèse ; nous le ferons également en 
ce qui concerne les trois patriarches, dont nous considérons 
l'histoire également comme le produit de l'esprit des Israélites du 
Nord. Nous nous bornerons ici à appeler l'attention sur ce point 
que les tribus du Nord, se distinguant en cela de Juda, prirent le 
nom ^'Israël d'après leur troisième patriarche, bien qu'elles ne 
refusassent point à Juda la même attribution d'origine. Mais Juda, 
comme nous le verrons plus loin, se souciait peu de cette origine, 
tandis que les tribus du Nord en étaient fières ainsi que de leur 
nom d'Israël. En effet, ce nom signifie : « Victoire, domination », 
et la légende se forma que Dieu avait donné ce nom au patriarche 
Jacob, qui l'avait vaincu lui-même 1 . La conservation de cette 
incroyable légende, qui n'a rien de similaire, même dans la mytho- 
logie grecque, montre par elle-même que sa patrie est plutôt le 
Nord que le pays de Juda, où la conception plus pure de l'idée de 
Dieu des prophètes l'eût sûrement combattue et détruite. La même 
remarque s'impose pour quelques autres traits des premiers récits 
de la Genèse : ainsi, le récit de la promenade de Dieu dans le 

l Gen., xxxii, 25-29. 



ISKAEL ET JUUA 31 

jardin d'Eden 1 , celui des fils de Dieu épousant les filles de 
l'homme », celui qui raconte comme Dieu se réjouit de l'odeur 
agréable des sacrifices 3 , celui qui montre Dieu descendant sur 
terre pour visiter la tour de Babel 4 . Des conceptions aussi naïves 
de la Divinité et surtout de Jého.va ne pouvaient avoir cours que 
chez les Israélites du Nord, où les conducteurs spirituels du peuple, 
les prêtres et les prophètes, loin de chercher à ennoblir les idées 
sur Dieu, s'efforçaient, au contraire, de troubler son esprit par 
des croyances et des pratiques superstitieuses s . 

Au point de vue du sentiment nationaliste aussi, les Israélites du 
Nord et Juda présentaient un vif contraste, qui s'explique ai- 
sément. Les régions conquises par Israël étaient cultivées depuis 
longtemps, occupées par une population agricole plus ou moins 
dense, que les tribus conquirent peu à peu et où elles durent elles- 
mêmes se livrer aux travaux agricoles. Nous ne savons pas 
combien d'années il a fallu pour achever la conquête, mais fina- 
lement elle fut complète. Dans ces luttes pénibles pour assurer 
leur existence nationale, les Israélites du Nord virent se développer 
leur courage militaire, l'amour de l'indépendance et même de la 
domination. Sans doute, ils subirent plus d'une défaite, mais ils 
supportèrent toujours le joug avec impatience, se recueillant 
pendant quelque temps, sachant mettre à leur tête quelque vaillant 
guerrier qui les conduisait à la victoire et leur rendait leur indé- 
pendance. Ils avaient donc le droit de se montrer fiers de leur 
nationalité sous le nom d'Israël. 

D'autre part, le pays occupé par la tribu de Juda consistait 
principalement en vastes surfaces de terres arides et en mon- 
tagnes rocheuses. Ce pays était donc plus propre à l'élève du 
bétail et à la vie nomade qu'à la culture, et sans doute la plus 
grande partie de la tribu continua encore, jusque sous le règne de 
David, sa vie nomade dans des districts faiblement peuplés. Un 

» Gen., m, 8. 

2 Gen., vi, 2. 

» Gen., vin, 21. 

* Gen., si, 5. 

5 L'hypothèse que les récits de la Genèse ont été formés chez les Israélites du 
Nord explique aussi le mieux la contradiction au sujet de l'origine du nom de Dieu 
« Jéhova » entre ce livre et Exode, in, 14 et suiv., et vi, 3. D'après ces derniers pas- 
sages, ce nom dans sa signification universelle n'a été révélé qu'a Moïse, tandis que 
la Genèse dit que, déjà a l'époque d'Enos, on commença à invoquer le nom de Jé- 
hova (Gen., iv, 26), que les patriarches l'invoquaient également (xil, 8; xnr, 4; 
xxi, 38; xxvi, 25) et qu'il était usilé généralement (ix, 26 ; xiv, 22 ; xvi, 5; xxiv, 
3, bll et s.; xxvi, 29, etc.). Les passages cités de l'Exode exprimeraient les vues des 
prophètes judaïtes, tandis que chez les Israélites du Nord régnait l'opinion que le 
nom a existé et était usité de temps immémorial, comme El, Elohim, Schaddaï, sans 
avoir une signification plus haute. 



32 REVUE DES ETUDES JUIVES 

pareil genre de vie prédispose l'homme à l'humeur pacifique et 
à la contemplation ; à moins qu'il ne s'agisse de la défense per- 
sonnelle, il ne prépare guère à l'art de la guerre. Juda s'accom- 
modait donc de la domination étrangère plutôt que de s'exposer 
par sa résistance aux dangers de la guerre et à être troublé dans 
ses paisibles occupations. L'habitude de la vie nomade amena les 
Judaïtes à laisser l'orgueil national, la soif de la renommée 
guerrière et des conquêtes s'affaiblir à un point extrême. Au lieu 
de développer les tendances nationalistes, ils cultivèrent le senti- 
ment religieux, qui devint d'autant plus fort chez eux, surtout 
dans le sens moral vers lequel Moïse le dirigea ; ceci explique le 
développement du prophétisme d'ordre plus élevé qui se produisit 
parmi les Judaïtes. 

Cette absence de courage guerrier, ce défaut d'amour de l'indé- 
pendance, cette facilité à ployer la nuque sous le joug des Philis- 
tins, durent singulièrement rabaisser la tribu de Juda aux yeux de 
leurs frères d'Israël et les éloigner d'elle. Le mépris qu'ils avaient 
pour elle paraît se refléter dans l'unique récit que nous possédions 
sur la tribu du Sud et provenant des Israélites du Nord. Le héros 
de la tribu de Dan, Samson, qui infligea aux Philistins de si rudes 
défaites, s'était réfugié dans une des grottes du territoire judaïte. 
Les Philistins l'y poursuivirent, ce qui fut naturellement fort 
désagréable aux Judaïtes. Au nombre de trois mille hommes, ils 
se rendirent auprès de Samson, le sommant de se laisser lier pour 
être livré aux Philistins, car ceux-ci dominaient sur eux. Il con- 
sentit à la condition qu'on ne lui fît aucun mal. Et ainsi il fut lié et 
livré *. — Ce récit présente les Judaïtes sous un jour absolument 
défavorable : il montre, en premier lieu, leur lâcheté, puisqu'ils se 
réunirent en si grand nombre contre un seul, fût-ce un Samson ; 
il montre aussi la bassesse de leurs sentiments, leur servilité dé- 
ployée au détriment d'un membre de leur nation, et cela dans le 
but d'être plus vite délivrés de l'ennemi ! 

Il est encore une autre raison qui dut contribuer beaucoup à 
rabaisser la tribu de Juda aux yeux des tribus du Nord, et dont les 
écrits bibliques ne disent rien. C'est un fait que Juda n'était pas 
une tribu purement Israélite. Notamment Caleb et Othoniel, les 
seuls qui soient nommés c^mme guerriers et conquérants judaïtes, 
n'étaient pas des Judaïtes, mais des chefs ou des noms de clans 
iduméens. En effet, Caleb est toujours désigné comme « Kenizi » et 
Othoniel « comme fils (descendant) de Kenaz » ; or, Kenaz est le nom 
d'une tribu ou d'un clan iduméen 2 . Ce fait, comme nous l'avons dit, 

1 Juges, xv, 11 et suiv. 

* Genèse, xxxvi, 11 -xv, 15, 42. Le fait que le chroniqueur, si abondant en matière 



ISRAËL ET JUDA 33 

est passé sous silence pour des raisons faciles à comprendre. Cepen- 
dant dans le livre de Josué, il est resté des traces de ce fait, en ce 
qui concerne Caleb. En effet, il y est dit : « Hébron resta la posses- 
sion héréditaire de Caleb le Kenizi, parce qu'il se consacra à 
Jéhova, le Dieu d'Israël *. » Et ailleurs : « A Caleb, fils de Yephuné, 
il (Josué) donna une part au milieu des fils de Juda, suivant le 
commandement donné par Dieu à Josué 2 . » Caleb et Othoniel 
n'appartenaient donc pas à la tribu de Juda. De môme que le clan 
Kenizi, celui des Kéni 3 s'unit à la tribu de Juda, probablement 
avec beaucoup d'autres clans 4 . C'est sûrement à cause de ce mé- 
lange avec Edom que celui-ci a été considéré comme le frère de 
Jacob-Israel 5 et identifié avec le légendaire Esaù, ce qui n'est pas 
le cas pour Amalek, par exemple, lequel, quoique cité aussi comme 
descendant d'Esaù 6 , ne s'est pas mélangé avec Israël. C'est 
aussi à ce mélange avec Israël que nous devons la conservation 
de la généalogie et de la chronique des rois iduméens. Autre- 
ment les Hébreux, et particulièrement les Judaïtes, n'auraient 
eu aucun intérêt à la posséder. Le chapitre xxxvi de la Genèse, 
qui y est relatif, est donc d'origine iduméo-judaïte 7 , tandis qu'un 
autre passage de ce livre, qui appartient au cycle des légendes 
des Israélites du Nord, compte les clans Kènl et Kenizi parmi 
les nations dont Dieu a promis de donner le pays aux Hébreux s . 
La citation de ces clans aurait-elle servi par hasard à diriger 
une attaque contre la tribu de Juda ? — D'autre part, on s'ex- 
plique aussi de cette façon pourquoi, chez les Judaïtes, l'ima- 
gination n'a rien inventé, excepté en ce qui concerne Moïse 
et David. Cette tribu ne pouvait sous aucun rapport s'enor- 
gueillir de son développement national. S'il est donc établi, comme 
nous le croyons, que, dès l'époque des Juges, il y eut de Péloi- 
gnement entre Juda et les Israélites du Nord et si ceux-ci re- 
gardaient le premier avec une certaine hauteur, ce sentiment de 
mépris, surtout chez la tribu d'Ephraïm, qui, en raison de sa 
puissance, donnait le ton aux autres, dut se changer en amer- 
tume et haine, lorsque cette tribu de sang mêlé parvint par David 

de généalogie, les fait descendre de Heçron, le petit-£ils de Juda (1 Chron., n et iv, 
13), ne prouve rien. 

1 Jos., xiv, 15. 

« Ibid., xv, 13. 

3 La version des LXX, qui donne TpbîOSPtti au l ieu de Û^îl (Juges, i, 16), est 
sans doute tendancieuse. 

* Voir I Sam., xxx, 26 et s. 

5 Deut., xxiii, 8; Obadia, 10 ; Malachie, i, 2. 

6 Gen., xxxvi, 12. 

7 Sans doute aussi xxxn, 4-xxxin, 17. 

8 lbid.\ xv, 19 et s. 

T. XXXIX, n° 77. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à la suprématie sur les autres tribus. La manière dont David 
et Salomon traitèrent celles-ci, comme nous l'avons vu, ne pou- 
vait que maintenir en éveil et même fortifier les sentiments d'ani- 
mosité contre Juda, et ils se manifestèrent, en effet, en récits à 
tendance. 

Nous considérons comme une fiction tendancieuse de ce genre, 
composée en vue de rabaisser la tribu de Juda — car il ne peut 
être question d'un état de choses réel — le récit du péché commis 
par le Judaïte Akhan à l'occasion de l'interdit prononcé contre 
Jéricho et tout ce qui s'y trouvait, péché en punition duquel il 
aurait été lapide et brûlé avec ses fils et ses filles et tout ce qui 
lui appartenait — au mépris de la loi des prophètes judaïtes 
(v. plus haut) *. 

Un autre récit tendancieux de ce genre nous montre le père de 
la tribu, Juda lui-même, profitant de l'absence de Ruben, l'aîné 
des fils de Jacob, pour persuader à ses frères de vendre Joseph 
comme esclave au lieu de le tuer, ce qui ne leur eût été d'aucun 
profit, et tirant de cette vente vingt pièces d'argent 2 . Toute- 
fois, cette tendance se manifeste beaucoup plus clairement et 
d'une façon plus nette dans le chapitre suivant de la Genèse (cha- 
pitre xxxviii). 

Ce chapitre, qui interrompt l'histoire de Joseph, contient une 
histoire de famille de Juda qui, soit dit en passant, est chronologi- 
quement invraisemblable 3 , et où nous relevons les points suivants : 
Juda se sépare de ses frères et épouse une Cananéenne 4 , — ceci 
est sûrement une allusion à la séparation de la tribu de Juda 
d'avec les autres tribus et à son mélange avec des éléments 
indignes. De ses trois fils, les deux aînés sont frappés de mort par 

1 Jos., vu. Dans un cas analogue, Lévit., xxiv, 10, on fait ressortir que le cou- 
pable était un Egyptien. 

* Gen., xxxvn, 26. 

3 En effet, en admettant que Joseph n'ait été âgé que de dix-sept ans quand il 
fut vendu (Gen., xxxvn, 2), il s'écoula depuis ce moment jusqu'à son élévation au rang 
de vice-roi d'Egypte treize ans (ibid., xli, 46). Ensuite vinrent les sept années 
d'abondance et deux années de famine (ibid., xlv, 6). Ce fut alors que Joseph 
fit venir son père en Egypte avec toute sa famille. Et c'est dans le cours de ces 
vingt-trois années que se seraient passés tous les événements suivants : Juda se 
marie et engendre successivement trois fils; l'aîné grandit, se marie et meurt; le se- 
cond, qui épouse la veuve, meurt également. La veuve attend ensuite que le troi- 
sième fils de Juda soit grand et, celui-ci n'ayant pas voulu 1 épouser, elle a com- 
merce avec Juda lui-même et elle met au monde des jumeaux. Or, non seulement ses 
deux fils, mais aussi les iils de l'un d'eux sont comptés parmi les soixante-six per- 
sonnes qui accompagnèrent Jacob en Egypte (ibid., xlvi, 12, 26). 

* Le fait que chez les Israélites en considérait comme peu convenable le ma- 
riage avec une Cananéenne ressort de Gen., xxiv, 3 et xxviii, 1, 8, ainsi que de 
la remarque qui est faite à propos d'un fils de Siméon, que sa mère était une Cana- 
néenne. 



ISRAËL ET JUDA 33 

Dieu à cause de leurs péchés. Seul le troisième fils de la Cana- 
néenne, Schéla, contribue à former la tribu de Juda 1 . Mais le 
noyau et l'aristocratie de la tribu, ce furent les descendants des 
deux frères jumeaux Pérée et Zérah, que Juda eut de sa bru, 
c'est-à-dire quasi ou réellement par voie incestueuse, qui les 
formèrent. En effet, légalement celle-ci était aussi destinée comme 
femme à Schéla. — Il est évident que ce récit ne repose sur 
aucun fait réel, mais il est caractéristique que la légende popu- 
laire ne se soit occupée que des affaires de famille de Juda et nulle- 
ment de celles d'aucun autre chef de tribu. Gomme les détails 
sont de nature diffamatoire, la légende ne peut s'être formée que 
dans le Nord, en vue de rabaisser la tribu de Juda. D'autres récits 
qui accusaient trop nettement cette tendance ont été sans doute 
supprimés par les rédacteurs. 



VI 



La tribu de Juda, de son côté, n'avait pas de sentiments hostiles 
contre les Israélites du Nord; elle cherchait, au contraire, comme 
nous le constatons par les discours des prophètes, à se réconcilier 
avec eux, mais sous la bannière de sa propre doctrine religieuse 
et de la dynastie de David. Quant aux légendes des Israélites du 
Nord, Juda ne pouvait, il est vrai, les réfuter — la critique histo- 
rique n'existait guère dans l'antiquité — mais il n'en tenait pas 
compte. Pour les Judaïtes, l'histoire au point de vue religieux 
commençait avec Moïse, et au point de vue politique avec David. 
Ils ne s'intéressaient guère aux trois patriarches. Dans les livres 
des prophètes et dans les écrits historiques qui proviennent de 
Juda, il est rarement question des patriarches. Une fois seu- 
lement, le prophète Osée cite quelques traits de la vie du pa- 
triarche Jacob, mais de quel ton railleur ! « Dans le sein maternel, 
Jacob trompa par ruse son frère et, dans sa vigueur* il lutta 
contre Dieu. Il vainquit l'ange et le terrassa ; l'ange pleura 
et le supplia (de lui rendre la liberté), disant qu'il le (retrou- 
verait à Béthel, et là il nous parle (en réalité). Mais Jéhova 
est le Dieu Jéhova; c'est là son nom 2 ! » c'est-à-dire comment 
peut-on dire de lui pareille chose ! — Et plus loin : « Jacob s'enfuit 
aux champs d'Aram, Israël servit pour une femme; oui, pour une 

1 Nombres, xxvi, 20. 

» Osée xn, 4-6; cf. Ex., m, 15. 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

femme, il garda les troupeaux. Mais Jéhova fit monter Israël 
d'Egypte par un prophète (Moïse), et c'est par un prophète qu'Israël 
fut gardé *. » Evidemment Osée raille ici les légendes frivoles des 
Israélites du Nord touchant le patriarche Jacob, auquel on attri- 
buait la fondation de Béthel comme lieu de culte. Il oppose au rusé 
Jacob le prophète Moïse, au culte païen de Béthel la haute signifi- 
cation du nom de Jéhova, et termine son discours par ces mots 
sévères : « Ephraïm a excité jusqu'à l'amertume le Seigneur, et 
celui-ci lui fera expier le châtiment de son crime et rejettera sur 
lui sa honte 2 . » 

Il semble que le prophète Amos ait aussi voulu railler l'origine 
attribuée aux hauts-lieux (Bamot) comme remontant aux patri- 
arches, quand il donne au nom du patriarche Isaac (pmf) la forme 
prnzr» et prête ainsi au mot « les hauts-lieux d'Isaac » le sens de 
« lieux de plaisir 3 ». Il est vrai que les deux formes ont la même 
signification « le riant, le jouant, le réjoui ». Mais quand on désigne 
quelqu'un par son nom, on ne pense guère au sens abstrait du 
mot. Si on donne, au contraire, à ce nom une forme nouvelle, on le 
fait avec l'intention d'appeler l'attention sur le sens et le plus sou- 
vent sur le sens injurieux du mot. En modifiant le nom du pa- 
triarche et en l'appelant prra>i, le prophète a voulu faire ressortir 
la bassesse de ce nom ainsi que des « hauteurs » et de la « maison » 
(d'Israël) dont on faisait remonter l'origine au patriarche. Ou bien 
le véritable nom lui était inconnu et, s'il en est ainsi, cela prouve 
bien combien peu les Judaïtes s'intéressaient aux patriarches. 

En général, les prophètes et les poètes judaïtes ne s'occupaient 
pas du passé, mais de l'élévation religieuse et morale du peuple 
dans le présent et pour l'avenir. Du passé, ils ne relèvent, en fait 
d'incidents importants, que la délivrance miraculeuse d'Israël de 
l'Egypte, la conclusion de l'alliance avec Jéhova, rompue plus tard 
par le peuple, et les prodiges accomplis par Dieu pendant la mi- 
gration à travers le désert. Pour eux, Moïse était l'intermédiaire 
divin, et il est caractéristique comme Isaïe, le prophète de l'exil, 
parle encore, dans une prière 4 , de Moïse, d'une part, et des patri- 
arches, d'autre part : « Je me souviens des anciens jours de Moïse, 
son serviteur, le pasteur de son troupeau 5 . Où est-il, Jéhova, qui 
leur fit traverser la mer et qui mit en lui (en Moïse) son esprit 

1 Osée, xn, 13, et suiv. 

* lbid. y xn, 15. 

* Amos, vu, 9, 16. Dans Psaumes, cv, 9, on emploie la dernière forme, sans doute 
d'après Amos, sans qu'on remarque le sens caché. 

* Isaïe, lxiii, 7-19. 

* Au lieu de -Dm, il faut lire 1DTN1; au lieu de la?, lire TilV , et, après ce 
mot, il faut mettre 13N1S ïfJH flN. 



ISRAËL ET JUDA 37 

saint ? De son bras glorieux, il dirigea la droite de Moïse et il 
fendit les eaux devant eux...; il les dirigea à travers les flots, 
comme un coursier dans la steppe, sans qu'ils bronchassent 1 ... 
N'est-ce pas toi qui es notre père, car Abraham ne nous connaît 
pas, Israël {Jacob) ignore qui nous sommes. C'est toi, Jéhova, 
qui es notre père, qui de toute éternité t'appelles notre Sauveur 2 . » 
Ainsi, pour notre prophète, ce ne sont pas les patriarches, pas 
même Abraham, l'ami de Dieu 3 , qui ont de l'importance, mais 
c'est Moïse, par qui Dieu a accompli de si grandes choses. 

Il esta présumer que lors de la destruction du royaume du Nord 
et de l'immigration de ses prêtres et de ses prophètes, les légendes 
de ce pays se sont aussi acclimatées peu à peu dans le pays de Juda. 
De même que les idées et les coutumes religieuses, les traditions 
historiques des Israélites du Nord s'y répandirent librement grâce 
à elles. Lorsque le royaume du Sud fut détruit à son tour et que 
Juda fut exilé en Babylonie, le sens des souvenirs historiques 
s'éveilla aussi en lui. En dehors de l'organisation de la future vie 
sociale et religieuse pour l'époque où le retour dans la patrie, 
qu'on croyait assuré, serait réalisé, et, outre les productions re- 
ligieuses et autres auxquelles se vouèrent dès lors les esprits 
débarrassés de leurs préoccupations politiques, les lettrés s'adon- 
nèrent au soin de rassembler des documents historiques et de les 
coordonner en ouvrages complets. Les traditions des Israélites 
du Nord furent également recherchées, mais tout leur travail 
fut mis au service de l'idée religieuse et, pour cette raison, porte 
l'empreinte de cette tendance. Tout ce qui ne répondait pas à leurs 
idées sur l'action de Dieu, sur la destinée de son peuple élu, les 
auteurs bibliques ne pouvaient le considérer comme exact. Ainsi les 
documents et les traditions des temps anciens, grâce à des additions 
et à des suppressions, furent ramenés à une forme pragmatique. 
Cette direction dans la manière de traiter l'histoire d'Israël fut 
aussi suivie par les rédacteurs postérieurs à l'exil, jusqu'à ce que 
les ouvrages historiques de la Bible reçussent leur forme actuelle. 
C'est de leur point de vue religieux actuel qu'ils considéraient les 
événements du passé, et ils les modifiaient en conséquence, sans 
croire commettre une infidélité *. Il est certain que beaucoup de 
détails, peut-être même des écrits entiers, qui auraient pu nous 

1 Isaïe, Lxm, 11-13. 

« lbid., 16. 

3 Ibid f , lxi, 8. 

* Ainsi purent se former les livres des Chroniques, qui diffèrent tant des livres de 
Samuel et des Rois, parce quMls poursuivent une tendance beaucoup plus prag- 
matique. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mieux renseigner sur l'histoire d'avant l'exil et le développement 
religieux des Hébreux ont été supprimés. Cependant nous savons 
gré aux rédacteurs bibliques d'avoir conservé beaucoup de choses 
qui nous permettent de nous faire une idée de cette histoire. A vrai 
dire, il faut en rendre grâce aux compromis acceptés par les partis 
en ce qui concerne la législation, qui ont fini par émousser de plus 
en plus les contrastes. De même qu'on accueillit dans la Loi, dans 
la Tora, beaucoup d'idées religieuses et de coutumes des anciens 
Israélites du Nord, de même on accepta, mais plus franchement 
encore, les documents et les traditions, tant pour la Tora que 
pour les livres historiques. 

Il nous semble que c'est de cette manière que le problème de la 
formation du Pentateuque et des livres historiques de la Bible peut 
se résoudre le plus aisément. La succession chronologique et le 
nombre de leurs auteurs, dont la critique biblique s'occupe prin- 
cipalement, si toutefois on peut les fixer, sont des questions d'ordre 
secondaire. En tout cas, celles-ci ne peuvent être traitées, à notre 
avis, sans tenir compte de l'opposition essentielle qui exista entre 
les Israélites du Nord et Juda. 

Israël Sack. 



LES JUGES JUIFS EN PALESTINE 

DE L'AN 70 A L'AN 500 



L'organisation de la justice juive en Palestine après la destruc- 
tion du Temple n'est pas aisée à déterminer. Les détails que nous 
donnent à ce sujet les écrits de l'époque sont peu abondants et 
variés, et leur manque de précision impose la nécessité de 
recherches minutieuses. Nous allons réunir ici tout ce que nous 
avons pu trouver sur ce sujet ; notre récolte n'aura pas un intérêt 
de premier ordre, elle ne révélera presque rien de nouveau : notre 
ambition s'est bornée à faire un relevé aussi complet que possible 
de tous les renseignements que le Talmud fournit touchant les tri- 
bunaux juifs et les docteurs qui exercèrent la justice. 

On sait que, lors de la chute de Jérusalem, Jabné devint le 
centre du judaïsme pour la Terre-Sainte. Un véritable tribunal y 
fut-il organisé dès lors sous la présidence de Yohanan b. Zaccaï, 
avec des pouvoirs étendus au point de vue de la juridiction * ? 
Nous ne voudrions pas nous borner à répondre à cette question 
par l'affirmative. D'après une source très ancienne 2 , ce que 
Yohanan sollicita et obtint tout d'abord des autorités romaines, ce 
fut une certaine indépendance en matière religieuse, la création 
d'un centre religieux 3 . A ce moment, malgré la protection de la 

1 Schùrer (III, 3 e édition, p. 10G et suiv.) dit avec beaucoup de réserve : « Sans 
doute le peuple juif se créa bientôt un nouveau centre, grâce au tribunal de Jabné. 
Mais ce dernier n'était qu'un tribunal de jurisprudence, dont les décisions n'avaient 
qu'une valeur théorique. » — Weinberg, Monatsschrift, 1897, p. 591, ne donne au- 
cune preuve tirée de l'époque qui nous intéresse confirmant son assertion que les 
Juifs jouissaient d'une véritable juridiction. 

2 Abot di B. Nathan, iv : vpfcïnb ftS ftSIBNI Î15^ N5N ^E» '^pntt TN 
rmïtt b"D Ï13 Ï11Z53W ïlb&n !"D 3>3pN1 « Je ne te demande que Jabné pour 
y enseigner à mes disciples, y établir des prières et y accomplir toutes les prescrip- 
tions religieuses, i 

3 C'est sans doute à cela que se rapporte l'expression Y'ia S— HS'lb DN31 
ï-ftlPStiJ (j. Sanh., 30 a), d'après laquelle les communautés devaient demander les dé- 
cisions à Jabné ; cf. p. 40, note 2. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Cour impériale, une mesure aussi importante pour les intérêts du 
judaïsme n'était guère à espérer *. 

C'est uniquement au point de vue religieux qu'on consentit à 
placer Jabné au niveau de Ja ville sainte, et les consultations 
adressées par les Juifs de l'étranger à l'Académie de Jabné ne 
visaient que des questions religieuses -. C'est aussi le domaine où 
se renfermèrent les réformes de Ben Zaccaï 3 . Aussi n'oserais-je 
pas décider si son Bet-Din de Berour-Hayil était un véritable tri- 
bunal 4 . Il y aurait lieu de se demander également, d'après cela, si 
la première rédaction de la loi sur le Siharihon appartient à notre 
époque 5 . Cependant il existe un passage instructif, pour fixer les 
prérogatives de Jabné, qui mérite d'être cité ; ce passage dit qu'un 
condamné à mort ne peut pas être exécuté à Jabné et doit être 
amené à Jérusalem 6 . Si cette opinion, qui est celle de R. Akiba, 
devait avoir un autre intérêt qu'un intérêt académique, il faudrait 
autant que possible la placer à l'époque des grands succès de Bar- 
Cochba. Peut-être se berçait-on de l'espoir de rétablir l'ancien 
Sanhédrin et Akiba voulait-il sauvegarder les droits de la capi- 
tale vis-à-vis de ceux de Jabné. Rabban Gamaliel II montre un 
zèle ardent pour relever l'autorité de l'Académie, mais il est très 
douteux qu'il voulût la transformer en tribunal régulier. Il est 
vrai qu'on fixa le règlement 7 et l'organisation extérieure s selon 

1 Baba Batra, \0a, il est raconté que les neveux de Ben Zaccaï eurent à souffrir 
des exactions romaines, — sans doute encore sous le règne de Vespaslen. 

* Voir, par exemple, Houllin, 48 a : "ib^l ïlllî^îû !"PÏ1 fît tlblZÎ Tad 3^bnïl 

naa^b trbsn unbu: èto* ^a !rb*i voir aussi Sanh., 33 a : moa iroyja 

i-12n">3 D^Sfi 1SBP ÏTD^tt NSI ...îlbtt) ÛNÏ1 î-lbïtt©. Soit dit en passant, 
il n'y a pas de conclusion à rattacher à l'expression D^b^H IDlbttJ (cf. Jelski, Die 
innere Einrichtung des grossen Synedrions in Jérusalem, p. 69), car elle se retrouve 
encore à une époque très tardive, dans la bouche d'Abbaï [Houllin, lia) et de 
R. Isaac Napha (Kiddouschin, 59 a, b;nb IsbltK ïlb^MÛ "72 ^n?^). 

3 Voir Mischna Bosch Hasch., iv, 1 ; ses discussions avec les Sadducéens en matière 
d'affaires de succession (cf. Baba Batra, 115 b) pourraient bien être de l'époque anté- 
rieure à Tan 70, car il avait déjà à ce moment une certaine autorité, cf. Mischna 
Saibat, xvi, 7, xxn, 3, et j. Sabb., 15 d, au sujet de son séjour de 18 ans en Galilée. 

* Cf. Sanh., 32 3 : b">fi TlTab î"nn TT1N Ï1D" 1 Y'3 TTitf *]hïl « Va à la suite 
du meilleur Bet-Din,. . . de R. Yohanan b. Zaccaï à Berour Hayil. » Le paragraphe 
additionnel : b^ïl TlTaa TJÏ1 TIN ...dTn bip fcttn, provient, comme on sait, 
d'un autre passage et s'est glissé dans ce texte (et. j. Ketoub., 25 c). 

5 Mischna Quittin, v, 6 ; cf. Graetz, IV, note 2; Rosenthal, Monatsschrift, 1892, 
p. 2 et suiv. 

6 Mischna Sanh., xi,4 : ï-l^aUJ Ta 3 K31 IWaiD Taa «b ÎDN "p m 73 73 «pa 

y"n "nan û^bia-iTntû bv^ï-j Tab idn ybyn NbN. 

7 Cf. Jelski, l. cit., p. 81 et suiv. 

8 Tos. Sanh., vin (éd. Zuckerm., p. 427), au sujet du récit concernant l'ancien 
Sanhédrin, dit : J-pït ÎT3M WP bÉPbttîl '"] ÎTOM pl^SS Ta nî3>b« T'N 

Ipt hy atar thn tin ^sei nbNWta» trspn 1^73^73 ■paiB'n théo «ax 

■Jpt btf5 iTiaai 13B73 1 3 "' 73 1 73 « R. Eléazar b. Çadok dit : Lorsque R. Gamliel 
siégeait à Jabné, mon père et un autre [sic) se tenaient à sa droite et les anciens à sa 



LES JUGES JUIFS EN PALESTINE, DE L'AN 70 A L'AN 500 41 

l'ancien modèle, mais il me semble que c'était seulement en vue de 
décisions et de discussions rituelles. Vers la fin de son patriarcat, 
les rapports avec Rome étaient sans doute relativement favorables. 
Il avait des relations tant avec les Romains dans la capitale * 
qu'avec le proconsul 2 , et son cercle d'action semble aussi s'être 
élargi. Le gouvernement lui envoya, paraît-il, une délégation 
pour étudier les coutumes et les lois juives, et cette mission eut, 
en somme, un résultat favorable 3 . 

D'après une discussion, sans aucun doute postérieure de beau- 
coup à l'événement 4 , il était assisté de R. Josué ben Hanania, 
exerçant les fonctions de Ab Bet-Din, lequel avait peut-être le 
droit de prendre des décisions en matière de droit civil 5 . 

Ses autres contemporains et les membres de l'Académie exer- 
cèrent également un pouvoir juridique, sans qu'on remarque à 
leur sujet qu'ils aient eu besoin de l'autorisation de Jabné. Simon 
b. Nanos est renommé comme un connaisseur très distingué de 
la jurisprudence 6 . R. Ismaël est connu comme un juge incorrup- 
tible 7 . Eléazar b. Azaria — dont un document peu sûr s fait un 

gauche. Et pourquoi un homme se tenait-il près de l'ancien à sa droite ? Pour ho- 
norer l'ancien. » Le second c à sa droite i indique clairement que par « ancien » on 
désigne Gamliel ; il n'y avait donc qu'un seul personnage assis à la droite du pa- 
triarche (iriN) ; que signifie alors • mon père et un autre » ? Dans j. Sanh., 19 c, on 
lit "priNI £ON « mou père et son frère »; en raison de cette leçon, je propose de 
lire -p TIN N3N « Abba, son frère », et je rapporte cette expression à Abba, le 
frère et gendre de Gamliel (voir Yebamot, 15 a). 

1 Voir, au sujet de son voyage à Rome, Sifrè, ap#, § 43 et passages parallèles. 

'Voir Sanh., Ma : Ifitf "prabiaTa fntûn biab "(bï-nD 2»"na J-JU^ft"! 
ÊOIlOa, et Baba Kamma, p. 83 a, et passages parallèles au sujet des choses permises 
au }"h ma en raison de ses rapports officiels avec le pouvoir, niab'ob "pa"Hp. 

» J. Baba Kamma, 4 h : TTabb t-nûT»t3 i ntaO» "^la mabtt HnbttJia TO^'a 

...btpbm p-itt min; babii, ib„ 38 a: bat» i-Tyia-iï-ï ■"■biai?: inbia nasi 
berna*' TBan. 

4 Ibid.,lbb, il est dit que Gamliel, voulant affranchir son esclave, ne fit pas la 
chose régulièrement : 1"d"N yffllïT '"1 KM! Ta "ODS Nbl }"1 "-aNlB. A quoi on 
ajoute que le cas de R. Gamliel doit être distingué des autres, car ce n'était pas 
devant le Bet-Din. A cette observation il est répliqué que cependant R. Josué était 
Ab Bet-Din. Voir encore, à ce sujet, j. Schebouot, 36 c. 

5 Ràpoport, Erech Millin, s. v. Ta«, p. 2, attribue au Ab Bet-Din des pouvoirs 
en matière de jurisprudence civile, tout en ne tenant pas compte de ce passage. 

6 Voir la sentence de R. Ismaël, Mischna B. Batra, x, 8 : p"IOÏ n D"Orpia ï'Tïfc'Hîl 

■wa pno*b ttatYffn pa b-na mina© anscpja -proo mai»» wa 

033 p -p y 72 123 nN •©"Ûtt''- m*J*l»72. 

7 Ketoubot, io5a : miaôn anaa fini-in rrb •wa ^TB^b» p beoïïia'' 'n 

fCnb "jb Nab*OD b"K ''b PHN Na^ b"wX nn (cf. encore Guittin, 58 a : Nb 
bNlia^a SWVIÏ1 rmïTffl *W tPE3a>'ïa ÙV2^ Vn). Le passage de Baba Kamma, 
80 a, où il est dit de R. Ismaël que sa maison paternelle périt parce qu'ils pronon- 
çaient en matière civile isolément (VJTa maTOtt "m "pal) est digne de re- 
marque. Toutefois, dans ce passage il faut préférer la leçon "Hlfia "p^Taïa. 

8 j. Berach., 7 d : «p^ ma att "imN 13">7a (voir encore Jelski, l. c, p. 34 et s. 
et la note) . 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ab Bet-Din -* prononce un jugement dans la cause de Boethos qui 
est portée devant lui l ;. Dans une discussion avec Eliézer 2 b. Hyr- 
kanos, ses adversaires invoquent une décision qui remonte peut- 
être à une époque plus ancienne. Une déclaration digne de 
remarque est celle de Tarfon 3 , qui recommande de ne pas porter 
les litiges devant un tribunal païen ; lui-même résout des ques- 
tions juridiques qui lui sont adressées 4 . Ce cas arriva encore plus 
souvent à son illustre collègue Akiba 5 , qui paraît aussi avoir joui 
d'une légitime considération comme juge 6 . 

Pendant les grandes insurrections qui se terminèrent par la 
révolte et la soumission de Bar Cochba, les droits des Juifs furent 
certainement restreints en ce qui touche l'administration de la 
justice. L'ordination fut défendue sous peine de mort 7 , et très peu 
de rabbins purent la recevoir secrètement. R. Simon b. Gamaliel 
— le nouveau Nassi — eut d'abord à souffrir beaucoup de désagré- 
ments de la part des autorités romaines s , mais il put bientôt pro- 

* Baba Mecia, 63 a : lïmtt &&?& TW p OirVÎW ïlEWtt îl^\rs n"« 
ïmn' p K"1 Zi"y *D53, et Tos., ibid. (éd. Zuck., p. 379) et Mischna B. M., v, 3 : 
D*Wn 2"y ÏTCW VOIT p D"!rrQ î-rn 'pi. Au sujet de ses rapports avec 
Boethos, voir encore B. Batra, 13 6 : ,,,'pj'lT p OirP^lS Îlt25y?2 ÏTTlï'P *)"N"1 

ihït^w p a"n i"«#. 

» Mischna B. Batra, ix, 7 : linbttî pNS 17^2)2 [Wb« "")b) ib rïEN 
MMFhïft ntf Ifà^pl .ub^l"), décision de l'Académie datant peut-être encore 
d'avant l'an 70. 

3 Guittin, 88 a et passages parallèles : HX1N1Z) ÏDlptt bz) "ifà'IN "}1D*m 'l ï"Pin 

•wei J-rn» -«n banir^ "WS ïïtwid i"b*n d"i33> bu: hrmaa nsie 

•jïTb ppTïlb ; une autre leçon porte, il est vrai : *l"Wû '*1.. 

* On connaît la décision qu'il rendit à Lydda, Baba Mecia, 49 6, et il est ca- 
ractéristique que les marchands, mécontents de lui, lui dénièrent le droit de pronon- 
cer des jugements dans cette ville ; cf. encore B. Kamma, 103 b : ^POrD ï— lUÎ^TO 

•ps^ 'n "oeb éci ...tna 133 *5«» npbtt ^n^. 

8 ^. j&iM-a, 154 a : -|N31 ...Iflai T^N ^053 -DM IrWn pn3 ^33 ÏT£33»3 
N^p? *>nh DN "lbfcttli"!, Mischna B. Kamma, vin, 6: ©fin snstfî "inN3 MU)*»! 

tit m^tt 'i i-rb imb in^m i-Tsnp9 ■ai ^asb n&o pisn i-TOKrr; 

Mischna Nedarim, ix, 5 : iinmrû ÎWYm î-TÈttï"î in^Ntt *ï73tt nnôO rttt^îDI 

^uîtn "-lano "-Diiï î-vm ib^SN ...r^n^p? *i ^sb ^m fmn 'in. 

Il est intéressant que ce dernier passage soit uue allusion à un événement de la vie 
d'Akiba, cf. j. Sabb., 7 d, au sujet de la femme d'Akiba : NH^bpfà N53T)J niïl 

Kn"maa i*b niïti i-nb «aïrn bwti. 

swp* 135b J^bi 'il ->5sb ^m* tan» ^ ^sb p*Yn nn Srpb -i?:n 
rp-p p. 

7 Voir Sanh., 14 a, au sujet de Juda b. Baba et des cinq (plutôt six) docteurs qui 
reçurent l'ordination. 

8 Taanit, 29 a, on raconte que R. Gamliel fut persécuté par les Romains et ne 
fut sauvé que grâce au dévouement d'un grand romain; cependant, au lieu de R. 

Gamliel, il faut sûrement lire Simon b. Gamliel (cf. Graetz, IV, note 18). Ces con- 
fusions ne sont pas rares, cf., par exemple, Ab. Zara, 20a : '.Vn'0'"D ÎTH3253 
maft 1ÏT5 îlb^tt ^35 bs> rpmD, ou il faut lire 5"n ; j. ibid. ; 40 c, et Mischna 



LES JUGES JUIFS UN PALESTINE, DE L'AN 70 A L'AN 500 43 

céder à la convocation du Sanhédrin à Ouscha, où des questions 
juridiques furent également débattues ». Du reste, Simon b. Gam- 
liel rendit souvent des décisions en matière de droit civil 2 aussi 
bien que ses collègues, sans que nulle part il soit question d'un 
tribunal central jusqu'au moment où l'Académie d'Ouscha exerça 
son action 3 . Parmi les contemporains de notre Nassi, nous trou- 
vons d'abord R. Yosé b. Halafta, qu'il tenait en grande estime, 
s'occupant de questions juridiques 4 . Par contre, à l'époque de 
Simon b. Yohaï, le droit de juger en matière de questions d'ar- 
gent fut aussi enlevé aux Juifs ri , ce que Graetz rattache à la révolte 
qui aurait eu lieu sous Antonin le Pieux G . 

Froubin, vi, 2, où ilt aut aussi remplacer }"■) par ^"niU'n, suivant la baraïtab., 68 b. — 
Jb. t le patriarche est appelé Û^fin b^3i; Abr. Krochmal, Scholien mm babl. Talmud, 
dit que ce mot est mis ici pour ùnn « sceau », qui était l'insigne de la dignité de 
patriarche, et nous trouvons le patriarche Juda III en possession d'un anneau pré- 
cieux (cl*. Moed Kat., \2b; Froubin, 69 a). Cf. aussi la remarque ingénieuse de Jelski, 
. cit., p. 73, note 2. 

1 Au sujet des dispositions qui y furent prises, voir Ketoub., 50a; j. ibid., 28 d : 

ïpTii rn« Tspfcïi .MDïTn "pain inra&n Kir: vajib t»dm antiîi 
miaMab TOSan wn ©"hs» m» t<ï-p© .«imaa "W îb )np nsTttn. 

Remarquons, à ce sujet, ce qui est dit, b. ibid. : btt llïîllïl l^priTl ïstfZJINa 

Kbi •oiirvn nmi nnb iapa£) inaa ï-riDya ...lûttïta ^-inv tarai 
ata^p? 'n 13731 i-pan „.aau3"> ,ta i i-tb "nEfio aarai 'n 13721 Y-pan ib rwi. 

Dans la première partie, le mot ifiN est décidément étrange. Quand on dit de 
quelqu'un aail^ '"I 13731 YVan, ce n'est plus un anonyme quelconque. Je ne crois 
pas me tromper, en lisant ici lïltta — Elischa b. Abouya. Nous savons que son père 
faisait partie des gens riches de Jérusalem (cf. j. Hag., 11b) ; le fils devait donc 
aussi avoir eu de la fortune. Je ne voudrais pas me prononcer sur la question de sa- 
voir si -)J"JN a été transformé intentionnellement en ITIN, afin de ne pas attribuer 
à un apostat une intention si généreuse. —Cf. encore, pour ce passage, j. Pea, 9 b : 

S&ob'm pn ib nbuj voao ba p^bnm iTayic aaïai "na rrawai 

le fait que ces docteurs habitaient déjà Ouscha avant l'assemblée du Sanhédrin est 
déjà indiqué par j. ibid. : NlDlJO Ûllp ittb 3/'"YV Cf. encore la note 3. 

2 MischnaB. Mecia, vin, 8 : TO272 «m M.fJTT^ "DM IfiNa iTlBïta *niD3>7^ 
10V ^11 }"aim i3Bb. 

3 Cf. encore _#«£a _Z?a*ra, 28 3 : b&C^attî" 1 '"1 NÎI518 "Oblït *JN73 ; il y eut donc 
antérieurement déjà des synodes à Ouscha. Pour l'époque postérieure, cf. ibid., 146 a 
au sujet de cadeaux de noce : 133b FTT»a!l "UZJ NtlN "1 tlb^Tt i~Dbîl 1T1 
NUÎINb Û^an. Quant à l'époque de ce R. Aha, cf. Ketoubot, 88 b : NtlN m 173N 

NrsiaïÈa prur fm \ issb «a toj»53 ï-ni.att -na. 

* Cf. le passage de la Mischna cité à la note 2; Tos. Maccot, 1, 3 (p. 438) : -]£3UJ 

■nissta yvsb aa s-na3>73 (^ov ^anb) r-nim '-1 b"« nataa isara 

«"irHlDaîT) ; mais particulièrement j. Sanh., 18a : *pr£* Nnabï"! *ia ^Ol" 1 '"1 

^3N "jib 173N ï-mn "p Wiritt) ïn373 b^ ...sr-paip ^tt» ^3 na fnn 

■pab -173» N3*! ri73 "paib* "pbapfc «.imin ■p smi im 

;i J. Sanh. , 24 J : b»T^73 ni317372 W lb"J3 1HT 1 p U3'*1 Wa 
ÏVP3B Û^an N3^b*l N373ni ^-13 l'a'lÛ'-lN. H est à remarquer que R. Simon, 
qui fut tant persécuté par les Romains (cf. Sabb., 33 b), était le fils d'un homme qui 
paraît avoir été en relation avec le gouvernement (Pesahim, 112 a), et que son fils 
fut au service de Rome (cf., plus loin, au sujet d'Eléazar b. Simon). 

6 Geschichte d. Judcn, IV, note 20. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous ne savons rien de précis des relations du patriarche Juda I 
avec l'autorité romaine, le commerce qu'il aurait entretenu avec 
l'empereur ayant été contesté 1 . Peut-être pourrait-on trouver 
des traces d'exactions commises alors par les Romains 2 ; mais, en 
général, le patriarche semble avoir joui de pouvoirs étendus et les 
relations entre les Juifs et les païens paraissent être devenues 
plus étroites s . Juda Ha-Nassi procéda au remaniement définitif 
de la loi du Sikarikon 4 et prononça encore d'autres arrêts de 
droit *. Il faut faire ressortir surtout qu'à partir de ce moment, 
l'ordination ne pouvait être conférée que par la maison du pa- 
triarche 6 et que les communautés instituaient leurs juges sur sa 
recommandation \ Du reste, Juda établit pour leurs votes une 
règle fixe 8 , mais il semble cependant qu'alors aussi — comme 
pour le cas du Sikarikon — l'Académie se constitua en tribunal. 

1 Cf. ibid., note 23. 

2 Cf. B. Batra, 8 a : S-P53pb înfc* fim3BN 'lî1U5*l fcÔT^ TOI Niftfto 

rryr i #«$.■ 143 a : ■^■naoNi iVonn aob» rai mun ab->b3 w annn 

^31 1)28- Cf. aussi Pes., 112 b : parmi les quatre choses que Rabbi recommande à 
ses fils 0353Ï1 )12 *\l2£y rman biO ; la formule ^b îrDTO W2b*t appartient, 
il est vrai, à une époque postérieure. Il faut aussi remarquer sa recommandation à 
son successeur [Ketoub., 103 b) : 3173*13 "IDN^tUS ï'Mlî « Exerce le partriarcat au 
moyen de la corruption > (suivant la leçon de Raschi et de l'Aruch). L'inauthenticité 
de cette expression ainsi que de celle qui suit Q^T^brG N173 p"l")T « répands 
la terreur sur les disciples » me paraît certaine ; ces paroles ont dû être mises 
dans la bouche du patriarche mourant par quelque malveillant (peut-être N^Dp H3), 
afin de faire connaître que les principes du patriarcat (ibid., rnN v iI33 "HID) étaient la 
sévérité et la corruption. — Il est possible aussi qu'au lieu de Û' , 73 b 73. on doive lire 
Û" 1 53 1*13, « à l'aide des Romains ». Pour les rapports de Rabbi avec les Romains, 
il est caractéristique qu'il n'était guère au courant de leurs usages; voir B. Batra, 

164 3: û^mD "paitt m» ^53 iî ï-^in bis mrra *p -o-ib ■pr.f b"an. 

3 C'est de cette époque que date, sans doute, l'expression (Tos. B. Mecia, v, 20, 
p. 382; j. ibid., 10c) : S&miî'' Ït353tt ^5 „>*DYienB& "ni rttWB bfXlto\ 

* Cf. Mischna Guittin, v [Tos., p. 328) : DNU3 1D73D1 Y'^3 rrEin ^3"1 
tain 3"" 1 'pp'HpDM "*3D3 •"inïTtï). L'éd. de Cracovie du Talmud de Jérusalem 
porte Y'3 S^IH S'IÏÎ'IÏT ,m \, ce qui est une fausse transcription de V'3"V 

5 Cf., par exemple, j. Scheb., 37a : i3""l "^sb N3 !l^y53, où il s'agit de ques- 
tions de prêt; j. Ketoub., 25a : 131 "OSb N3 mû^TÛ, où il s'agit de droit 
matrimonial; ibid., 34 c, est douteux, parce que â"31ï5"l est désigné comme *p^pT ; 
j. B. M., 8 c, à propos d'une trouvaille ; 9 c, à propos d'un dépôt ; b. B. M., 73a, 
R. Ismaël l'entretient d'une décision concernant des achats et ventes. 

« J. Sanh., 19 a : -ntri vT^bn na s-ras inai "ina bs irro im'Na&ha 
•pN BPttaïi tnsib Nbu: nD53^ Y'^3 n»N r-fin mab 1133 ipbm 

"H253 "PI 3 53 (voir pour l'époque postérieure, Yoma, 78 a : 13b IJTSn Ï~IT "I3T 

13 "mnnb ris s — rt<-«irJ3). 

7 Sur la demande de la communauté de Simonis, Rabbi lui envoie Lévi comme 
juge ; cf. j. Tebam., 13a, et passages parallèles. 

« Sanh., 36 a : ibnn53 Tlfl iW ij«m "Wl N^7353 Niri N5N 3") "lttN 
N\25"H3 ; d'après Guittin, 59 a, cela se rapporte au vote concernant la loi du Sika- 
rikon. Il est quelque peu surprenant que Rab fût adjoint au vote quoiqu'il n'eût pas 
reçu l'ordination ; son ordination — d'ailleurs incomplète — n'eut lieu qu'avant son 
départ pour la Babylonie ; voir Sanh., 5 a. 



LES JUGES JUIFS EN PALESTINE, DE L'AN 70 A L'AN 500 45 

Un contemporain de Rabbi — R. Eléazar b. Simon — présente 
l'administration de la justice à cette époque sous un jour très défa- 
vorable et blâme les juges qui infligeaient injustement des châ- 
timents corporels f . On sait qu'Eléazar consentit à faire pour le 
gouvernement romain l'office de bourreau *, et il s'est formé à 
son sujet la légende que même après sa mort il a encore rendu 
des arrêts 3 . R. Ismaël b. Yosè — qui fut aussi quelque temps au 
service des Romains 4 — fut le modèle de l'incorruptibilité 5 et, 
suivant toute apparence, un juge très recherché 6 . 

Le successeur de Rabbi, Gamliel III, était tout à fait sous l'in- 
fluence des docteurs et dut aussi faire des concessions à l'Acadé- 
mie au sujet de l'ordination 7 . Cependant, au dehors il était res- 
pecté comme un grand dignitaire s . Le directeur de l'Académie, 
sous son patriarcat, R. Hanina b. Hama, est souvent nommé 
comme juge 9 , et l'ami de Rabbi, Hiyya le Babylonien, est égale- 

« Sabb., 139 a: Û^^in ibN Û^tûl ïl^tt ...^V»lb '"13 N""l DIE» "NbfclB "TN 
DrrSTnb bptt 11253>3tt), et Sanh., 98a: \WW '-p N"n Û1OT ^bttlD *l"N 
b&niB^» Û^'Jlffll Û^DIU) bD ibs^œ 19 N3 TH p *pN. Il est intéressant 
qu'on représente l'état de choses à Babylone à cette époque comme voisin de la bar- 
barie, cf. Ouittin, 14 6, etj. Kidd., 64 a, où on raconte que R. Ahaï b. Yoschia envoya 
un jour deux de ses collègues à Nehardéa pour encaisser de l'argent et que ceux-ci 
coururent un danger de mort; il faut encore noter que R. Ahaï lui-même paraît avoir 
été enseveli dans le voisinage de Nehardéa, voir Sabb., 152 b. 

» B. M., 83 6 : 1333, CPDH Npi ■p3>»'J} 'na "1T3ÔK '"15 S-fiT)». Cf. Graetz, 
(2 e éd.), IV, p. 227. 

» 73., 84 * : rrnbE *»e*i imnbÉ in n^s amb "nn ^a tin th *a 

aTt nn» lanbe id^n ï-pmb*» t^bp p^D3. 

> B. M., ibid. : pnT*b Ï-T1Z5273 ^ÈCï "O Ntf?J "^"P '"13 b»*»©* 'n qKi. 

5 À r «/o«6., 105 6 : incita ï~rm f-ro'nN b^i ï-iti iot 'na bKJTatzji n 
p^ipi pa-n ifiT arr^N "jb asb^DD b"N *»b ma N5">1 ,„!-rb. 

6 J. Schebouot, 37 a, au sujet du fermier de Bar-Zaza qui confia à quelqu'un une 
livre d'or ; cf. aussi B. M., 73 a, et B. Batra, 59 6, au sujet de discussions entre 
voisins; Sanh., 29 6, au sujet du testament d'un homme surnommé 2^3)123*7 Niaa^ 
"ISIN « la souris couchée sur des dinars ». 

7 Selon moi, la suite de l'expression de j. Sanh. y 19 a: tfbtt5T M»15 n pnïTl "ntn 
Y'^a D3H73 Nbtf ï— 137272 fcOtDSÏl NÏT 1 , se rapporte à son époque. 

8 L'insigne de sa dignité était peut-être la clef d'or qu'il avait l'habitude déporter; 
voir j. Sabb., 8a : TP3 a!"ïT blD nnD7JT ...b^tfb TT ^aia ^"T. Voir encore, 
au sujet des honneurs rendus à ses fils à Caboul, Semahot, vin, où il faut évidem- 
ment lire, au lieu de baab "W35Î pb, biaab ^ÉOT "lb; voir à son sujet, 
Vayikra Rabba, xx, DV2 "HriN au début, et, au sujet du séjour des fils de Gam- 
liel à biaa, Pesahim, 51 a. 

9 J. Kctoub. y 25 6, à propos de questions de droit matrimonial; de même, ibid., 
29 b ; j. B. M., 12 c, à Sépphoris au sujet d'une maison; j. Gittin, 45c?, au sujet 
d'un esclave fugitif; B. Batra, 126 6, à propos d'affaires de succession ; ibid., 164 6, 
on lui présente un UltfJD 323 avec la mention de l'année du règne de l'àp^wv. Le 
contexte indique un àpjrwv païen (comme, par exemple, j. Berachot, 9 a : >m \'29 
^I7jp72 Dp ÊOT N313"I'N) ; cependant il est peu probable que dans la rédaction d'une 
lettre de change on ait parlé de la date d'entrée en fonctions d'un proconsul. On 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment désigné comme tel l . Rabbi Yonathan était aussi connu 
comme un bon juge, et sa valeur fut même reconnue par un Ro- 
main 2 . On cite aussi des arrêts rendus par d'autres disciples de 
Rabbi, par exemple Bar-Kappara et le père de R. Hoschaya 3 , 
Josué b. Lévi 4 , ainsi que R. Banaah, qui, ayant été accusé auprès 
du gouvernement, obtint, par l'habileté de sa conduite, son acquit- 
tement et l'autorisation de l'Etat à juger 5 ; R. Yohanan aussi 
possédait peut-être le droit d'infliger des peines corporelles G . 
C'est à cette époque qu'appartient aussi Isaac b. Hakoula 7 , qui 
rendait des sentences. 

Nous arrivons maintenant à la période des Amoraïm et nous 
devons faire remarquer ici que les exilarques de Babylonie pa- 
raissent avoir eu une compétence plus étendue que les patriarches 
de Palestine. Les exilarques, ayant une position officielle, ont dû 
exercer le pouvoir judiciaire s et prononcer même de graves 

sait qu'il y avait aussi hors de Palestine des archontes juifs (cf. Schiïrer, Gemein- 
deverfassung der Juden in Rom (Leipzig, 1879), p. 20 et suiv., et ibid., p. 23) et 
que, d'après une source ancienne, leur élection avait toujours lieu en Tischri. 

* R. Hiyya, Sanh., p. 5 a, dit de lui-même Trp3 m31»tt W *p N3N "pîO ; 
voir au sujet de son activité, B. B., 59 b, à propos de querelles entre voisins, B. M., 
17 a, dans le procès de 0"1j"H72 '"D "WrQtiJ avec sa bru (aussi dans j. Scheb., 
37 a) ; j. B. M., 12 c, au sujet des deux partis dans l'Académie ; j. Scheb., 37 d, au 
sujet du dépôt confié par le fermier de Bar Zaza ; j. Sanh., 18 J, R. Yohanan se pré- 
sente devant lui pour une affaire personnelle et Hiyya s'adjoint un de ses disciples 
pour rendre l'arrêt. 

2 Cf. j. b. b., 13 c : mm -"tt-n in pn «irn msata v*n airr ïrw 1 
miasa ^xn abi ne? b^ "pan mn ,„m^m «inn ttb naa •jb'w nn i"nb 

ÈttWl llîlîlbN ^11 nttN pD3 i l( V)a in Nin mb ; la même chose est racontée 
un peu différemment dans b., 60 a, de R. Tannai, sans qu'il y soit question toutefois 
des Romains. 

3 J. Scheb., 37 a, dans le procès de R. Marinus avec sa bru devant R. Hama, père 

de Bar Kappara, et R. Hoschaya, où il faudrait, au contraire, lire R. Hama, père de 
R. Hoschaya, et Bar Kappara, comme ailleurs, par exemple j. Nidda, 50 c. 

* Voir j. Guittin, 45 d, Josué b. Lévi avec R. Hanina au sujet d'esclaves fugitifs ; 
c'est aussi en compagnie de ce collègue qu'il se rendit à Gésarée chez ràvOOuaTo; 
(cf. j. Z?er., 9 a), qui lui témoigna beaucoup d'égards. 

8 Cf. le passage intéressant de B. B., 58 a, à sou sujet : 13 JS^mp "ibSN 

«bai inno abri iibsmo mie» pie» Npi ■wrwi in *o^ *n»N aob» 
in i^ai Nanti an'-b wm ^b-û trsm bwtt *raN ...lïriMn îïrpna ^t» 

NS^I. Le même reproche fut adressé à peu près à la même époque à R. Schila, 
Berach., 58 a (sans doute à Nehardéa, cf. Yeb., 121 a) : JSnnS "Wlb miSj Nb^ttJ T 

«pi wimn jrna in «ma n»N îobtt ^a «amp bsN bïa rynstE b^m 
awmîi aba aavj "p-n. 

G Voir j. Pea, 15 d, où R. Yonathan, cherchant à exhorter quelqu'un à remplir 
ses devoirs de piété filiale, R. Yannaï lui dit : msimsa £*b flttbl « pourquoi ue 
l'y forcez-vous pas? » ; cf. avec ce passage Kctoub., 49 J. 

7 Voir j. i?. Balra, 13 £, à propos de troubles causés par les voisins. 

* 5. iTflwwrt, 58* : ^b mob ïiNWai «ri "pam Nmbs îcn iaa. 



LUS .IUGUS JUIFS EN PALESTINE, DE L'AN 7(i A L'AN 500 47 

peines corporelles 1 . Cependant le patriarche Juda II, le (Us de 
Gamaliel III, avait aussi des pouvoirs étendus, ce qui s'explique si 
nous admettons avec Graetz qu'il était l'ami de l'empereur 
Alexandre Sévère 2 . — Il avait sans doute aussi des insignes de sa 
haute dignité 3 et pouvait faire procéder à des exécutions par ses 
gardes du corps 4 . — Cependant, à une certaine époque, il paraît 
avoir eu beaucoup à souffrir des exigences du gouvernement 5 . Il 
chercha à se tirer d'affaire en chargeant, contre tout usage, les 
docteurs d'impôts 6 , bien que les Romains eux-mêmes affran- 
chissent les docteurs juifs comme leurs propres savants 7 de toute 
contribution 8 . Par ces procédés et surtout par son népotisme en 
ce qui concerne la nomination de fonctionnaires et de juges in- 
dignes 9 , il se rendit impopulaire chez beaucoup de docteurs. — 
C'est aussi à cette époque que Simon b. Lakisch a dû prononcer 
son arrêt de condamnation contre les juges 10 . 

La première place parmi les docteurs de cette génération re- 
vient à R. Yohanan. Il jouit d'une grande considération comme 

1 Voir Sanh., 27 a, où il est dit que l'exilarque voulait faire crever les yeux à un 
meurtrier présumé; au sujet delà considération dont il jouissait, voir j, Ber., ir, 10 : 

wn in nanpna wp aob» i*np h-^by ihk mi^an ...ïla'n ï-pti'i -ien 

Nmb3 (cf. aussi Schebouot, 6 5, et j. in loco). 

1 G. d. J., IV, note 23. Je tiens encore à appeler l'attention sur le passage si inté- 
ressant de YHist. Aug. Alex. Sev., ch. xlv (cité par Th. Reinach, Textes des au- 
teurs grecs et romains relatifs au Judaïsme, p. 349) : « Dicebat grave esse, cum id 
Christiani et Judsei facerent in prœdicandis sacerdotibus, qui ordinandi sunt, non 
lieri in provinciarum rectoribus. » M. Reinach, note 1, pense aux » membres des 
synhédrins locaux ». — Il faudrait aussi rapprocher de cela le passage d'Orig., ad 
A fric, 14 : ytyvsxai ôè xaî xpnrr,pia XeXrjôÔT»; xaià tov vôu.ov xoù ôY/.àÇovxoù xi.vaç 
xèv iitl roi 6avàT<o. .. Graetz (ibid) le rapporte à l'époque de Juda III, environ en 
240, peu de temps après la mort d'Alexandre Sévère. 

3 On sait qu'il avait une garde de Goths, j. Horayot, kla : lUDnftb "p^m3 Tlbttî 
ttî^pb plu"") m; Ber., 44 a: ïmnn» "^biSa ï1Niti33 i' ,fc 1 mtZJE mn (soit dit 
en passant, R. Nahman en Babylonie paraît aussi avoir eu une garde du corps, voir 
Kidd., 33 a: lNT"tt *niZ5W "JEni H"), peut-être les gardes du corps de l'exilarque; 
nous trouvons aussi des serviteurs goths chez R. Abbahou, j. Yomtob, 60c). Peut-être 
Juda II possédait-il aussi un uniforme, voir B. B., 111 a, où R. Yannaï dit de lui : 
ifiP ÏTVlb'Mn "W W8, j. Sanh., 20 c, R. Hanina l'exhorte à mettre son vêtement 
d'apparat, atin qu'on puisse contempler t le roi dans sa gloire ». 

'* J. Ketoub., 33a: !Tn72 p^DNI rWW ■«""fl ^VU* tt^pb p "Q"~i ^n^N ; 

Nidda, 52a : aunbn Tira narni» ">"-ib m»« larm '1 btN. 

* Voir Ber. B., 78, et, au sujet de son caractère, Weiss, YïtfJTm -)"n ^«n, III, 
p. 67 et s. 

6 B. B., 7 b : •p2-HN NIÏÛ^J Nttn ÏWnM NTli-p '"». 

7 Cf. Kuhn, Die bilrgerlirhe und stàdtische Verwaltung des romischen. BeicheSj 
l'' partie, p. 83 et s. 

8 Voir les ordonnances y relatives (années 330 et 331) dans Cod. Théod., titre 8, §2. 
8 Voir les passages cités souvent,. Sanh., 7, et j. Bikkourim, in, 3. 

10 Sabb., 139 a : lb« tm "lb&W3 tD"»EO lî^pb p Uî"n Û11ÏÎB Wtt Y« 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

juge 1 , et ses relations personnelles avec les fonctionnaires ro- 
mains paraissent avoir été excellentes 2 . De môme que R.Yohanan 
alla consulter, pour des affaires personnelles, ses collègues plus 
anciens 3 , il vit ses collègues plus jeunes solliciter ses décisions 4 , 
et il était souvent requis pour des questions juridiques 5 . Cepen- 
dant il faut toujours répéter qu'à cette époque encore, il n'est pas 
question d'une instance supérieure, et qu'il n'y a pas trace d'un 
tribunal général. 

Simon b. Lakisch, qui avait des juges de son temps une opinion 
si défavorable (voir p. 47, note 10) et qui approuvait les procédés 
un peu vifs de son famulus vis-à-vis d'un mannequin érigé en juge 
par le patriarche 6 , était lui-même un juge très estimé. Un fait ca- 
ractéristique au point de vue de sa situation, c'est qu'il fut consulté 
comme juge par deux familles distinguées de Sépphoris, à propos 
d'une affaire qui, il est vrai, était plutôt une affaire d'étiquette 7 . 

1 Voir j. Sanh., 2i« : rmanb nn itta jo3vjdn3 f^i fib mrs uj:j n3 }"nn 

•b? bnp^Û IMN "ï"-n Ï1E; ibid. t on parle des N*m03U5 niNSU, que Simon b. 
Lakisch désigne comme n'ayant pas d'autorité; Sanh. y 23 a, c'est R. Yohanan qui 
montre de la méfiance à leur égard. 

* Voir j. Ber., 9a : -)3* TTlD^n b331 KRIDiM "Wp 3TH ÏWl \iriV '") 

pw aon m-m rroiTMa rnaiDDN *pb ^n ,„ûp «bi won». 

3 J. Sanh. t \Sa-b : ^n ITO5 JW 1 "» rî3n !T"n fm \ ""ttlp "pTM b^TN 'prTP '"I 

Tfcbn. 

* J. 5. i?., I6£,ï21éazar et Simon b. Yakim lui soumettent un cas relatif à une 
affaire de succession ; B. M., 48 b, il rend une décision dans une affaire commer- 
ciale où était engagé R. Hiyya b. Josef ; j. B. B., 17 a, dans une affaire concernant 
une sœur de Simon b. Abba ; j. Sanh., 21 d, R. Lévi (cf. sur lui Bâcher, Agada der 
palâst. Amorâer, II, p. 7, note 6) vient chez Eléazar au sujet de l'achat d'une maison 
et est renvoyé à R. Yohanan, de même Eumachos au sujet d'un moulin. 

s J.Ketoub., 28d : *p3 'pï K3p1? b"tt priT '"I "OA NPN N3p12 ; j. B. 
Meçia, 8b et 64 b, à propos d'objets trouvés; ibid., 9c, à propos d'affaires commer- 
ciales; j. Kidd., 60 a, à propos d'une esclave; ibid., 62c, à propos d'objets mis en 
gage ; B. Batra, 143 a, et j. B. B., 17 a, à propos d'affaires de succession : fcTH3î33 
Nàbc ^"l ÏT^iXl ; Ketoub., 84 i, dans l'affaire d'une de ses propres parentes, ce 
qui prouve également que, pour ces sortes de décisions, il ne peut être question d'un 
véritable tribunal. Enfin, il faut encore voir B. K., 99 b, où R. Yohanan prend une 
décision relative à la responsabilité du schohet dans la synagogue des Méonites 
0p3>tt1 NmZ^lD); cf. Sabb., 139 4 : y^ym NntfJDÎD ^33 HTÏ1 Niai* "^DN n"N 
(naturellement cela se passe à Tibériade). Un passage intéressant à ce sujet est celui 
de j. Sanh., 20 d % rsc^QX^l ««0553 ^31*72 ^DT ÏÛ*Ï7, c'est-à-dire Nn^DD3 
"P^X il parla dans l'assemblée de ses concitoyens. 

6 Sanh., 7 b; Juda b. Nahmani, le *Jfa:mn72 de Simon, insulte publiquement un 
juge institué par la maison du Prince et promet aussi une grave punition au patriarche 
lui-même, sans doute en vertu de la sentence de Simon citée en cet endroit : b"TN 
ÎTI1I3N 3>"J"l3 "lbttD "pa!! "l^Ntii fvrç TW^n te. Au sujet de ses rapports avec 
Juda b. Nahmani, cf. encore Ketoubot, 8 b. 

1 J. Horayot, 48 c : N»btt53 'pbNtt) fcOWSI «Wlba ïmB*3 V 5 ^ F*™ 

urpb 'a œ"nb mbamaN "W;np b^tt "pan "pnN û"p b^3 aruDai. u n' est P as 

possible de savoir si ces pou^eur/j;* faisaient partie d'un conseil juif. 



LES JUGES JUIFS EN PALESTINE, DE L'AN 70 A L'AN 300 49 

On mentionne encore beaucoup d'autres décisions prononcées 
par lui 1 ; parfois on cite de lui des arrêts en opposition avec 
ceux de l'Académie *, ce qui est une nouvelle preuve que celle-ci 
ne se constitua pas en tribunal. — Simon b. Lakisch prononça 
aussi des sentences pénales 3 et infligea des amendes considé- 
rables 4 . 

Yosè b. Hanina, un des plus anciens disciples de Yohanan 
(voir Frankel, Mebô hayerouschalmi, p. 102 b), fut de la part 
de la postérité l'objet de louanges pour sa science juridique 5 , 
et il paraît avoir eu Toccasion d'employer ses connaissances 
théoriques 6 . 

Le successeur de R. Yohanan — Eléazar b. Pedat — fit preuve 
d'une grande réserve vis-à-vis des Romains 7 , et, comme juge, il 
fut d'une extrême modestie s . 

Il était déjà en fonctions à la mort de son maître, d'abord, il est 
vrai, seulement comme président de la communauté 9 , Il eut fré- 
quemment à exercer ses fonctions déjuge 10 . 

Au sujet de la situation du patriarche Gamaliel IV, nous ne 
savons pas grand'chose; cependant la considération dont jouissait 

1 J. Kilaïm, 31a, Simon b. Lakisch fait payer R. Eléazar; Maccot, 5 a, une 
femme dont les témoins turent plusieurs fois convaincus de mensonge vient devant 
lui ; Ketoubot, 84 b, le procès d'un parent de R. Yohanan. 

» J. b. b., 16 b -. ipip np rranaiim "pm ^mp anai* mb mn iraoT '") 
■poDab mn Vn ïrb -wn ïjipb îan. 

a Cf. le passage déjà eue : j. Ketoub., 33 a : Y'«yj i-na.? 0">pb *J3 '^"*1 TP^N 

ïr»rn p^ski rwias. 
* J. B. z., 6c: u*n ^:ip jrmi ans sia^n "la ïttp 'nb T»sp« oa na in 

N3mi N'iu^b !fi03pl Cpb, etj. Ketoub., 28 rf, au sujet d'Ouscha: DK TDpÉ 

»nn wian na v '~i "hen -inarn iptn. 

5 5. X., 39 a, Rabba dit de lui : WTl Kp»*lJ3 nTDl 6Ç"""!. 

6 J. i?. J/., lia, au sujet d'une dispute de R. Nehémia avec ses journaliers. Il est 
à noter que le même l'ait est rapporté, B. M., 83a, de Rab et Rabba b. Hanna (c'est 
ainsi qu'il faut lire et non -)2 "D, cf. Sanh., 5 a). 

7 Voir j. Sabbat, 8 c ; le même fait est rapporté Berachot, 62c, où évidemment, au 
lieu de Ï1ND"1D, il faut lire ÏTfltQTn (cf. la confusion si caractéristique de B. K. t 
117 a, où les Perses, ^NO^D, sont transformés en Grecs, ^iX2T\ et réciproquement, 
pour ne pas dire que les Romains n'usaient pas de représailles). 

8 Voir sa sentence Sank., 76: "OTp û3> ">1Ï3N1 bv 3?DEP fiÔlZJ "p^b VjE « D'où 
sait-on que le juge ne doit pas opprimer le peuple saint ? » 

9 Voir pour le premier point, le passage cité p. 48, note k, j. Sanh. % 2\d , pour le 
second, B. B., lb, où Eléazar adresse à Yohanan une demande sur une question 
d'impôt et Yohanan répond rniEOTD m jap^Sa "!TJ>biO, d'où on conclut, d'après 
j. Péa, 21 a, D2"1D Nin "*!T3>b '"1 qu'il occupait les fonctions de président de la com- 
munauté (cf. Bâcher, Agada d. pal. Amoràer, II, p. 7, notes 4 et 5, contre Weiss, III, 
p. 88) ; au sujet de ses capacités comme Paruass, voir la sentence de R. Yohanan 
Sabb., 114 a, et loma, 22 b. 

10 Cf. j. Ketoubot, 30a", au sujet des biens d'orphelins, de concert avec des col- 
lègues ; j. B. Batra, 16 d, à propos de questions de droit matrimonial ; B. K., 117 è, 
R. Abba se présente devant lui au sujet d'un procès. 

T. XXXIX, m» 77. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

son contemporain R. Abbahou auprès de l'autorité permet de croire 
que, lui aussi, il avait avec celle-ci d'excellents rapports. Abahou 
était le représentant reconnu du Judaïsme devant le pouvoir ro~ 
main *, et il parait avoir eu le droit d'infliger des châtiments cor- 
porels 2 . Il parvint à apaiser la colère du proconsul 3 , qui menaçait 
de frapper ses collègues. Il avait coutume de prononcer des arrêts 
seul 4 , et il est remarquable qu'un jour un de ses collègues, plus 
jeune que lui, lui fit le reproche d'être partial en faveur du Pa- 
triarche 5 . 

Les sources deviennent un peu plus abondantes quand nous 
passons à l'histoire de l'époque de Juda III et de ses successeurs 
au Patriarcat. — Au temps de Juda III, nous trouvons dans les 
communautés de Palestine des agents du pouvoir exécutif, sorte de 
policiers G , et le Patriarche parait avoir eu un extérieur digne de 
ses fonctions ' . 

Nous savons, par des sources non juives et peut-être aussi par 
des sources juives s , qu'il y avait une classe de nobles juifs qui 
avaient le privilège de rendre des arrêts de droit, mais il est diffi- 
cile de prouver qu'ils avaient véritablement la haute juridiction 9 . 

1 Bâcher, l. c, p. 94, d'après Ketonbot, 17 : salutation solennelle adressée à Abba- 
hou par la matrone du proconsul. 

I Voir j. Biktourim, 64 a : &Ô">DDD bj J-p^lMI imtf '"I ">mp Nim2 NPN 
« Le fait fut soumis à K. Abbahou, qui le fit étendre (pour lui infliger la flagellation) ». 

3 J. Meguilla, 74 a, et plus loin, p. 51, note 2. 

* J. Sank., 18 a : fnapl WHI» Kni2333 y*l 3VP ÎTin IfiaH 'î 
ï—PTDI^b. J- K'-toubot, 33 a, il juge une affaire concernant une veuve ; B. K., 
112 b, un différend entre R. Jérémie et son beau-frère. 

5 Ketoubot, Mb : DVvDtt N3N 3") b"» W"3Û N3wN '-] 3"*ITn ma» 'l 3W 

II Haguiga, 7(1 c, Pesikta di R. (Jahna (éd. Buber, p. 120 b) : nb'£> ^©à pi" 1 '") 

snnp ">"TT533o y\b ïwm "ina nnb yby .«•«on 'ibi i-pti 'nb « h. Juda, le 

Patriarche, envoya R. Hiyya et K. Assi dans une localité. Les gardiens de la ville 
vinrent près d'eux... » ; une autre leçon porte : NHLDjOI NPItÛTD "*D* , ~1 « le chef de 
la garde et les gardes ». 

7 Juda 111 avait un anneau précieux (M. K. 1.2 è t et passages parallèles), sans 
doute comme iusigne de ses fonctions; j. Sabb., 8 c, il est parié de (iermania son 
serviteur, fpHD? &0273H3 ; peut-être avait-il des esclaves germains, comme son pré- 
décesseur Juda II avait des Goths. 

8 Code Théod., XVI, titre 8, § 8, de l'an 392, traite de la plainte des primates au 
sujet de ceux qui rendent des arrêts juridiques sans en avoir le droit (au sujet des 
« primates » de l'époque postérieure; voir ibid., § 29 : primates qui in utriusque 
Paiaestime synedriis nominautur!. Fraukel [Mebo hayer., 65 a) cite à ce propos j. Ye- 
bamot, 16 : ^12 'l "'fa'lp "^a "p^D^N *in ; cependant le passage cité par moi 
montre que les « primates » alias « majores » étaient aussi des juges ayant reçu 
l'investiture; cf. la note suivante. 

9 Contre Weinberg (cité p. 39, note 1) ; Code Théod., II, titre 1, § 10, ne prouve rien; 
il est dit là que les Juifs sont soumis à leurs < majores » en ce qui concerne les 
prescriptions rituelles ; cf. interprétatif), ibid. : « alia vero negotia quae nostris legibus 
continentur et ad forum respiciunt, apud Judicem provincial. » , » 



LES JUGES JUIFS EN PALESTINE, DE L'AN 70 A L'AN 500 M 

Il faut noter aussi que, dès cette époque, on trouve en Palestine 
des juges particuliers non israélites l . 

A la tête des docteurs de la génération de Juda III se trouvaient 
R. Ami et R. Assi. Leurs relations avec les Romains ne paraissent 
pas avoir été bonnes. Un jour, dans le procès d'une femme juive 
(Tamar), ils prononcèrent un jugement qui lui était défavorable; 
la femme se plaignit auprès des autorités, et l'affaire ne fut aban- 
donnée que par l'intervention d'Abahou 2 . — Un cas caracté- 
ristique pour la situation d'Ami est le suivant : Ami fit un jour 
une trouvaille; sur le point de s'en emparer, il aperçut un Romain 
et en conçut une grande frayeur, d'où le tirèrent seulement les 
paroles calmantes de l'innocent spectateur 3 . 

Tous deux paraissent avoir été souvent mis à contribution*. 
Cependant R. Ami s'imposa une certaine réserve comme juge, ce 
qui nous explique, d'après une expression empruntée à une 
source sans doute secondaire 5 , le peu de décisions rendues 
par lui G . 

Enfin, mentionnons encore quelques docteurs cités comme juges 
pour cette époque et la suivante : R. Abba b. Mammal 7 , R. Isaac 



1 Tel *AXeçjiÇ à l'époque de R. Mana (voir Frankel, l. C, p. 64 a). 

5 j.Meg., lia : mnpn nbTK ntjnb *pn nr>N '-n ho^ 'n i-r^n 'n 
■paB^taaab ■pmby. 

» B. M., 28 6 : Npi r»»73T1 nn ÏI^Tn "nSTl KrTHW rfôŒH "V3N "1 

NnWs *ram pN W1D atbn ^œsab bipis b->T ï-nb inx nmtt 

&0573P « R. Ami trouva une bourse de dinars. Un Romain, voyant qu'il tremblait, 
lui dit : Prends-la, nous ne sommes pas des Persans pour dire que les trouvailles 
appartiennent au roi. » 

* Cf. Sabb., 10 a : 'ntt&O N^DT! ■ Nia^N ^riDU Tin Hn*1Dl Nn5>tZ) bai 

■«mbn bwb xt~i ï-pb fnm nd\^ ^k. 

5 Tanhouma, Û^l3D'*ZÎ73 (cité par Bâcher, Agada d. pal. Amor&er, II, p. 155, 

note 5), Assi dit : .w^nta b* "para m 'pn *jnN not tl512 ">2N i-pb* "<3i 

bNTùP bo ÛÏTS'H rni^^b b'O" 1 «... j'aurai peut-être à rendre des comptes 
parce que j'aurais pu juger les procès des Israélites. » 

8 Voir Ketoub., 32 a, pour des affaires de droit matrimonial; j. B. B., 16 b, au 
sujet de la sœur de R. Hanina qui avait légué à celui-ci sa fortune et l'avait en- 
suite cédée par une vente à son mari; j. Guittin, 45 a, pour des affaires de prêt; 
B. B. 33 b : ifcK 'T7 !-P73pb Nni* Wattà NOSD tpm mil HKltl ; *'*., 59 a, 
où il est question de ïlpTn ; *b., 143 b, en matière de partage entre frères et soeurs. 
Un trait caractéristique du sens juridique de R. Ami : B. B., 60 a, raconte que 
R. Ami avait excité par sa fortune des troubles publics et qu'un autre qui se trouvait 
daus le même cas fut pris à partie grossièrement par R. Ami, qui l'invita à mettre fin 
à ce désordre. Comme on lui demandait pourquoi il ne le faisait pas lui-même, il in- 
voqua le prétexte de sa notoriété. R. Yonathan et Yannaï (cf. p. 46, note 2) agirent 
dans un cas semblable d'une manière plus délicate. R. Ami avait peut-être le 
pouvoir d'infliger des châtiments corporels, cf. j. Kidd., 61 a : ÏTSQIDb fpb ÏT1Ï1- 

7 B. B., 59a, à propos de querelles entre voisins : *J73N "ni ÏTHpb TINT ÊOn^ 

b73?3 '3 n"ïi mttpb r-p*Httî. 



52 ItKVUË L>ES ÉTUDES JUIVES 

Napha 1 , R. Abba s , R. Juda b. Pazi 3 , R. Yirmiya*, R. Isaac 
b. Tabelaï, "basa nn 5 , R. Nassa 6 , R. Haggaï 7 , R. Aha 8 , R. Yona 
et R. Yosé 9 et, enfin, R. Mana 10 . 

En jetant un coup d'œil sur l'ensemble de ces matériaux, nous 
arrivons à cette conclusion qu'il n'existait pas de tribunaux au 
véritable sens du mot, fonctionnant d'une manière permanente, 
Nous trouvons surtout des juges isolés, ayant des pouvoirs plus 
ou moins étendus, mais exerçant leur action dans un domaine 
restreint, avec l'autorisation ou, du moins, la tolérance des auto- 
rités. Des cas comme celui que rapporte Origène (cf. p. 4*7, note 2) 
ne se retrouvent pas; s'ils se sont produits réellement, ce sont des 
excès et des abus qu'on croyait pouvoir commettre impunément, à 
certaines époques, mais qui, d'autres fois, étaient sérieusement 
réprimés (cf. Gode Tliéod., xvi, titre 8, § 22, au sujet des abus de 
pouvoir du dernier Gamliel). 

H. -P. Chajes. 



I Ketoub., Mb, son procès contre la maison du patriarche ; B. B., 170 a, R. Isaac 
b. Joseph eut un procès avec R. Abba, dont il fut le juge. J. Sanh., 18 a, à propos 
d'une affaire entre R. Abba et Benjamin b. Yéphet plaidée devant lui, nous apprend 
qu'il était régulièrement investi (ÏITOlTû) des fonctions juridiques. 

s II intervient avec R. Ami dans une procédure juridique, v. Scheb., 32a; B. .ST., 
33 è, il était assis auprès de R. Ami; Ketoub., Si b-, il montre une attitude très 
ferme vis-à-vis de la Cour. 

3 Juda b. Pazi rendit des décisions relatives à des successions, j. B. B., 16 a. A 
noter le passage de j. Sanh., 23 d : 8 ta "H 73 131 Rrpbvb p^bo ^TD "D ^""\ 

•nn "pan ^ny^i no *n ib titon nrb ï-it I^pptd ûin n Dn 13© ï-r&rn 

in nXl « Comme il regardait deux hommes qui se disputaient, ceux-ci lui dirent : 
• Ne t'occupe pas de nous, car nous sommes deux et toi tu es seul » ; il semble que 
les deux parties craignaient d'être déférées au tribunal. 

4 II se prononce au sujet des biens de veuves, j. Ketoub., 34 0; j. Kedd., 65 a, au 
sujet d'un dépôt qu'on niait ; B. K., 112 6, il soutient un procès contre le beau-frère 
de R. Abahou. 

II J. B. X., 3 a, estimation d'un dommage; j. B. M., Sb, affaire de trouvaille. 

6 J. B. AT., 9 b, concernant un dépôt; ibid., 1 1 ûf , au sujet de location de maisons; 
j. B. B., 13 b, au sujet de querelles entre voisins. 

7 II avait peut-être le droit d'infliger des châtiments corporels, cf. j. Kidd., 64 a : 
"^b'H ^T)^ « Qu'il vienne et qu'il soit flagellé », au sujet de Jacob de Nabouria. 

8 II avait coutume de rendre des arrêts de toute sorte, cf. le passage si souvent 
cité de j. Sanh., 18 ô. 

a Ils rendirent des arrêts sans Bet-Din, cf. Sanh., I. cit.; j. B. B-, 13 £, à propos 
de querelles entre voisins. 

10 R. Mana, dans j. Gnittin, 46a, se prononce au sujet d'une esclave en fuite; 
j. Kidd., 64 a, en matière de prêt; dans j. Ketoub., 33 b, il se livre à une controverse 
avec le juge païen Alexis au sujet du mode d'assignation. 



SUR LA SÉMANTIQUE DÛS MOTS TALHUDIQUES 

EMPRUNTÉS AU GREC 



Dans l'avant-dernier numéro de la Revue (XXXVIII, 141), 
M. Furst pose le principe suivant : a Jamais on n'a le droit d'at- 
tribuer à un mot étranger un sens autre que celui qu'il a dans la 
langue même d'où il est pris, surtout quand c'est sur un seul pas- 
sage douteux qu'on s'appuie. Il faudrait, tout au moins, apporter 
d'autres passages où toute autre signification serait impossible. » 
Comme c'est surtout moi que M. Furst vise ici, on me permettra 
de discuter le bien-fondé de cette sorte d'axiome. 

On lit dans la Tosefla Soucca, iv, 28 (p. 200, éd. Zuckerman- 
del) : « Miriam, fille de Bilga 1 , renonça à la religion de ses pères 
et épousa un « soldat » des rois grecs (nna BTYiob nauroi ïisbrn 
•jv ■obfctt)*. » Le mot ûttid « soldat» est certainement le grec 
errpaTKoTTfjç, mot qui n'a jamais d'autre signification que guerrier, 
soldat. Cependant ûTTio dans le texte cité de la Tosefta désigne, 
non un simple soldat, mais plutôt quelque officier supérieur, puis- 
qu'il y a immédiatement après : fv ^bl2i2 « des rois de la Grèce » ; 
il s'agit donc d'un des princes grecs qui certainement ne ser- 
vaient pas dans l'armée romaine comme simples soldats, mais en 
qualité d'officiers supérieurs. 

Le sens du passage demande cette interprétation indépen- 
damment du mot qui y est employé, car on admettra difficilement 
que Miriam, la filie distinguée d'un prêtre, ait accordé sa main à 
un simple soldat, pour l'amour de qui elle avait même abjuré sa 
foi 3 . L'expression « des rois de la Grèce » pourrait, à la vérité, 
surtout d'après la variante du Talmud palestinien, signifier que 



1 De la famille sacerdotale Bilga. 

* Dans j. Soucca, 55 d : «pi rna m^btt btîtt ; Soucca, 50 b : ùvjt "Obtttt. 

3 La véritable expression est ^"ï73niZ3D ; dans le Talmud babylonien on a mis, à 
cause de la censure, ïin*J ÏT-pDÏT. — Une pareille substitution se trouve dans la 
sentence de K. Aha, Midrasch sur Samuel, ch. xix, au commencement : bï3 TVH 
172C mais le Yalkout, sur Isaïe, § 338, porte STIttîT Popper, The censorship of 
Hebrev* Bcoks (New- York, 1899), ne mentionne pas ladite censure. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'homme était un soldat de V armée des rois grecs, mais la contex- 
ture de la phrase indique certainement que l'homme lui-même fai- 
sait partie des rois grecs. Rabbinowicz note, d'ailleurs, dans son 
Dikdukè Soferim sur Soucca, la variante iriTP 'W&î-fô « des 
éparques (in^yjn) des Grecs ». D'après cela, "WattE ^na ûttid 
d^iv ne peut signifier que : « Un soldat parmi les éparques grecs », 
et le « soldat » devait lui-même être un des éparques. L'expres- 
sion a le même sens que dans ce passage de Taanit, 18 b : ■Yttp'rç 
mn tmv ^iBatt 1 "ina « Nicanor était un des éparques grecs. » 
L'époux de Miriam était, de même, un des éparques des Grecs, 
ou, d'après une leçon, un des rois grecs; ce n'était donc pas 
un simple soldat, mais un officier d'un grade élevé. Le Talmud 
n'aurait pas appelé un tel homme BWn&, si ce mot signifiait sim- 
plement « soldat » comme en grec, et non officier. 

Un passage de j. Schekalirn, 49 a, conduit au même résultat. Un 
prêtre infidèle avait revêtu de précieux vêtements du grand prêtre 
un « soldat », <rrpaTiu>T7}ç (avïnaD'w). Ce soldat, en mettant l'habit 
pontifical, avait eu pour toute jouissance de pouvoir se vanter 
qu'il s'était pavané dans le riche costume du grand prêtre juif, et 
pour satisfaire cette vanité d'un moment, il paya 8, selon d'autres, 
12 pièces d'or. Ce guerrier ne devait pas non plus être t un simple 
soldat, mais un officier supérieur. Et cependant il s'appelle <rrpa- 
tuot7|Ç dans le Talmud. Dans le Midrasch du Cantique, in, G, dans 
un passage écrit en araméen et, par suite, riche en archaïsmes, 
le guerrier s'appelle ttruînaD'W = gtoolty^ôç = pra3fectus = gé- 
néral, ce qui met hors de doute le sens d'officier pour OYWtae^K. 
Mais ce que le Midrasch entend par strategos ressort avec la 
plus grande évidence du passage du Yelamdènou [Aruch, s. v. 
•^anaotf), où il est dit : « Un strategos, c'est-à-dire un héros que 
l'on voulait mettre à la tête d'une armée » (b? imaEb iiûpatu 
fcWiuOfc*)., autrement dit un général. Or, comme, d'après moi, 
ûvû'iûO'W équivaut dans certains cas à strategos, la même défini- 
tion s'applique aussi à ce mot, et effectivement il ne saurait être 
question que d'un officier supérieur dans notre récit. 

Nous avons, dans un autre cas, cette même substitution de 
«TTpaTiornqç à ffTpax7]yôç. Dans Genèse Rabba, lxxxii, 8, se lit le 
récit suivant. Au temps d'une persécution contre les Juifs, deux 
disciples de R. Josué (b. Hanania) changèrent de vêtements pour 
se rendre méconnaissables. Un ffTpaTiwTïjç (ïjwd) les rencontra et 
leur dit : « Si vous êtes des disciples de la Loi, sacrifiez-lui votre 
vie. » Pseudo-Raschi fait sur ce passage, en se fondant sur le 

1 Bans le ms. de Munich : "WeîT. 



SUR LA SÉMANTIQUE DES MOTS TALMUDIQUES & 

sens général de la phrase, la remarque très juste que c'était un 
fonctionnaire (mtttt); Fauteur du commentaire Matnot Kehouna 
est également dans le vrai, quand il dit que c'était un fonction- 
naire de la cour impériale. Mais cette explication acquiert une 
certitude parfaite par la variante du Yalkout l , où le fonctionnaire 
s'appelle D'UPùnaD'^, vt^m^iq. 

On peut établir avec assez de certitude le rang du cavno dans 
l'administration romaine, grâce au passage de Nombres Rabba, 
xv, 17, où l'on qualifie la hiérarchie administrative d'indigne et 
de factice : « L'avancement d'Esaù (Rome) est toujours un abais- 
sement (&n rm-p nbsuj nb^). Aujourd'hui il est éparque (tnmsa), 
demain vicaire (po), après-demain cornes (&m]>), enfin soldat 
(utyid). Voilà par où passent tous leurs grands! » L'ironie de 
l'expression s'explique par ce fait que des fonctionnaires civils de- 
venaient des militaires et, comme tels, avaient un rang inférieur 
à celui qu'ils occupaient dans le civil. Il ne peut être question 
d'une dégradation pénale, car, dans ce cas, le condamné perdrait 
ses grades simultanément et non successivement. Ce qui, dans 
l'administration romaine, semble choquer, d'après le Midrasch, est 
surtout ceci, que des fonctionnaires qui occupaient de hautes situa- 
tions dans l'administration civile perdaient leurs charges quand ils 
devenaient militaires. Mais ces fonctionnaires avaient le droit d'en- 
trer dans l'armée avec le grade de centurion 2 , de sorte que le mot 
ûWte, qui, dans le Midrasch, indique le grade inférieur, ne saurait 
désigner un simple soldat, mais un officier, fût-il d'un rang mo- 
deste. Celui qui antérieurement était un cornes, ne pouvait pas léga- 
lement, en entrant dans l'armée, tomber au rang de simple soldat. 

Dans l'histoire bien connue du fils et de la tille de Rabbi Ismaël 
b. Elischa, qui à Rome échurent à deux maîtres et qu'on voulait 
marier, il est dit (Guillin, 58 a) qu'ils échurent à deux seigneurs 
(D'WN'TO); or, dans Echa RoMati, i, 16, où la même histoire 
est racontée 3 , il est dit que chacun d'eux échut à un BWTO ; ici 
encore ce mot ne peut pas avoir le sens du grec ffrpaTtwTTjç, car ces 
prisonniers de qualité ne devinrent certainement pas le lot de 
simples soldats. 

1 Sur Genèse, $ 136, fol. 42a de l'éd. Venise. Le Yalkout a encore cette importante 
addition DTnp^DN : un stratège hérétique. Dans Yalkout sur Isaïe, § 263, il y a 
"172173 irtN C3TÛ31E30N ; d'après quoi cet officier aurait été un Juif converti. L'opi- 
nion de M. Schlalter (Zur Topographie, p. 36, note 1), que le mot si discuté de 
OTEIEOIDN n'est autre chose que OI^ILSD^^^, àr.oixd-r^, gagne par cela en vrai- 
semblance. 

2 Jung, Leben und Sitten der Rômer in der Kaiserzeit, II, 84. 

3 Ici ce sont les enfants du prêtre Sadok ; il y a, d'ailleurs, beaucoup d'autres di- 
vergences dans les deux passages, 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous resterons dans ce même domaine de la hiérarchie mili- 
taire en fixant le s^ns du mot avno dans un cinquième passage. 
Dans j. Ketoubot, 25c, se trouvent les mots : DTWDO'W 8ÏT10 TiW 
ïibnn b:na : « Ils (les Romains) ordonnèrent que le jus primœ 
tioctis appartiendrait au cTpaTuor^ç ■ ». Dans le passage correspon- 
dant de b. Ketoubot, 3b, le dignitaire s'appelle idel: ; dans plusieurs 
Midraschim et Pioutim postérieurs, c'est tantôt 'pttsn = Tjye^cov, 
tantôt troisa = lirap^oç*. De tout cela on peut conclure avec 
certitude que ûTWùD^ dans le Talmud de Jérusalem est le même 
mot que losa, -"p»»! et DimDtf. En d'autres passages 3 qui rap- 
pellent cette ordonnance barbare, on ne se sert pas du mot étran- 
ger, et l'hébreu emploie le mot Vm « le grand » [Genèse Rabba, 
xxvi, 5, et Yalkout Genèse, § 43). 

Les expressions )ynyn et bvtt démontrent suffisamment qu'il 
s'agit, non d'un petit fonctionnaire, mais du gouverneur de la 
Palestine lui-même, notion très importante pour l'histoire du mot 
(jTponruoTYjç dans le langage des Juifs 4 . 

Ce mot peut, en effet, servir de point de départ pour les re- 
cherches sématologiques sur les mots empruntés au grec et au 
latin. Cf. aussi Deutér. Rabba, en. m, 3, où ■pttnuD'W est à côté 
du poiaba, pouXeuTat. 

C'est avec intention que j'ai choisi ce terme militaire afin de 
pouvoir traiter la question soulevée par M. Furst à propos du 
sens de "p^b = Xfiyewv = légion. Dans Berachot, 32 b (ba ban 

1 OT^IlDO^ est naturellement une erreur, au lieu de l3"PZ2*1û30' , N, voir ma 
remarque, Revue, XXIX, 39, note 3. J'y ai traité amplement tout le sujet dans mon 
article sur la fête de Hanoucca. 

2 Revue, ib., p. 41, note 1. Ajouter Midrasch îiaijîl fïï33>?a [Magazin, III, 1876, 
partie hébraïque, p. 39-40), où le dignitaire s'appelle encore 117357». 

3 Revue, ib., p. 41, note 3. On trouve aussi une allusion a cette coutume dans 
Midrasch Agyada, éd. Buber, J, 59 : *^abl ï"$bnn ï-tbinnrî Û3> aaitfî ÏTîTtÛ 

ba-ina "ittiaicrps. 

* Qu'il me soit permis d'effleurer, au moins dans une note, une question se ratta- 
chant aux passages ci-dessus. Dans mon travail sur Hanoucca, Revue, XXIX et 
XXX, j'ai parlé du jus prima noctis introduit par les Romains comme d'un lait his- 
torique. Conttairement à M. Israël Lévi, qui relègue tout cela dans le domaine de 
la fable (Revue, XXX, 220 et suiv.), je puis citer une source très ancienne : Me- 
ehilta sur Nïîn "O, à la fin : natt JIM vb* ÛŒD3 bÊO^" 1 13rûttJ "ïm bSaffi 

D*ra nja^pna iba ^nrr nbiaoi min -nttbm nb^i, ce sont des persécu- 
tions historiquement démontrées tant au sujet du sabbat qu'au sujet de la circonci- 
sion et de l'étude de la Loi. Dans ce cas, ïlb^aCS doit aussi être historique. Il ne 
peut être question du bain rituel des hommes, pour lesquels le bain n'a pas une im- 
portance assez grande pour être conquis au prix de la vie ; mais il s'agit du bain 
des femmes, et nous savons que les Midraschim plus récents, que M. Israël Lévi traite 
de fables, font débuter la persécution par l'interdiction du bain rituel. Gomme fait 
à comparer, je citerai ce que rapporte Nôldeke, Histoire des Perses et des Arabes au 
temps des Sasanides (Leyde, 1879), p. 196, 198 : Chosrau Parvez, roi de Perse, 
demande des femmes arabes pour sou sérail. Chez les Nesloriens, cet ordre avait pour 
conséquence un « jeûne des vierges ». 



SUR LA SÉMANTIQUE DES MOTS TALMUDIQUES 57 

finaoa û^TûbtD 13 Tisna "p^bi ivab), la signification de « légion » est 
hors de tout doute, malgré l'opinion de Levy et Kohut. Sur ce 
point, je suis d'accord avec M. Furst, comme on peut le voir dans 
mon dictionnaire. Le sens du passage est simple et clair quand on 
range les termes particuliers à la division de l'armée romaine con- 
formément aux faits historiques. On compare le ciel étoile à la 
belle organisation de l'armée romaine. Les divisions de l'armée 
romaine sont rangées dans l'ordre suivant, d'après les éditions : 
1° "jvab (Xsystov); 2° ivjm; 3° "pûHp ; 4° RTHM. Dans Raschi, on lit 
ÉTûO^a "Ji^^p 1"i^b ; le n° 2 manque; mais, comme Raschi emploie 
cependant dans son explication quatre termes, le mot "paîTi devait 
se trouver primitivement dans son texte. Ce mot est, d'ailleurs, 
confirmé par i'Arouch, qui lui consacre un article particulier. 
S. v. jwn, il donne la série, évidemment inexacte : 1° flàïT»; 
2° 'j'psb. L'article j-raB dans I'Arouch ne montre pas la suite des 
grades ; l'on ne peut non plus tirer un texte sûr des Dihduhè 
Soferim. Chose étonnante, le vrai texte a été conservé dans une 
poésie, dans le -ism de sabbat Nahamou (rite allemand) : 

ana ï-ittn hwa annoab traaia Niai 

« Une quantité 1 d'étoiles il créa au camp de l'armée 2 , autant 
que les jours de l'année solaire. 

J'ai confirmé 3 pour elle 4 l'armée des légions, des cohortes, des 
manipules. » 

L'ordre hiérarchique n'a subi ici qu'une légère altération. Il 
doit y avoir tout d'abord b*n, comme dans le texte du Talmud ; à 
part cela, la hiérarchie est tout à fait exacte 5 . D'après cela, nous 
avons (1) Vn, (2) xàc-çov, (3) cohors 6 , (4) manipidus 1 . D'après 
la division ancienne, chaque légion renfermait 30 manipules. 
Lorsque cette division fut abolie, la légion eut 10 cohortes, et 

1 Niai indique ici, non un nombre déterminé, mais simplement « une foule ». Le 
texte du Talmud porte Nia"l "sbM. 

* NinDS, plus exactement NHU03 ; on le trouve aussi dans le Midrasch avec ri ; 
c'est castra, y.àcrxpov, camp. 

3 ^rnOlBH, de "ÎETB, signifie : donner l'assurance, confirmer par lettre. 

'* ÏTYiaya se rapporte dans ie Piout à *j"p£ rû. 

5 Cf. Bâcher {Agada der pal. Amoraer, 1, 396), qui a vu dans ces mots aussi cette 
hiérarchie. Il croit que ^1Î3H"1 a le sens de manipule, sens qui résulte aussi de mon 
explication (Lehnwôrter, 11, 574) ; mais M. Bâcher comme feu Perles (Monatsscfirift, 
1892, p. 111) donne une fausse étymologie de ^"lûm. 

' En grec xôpTTjç, d ! où ■piSHp. 

7 ^"ÎUÎTI est probablement ap(,9(j.o; (voir mon Dictionnaire) i= numerus — manipulus . 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chaque cohorte 6 centuries de 100 hommes ; la légion se com- 
posait donc de 60 centuries 1 . Comme les nombres 60 et 100 ne 
figurent pas dans la description du Talmud et comme on n'y trouve 
que le nombre 30, il s'ensuit que le Talmud ne s'est pas appuyé 
sur cette division de l'armée. A propos d'une inscription prove- 
nant de Bostra, Waddington fait la remarque suivante (Inscrip- 
tions grecques et latines de la Syrie, p. 458 a) : « Le mot nume- 
ruSy àpi6(jioç, désignait, au cinquième siècle, un corps de fantassins, 
généralement de la milice palatine; ...je ne trouve nulle part 
d'indication sur le nombre de soldats qui composaient un nume- 
rus; mais les numeri étaient des corps ayant leur existence propre 
et différents des légions. » Dans le Talmud il ne s'agit certainement 
pas de tels numeri; ici c'est une subdivision de la légion, telle que le 
manipulus.La légion se composait ordinairementdeô, 000 hommes, 
se répartissant en 30 manipules ; chaque manipule comprenait 
donc 200 hommes. Il est impossible que le Talmud ait tiré delà 
le nombre astronomique 365. C'est plutôt le nombre total des lé- 
gions qui sert de base à la division talmudique. Ce nombre était de 
25 à la mort d'Auguste, il s'éleva à 30 dans le premier siècle, et fut 
portée 33 par Septime-Sèvére -. L'armée impériale tout entière 
représentait un effectif de 250 à 330,000 hommes. Le nombre 30 
est donné explicitement dans le Talmud comme celui des légions 
(ivab trrabtû). Quant à d'autres unités, le nombre 30 est, à la vérité, 
faux ; peut-être a-t-il été mis à côté des autres unités pour simpli- 
fier. Mais le nombre 305,000 se justifie suffisamment par le total de 
l'armée romaine 3 . Je traduis maintenant le passage : pour chaque 
planète j'ai créé 30 armées (b">n) 4 ; pour chaque armée B , j'ai créé 
30 camps (castra) ; pour chaque camp, j'ai créé 30 légions G ; pour 
chaque légion, j'ai créé 30 cohortes; pour chaque cohorte, j'ai 
créé 30 manipules; j'y suspendis 365,000 étoiles (la description 
revient ici à la planète) d'après le nombre des jours de l'année 
solaire (mille étant pris comme unité). D'après cela, il ne peut 

1 Forbiger, Hellas uni Rom, l re partie, III, 261 ; Marquardt, Staatsverwaltung, 
II, 334. 

2 Jung, l. c, II, 78. 

3 11 faut retenir comme une bonne version : *H>bN FJ1D73ÎT1 Û^IBtDI mN» TIîbTZJ 
NID"), si l'on ne donne pas à NT3") son sens exact, et l'on obtient ainsi 365 pour 
les jours de l'année, en supprimant les mille, bien entendu. N'attendons pas de cette 
comparaison entre les étoiles et l'armée romaine uae classification d'une concordance 
scrupuleuse. 

* Cela n'est pas fondé en réalité, car la plus grande unité est la légion; pour faire 
ressortir cependant l'harmonie existant dans le système planétaire, on choisit avec 
intention la division en beaucoup d'éléments. 

8 Pour toute l'armée serait plus exact. 

8 Plus exactement s dans les 30 camps se trouvent 30 légions. 



SUR LA SÉMANTIQUE DES MOTS TALMUDIQUES 59 

donc être question de l'explication donnée par Levy et Kohut, 
qui prétendent que ^Tâb désigne dans ce passage un olficier. 
Ces commentateurs sont partis de ce point de vue : le mot b* 
revenant dans chaque membre, les termes particuliers doivent 
désigner un supérieur ou un officier; mais, en réalité, le mot 
n'est employé que pour le 1 er membre : bîiïi bïtt b^ b*, et 
tout le passage se trouve modifié de la façon que nous avons 
exposée. 

Je suis encore de l'avis de M. Furst, contre Levy et Kohut, 
quand il traduit les mots triap mavab "OO dans j. Taanit, 65b : 
« Deux légions dures (belliqueuses ou cruelles) », et non « deux 
officiers durs » ; cela est vrai aussi de j. Suacca, 55 & : }nN mJMa 
Wfjft, « vous (femmes juives) devez être complaisantes pour 
mes légions », et non « pour mes capitaines ». Par contre, j'ai 
admis dans mon dictionnaire, auquel M. Furst se réfère, que dans 
une parabole du Midrasch Tanhouma, f-p^b indique un soldat par- 
ticulier. Voici le texte : nmtt a*>n "jbfca m» ivab ùbisntt Srtl53 « l{ 
est d'usage qu'un légionnaire qui se révolte contre le roi soit 
puni de mort '. » D'après moi, il ne peut être question ici de toute 
une légion, car, outre que ïvab eût été pris au féminin 2 , l'expres- 
sion i-trvTo n^n s'applique plutôt à un individu qu'à une légion en- 
tière. De plus, dans Yalhoat, § 766, il y a à ce sujet : d^n ib w 
« a-t-il une vie ? » Je ne crois pas qu'une telle expression puisse 
se rapporter à une collection d'hommes ; en tout cas, il faudrait 
ù-b dans la suite de la phrase. L'argument de M. Furst, que le plu- 
riel est employé tout de suite après (ia m»! visa ibai), n'est pas 
probant, car on ne peut parler qu'au pluriel d'Israël, avec qui 
l'on compare la marche en avant de ce militaire. 

Quant au passage de Pesihta, 182 a (Lévitiqne Rabba, xxx, 6 ; 
Yalkout, § 651), où l'on raconte qu'un }vih allait percevoir le tribut 
d'une province, M. Furst admet également qu'il ne peut parler de 
toute une légion, puisque dans le cours du récit, on parle plu- 
sieurs fois de ypïb comme d'une seule personne. M. Furst lit donc 
Kttt'b = legatus, au lieu de yrvh, ce qui est contraire à la tradition ; 
l'expression 1*nsb est concordante dans les trois sources nom- 
mées, dans YArouch et dans Matnot Kehouna 3 . Dans le cours 
du récit, le mot se transforme en awvab dans une phrase ara- 

1 Tanhouma Balak, 12; éd. Buber, 18. 

s }V32 est aussi bien masculin que féminin; le pluriel est pourtant le plus souvent 
n"l2"P}b, très rarement JijYttb. Cf. m^T^b TlD (non ^3tU) dans Pcsikta, éd. 
Buber, 4 a, et Midrasch Tehillim. icm, 7. 

* 11 y a aussi y^îh dans un ms. de M. E. Adler, de Londres, qui contient de» 
Û^ip^b du Midrasch Ralha t 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

méenne. Une telle concordance serait inexplicable si le mot était 
corrompu ! . 

Examinons encore un passage se rattachant à ce sujet. Dans 
Tanhowna Vayèscheb, 3, se lit le récit suivant : ântonin vint à 
Césarée et manda Rabbi le Saint. Son fils/R. Siméon, et R. Hiyya 
le Grand l'accompagnèrent. Là R. Siméon vit un 'j'nb beau et dis- 
tingué, dont la tête atteignait le chapiteau des colonnes :^ya Ttfan 
ÎTYIEJ btt STbNtpb (lire DTbNDp — xecpaXi'ç, xe<paXiooç). Il dit à R. 
Hiyya : « Vois comme les veaux d'Esaù sont engraissés ! » Alors 
Hiyya l'emmena dans la rue et lui montra un panier plein de rai- 
sins et de figues, sur lequel se posaient des mouches. R. Hiyya 
lui dit : « Ces mouches ressemblent à ce *jvob. » Lorsque R. Siméon 
revint près de son père, il lui raconta ce qu'il avait dit et ce que 
R. Hiyya lui avait répondu. Alors son père lui dit : « Ces légions 
n'ont point de destination dans l'avenir (ïrnDD p*& nba ira'mbttî 
ûibsb), mais Dieu fera un jour accomplir sa mission (immbttD) par 
les mouches. » Le même passage est cité dans Yelamaènou, dans 
YAroach, s. 0.,b&p, II, et également comme provenant du Yelam- 
dènou dans Yalhout Mechiri sur Isaïe, vu, 18. 

Que signifie imb ici?Si )vib était comme d'habitude un collectif, 
on ne dirait pas dans le cours du récit : iba ûOTttb « ces légions ne 
sont propres à rien », puisqu'il n'était question que d'une légion; 
mais si, dès les premiers mots, ï*pab signifie le légionnaire, il est 
bien compréhensible que l'on dise ensuite : « Ces légionnaires ne 
servent à rien » ; l'emploi du pluriel dans la suite du récit montre 
précisément qu'il faut considérer "jvsb comme un nom singulier, et 
non comme un collectif. L 'Aronch aussi emploie le pluriel dans la 
suite : initt* bus V-^pH yy^K [û]î-pia&n trnao ï-mb ^n^ vrob (éd. 
Soncino, 1517). L'txpression « leurs têtes » montre implicitement 
que, dans la phrase précédente, fvsb désigne chaque individu de 
la légion, un soldat particulier -. Je ne conçois pas, d'ailleurs, 
comment on pourrait dire d'une légion entière : sa tête atteignit 
au chapiteau des colonnes, comme il est écrit dans Tanhouma. 
On choisit de grands gaillards pour la garde royale de Prusse ; on 
ne peut cependant pas dire : la garde prussienne atteint au cha- 

1 Dans le passage correspondant de Tanhouma Emor, 18 (éd. Buber, 26"). il y a, à la 
vérité, )-p21I5 = messager, qui répond a legatus; mais dans le cours du récit, on ap- 
pelle le fonctionnaire constamment "i£03. "^33 = percepteur, si bien que nous sommes 
forcés de voir dans HP b\I3 un équivalent de *p^b. La remarque dans mon diction- 
naire est de moi, et uou de I. Lôw, comme l'écrit M. Furst. Il faut remarquer, 
comme Buber Ta déjà fait, que dans la parabole analogue (j. Sonera, 53 c), il n'y a 
point de mot étranger du tout, on y trouve seulement "ïH!N « un quelconque ». 

* Le commentaire du Tanbouma tp"P yy dit, a la vérité, pour "p^b, b^H, 
comme par habitude, sans même soupçonner ie sens spécial du mot dans ce passage. 



SUR LA SÉMANTIQUE DES MOTS TALMUDIQUES 61 

piteau des colonnes. Ici encore le sens exige que *jv;b indique un 
légionnaire, un soldat particulier d'une légion l . 

Le mot cnbD^ = o/>o; offre une parfaite analogie avec l'expli- 
cation du mot ypib que nous adoptons. Ce mot, qui est un col- 
lectif, est aussi devenu un nom singulier. On trouve dans Sifrè 
Deut., § 25 (p. 10 a de l'éd. Friedmann) : arpoTbaiau amarra vma 
« Us (les peuples chananéens) étaient nombreux dans leurs oy\oç. » 
Le pluriel ne peut pas être pris dans le sens de foule y car ce n'est 
pas le collectif « foule » qui pouvait être nombreux, mais les indi- 
vidus particuliers formant dans leur ensemble la collectivité. On 
trouve dans Tosefta Pesahim, iv, 3 (p. 163, éd. Zuckermandel) : 
« Un jour le roi Agrippa voulut savoir quel était le nombre de la 
foule 2 , » Le mot "pOTbaTN employé dans cette phrase ne saurait 
par lui-même avoir un sens collectif, car le substrat du dénom- 
brement n'était pas la foule, mais les individus de cette foule. 
Cf. Nombres Rabba y vi, 9, où l'on trouve très correctement au 
singulier «oTbaT&a Tanna. 

Nous pouvons faire la même remarque à propos du mot ar^oa» 
Sevia « mercenaires », qui se présente quelquefois. Comme le 
mot est un collectif, il ne devrait pas avoir de pluriel en hébreu, 
et cependant nous lisons 'paaaa dans Tosefta Schebiit, v, 21 
(p. 69), où, à la vérité, d'anciennes éditions portent aoaaaK, qui est 
peut-être plus correct (cf. Mischna Demaï, ni, 1). Mais, si araaaa 
signifie un soldat unique, sens que le mot grec £ev(oc n'a jamais, 
nous comprenons pourquoi on a formé le pluriel "psODa. Pour le 
mot Hevia, qui ne se présente que très rarement, cette modification 
de sens est restée à l'état de tentative dans le langage des Juifs. 
Pour le mot legio y fréquemment employé, ce déplacement de sens 
a pu se produire naturellement, sans blesser l'esprit de la langue. 
En principe, nous ne pouvons donc nullement admettre que les 
mots grecs et latins qui ont passé dans le Talmud et le Mi- 
drasch ne puissent jamais modifier leur sens, ainsi que le- prétend 
M. Furst. 

Budapest, mai 1899. 

Samuel Krauss. 



1 L'expression mrpb^a qui se rapporte aux mouches, mais s'applique dans la 
comparaison aux soldats de la légion, prouve que le terme rpbïî, qui a été discuté 
plus haut, peut aussi remplacer *J"i^5P. 

* *pOTPaTN blS a^^a TÏÏ2D, lire EDi^a. Dans b. Pesahim, 64 ^ ; ^DTP3TN 



LETTRES DE SGHESGHET 

B. ISAAC B. JOSEPH BENVENISTE DE SARAGOSSE 
AUX PRINCES KALONYMOS ET LÉYI DE NARBONNE 



Grâce au goût des amateurs de poésie hébraïque et grâce aussi 
au hasard, des monuments de l'histoire juive, d'ailleurs si pauvre 
en documents, nous ont été conservés; c'est ainsi que nous est 
parvenue une liasse de lettres manuscrites de l'historien Joseph 
ha-Gohen *. Elles nous renseignent sur l'active correspondance qui 
existait entre Saragosse et la communauté de Narbonne 2 , jadis si 
florissante et si célèbre. Les noms des « princes » (les chefs de 
Narbonne s'intitulaient ainsi) Kalonymos b. Todros et Lévi b. 
Moïse, à qui ces lettres et ces poésies sont adressées, donnent une 
valeur et un éclat tout particuliers aux produits de la muse, d'ail- 
leurs sans prétention, du poète. Ce poète porte le nom de Sches- 
chet; mais quel était ce Scheschet, et de quelle époque sont ces 
lettres? Le nom de l'un des correspondants — Kalonymos — ne 
nous est d'aucun secours pour le découvrir. Il se retrouve trop 
souvent dans la maison princière de Narbonne 3 pour pouvoir, 
à lui seul, fournir le moindre indice sur la date de nos documents. 
Nous pourrions avec la même vraisemblance les placer à la fin du 
xn e siècle, ou à la fin du xm e , et même au commencement du 
xiv e , où nous voyons le prince Kalonymos b. Todros et Salomon 
Ibn Adret se donner la main pour interdire l'étude de la philo- 
sophie et de la physique 4 . Lévi b. Moïse est, d'autre part, un nom 

1 Voir la description qu'en a faite Is.Loeb, Revue, XVI, p. 32. Qu'il me soit permis 
de remercier ici Y Alliance Israélite universelle d'avoir mis si gracieusement ce 
recueil de lettres à ma disposition. 

2 Cf. Gross, Gallia Judaica, p. 401-30. 
a Ibid., 406-8. 

* m&wp nriïa, p. 136. 



LETTRES DE SCIIESCHET 63 

trop peu connu pour que nous puissions affirmer que les lettres 
soient adressées au prince Lévi dont on trouve des traces à Nar- 
bonne vers la fin du xn° et au commencement du xni° siècle 1 . 

Mais une date conservée dans un poème de Scheschet adressé à 
Lévi, et qu'on n'a pas assez remarquée jusqu'ici, fera disparaître 
toute incertitude sur l'époque de la rédaction de ces lettres. 
L'année 54, dit Scheschet, qui, d'après la valeur numérique des 
lettres hébraïques (13), signifie l'année de deuil et de lamentation, 
est passée, et une nouvelle année, l'année 155, qui en hébreu (nsp) 
signifie « acquisition », annonce le plaisir et la sociabilité, par 
l'acquisition d'amis qu'elle promet. Gomme les deux années consé- 
cutives sont désignées par les nombres 54 et 155, il faut naturel- 
lement prendre 54 pour 154. Mais gardons-nous de faire précéder 
ces nombres du millésime 5000, comme on pourrait être tenté de 
le faire ; cela nous reporterait aux années 1394-5, c'est-à-dire en 
un temps où les noms mentionnés ici ne se rencontrent ni à Sara- 
gosse ni à Narbonne. Ces nombres indiquent, conformément à 
l'usage, les années de l'almanach juif, auxquelles il faut ajouter 
mentalement 4800, ce qui nous conduit à admettre les années 
1194-5 comme date certaine de ces documents. Et maintenant 
seulement nous sommes sûrs que Kalonymos b. Todros et Lévi b. 
Moïse, à qui Scheschet s'adresse, sont bien les princes de Nar- 
bonne qui nous sont connus par d'autres documents de la fin du 
xn e siècle. 

Scheschet Benveniste est, comme il apparaît dès sa première 
lettre à Kalonymos, un enfant de la communauté de Narbonne, 
qu'il nomme, en rapprochant son nom de mots hébreux sonnant 
de la même façon, le flambeau de l'intelligence 2 ; il la désigne 
comme la source d'où coulent dans toutes les directions des flots 
d'érudition. Gomme il y avait des rapports de parenté entre Sches- 
chet et la maison princière de Narbonne, il pourrait effectivement 
être le fils de ce prince Isaac Benveniste qui, en 1215, convoqua à 
Saint-Gilles toutes les communautés de France, de Narbonne à 
Marseille, afin de choisir, sous la présidence du prince R. Lévi, 
celui qui serait- député à Rome pour prévenir ou combattre en 
temps utile les décisions, menaçantes pour le judaïsme, que pour- 
rait prendre le pape Innocent IV ou le concile de Latrari 3 . Ainsi 

1 Gross, iètd., 407. 

* Ï13^3 12- Benjamin de Tudèle, parlant de Narbonne, dit : In^Tip "p* NTH 

&W1D31 n^bv™ D"wrt nm maman bsb rmr asn r-ùmn rmnb 

De même Mei'ri, à la fin de son introduction historique au commentaire à"Abot : T\y\ 
3 mirr 53 311), éd. M. Wiener, p. 114, allemand, p. 233. L'identification de cet 



64 REVUE DES ETUDES JUIVES 

s'expliquerait la désignation de Scheschet comme prince, titre 
qu'il était autorisé à porter s'il descendait d'une maison princière 
et s'il était iils d'Isaac Benveniste. 

Peut-être pouvons-nous, d'après ces lettres, rapporter à la date 
de 1194 la mort de Kalonymos b. Todros, que Benjamin de Tudèle 
trouva à la tête de la communauté de Narbonne l . En effet, dans 
les premières lettres, on s'adresse à Kalonymos comme au prince 
de Narbonne, titre qu'il partage avec Lévi b. Moïse; mais plus 
tard, et particulièrement dans le poème qui seul nous fournit la 
date certaine du commencement de 155 (fin de 1194), Lévi seul est 
mentionné comme prince; on peut donc admettre que Kalonymos 
est décédé dans l'année 1194. 

Lévi et Kalonymos étaient cousins : c'étaient les fils des deux 
frères Moïse et Todros. Lorsque Juda b. Salomon al-Harizi 
visita Narbonne dans ses voyages, la dignité de prince avait été 
accordée à R. Lévi 2 . C'est sous sa présidence qu'eurent lieu les 
délibérations de Saint-Gilles provoquées par la crainte qu'inspi- 
raient aux Juifs du sud de la France les résolutions du concile de 
Latran. Les dernières années de la magistrature de Kalonymos 
furent troublées par des événements auxquels Scheschet Ben- 
veniste fut également mêlé. 

Un membre de la communauté de Narbonne semble avoir fait 
une telle offense au prince Kalonymos, que celui-ci repoussa avec 
aigreur toutes les tentatives de rapprochement faites dans la suite 
par l'insulteur repentant; bien plus, il repoussa même l'interven- 
tion de R. Scheschet et prit mal les conseils qu'il lui prodiguait. 
C'est en des termes qui témoignent de la profonde vénération dont 
Kalonymos é f ait entouré de toute part, que Scheschet demande 
pardon pour l'homme qui a osé porter atteinte à l'honneur du 
prince, et il le fait sans même vouloir se donner l'apparence de 
conseiller le chef célèbre de Narbonne, qui n'avait besoin ni de 
ses exhortations ni de ses avis. Scheschet semble avoir eu des 
relations d'amitié plus intimes avec le collègue et successeur de 
R. Kalonymos, avec son cousin R. Lévi b. Moïse. Quand il se 
donne constamment pour son frère cadet, cela peut n'être que 

Isaac a été faite par Is. Loeb. Revue, XVII, 92. La correction proposée par M. Gross, 
ibid., 652, qui dit qu'au lieu de fils du Nassi de Narbonne, on doit lire, père, ne peut 
réfuter cette supposition lumineuse. 

1 ma y-\ii2 b"? cnna 'n bTWtt ^©an "p owaibp -on û©anm 
din "pan yn^n ibiDiîa ins-n rnypipi mbna ib ©*n noma nais» Tn 

flpTm 127373 Tlp^b blD">. Cf. Saige, Les Juifs de Languedoc, p. 70. 

2 ^DITa^nn, ch. xlvi, éd. Lagarde, p. 166, 40. Dans mon ms. du Tahkemoni, le 
passage est ainsi conçu : &p©aH 1YT ma ^©3 D©1 ïiaianab VObïl D©tt1 

ï-D-OTn lai ï-obnm ni: "nb ^an. 



MSTTABI PB HCNASCHST A0 

r§xpreegio^ de «on amitié pour cet homme qu'il admira et glorifie 
avec tant d'emphase, mais le ton des lettres et les détails qui s'y 
trouvent disséminés sur la famille, montrent avec certitude que 
c'étaient des liens de parenté qui unissaient d'une manière étroite 
ces deux rabbins. La note dominante des lettres, leur unique objet, 
pour ainsi dire, est le désir ardent de voir enfin R. Lévi; ce désir 
devint une espérance, et se changea bientôt, grâce aux nouvelles 
qui venaient de Narbonne, en une attente certaine; la chaleur du 
sentiment transforma sa prose en poésie. 

La dernière lettre de Scheschet à R. Lévi nous introduit dans le 
cercle intime qui l'entourait. Sa maison de Saragosse avait été 
jadis animée par trois fils et une fille. Lorsque la mort lui eut en- 
levé deux de ses fils, le troisième devint son appui et sa consola- 
tion. Vers le déclin de la vie, ce troisième fils lui fut également 
ravi. La nouvelle de ce malheur excita à Narbonne môme la plus 
vive sympathie. Des lettres de consolation, des lamentations pro- 
voquées par le cruel événement lui arrivaient du pays natal et 
témoignaient de l'intérêt qu'on ne cessait de porter au parent 
éloigné. Dans sa robuste confiance en Dieu, il adjure ses amis de 
mettre un terme à leurs plaintes impies, qui semblent accuser le 
destin; qu'ils exhortent plutôt la malheureuse mère et la sœur 
désespérée à modérer leur douleur et à se résigner à l'exemple du 
père. Un frère aîné de Scheschet, Joseph Benveniste, qui portait 
le nom de son grand-père, était probablement accouru de Nar- 
bonne pour rendre visite aux affligés; ce fut lui qui fut chargé de 
la réponse que Scheschet faisait à tous ses amis, mais qui était 
adressée particulièrement au chef de la communauté. 

Il mentionne encore dans son entourage un ami nommé 
R. Juda, qu'il nous présente comme son maître et qu'il nous 
vante en termes très élogieux. R. Juda avait été, du vivant de 
R. Kalonymos, chargé d'une lettre de son ami et élève; il avait 
aussi eu la mission de dissiper par des explications verbales la 
mésintelligence qui était née entre R. Kalonymos et Scheschet par 
la fausse interprétation de l'intervention de ce dernier dans le 
procès de Narbonne. 

Nous faisons encore la connaissance d'un autre intermédiaire 
entre R. Kalonymos et R. Scheschet, à l'époque où celui-ci nour- 
rissait encore l'espoir de pouvoir un jour saluer le vieux prince de 
Narbonne; c'était un jeune homme nommé Abraham, qui, malgré 
sa jeunesse, était l'ami des deux personnages. Ces lettres, si pauvres 
en faits utiles pour l'histoire, offrent un autre sujet d'observa- 
tions. La langue des lettres et des poésies qui leur servent d'intro- 
duction ou qui y sont intercalées, avec leurs rythmes et leurs 

T. XXXIX, n° 77. 5 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mètres si variés, nous permettent de jeter un coup d'œil sur la 
culture donnée à Narbonne, où le jeune Scheschet fut instruit. Le 
niveau littéraire si élevé de cette correspondance entre amis est 
un témoignage que la civilisation hispano-arabe, qui avait répandu 
en Provence le goût de la poésie et de l'élégance de la langue hé- 
braïque, s'était aussi acclimatée à Narbonne et avait accès jusqu'à 
la cour des princes. On trouve avec plaisir dans leur correspon- 
dance la langue biblique dans toute sa pureté, sans l'incohérence 
résultant des passages mal assortis, rapportés de toutes parts et 
péniblement rapprochés. Les allusions à la Mischna et au Talmud 
sont relativement encore très rares; la prose est encore affranchie 
de cet amas inextricable de citations rabbiniques confuses qu'on 
cherche encore à cacher et à embrouiller par subtilité, comme 
nous le montrent abondamment les lettres du temps de la discus- 
sion au sujet du More et du Séfer Madda de Maïmonide dans le 
recueil d'Abbamari. Les poètes de la brillante époque hispano- 
arabe sont encore dans toutes les mémoires, et plus d'un vers de 
Scheschet est une réminiscence d'un des grands poètes de l'Es- 
pagne, sa seconde patrie, et cela à son insu. Celui qui, sans néces- 
sité, rien qu'en sacrifiant au goût de son entourage, avait tissé 
dans ses lettres des vers, avait acquis, dans la langue hébraïque et 
dans le style poétique, une maîtrise qui éclate, non seulement 
dans sa correspondance familière, mais aussi dans des travaux 
plus ou moins longs; ce qui nous permet d'assigner à R. Scheschet 
une place dans la littérature de son temps. 

Il ne serait donc pas impossible que le Scheschet Benveniste, qui, 
d'après les indications d'Abraham Zacuto 1 , aurait composé en 
1203 un poème de 146 strophes en l'honneur de Joseph et de 
Salomon Ibn Schoschan de Tolède, ne fût autre que notre Sche- 
schet b. Isaac b. Joseph de Narbonne. 

David Kaufmann. 



mm ,îiaa &ô Wiaïawa rma -13 ,î-ra-in mprr m* iizjn QVD 
,ï-ïai3> mi Niiai ain iSLirb i-rnrotn # î-nr» mb* mpn 

* TouAasin, éd. Filipowski, p. 229 : )1 bVWl &TU33Ï"Ï }3 HUÎTO fiWam 

fa tn mrt a"Dpnm tnbboi nyan» roipa i"?3p vna mia î-itu* rnaaa 
15a rittbta '-i ^oïi [lire : nanbi] Yoabn tpv '-ib rsa na^i tenai» a"y 

r-ibwbVJtt *JNU:i^. Cf. M. Steinschneider, Hebr. J9ift?., XIII, 107. 



LETTRES DE SCHÈSCHET 67 

fïrrmanN î-nrtnaa iTPpsrr îrrai rrmanba ïiaann ftanj inanna 
,-s-rmaa Sab anb Map iraaai bénira a an spj TNa swn M^rr 
,rprna£jnap na*ri ïibipb law ù^pinnrn t^ai-ipï-r yn&fci witt bai 
inarï w •yhafSi ban "pîn Tpie tri Nbîrr ,ï}i$& ïT»aa naspa a an 
ns mpianb t-n-ina ba [■wiawKWtt*] na -nu a aa-^n a^a mpaa 
■ppn risab -n25N S^nr; m a an *5|bN ta^aan ^n ta^att ynN- 
ûm ,?wna>aa amn &mT*a n©« saina o^pbs ■wto , 8 nbab brnam 
rrfi ns r-rn^" 1 n^N wïi. ,, m ,ïwnaiBa ba* smaTtun ,irm«ax "roc 
ttnaza» naïib 12b br ïiby niaN Min wn»i ,îmrmana nu:^ Mba 
,r:npn p nmïïi inarib ban» ainnn pp.n ■oasn .îmroapja »ar» abi 
,;-nD? ^aina ïwpip bs\*i *iaa ïnnrnaan ,5rmb$a -ptoa Wiroati 
twanan r-maa vr ïma fasoi nia^ aba ,rpmaaiaaa "jn nn nara 
maana armnN û^an aibiab bantti /rrwnDa rma ^aia bs a-ibiam 
ûpini ^amiin ampn mâiabi ,tamata a^pb "aan ijam .rrwnpi 
bwfa i©Da ba> ,aa ^atan ba «Tvrai ynaa ^.on D^ianpn "«mai ^nt* 
"hon r^a ï-hdjiti ,*aiU8 ^«i mnïi rrra^rr ^-nm ->b^ "nac 
-itrr ab aa^ h» anpb /ortén "pan ^anno^n aaanaïaai /Wttbn 
aanr-p taana*i ,amab *-a*aiana dstw Hnsna na ^a ^aia^ abi 
fcnatpa ^pna nam .tammaiana vna«na Mbi wi ama-n ab ^a 
ta m a a «aa* a*bi atûv "aa* ma rwosb amba* ^b^aa vwiDa 3 ^itïï 
swn l'a Mbi 4 a-a a*bi M^n aaaiana t<b ,mp^ ûava "now n a 
kafen ab br ia^'^ t^bn na?aip^ s^b ^a Tnm^i ^natna un i-iiaia^ 
y ibnp"> ta^ao a«sb ssrèi i»y a^anai tnà^a fiib ta^pb ina^s^ 
.tnax naib hpvinïi td ■'nan*». laab ^aa^^iai ,, 73^sa cab r^m 
-■aii:-n ^r\yi Va ûn?3 i^n ><b nua« ^a maab ^na": r;a:n Ma ^n 
^nbab ^n ^npwb nnta va^a tnanaîn ^1^3 laaa nbt^a in ( nau: 
raa^ ta^^rr ana n.nïr [^(^auïi ,sa"iiïiTtib nb'vaa taa^s bsj -na* 
an t^DN ^-in ûinm 'jian b^-i ,ûa ["inNl aia pn N^a^i 7 ûnab 
nô ism«i tasanp^i: bipb ^a'uii aa^aa s©." 1 nann b^ anan ^an 
asrna^a m^nw Nbi tn^n^n ^a^manpa bab m»\i ,inba n^y 
r-nzjaa "ja C]an^ na pna:^ na ppn rr^u: .tabtt ^bi iab mauj-'n 

1 II veut dire, d'après I Samuel, vi, 19 : soixante-dix personnes, un Sanhédrin 
de £ens de Narbonne, valent autant que cinquante mille autres. 
1 II Chron., xn, 14. 
3 Ces vers proviennent d'un poème, dont le mètre est le suivant : 



• v — — 



Il faut donc les distribuer ainsi : 

"ioa aa&* Mbi aw ^n ma 

rrnp"» aa-^a ^aa [Mbn] ^a dt 
f<bT arsa Mbn N^r: aaaiana Nb 
•ï-natia art inatiaus Tio^rr *ja 

* Ezéch., vu, 11. 



i ( dm ùnwz mm 

n^anm baon *saN bN-w t-nwast *itf) ijgr 

■— im pi bilan raaan- N"rçjan owaibp t^s^nn 

lanan '-a'Diaan aann r^naan nbnam mtonn 

i"ia <nb 'n 

■rsnb ,C|bN -»D7j inN y^bnb vnaian ,tz^a»aan ^aab "nat ^j^; 
iNba ,iiaa irrnNb in" 12 " 1 " 1 " 1 " 10 fnbab bia? tnrpû "pai /niai 
,ta">naœ V 3 aaia"n tabaa in^n ^a ù-^m Twrb nns r*<E7ab 
p by ,z^ ï-iDii a*ai s**m -o wn "*b !-nn napn ï-)33>ib»i 
mn»n o^n pnarb "rnsna pcnn ï-rao ^in» Fnpnbnn on nnba 
'"iTaio paan hnh "oaN nttNb nnTia t<bi r-TN-]73n in nniNi 
/pâma wn lata^ t^b itSN ^.airaNn ^73 mipra /namab r-rnan 
•*a»-n tin Sa ban pnnaa ia ^on "jbTan bN ^nbiaNi rrsb i-w* 
■ma vivmi miiiN bai Tirana n^a mnnajm Tiaban im« 
*jnanNa ^-hdk pi /Jtapn V ns "^ rt5 "^8 r^-iïïNi ^nnw 
/*anarain bi-paa traan ^an^ap '^aNan ^hfran rpaai ,w,i3«i 
ba-»n h?N iti 1a 1 » ba w /anoabn mm iim /amas ^niwan 
ï-ibia* mb^« laabi Tiaya friana tabari /minniDn imnn ^mp 
pN "p 1 ,Tibnn ^n«ai i*© 1 » pa inna tj Tmm Tinaa anpNi 
tido r^iatin [n](N)a©N tsbi ^n» Tina Sbrra t-ô-i ,Tiana» s-in 
^Naoai ,an« 'pâma tj Tia>ai23 inanNn Tia /wbri s^a n* 
*piaabi 1 aaipnN [-paaipriai] (*paài "priai) naaœ r-nban n3on 
non Nbi /pas ba» Ca*»"inN D^pbN t> ï-rrr Nb ,i-nwp bT>aa !-ra*K 
mN© "jn Tiaaa nNai naiDH ^mpm ^mnrjïïi ^teb ^730 n« 
qNaNi ,^a"»iN ?nwN n^iN i~ii2i i^d. ^d miaab baiN Nb irmx»n~ 
■^ao ^ina»M &n npo na» ria^Ni ,"jaab aia^Ni ,^an« tn^n nN 
^naT i*pBb wwn ^bip vnœai ^bbnm ^naan iiî^hni 2 mbN 
■hïïn ï-ianNn ^lddotd rrbNi .*pb« knœaa lN](nn\\ r**bi a»ia« s^b 
izr»a tnNi ianN ^ ^ODn t^az^ Nb r-iap ^nna* *raa* .racb tz^an 
ï-pnn Nb '7DNb ib innaa ^nans rnn ^ni ,tabia*b naa»i ijtn yatm 
j-rmoa niNOi # a*"iT û^pnb rr>bN Na^i .rrawi itisabi i^a"»a*a n^n 
.mnN niïïa na»ab rpa*a t-iN nbo-« t^bi ^lai t»*b !nnaia>i 
,nDiD ■'ba* nïïT< toNi ,-inN^ Nb fcaibian ^«bîa s-ran^m &n ^a 
mn?:^:! ï-thni /noo Sn^np n« ïisn "ion n? ^ibn inN na« Nb 
,M(i]nana a»T inwan rnna Nini ^aTKa naib "j^sa ^njam noN ba 
,-panN ani ■^aiwa'a bip ^Tassai .w» "«nan laa^i ^nia»b ynw\ 
,* in^na "jnN ^aob manaNi ttdn ^tn ,i^a&b p t«sb n a Tia»^i 
ib a^-iN minb "iiTaTTaai iabbnN 3^720 "«bsbatai aaia y i , -»3' i 73ai 



1 Prov., vin, 17, et Ps., cxxix, 20. 
s Comp. Isaïe, xl, 18. 

3 Jos., xv, 1G. 

4 II Sam., vi, 1G. 



LETTRES DE SCHESCHET fi9 

vo'n ■nia ■îwa ma*j mTaiorib naum bai mati .wtti» m^oan 
wia m la^mnbi "nb m Tpm rîn &wan Snsfi tin -»m iiyn 

: labOTn amin idn 



nn^n ïw 



ma s^a-mbp mai bvrttt N"noan ,iasina iaambN «roa ,iastf mi 

: ïinbT otitj Naai bilan r-rrcan *p 

'psa mpia tijn iaamamm nmm mrtarr «ttiBtt m« ^ni^"D 
wy imarn s— T2n s-rnaza i-waiion "rosa mTaia mmxb 
C3ïthdi »iunn 'mua t<bi73a ^naïiN ldd'073 )iDn *ab ba> sifflai 
&arm mi *ôa> nn: ,mtoabn miN r-nasnbi maab iras. ,mwn 
^oip ■'73101 ma mn ma la» m'n .la-pan ib-osm nn»:- ■•ab 
m ,na misa» r^bi ^aa ba> maNi n-pni / mm tepaa» mipnn 
i-rbaa pN ,r-no ma»m Nbi iN7a ema marnai /mari mnia "pan 
mTsiNl ,i-iaanb ">b ^n ^biN cmnNi *cb ■•m »toni ( m^ iba* 
"•731 ,1735*7 mamn i^ c^ab barn "»»i s-^in litabra ^ba im miDîo 
mai i-nnaN laaa'N maN ^a qa ,iaioa Dnnai anaaa naa a^sr m 
mu;N nN nmb Na vnoab in ,m "immon Sdin ^aa "»biNi ,1733» 
ton fcamiaam ,mbam mnan "asb 117330 bai» m« ^nt paaba 
T7313» nNaprî 'on 1173m ,û!masb ^bin mann iaa» m» a» man ->bN nbo 
nx a^orrbi ,orpbK rnoab lab mN air m'ON ï-jt mi ,tanmnN7a 
s-ôi wa^ two coni ,îwk mnN tttrpai m^Na -;n amas 
iaa> ia>ia bai laaina mnN apbN K-»œa ^aiiN "aa»aiû [ï-t](n)3ton 
Âans'on plazai ,S"i3»m maan mian'O^ pin "pa* manaN m 3Ht> 
pmiai mia? main caiD'on ma^ s-ranab mai : main m-omai 
n:m ip'o Spa a»ùiam ^mnn t^sb mni73nbw rsmb i-i73nb73 
ma^' t-i7aba»ïi mTa ba»i t rm&* mm ï:i73p 3»n73 ipttb ton ^man 
t373m aabn taa^amp73rr masb mn^b Tinbc ton maria* smNma 
■«nxan inr:T S-ïsma ^ni ,ma^3»a m iNi:?:^ ibiN ^aiatn naTTa ba? 
■jia> ipab ^mai ^^15473 D^pbi yiîaob pn mab inaii3rra[a] nba? sbn 
mx t-nabab y m"inN ^»^aN ^:ni ^mimabi nbobi nmbi a»neïibi 
Sn a»73«3b ^n«ma ^'Oip Sam b» ninn^oa t^i^r> ^aam , miai 
VTawNTai ^ab nNmn ,mai?3K Sy ia>i mn ^aa ^nTa'o ton mai 
,ma ^ariN tanb mi 3 ^7a^7a ^aab qim Kbi ^nmna p"»tti73 ^n ^a 
mibaan m-'ON »Mïim / m3ann W(n)n îriba» Bsun 4 mm '•rçawi 
mNi mn *>aat ■ , 3»m^73i -^sibN miai ma .mTan ma nimnb mma^Ta 

1 I Rois, xviii, 45. 

* Job, xxxix, 25. 
3 Tbid., xxvn, fi. 

* Isaïe, xxxin, lfi. 



70 REVUE DES ETUDES JUIVES 

taïa&t lys» ^asb a^npi r^in 'ma fiiw 'n bvwii aann ,s-ma»nni 
aon ta a pn«an wa naa-n înba" ^in "jiy 13 isi ta«i /^mais ba» 
ba»ai anaai /wmn t<b apj^b min nisa "marra aaiaTa ^a wnv 
pnr i3i« ^a»a in inawtta ta an .■»asnp r<b ^37373 itibu ta™ na 
^SMiai ïnTi t-pa bai ^apio 11 nnpn fi-im mnsab délita a^73 "«ba» 
mN73 la^na ban ,*îbrw t-nmaTa ^73 ban ww T»an*n paarr masi 
r^isan /oimMiDb snKBri ï-nn^airi iaa nnba» ,iaa"iisb nais ;rr: 
ï— iT-i ,i7aiaa "pafittbi ffiniÉb ^mttbis ^Hta Tib* yïa -n'a» "1 i73n;n 
■^saa basai ^una ia&t ^ab ba> taanarwt asra "jian "o r-nan n,b 
tou ana73 ^a» taamnaa nœonttb ^a # Fwwn tanbnfc ^n tan-n^T 
aamN rais omm # aaira f-nwoïrb ainab çn^bïars a a» oaanb ^aaa 
: *is ^oipN-iND « "nb n'a pnaf na lapn r-iisis 



3TCfi ^ 

p nna owr.bp r<aan nbiaWi t^ba^an taann bilan ^^jm 

a>aaî oinmia N3an aman «^isan 
*Hb ba» ^nanN "na^ ^ipa-i ^aaïaai *p*ra *nabai waa ^naïaa 
n,a pb^a mn73ia-i n iaa3 •'anisans tan 13 nb^n û7aT f-ians a a 
^aa»a Hahi .Sbnns ■jnbna k-nsfen np^ai "pana n,73iaai n«Bn« 
n,b a^iab ,ïiatap nna r-p^b* nanan iio" 1 ba» *]b Hnaab imran 
, 2 Qnbisi n73N t-mafci /naa s^aai mnx inbian sml^T» ncaTa bis 
yn^n ba> ^aai ï-rnarim baiari i^isa aisr [pwk] ^a wjt ^a ban 
mis naaTa abri .nnaa tana NSTai ta en ■■ma*» "nan p ba> 
*7m^b» ^baia inatip "nnan ^nntob n,7373T ^nnpb ^pbn n,n73an 
■^na a>aianb tanbiab ^^npi ^minnian ^nnN tD^pTa ^aam ,* ^rîapb 
n-»na ^nN \-na nia^ ût»73 taba>a «b -137373 -na^i ba niSN tabia^n 
'fhàîHb ^naisn 173^31 nia-" abai ^niTais , 3i73wNai n73^a .nanx 
"3a bab •j'nNbi a^D mny n^i ÎN73T ^npTn ^na baai 5 [^nttnKinrra) 
^m^an ^n« ba ba» p ba» ^n^a^n n,n^r ^ inan'n ^^nttis ^nans 
S^ai anaa ^^ba»i T^b» \nnai nu;N ba ^1 fprrrp&rt ta |"»nn73Nn 
■»b ^a>7aiaa n^nTa ^niaa»'i wy mai "»3în ibbaz niss tar73 na 
•^naisn t^bi ^n3-na «b ^"naa 6 nn ITOpa a»a3b ia\s ab ba> nba» 
la^pna Nb nia« ba iD^pnbi 7 ib^aanbi nnn rnN unpb tza» ^a nanb 
r-nbnb ^ab ba» nnba» ^bi ^nnan r^bi ,ibnaa7a "ibip n« a»73iab 

1 C'est la première lettre des mots suivants : anaîl ba'w. 

* II Rois, iv, 10. 
» Eccl., v, 1. 

* Ruth, u, 2. 

* = "*BN ; eomp. Prov., xix, 11; Isaïe, xlviii, 9. 
6 Ex., xix, 12. 

^ lbid., 23. 



LETURES DE SCIIESCHET 71 

'-aap-'tD w inoN»73 inTïibi *p it ni-iEn maran bapbi *paa 
,ib •ma p ^a Tb* linn -icn ba ta^p-n ï-iaTOnr: \Nan Tba* 
tarpaob 153")^ *inN "ittSN iafr9 i^a ba Yiaa mbn ^naaa bpTaïn 
laisti ia ! [r-iNTs] iba> r-iaian irrab iaiN 'rnan ,bbp» 'ipbai ,bbn7a 
rnx t<:uîbi .^pasm» *-in msntob p'jMSfla aupbi /pisi mabab pn 
i-in^n .Tibnn ^nwan ,T"iRD'n ^nbma STiNBn np^a ia , ^«aiia 
niatb '^an ttn* ara nso ^a ni« "iwin 'nb^n r-uaNm inaifi 
qoN naibœn ta"pb STYnfn n^aa- ^a yiiribi p^Ha&nbi itd^^ t-i« 
tduj r<ba ^ssb r-nftnnK-nDttb baab -i^an rrasm wïi iapt 
,nbap Nbi ib Tia niDsa vba> Tyran n^N Sa bapbi ï-tb-ib 
tainn nso iba nbiDii .ï-obus ma "nb? ^nwm Fî©p ïitcp r-nsan 
mm |nn»« ba» SaiT^a mapn asbi-ip i^an ïn^pTa n-ainna 
^RN ia ^-iTaNa / tnana nioà "pBOE inpisl îhipï m^nïï nn^i 
/matn labtt baaî taais-n 5 a^na lînn iniopi "pB Sa» nTas ^nias 
irianbi /pa nx Ha-iôMpb "313» nbrc ,1213? ba> rpbim lab^aa Sbpi 
rri33»)3 abi ^-n ïtt t^«bi T3 n^3 p e^îb-i «'pabb "waa inbapn ta» 
Tiana ï-rarr irisa» œpai ^d nx broc *niatf nnx naiian ^ba>a 
toamas mbion rtbnn ï-ib^ma œpab inatanKi iaab ■nrumm "Pba 
■nu s 3 ba> no« — no«bi a^a aaïaa ismpb irmartb ^-ien nta« ba^i 
"pasb «ab rîT "nrwi naiànaa rmnn "iBaa t*npb *na» rtbji bab 
^733 fcaam binai t^ntab "nat-ô i-wniai na^aana Snpn ^apT caa» 
iiby ^-nnn nm baa ^an ibapi ^13353 ia>aan i-in« rrn^bo u:pab 
ib mnobi "iTanabi ibapb Y 5 rr^a rivy^ ï-ia &n ^a yiv -«an^ ïnnNi 
fnwffi ^m- *j?a ip^mn ^bi n^p *ria* ina^n àbi nb^nnan na>u: 
riitt)a»b ^nr ik ^^r riT nan bau:m marn m» nanibb ^?a7a-i 
r-n^a>b Bupi &n T'asb lann» 13'K ba« ,a^u\i aa^pb^ ^a^a nioin 
|-i3Z3»a bapnTa nan pn iiba» ^-ntar r<bi ibàpb inn?3N nu:Na 
inwinbi rba» anaan airm nsa ib« rnbujbi ai»anm ta-'apTr? 
p "nrtN nnînbi iasb nnansîn c^pb t^ai 'iïîn iittn nb^abi na>npb 
^b« nanb ib nbibn ^a«i ,1313*3 arja ^ai^n ^nnN tnabbi *piaaa 
înïî^n nnKn incspai ^nira' "jantttb pn n©a>n î^sbi ncy "ji^ba 
<iba> mxn nï)N ba rnaaw tanp» ^a^Ni nTaiN "mïam ,/piana aiaa 
""Bai .tabuî nann ia ina»nii ^-nai ^wtjb iriiï3«7a b3» n?aia> ^aam 
^sasTa la^a^a^ *i7an?a ûbu: b« Nnp ^a^N inpitan taiîia'T inaïiN an 
i^ttiaai iib n np^n aaann binan t^rasn na^n^ ^auîNn ba»tt3 mrjr: 
G nbnaa nsnottn aaananNa nNBn7ars .tznb^ ib Sltt^ taaa^aibu) ni< 

,aaannuj?a 

1 II Sam., xiv, 13. 

2 II Chr., xxxii, 1. 
a Job, xxxv, l. 

4 Ex., xxxii, 32. 
Isaïe, xxxii, 5. 
* I Sam-, xxvi, 19. 



72 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



rpv> *n ptw *ia riuîuî pprt taaTtN ûsmsja miNb^b i^tte 



aron îw 

fcaann ïiby^îi bYttii &rcD5tt rmïm bantip Nas nia îrrwnîi ^$$ 



: Mètre 



: * ratt-in ^nttp br tpN 

la^n b* spoiN t**b ya-iN 

:U:«N M72J> aaiDNi 15 

î'ujt^ t^sb lïiaa ^a nttft 
: iBEiaa "nb n-ib"i -13 



t^b p bs> ^b T»ian sn73p 

in tabia tpapa mb*bm 

tiid-in ^na-N n7ûby 

■narra il» "p inNi 

-M iivi babi nb -pn-» 



•<a piasa nmarati ba wh [N](!-i)7^an N^^n rwisa K^.VID 
*pbb pm ^73 n in ^tini /narra abb pa*n airiN ■^mo* 
pan 'pn tarro .'■pbK r-rpan "rpTi rraN "137373 aa^pa-i ^nai ^33 
iy TnnKtt e^i T\yi2V .^lûasa "iidn ©nob "tpoiri p bsn tabiDn 
r-rmaab a^an p-w ibav r**b TaN ,*jnarïN *©« nba r-pD3 nia» 
tin r-maaa "O p-i /nna mbn s-ifh ^a /paiN crann aai^ baai 
/îanrn pini73 diib 1 un /fnmn.8 bN ton imab©» ï-wittan 
riN"i733 ïiarn .nm anaia ta^3 n?2i 3iL3 ï~t73t ,-inNa tamaiDi 
^brrn&n KÏ33N T73U531 ,-,ndpn nmnNa ton bï-ttn tin "rbN ynnN 
™i©n ny pa tamaN n H3- pNsn "hs* nmv ~ n a "nan t^ra^a 
bN canpTo aTrw tni ton naiN rns bN na r-imna p<bi s-iN-i^a 
rinNi , 6 taibian ■nm» Tnaei ,mrïNn r-naDién rraai ,r"nTHTi 
iNUîn aa^b^ û^ibsn bai T^T-un i3tin isdn mn ,i3n£tt l^s> "îacriean 
iap3W aaanariN 7 ^d p^dn hv miw ppn aaTiN : cnbw tmNiatt 
t|ov na pnafci na ppn niûttî .aanp-i^n ujn mawb 8 nbrn s-inidi 

; r-tuujipnNç 

1 Deut., xxiii, 26. 
a Comp. Ex., xiii, 22. 
3 Deut., xiii, 7. 
* Ps., lxxviii, 21. 
» Ex., xxvi, 17. 

6 Isaïe, liv, 2. 

7 Ps., xlii, 2. 

8 Jér,, xxx, 13 



LETTRES DE SCHESCHET 



T\ 



p ro -nb n bTOtt t^iaan raaanrï ï-naanm baioft yiN » ^JHD 
r nsi b'*T s^raan rua» t^aan 



: "in-iruab in^D pu;a aœm 

: inOTri a*ij>n tni tmbna 

: inai»n n« yip!-a * 3 ^ 

: iniN Tiasô "ib iaan ">b 

: 3 in s-i73Nn ^n?ai ona 



^ ^ w : Mètre. 

.mi r-na Sn "nanpa ma 

»b^b ih]h)nb riKazb ban iitd- 

/ia naib na> iabi i©^ 

on dv t-n»n n^ b-rm yp^ 

,«in "nba asxaa Nb"! ab in 

,rvra nnp û""pi ^on nwa 



t-na;» rfaitai /-ba s ?ia np3N p S- s|bwa -patna aav aia 
^b* !rT7iBT23 rrbna ina ^a /IP^na Tina xn inanN Hnabia» 
■pna "pna ^ab ,*ï-noE aab >o3N Tonfc fibam ,mbN taapb» 
.ï-niûa in ^amm impbn in / &a"»Dia y 3 nu3 iniroa- ,a3ab 
naiN r-n-rna h*bi i-wi?aa "itDN i^ vnfcibuj rnnatt aab r-am 
: en : ^opno ?a tp-n na prer na *japn miata .abio traaa 

Siw n*rç»tt p *ib an np^rr oan- t^»s?i binait ^p|fcs 



_ ^ — 



: -ima m?y wipi 5fc yna 

: 6 nrna "jms wn ynv 

: nna t**bi 7 "fssn ns yn 

: nns manu nra i'wi n«3[i](3j 

: 8 -inia^ Nim Tnvib n^ 

: nnn ^dn rtsib» Epata 

nnDfaKn) inoa td rpbnra naip 

: hnJ(N)on -p&o na^a Dip» nr« 

: nnan lab ^3 a^-r-n baw 

: nn?: ^7372 mpK ïtt rra 



-— : Mètre 

,*-nb^b "iN7a ^b naùjm nan^ 

,fiar«n mp» ^a ^-nNa -mb 

,^3 irnwn iab -p pian 

,*p n« ^bs» !mwn[n]n ^n 

,niN *bjnb i-nrs Nim ^tin 

,bmn ba»i ^pbttb aiiann ^^n 

ma D^nn^i ^ana^n dv 

9 a>"in ï**bi yns "'bx nnon 

Nb un ^battî \*9 t-nonn nu 

/ûT'n imi ^jd"!-^ ta» 



1 = Explorateur. 

' = 13*ip3, quand il s'approche. 

1 11 faut peut-être lire ce vers : ^?3T 0*1 D S-iTS ïinp ta^p ION HN73 
inl Jn73N3 et traduire ainsi : Que l'ami qui remplit son vœu accepte le lis 
[= I^JID la capitale de la Perse]. 

* Ex., xxxv, 25. 

5 = De ton absence. 

6 A cherché. 

7 Lisez ^Dri; Isaïe, lviii, 13, yn = USÉ*) ; Eccl., ix, 7. 

* Et ton ami seul doit être (noir) dans les ténèbres? 

* Jér., xiv, 18. 



74 REVUE DES ETUDES JUIVES 

: fàan ^ T 13 * 1 ûip" 1 " ,15 ^tt an* 1N73 *]bnp 

: \72W '■praaa wnm ^»* /p« *pbi "priant "iTaan 

:.1»i« ^aa© ni*i72Nn sna ,ba>ab ■baaftjn t^b yvzm pu: 

: pia nam **b ^dtî non-» ,fô i*nmb un ^nan» na 

: 1731 i73a rjpm na-j? ,anr! t>ôi n73N ^b ^sa 

: I73^rn ^ma mxa. ssari /anpN *-ian ^na -or nan 

•173N 173N a bN tt3a"H U3>a"< /plE" 1 ÏH3!"ïKn n^3 -1D73 

# ï-onJ> *-ian^ *<bi ï-ian^r» 3 ^pn nsob *p i-J72i îrnaaa ^ab i»c 
rt73"ip73 JTnn ,inab» ^asb a*npïrb pusn •ni© -nœb "pab ^^73 ^pNi 
^ma mata «a rtarnbi rtanab irianaa ^bnnprï na-n patti 
^a'm 4 "inaia bain t<b ^a 5 la^ -rimai pianrs ina ■•as» pum 
piann i-pma ^a mjni ^î-paa 1 * %"wh ba ,iaia;a bipi im&w 'marna jbp 
ina iib« .— lanan ^n 6 ^^ai^a^n bnai Bppm /"pas i~ta;a"> piibïTi nnn 
iaa>n imfin TtfN SnjBpïi ">bib .inawo r-P73^73 *no« !-iai73Km fripai 
Sp73T -nntt imnbn ba> hipïï npiab r*o ^a ,mtfb r-ivr-prï -pina 
"ba> "»nN3p ^73->73 biaiÈ aratt •«mn ta ,-naan 173 nyj3 trasb ipœ 
S-wiki .^nboa nn ia '— iidk Tan Sa î-nrrcjrsb /][n]ba£3> y-ia 
prisai ,ï-mb pàm Irranarî "pn ï-wbïti ï-tth taai^— 73 i73bn aaN 
u a , ai73n ^ban n ;ab imiobi ,î-irvnaà> na^b *]ab ni©m ï-roo 11 
-usa aa^anpn ^ma» ?<aa ba> ^îaiis un ,nmaa r-na Sa by 
innN a^pba r-oiaai /la^b* ^12-0 stip^n n^r ©Tn rt^nm yiwsa 
^nnntf mab amp : 7 tabtàa s^a^ i73ip73 ba> aa^n bai ,iarama 
r-irm-i-p bïî» D^nn73 ,ïnab -n^a ba fhan» ''an mlia / ?na ^atan 
r^aipwS-iNa ^a cjot» na pn^ ia n©ia ftapn ^priK "nnaa p-«Tn73n 



Tonn N^an ^aaina d^ppn N^iaa .ia^na nTa'ca ia -i\un y ianpn vi 
^7:n rtiaw Naan SiL-rr N^iDaïi la "»nb Kaan naaan 

l^mibnn t-iam vnpm \n\ann ^asb n^n VP^îa nia» Hi?3"1^ 
•>a^3> ^n73U5 nam .inn^a man nxn ^r^n^-i ,pa r^va 
tmaabn ^rryaTaîi tnyabi ,nan ^s tannobi ,-niOïi ^anp n^b ^abi 
t^bn .tainab pa t^bi ,anab ina ^n«at!a «b rinr 121 ."nyainn 
la b^ .ï-i3nn73 naab73m na:p an^m ,r-naab a^73 abi .n^ab ina» 

1 =Et ton âme n'a pas l'envie. 
a Deut., xxxii, 15.. 
» Ps., l, 16. 

4 Isaïe. 11, 10. 

5 Deut., xiv, 24. 

6 p, "vD, n, les lettres du mot pOT. 
* Ex., xviii, 23. 

8 Isaïe, lxii, 4. 

9 Comp. Baba Kamma, i, 1. 



LETTKKS l»E SCHESCHET 75 

■rçaminb yvt t-nbnbi *pnabn ,tabœb *jb biKiûb r<aNi *nan vrûtp 
^aopno sa rp'n na pnir 1 na ppn r-iiaim mn&ta -iNsn» 



Mètre 



'■pnariN abi* ihartt* t<bn i-p,"} 
: ma ^w i^^bi nat ■npssb n« ^a 

hd» î-i»ki ma» nbna *çb niiDS 
: ïna rtntoéb î-nbi bawa *p r-iba 

£35 *aïH .nabtt t-miaa i^sai .Hbbttïi tmn ynn Ht Ta j^jjfl 
ïpo mbnbi ,s:ibtD ^pinprib p*i /phRnb ï-i*a Tibia*» 
nab rrr-p TNi «tabiaa t^ab "j-wç nn»b*i /jn» ttwmnn ba w»*nnb 
pptt "priN ^hin&a nNbnftH ^rnnaâ pîrron /"jnaiiN iww : tobu: 

^raoïpanao rp"p na pnr*"> na s-iiara 

(-4 suivre.) 



UN RECUEIL 



DE 



CONSULTATIONS INÉDITES DE RABBINS 

DE LA FRANCE MÉRIDIONALE 



SUITE 



VIII. Isaac b. Mardochée et le Kol Nidrè. — On connaissait 
l'existence d'une lettre d'Isaac ben Mardochée sur Kol Nidrè. Gar- 
moly déclarait l'avoir lue dans un ouvrage de Joseph Alaschkar, in- 
titulé d^nn y*3> ^Tt 2 ; mais il n'entrait pas dans son programme de 
la reproduire, ni même de l'analyser. Le traité d'Aïaschkar étant 
resté inédit, c'est une bonne fortune pour nous, comme on le 
verra, de retrouver cette consultation dans notre recueil (n° 67, 
M29&-131). 

Elle n'offre pas, en effet, un intérêt de pure curiosité; elle relate 
un épisode nouveau dans l'histoire du rite de Kol Nidrè, qui a 
soulevé tant de polémiques, et nous instruit de l'opinion d'un rabbin 
célèbre en son temps sur cette question si controversée. 

Comme tout le monde le sait, Kol Nidrè est une formule récitée 
trois fois par le ministre officiant, au commencement de l'office de 
la veille de Kippour, pour annuler les vœux et interdits volon- 
taires violés par oubli ; elle a pour complément ce verset du Lévi- 
tique, qui en fixe le caractère : « Il sera pardonné à toute la 
communauté des enfants d'Israël, car tous ont agi sans prémé- 
ditation. » 

» Voir Revue, t. XXXVIII, p. 103. 
3 Oçar Nehmad, III, p. 107. 



Ce rite n'est probablement pas antérieur à l'époque des Gaonim \ 
en tout cas, il est inconnu du Talmud, et plusieurs Gaonim luttent 
contre son introduction. Tel Natronaï, qui vécut au ix e siècle : « Ni 
dans les deux académies (Sora et Poumbadita), dit-il, ni en Ba- 
bylonie, pareil usage n'existe, que ce soit à Rosch Haschana ou à 
Kippour ; nos ancêtres ne l'ont jamais observé, mais nous n'igno- 
rons pas qu'il s'est répandu dans mainte contrée 1 . » Ce n'est donc 
pas l'œuvre des Gaonim, c'est-à-dire des autorités officielles du 
Judaïsme d'alors, ni des Académies qu'ils présidaient. Amram 
Gaon, l'auteur du Siddour (Rituel), ne le connaît encore que 
comme une coutume particulière, qui est loin d'être universelle- 
ment admise-. D'autres Gaonim font également leurs réserves sur 
la validité de ce rite; tel le Gaon Haï, fils de R.Nahschon 3 . 
Les rabbins espagnols manifestèrent la même hostilité ; comme 
le dira Isaac b. Mardochée, Alfasi et Maïmonide ne mentionnent 
même pas cet usage ; les plus illustres commentateurs et décision- 
naires, encore au xiv e siècle, comme R. Nissim (Ran) 4 et Isaac 
b. Scheschet (Ribasch) 5 , ne veulent pas en entendre parler. Même 
l'auteur du Tour, Jacob b. Ascher, malgré son origine allemande 
et son respect de la tradition, ne dissimule pas sa répugnance à 
l'enregistrer dans son code, et il s'excuse, en quelque sorte, en 
constatant que ce rite s'est répandu partout. 

Ceux mêmes des rabbins qui, à l'origine, avaient donné l'hospi- 
talité à cet usage dans leur Rituel ne manquèrent pas d'en mar- 
quer nettement la signification et la valeur, afin de prévenir toute 
équivoque. D'après Saadia, la formule ne s'applique qu'aux vœux 
collectifs de la communauté; voilà pourquoi elle se complète par 
le verset du Lévitique, qui parle de la communauté des enfants 
d'Israël. Mais les vœux des particuliers, nul ne saurait, s'il les 
violait, échapper aux responsabilités qu'en entraîne la trans- 
gression . 

Au contraire, pour R. Tarn, la formule n'est faite que pour les 
vœux que chacun prononce par devers soi, car elle annule les vœux 
dont on ne s'est pas souvenu; or, les vœux collectifs, on se les rap- 
pelle toujours 7 . L'usage, ajoute ce rabbin, qui, à la différence des 

1 Schaarè Teschouba, 143 ; Hemda Guenouza, 6, etc. 
1 P. 47 de Péd. de Varsovie. 

3 Schaarè Teschouba, 143; Rosch, sur Toma, vin, fin. 

4 Dans son commentaire sur Nedarim, 23 b. 

5 Cité par Joseph Caro, Bet Yosef, Orah Hayyim, 619. 

G Tour Orah Hayyim, 619 ; Rosch, sur Yoma, vm, fin, cite la formule de Saadia, 
qui est la même que telle du Siddour de R. Amram. 
7 Séfer Hayasrhar. 144. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Espagnols, y était très attaché, a été institué à une époque ancienne 
— au temps des Tannaïm — à eause de la légèreté avec laquelle 
on formait des vœux : on a voulu parer ainsi aux conséquences 
surnaturelles de l'inexécution de ces engagements volontaires. 

Haï Gaon, ne se jugeant pas sans doute assez fort pour abolir le 
rite, en a modifié la formule de manière à la rendre inoffensive, 
pour ainsi dire; voici celle qu'il avait imaginée : « Tous les vœux 
Ht interdictions que nous nous sommes imposés depuis le dernier 
Kippour jusqu'à celui-ci, et que nous avons violés par oubli ou 
involontairement, nous prions Dieu de nous les pardonner ; que 
nos vœux ne soient pas des vœux, pour que nous en soyons cou- 
pables, que nos interdictions ne soient pas des interdictions pour 
constituer des pécliés, que nos serments ne soient pas des serments 
pour que nous soyons châtiés, comme il est écrit : Il sera par- 
donné à toute la communauté, etc. 1 » — De la sorte, il ne pouvait 
y avoir le moindre doute : il ne s'agit pas d'annuler rétroactive- 
ment des vœux qui n'ont pas été remplis, mais de demander à 
Dieu d'en pardonner la transgression involontaire. 

Isaïe de Trani l'Ancien donnait un autre motif à l'institution de 
cette coutume. Le Kippour, dit-il, amène le pardon des fautes dont 
on s'est repenti. Mais il est une catégorie de péchés pour lesquels 
la simple pénitence ne suffit pas. Ainsi, celui qui était obligé par 
la loi d'apporter des sacrifices de péché n'était pardonné qu'après 
avoir rempli cette condition. Pareillement, ceux qui ont fait un 
vœu, par exemple de donner une certaine aumône, ne peuvent 
rentrer en grâce auprès de Dieu qu'après s'être acquittés de leur 
vœu. Mais il peut arriver que le fidèle ait oublié l'engagement pris 
par devers soi, le Kippour n'aurp-t-il pas son efficacité ordinaire à 
cause de ce manque de mémoire? C'est pour remédier à ce mal 
possible et prévenir cette éventualité qu'a été établi cet usage : les 
membres des communautés annulent les uns pour les autres les 
vœux transgressés involontairement afin que le Kippour ait son 
plein effet 2 . 

La plus originale interprétation du Kol Nidrè est celle de 
R. Benjamin, frère de l'auteur du Schibboulè HallêUet, dont l'es- 
prit indépendant est bien connu : d'annulation de vœux, il ne 
peut être aucunement question ; toute parole ayant ce but serait 
sans portée. Ce que le fidèle demande à Dieu le jour de Kippour, 
c'est de lui pardonner d'avoir prononcé des vœux : le Talmud ne 
dit-il pas que formuler un vœu, c'est élever un autel sur un haut 
lieu, et l'accomplir, c'est offrir sur cet autel interdit un sacrifice? 

1 Cité dans le Schibboulé Halléket, § 317, p. 295 de l'éd. Buber. 
» lbid. y p. 294. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS INÉDITES DE RABBINS 79 

C'est ainsi que, d'après la Bible, les vœux annulés par le pouvoir 
compétent, comme ceux de la femme par son mari, de même que 
ceux qui ont été accomplis, comme celui du Nazir, nécessitent 
encore le pardon divin ! . 

Cette diversité dans l'explication du rite recouvre une unanimité 
parfaite dans le sentiment des rabbins qui le proscrivaient comme 
de ceux qui le prescrivaient : le respect de la parole donnée, la 
crainte non avouée que l'ignorance se croie autorisée à violer des 
engagements sacrés. On dirait même qu'une telle éventualité leur 
a toujours paru impossible, car, à ma connaissance, pas une fois 
ils n'expriment cette crainte; ce qu'ils redoutent, c'est que le popu- 
laire ne finisse par prendre à la légère les vœux et engagements 
de cette nature. 

Aussi quand l'apostat Nicolas Donin accusa le Talmud de per- 
mettre la violation des serments et engagements pris envers le 
prochain -, Yehiel de Paris eut-il le droit de protester avec indi- 
gnation contre cette infamie: jamais, dit-il, ces annulations de 
vœux n'ont visé que des vœux faits par devers soi 3 ; quant à la 
formule de Kol Nidrè, elle est suffisamment expliquée par le verset 
qui la suit: elle veut remédier aux conséquences des violations 
involontaires des vœux 4 . Nulle loi, ajoute-t-il, n'a recommandé si 
sévèrement que la nôtre le respect de sa parole; même si notre 
engagement doit tournera notre détriment, l'Ecriture 5 veut que 
nous y restions fidèles. Ainsi fit Josué envers les Gabaonites G , 
quoi qu'il eût été trompé par eux 7 . 

1 Schibhoulé Halléket, p. 294 de l'éd. Buber. 

8 Dans les Extractions (voir Loeb, Revue, II, p. 267), il est dit : « Et quiconque 
veut n'être pas tenu d'observer son serment n'a qu'à protester au commencement de 
l'année que les vœux et les serments^ qu'il pourra l'aire dans l'année sont nuls. » Re- 
marquer que dans le texte visé ici il n'est pas parlé de serments, mais de vœux. 
D'après le Vikkouah deR. Yehiel, Nicolas Donin t'ait une confusion — volontaire — 

analogue : fc-pn mayi ims W-pr" 1 ^btt ninn D^rran n^n Tisn 

^"HD b3 ^TON" 1 ! D^-nD^ÏT « En outre il est écrit dans le traité Nedarim : » Qui- 
conque veut annuler ses vœux doit dire à Kippour la formule Kol Nidrè. • Or on 
verra plus loin que le texte ne parle pas de Kippour, ni de Kol Nidrè. 

* Dans la Confessio magistri Vivo (= YehieH on lit : « XXII. Dixit tamen 
quod hoc intelligit de votis vel juramentis vel promisis factis ad seipsum et 
non ad alium. » Voir Revue, 111, p. 56. Dans son Vikkouuh, Yehiel dit, en effet : 

&bp p&m im» win nwaiBi n-ma "pl^nn FTitamn 'r\ n-iïïNpm 

d*in vn Tvnnb ins ■papi ûnt bas jna pbn û-nnsb ipàn TOswb 
"insHtt NbN nsnb b"pi. 

* *p ,„m? bbb r&qbi çnppb b^sia itm bs br nsna nb$w? "TOgn 
ii^3 ûin b'£=p «bw msibh p^ i^zn "i:h:n *pN rrjjittia û^n 55b 
awttîa ïnsnaïaa n*. 

5 Psaumes, xv, 4. 

6 Josué, ix, 18. 

7 Vikkouah, p. 7. 



10 RRViir: \m mnm JHIVfiS 

L'accusation de Nicolas ponln entra dans l'arsenal de la polo* 
mique anti-juive; elle servit dans un grand nombre de contro- 
verses. Aujourd'hui encore et presque annuellement, l'ignorance 
naïve ou volontaire de cuistres imbéciles dénonce à la vindicte 
publique la scélératesse des Juifs, qui, moyennant la récitation de 
cette formule commode, acquièrent, selon eux, la liberté de violer 
sans scrupule tous leurs engagements. 

Une modification fut apportée à la formule par R. Tarn, le 
célèbre rabbin champenois du xn e siècle. Aux mots : «... depuis 
le dernier Kippour jusqu'à celui-ci m furent substitués ceux-ci: 
«... depuis ce jour de Kippour jusqu'au Kippour prochain ! ». 

R. Tam est-il vraiment l'auteur de cette réforme? D'après les 
termes du Sèfer Hayaschar, il n'aurait fait que s'approprier l'opi- 
nion de son père, le fameux gendre de Raschi. Mais, d'après cer- 
tains textes, cités par M. Epstein, le changement est l'œuvre de 
Méir, le célèbre ministre-officiant de Worms ; le père de R. Tam, 
qui a habité quelque temps cette ville, a pu en rapporter la nou- 
velle formule 2 . 

La raison de ce changement était purement scolastique, c'était 
le scrupule d'un talmudiste épris de logique et voulant de la consé- 
quence, même dans les usages. Or, le rite de KolNidrè n'a d'autre 
point d'appui qu'un texte talmudique ainsi conçu : « Quiconque 
ne veut pas le maintien de ses vœux doit, au jour de Rosch Has- 
chana, déclarer que tous les vœux qu'il prononcera dans l'année 
sont abolis, mais il faut qu'il se souvienne de cette condition au 
moment du vœu 3 . » Ce texte, avec cette restriction, est assez 
étrange ; aussi est-il corrigé par tel docteur du Talmud. Bien 
mieux, il a pour but d'expliquer un passage obscur de la Mischna, 
qui ne dit rien de semblable. Quoi qu'il en soit, comme c'est le 
seul fondement possible de notre rite et qu'il parle du futur et non 
du passé, il était logique de modifier dans ce sens la formule con- 
sacrée. D'autres considérations d'ordre talmudique sont encore 
mises en avant par R. Tam, mais, en réalité, celle que nous ve- 
nons d'exposer est la principale. 

La correction souleva une véritable tempête, même parmi ceux 
qui n'étaient pas opposés à la récitation de l'ancienne formule. 
Même le Rosch (Ascherb. Yehiel), qui naquit et vécut longtemps 
en Allemagne, où R. Tam était une autorité indiscutée, déclare 
nettement mauvaise cette rédaction et décide qu'il faut en revenir 
à l'ancienne. C'est à cet avis que se conforme son fils, l'auteur du 

1 Se fer Hayaschar, 144. 

2 Voir l'ariicle de M.Epslein, dans Revue, XXXV, p. 244-245. 
:1 Nt'darim, 2'ib. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS INÉDITES DE RABBINS 81 

Tour > ; pareillement l'auteur du Schibboulé Hallékel, quoiqu'il 
fût le disciple des savants français 2 . Isaïe de Trani l'Ancien, dont 
ce dernier invoque la démonstration, et Ibn Giat, cité par le 
Manhig* réfutent victorieusement l'opinion de R. Tam. 

C'est à la fois et sur le principe môme de la récitation du Kol 
Nidrê et sur la formule à adopter qulsaac b. Mardochée fut 
consulté. 

Sa réponse n'est point faite pour surprendre, elle est entière- 
ment conforme à l'esprit qui inspire toutes ses Consultations» 

Il commence par déclarer qu'il a déjà étudié la question dans son 
commentaire sur Nedarim. Puis il attaque de front tout de suite 
le raisonnement de R. Tam, dont il reproduit sommairement les 
termes. Il invoque contre ce docteur Isaïe de Trani, dont l'opinion» 
dit-il, s'accorde avec celle de Saadia, puis Ibn Giat, déjà cité par 
le Manhig. 

L'ancienne rédaction de la formule doit donc être préférée à la 
nouvelle, dans les communautés où le rite est en vigueur. Mais ce 
rite lui-môme est erroné, l'opinion des rabbins espagnols, de la 
Babylonie et des deux Académies lui étaient ou lui sont contraires; 
or, ce sont ces autorités qui sont nos guides. Voilà pourquoi aussi 
Alfasi et Maïmonide n'ont pas mentionné cette coutume, qui heurte 
les principes de la tradition. Il ajoute ce détail, qui ne manque pas 
d'intérêt : « Elle a été abolie dans la plupart des communautés où 
il y avait des rabbins considérables et érudits. » De fait, nous 
savons par le Manhig qu'en Provence, c'est-à-dire dans le Midi 
de la France, elle existait à la fin du xu 6 siècle. C'est donc bien 
d'une abolition que parle notre Isaac. Du temps de mon père, 
dit-il ensuite, je n'ai vu à Narbonne ni ailleurs personne qui eût 
l'idée de réciter le Kol Nidrè, et ainsi en est-il de nos jours, 
a Le ciel me garde, telle est sa conclusion, d'inciter ainsi à des 
erreurs, car à quels préjudices n'expose pas cette coutume les 
particuliers et les communautés ! Un jour de pardon et d'amen* 
dément, où les scrupules doivent s'aiguiser, comment prononcer 
de telles paroles ? » 

Israël Lévi. 
[A suivre.) 



l Or ah Eayyitn, 619. 

» § 317, p. 293 del'éd. Buber. 

3 P. 59 *. 



T. XXXIX, no 77, 



.82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE 



vu 



.[•oin» 'na pnr>] toi taip i3-n»y nairann dnt 

Sa> n;nba>?a n^am fn» tat»n b-w s-rbran nran "*a»ja n?Niû 
car» V»ia viMNb -nan c=n û-niman nspa airon ma ba nos 
rrrra un *wk*iû èmb nm ba s-n nKamiin. *<b un fcsrrwort 
ûnniBisrt ûv i* naana û-mBan bt» a-marra ™a>ara rw nrvn îaia* 
b"n rroa nna Jnwra ma ba n^nja i«an ir»a* srrr»» in ntïi 

.aan bt.b'W tar* 1?int to-msan ara 
^3">n ï-ibaran f-iNTa ">b rwnau; ma "jWBb ïwik r-paxnra nnao 
maia vian ■nbwa rra î-nspa n;b ama ^îîti /]a r*wob ano?a 
/■waifin û^3 naa?aa ^nn^ara ma a? la^att ^sn t^îitTasn *sb ïrra 
'von naan ba> nsnat ^a inxp n»"ib< "una ma ba bia naan ï-it 
■>sbi ^nwjnpïTi nwnttïn cnnoam tmiartn na^ra n» n^nnb ùmin»2 
ib ■pKio nai corna riTr; yrtn ba> ûnu nmn b"T apan '-onb mspnïmo 
ama nyana 'a mm nniKa ana^n ïibm Nnaan raatttt bba uni» 
tar»» ynna «aman ùmTrwa m»am « lai rma îE^pm abra namrn 
r-nm • 1 wïi nsoa 'irow iwa ban «an û^msan ût na> m amea 
wnatt naiafcia rra a*npn bas na» niap an™ n» b"T ann pTinH 
isonsb ■'ini "pN© riTa «in r- i3U5?an nm«a njaban jnïro an?aarj njma 
rrcrrab nao t^aa^n na ^aifi an 3 '-n?ûana tarana ia wrbi 
î-ianrrc; iiaa aam r^a^bK '7aaa îtiiotsu) Tïifi b* 'ib ^pnsa 
■nna rnb -orn a^nan '■«a ^Taino ïib a^no «an N*an b"N 'îai 
■»Bb*»a t^bi larei ^a mosa ^a«a annana wbi 'T^bN 'm «n^anm» 
t^anaT Nin "wnai Npnsa rr«b nirm t-isi û^-naa r<bipb ï-ia^w 
tsNi ,naTU3 naob ï-rnom n?aino t^-'n^T it snaiott '"•sa 'ra^pa 
•mnnuî ti^-na ba inuîNb '731nïtt no-nN^r? n-ira 'o lansuî?: nwsn 
û^-ibim ûïi nn aiba 'ton Nb v»n^p in -nn ^iba aip^7: Naxu: *w i^a^ 
N315 ^«rt "^aa ■wajn *»bNT isra ia^« 'i« nraam nsi» 'm« 'T^bs 'n 
î-î^b mrttil t^nsoina '?:^-j ^anpna tanrt ."jaa-n t^a^bN ^art7a s-*b 
'a^nœi ; naT iit sbïï w iwy ^ma ns^ab s-rn 'TJ^bN 'nb pan 
nauîwn '^b "Ofibi jhi 'Tay-j ^nna «am Nna m73 pan '^nt .nrn 
hy rr»3«a a^nnaa uj^n mbp iarîa-> «bu? ^a ^a inao ûuît nprn nt b^ it 
ifcas? niaa nra b^n» ^annuî nsa« pi n^a^ya ^rw uni mn iittîbn 

1 Nedarim, ï'\ b. 
* § 144. 

' Nedarim, ibid. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS INÉDITES DE RABBINS 83 

Tarn fiTE ^«anîTiD ttt bba?a wjabi /iruaa -nnaa b-»jn?a la^w» B"*an 
i-rauian -nana Dams» -nana vwab 'iBwa n»oisb "nai p» a^-naa 
AWïia p r-nmnb -nowa pus ba parpa bar; para D"*fin vrpwi 
r-nanaron Nin a*nDNm ta'man a* manoaa anad rra " Sbïûia 'ian 
ipbnaia s"*&n "î^ar* 'rat» iNana mo« w un ^ii rnanaïaai p taa 
n«» ntnatt manaïaa moan b"T ta"-irs anara raa a^aiNa narp 
"înxb ^nNattti ,Mbaab a^Eta ûtoi nprab nanai» a^ant-ib nantt "nïTO 
îapatt ntito tr-na mabtia b"T ^ba 'na s-roia* 'm TOin maott 
wp© i-itt i-nai bba^i ^-nmart r-inoab ïp*i aiar^b tournât 
■»» Uni î-raiian s-najtûa mai* Sa b* "nsa^ a^-nsan tavn 
yin ftaisînîi a* ^nsa» ûiTissfi av> hw bara r-rc la^ani» 
■ma tabw© w nsatt îa-wa miaipiii t-npnat *maa tamatt pi*» 
tan*» arrby 'naana p&nn m»i»«i macan ^a^n îa-wtB rmiKai 
"nia bn œp^wi t-TT ban ta-n^an av> r^anb pa^n ta-niBan 
naïuî niïi '^bni ï-iift noie amsar: tar pa pTpa a*"nto lama 
ib« "maata wirtb marna narpa nsna r-nb^ ia a^inai» rwaa aaiiai 
n« î-it w maatn ibaan anxi ta^pa Sari -pst» na r-naaiart 
T»iat —iwn3 ana Narra S* «bi b*ût ^nu: ta^-naïi ibatt nt 
t^noa pHrn «a^oa Kauî irn ^it îaw) nna -nan t— in ransb 
•'■>an ana ï-iîb anpi ,aiïi ni rnao ^n »p ,ï-miaa aa>n bab ■© 
naa vioni s-mw rrob aba rwi t^b p paiana ">»b pipnïi î-inb 
ba toNT '-riana rmaatti poaiN "nia *j^a noaarr rcaa la^asa b^ 
niwnpwn im«a ï-tt^ï arjawr: ■»n , »pM ^nn im /laioi bNnw nw 
nsbm» ma^ ^nujai Saaai ^ncoa û^aiNan r-ita» ba« # na lanaia 
î-tt^n b^ ïiam ^ifiri nai ûi«) noan nra in^ «b anu5 wi rn?3 
1» na^w n» nn^rja coar»b nuîBN^a ^narn ba^a ^sb ïhpitw a^as 
ta'mart paya -jn ^ïnw tan a^nbn a^nam uî»» tam pN tamart 
hww ibN Saia pso pN ^a nxn«n mà> pa^a in ta"»iNwan 
m rr>naa ^«na nsa» a^niBan ai-« a^n Nb« ia n^a^a ^wa aian bai 
î-iTbi aip^a i»a ^biua ^-iNia^ p &a a^nnan» rrura n» nrnrti 
^nu:a r<b p^î-na p« irrtft liiaba tobi^n 'pan ^a-ncaa an ana 
«bi Î-T3U5Î1 «Nia r<b a^nia Tnrtb baaa taipw baa Nbi m^isi 
'iai ^ont ^nna ba 'win maria nN^aa^a -j^m© t^b« a^iBati tara 
p« pnas^ '■'an 'mai $"y irmansa nayww t^bn ia^-i ^b ia« Sa« 
ta^nna hinna 'bin la^n b"Ti ta^isan ar r-nabrta b"T m^«a 
ta^-naai ,13^53^ t^bn iai7ab Nb î-m ii^bai nfin noaa nwa»i 
nauîn «Nia iviri rra^ïi ba n^n^a na^pn^ abtt mwn '^ona 
'"•«"•pi tr«anb ï-nbaa maïi nywa mat ■«« '^©pai 'iai ta -i73N'«n 
liaa ; »n t^an "iai *-naT «î-p >ib;a laban ^an ^a« 'tsn .ta^nnab 
ï-ib a^ro N»an ny 'ian "^anan "«n» rp t^bn »®rt rcana •'anNi 

1 Lire bba»«5. 
* Saadia. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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^•vna 'psua n-iay^ manaizai tama ua"a ""VYisb t^an -iao «b 
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ï-nrr anaat» nbbn a^-mr-s bbaa i3i7abn ,r-piaa p« '■en r-nabna 
saiw bua ."-niai i-iaizab m?"j t^bs artaa nrs naarro naa ï-it •■« ba» 
ï-nbi ,tw* yjk Brpiaa'aai ta^n ia« tarpca "muas tidoi Saa 
■oca tarrmana *-jïïï arwan B'n'm Ej"nïi ab-iyrt mas tdï «b 
ana taa-pn anaan ï-tï baana naai ,i-rbapn *wtia naaa Mini» 
bans mia*b î-ib^bm ,B"wpan ta^na B"-aan tona "pnua r-naipan 
11*1 b* mbabana mbpn ï-iaa ^a biuaaa Tb tsnbin ■pann t^a"» 
tamoan by» iaa rnsai ï-ïmbo byu pua bai -naatbi t=p-rnb p 
/-«a t-npnpma maia ta^a^n baa fnab ■pnsia t>rnarn bnan 
l'IIS ba T»a»b 'anb nab ba> i-ïbyi» *-a TPÉn «b b"T "na i^as wai 
«ma ,Ynna "iana pi abia*b i-naipa nanzaa abi ï-nia-iaa xb 
a\uv b« nita b-ia^ua ^anbioa ma» ■dw n;na>auaab io '■pmbwaab 

i"*"a •o-na 'na pnr* B^auaa 



LA LUTTE 

ENTRE 

ISAIB, FILS D'ABBA MARI, ET YOHANAN, FILS DE MATATIA 

POUR LE RABBINAT DE FRANCE, A LA FIN DU XIV e SIÈCLE 



On connaît, par les Consultations d'Isaacb. Scheschet (Kibasch), 
le différend qui troubla la communauté israélite de Paris peu 
d'années avant l'expulsion de 1394 ». Matatia, grand rabbin des 
Juifs revenus en France en 1359, était mort et avait eu pour suc- 
cesseur son fils Yohanan, qui ne manquait pas d'une certaine ins- 
truction, comme on peut le voir par ses lettres. Le nouveau grand 
rabbin, reconnu par le pouvoir royal, avait déjà pris possession 
de ses fonctions ; il présidait l'école rabbinique de Paris et avait 
même formé des élèves — au nombre de trois — devenus dignes 
d'exercer le ministère sacré. Tout d'un coup, un disciple de son 
père, Isaïe, ou Oschaya, fils d'Abba Mari, appelé encore Astruc, 
vint lui signifier son congé en produisant un brevet du fameux 
rabbin viennois Méir Halévi , qui l'investissait du pouvoir 
suprême rabbinique et déclarait passible de l'excommunication 
quiconque ne se soumettrait pas à son autorité. 

L'ingérence d'un rabbin étranger était déjà par elle-même 
extraordinaire; mais, au profit de qui s'exerçait-elle? Au profit 
d'un intrigant, dépourvu de scrupules, qui avait déjà su tirer parti 
de son audace turbulente : n'avait-il pas déjà, par la menace d'une 
destitution, amené un certain R. Simson à lui donner sa nièce en 
mariage? Et maintenant il ne craignait pas de s'en prendre au 
fils de Matatia, montrant la gratitude qu'il gardait au maître qui, 
non seulement l'avait instruit, mais encore élevé et entretenu de 
ses deniers. Il était arrivé à ses fins, son ambition était satisfaite ; 

» N" 268-272. 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mais à quoi faisait-il servir son succès ? Au lieu de diriger les 
réunions académiques à l'époque traditionnelle, selon l'usage 
français, il battait les chemins, à cheval, faisant métier d'agent 
matrimonial 1 . Quant à R. Yohanan, qui nous dépeint sous ces 
couleurs, peut-être noircies, son rival, il s'était déjà vu aban- 
donné de ses élèves. 

Yohanan, au lieu de faire appel au bras séculier 2 , exposa ses 
doléances aux rabbins de Catalogne. Cette province comptait alors 
les savants les plus estimés, les célèbres Isaac b. Scheschetet 
Hasdaï Crescas ; c'était là aussi que son père avait pris ses grades, 
à l'école de R. Nissim et de R. Péréç. En plusieurs circonstances, 
d'ailleurs, lui-môme avait eu déjà recours aux lumières des rab- 
bins catalans. La lettre qu'il adressa à ces deux docteurs renom- 
més et les réponses qu'il en reçut se trouvent, comme on sait, 
dans la collection des Consultations de Ribasch ; comme on le sait 
aussi, ces deux autorités se prononcèrent en sa faveur. 

Une troisième personne intervint dans la discussion : ce fut 
Moïse Halawa de Tortose 3 . La Consultation qu'il envoya à 
Yohanan était en partie connue, pour avoir été signalée par 
M. Steinschneider dans son Catalogue des manuscrits hébreux de 
la bibliothèque de Leyde (page 223). L'illustre bibliographe s'était, 
il est vrai, trompé : il avait attribué le document à Ribasch, 
malgré la note marginale d'un propriétaire du ms. le déclarant 
écrit par Moïse Halawa. Graetz, n'ayant aucune raison de révoquer 
en doute l'assertion de M. Steinschneider, a rapporté à Isaac 
b. Scheschet certains détails biographiques contenus dans la 
lettre ; c'est ainsi qu'il a fait de ce rabbin un centenaire. 

M. Halberstam s'est aperçu de l'erreur et a revendiqué pour 
Moïse Halawa la paternité de cette lettre 4 . Il eût suffi, du reste, 
de comparer le texte de celle-ci avec la réponse de Ribasch, qui 
est imprimée, pour s'apercevoir de la confusion. En 1873 parais- 
saient à Jérusalem les Novelles de ce Moïse sur le traité Pesahim, 
et T « approbateur » de cette édition, Abraham Aschkenazi, dé- 
clarait avoir en sa possession, sous le numéro 133 d'un ms., une 
lettre dudit Moïse Halawa écrite à propos de la lutte entre Yoha- 

1 ia •prob awb bwn trrwirn :>ïto:d nwttntt ïm *nn a^ïim 
û^iit Tinob in ^ba nab ^bs. 

* D'après la lettre de Ribasch, il avait été reconnu rabbin des Juifs de France par 
le pouvoir royal. 

> Ce nom s'écrit de plusieurs façons. Dans le ms. de Leyde dont nous allons par- 
ler, il est orthographié : îlNIJPbNn ; pareillement dans la note marginale du ms. 
de M. E. N. Adler. 

4 Voir Hebr. Bibliogr., 1873, p. 74. Son opinion a été adoptée par M. Weiss, 
Dor Dor Wedorschaw, V, p. 1896, note 5. 



LA LUTTE ENTRE ISAIE ET YOHANAN 87 

nan et Oschaya, et contenant les mêmes détails biographiques que 
le ms. de Leyde. 

Ce ms. d'Abraham Aschkenazi est maintenant en la possession 
de M. Elkan Adler, qui a déjà mis la main sur tant d'ouvrages 
précieux. Avec sa permission, nous publions ici la réponse de 
Moïse Halawa, qui intéresse l'histoire des Juifs de France l . 

Cette lettre est malheureusement écrite dans le style déplorable 
du temps ; ce ne sont que tours de force, vrais feux d'artifice de 
centons bibliques et talmudiques ; les calembours n'y manquent 
môme pas, et le scribe les a soulignés. Une traduction de ces 
quelques pages serait fastidieuse ; il suffira de résumer les trop 
courtes lignes qui ont un intérêt historique. 

L'auteur dit qu'il n'a pas l'habitude de se prononcer sans avoir 
entendu les deux partis ; mais, en la circonstance, l'abstention et le 
silence seraient coupables. Matatia a rendu de grands services à 
ses coreligionnaires de France ; souvent il a arrêté des mesures 
fâcheuses que voulait prendre contre eux le gouvernement. Son 
fils, Yohanan, est un savant connu, et il vient d'exposer ses do- 
léances aux rabbins de Catalogne. Juda b. Eliézer (le même qui 
s'était rendu chez Isaac b. Scheschet) s'est présenté à son école 
porteur de la lettre du plaignant. Il a vu aussi une pétition signée 
de la majorité des membres de la communauté de Paris. Pour lui, 
il ne connaît personnellement ni Méir Halévi, ni son protégé ; il 
rend hommage à leurs mérites; mais il croit devoir s'adresser aux 
rabbins de France et d'Allemagne pour leur signaler le scandale 
produit par ce différend : quelle impression doivent produire ces di- 
visions sur les Israélites et leurs adversaires, particulièrement sur 
les gens du peuple 8 . Il a quatre-vingts ans et a vu autrefois en 
Catalogne nombre de rabbins remarquables par leurs vertus ; dans 
sa jeunesse, il a grandi, à Barcelone, à l'école de Salomon b. Adret, 
en compagnie du fils de celui-ci ; il dit l'éclat de la renommée de 
ce maître ; puis, il a vu les deux astres, R. Péréç et R. Nissim ; 
il n'a pas craint d'être en désaccord avec eux, et jamais on ne l'a 
traité avec hauteur. Les autres rabbins du pays non plus n'ont 



* Ce ms. renferme, eDtre autres, dix-neuf Consultations rangées, comme dan6 
celles du Raschba, sous la rubrique des localités consultantes : Monzon, Alcaniz, 
Majorque, Paris, Calalayub, Barcelone, Cervera, Braga (eu Aragon), ou plutôt 
Berga (Ï12HD) (Catalogne), proche de Cervera, Saragosse. Le nom de l'auteur n'y 
figure jamais ; cependant, dans la pièce que nous publions, le prénom tout au 
moins est suffisamment indiqué par les mots J-plS ÏTnn. C'est à la marge éga- 
lement qu'un des propriétaires du- ms. attribue à ce rabbin ces lettres. Dans la 
préface du ms., on dit aussi que l'auteur doit en être Moïse Halawa (écrit ici 
tlN-lbn, comme dans les Consultations du Ribasch, qui le cite n as 69, 395, 396). 

1 D'après le texte, il s'agirait de convertis. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jamais exercé d'autorité despotique; soucieux de ne pas profaner 
le nom de Dieu, ils n'ont jamais imposé aux communautés des dé- 
crets ; jamais ils n'ont empiété sur les droits de leurs collègues 
pour en tirer profit ; ils avaient l'amour désintéressé de l'étude; 
même réduits à la misère, ils n'ont jamais pensé à rendre des 
arrêts pouvant leur être profitables. Pour lui, voilà trente-cinq 
ans qu'il est à Tortose : jamais il n'a brigué ni honneurs ni émolu- 
ments, pour battre monnaie de sa science ; il a préféré entretenir 
sa famille modestement. Pourquoi, répond-il après cette critique 
ass^z vive de la conduite d'Isaïe, pourquoi avez-vous dépossédé 
Yohanan de ses droits ? Rendez-les-lui; réconciliez les deux ri- 
vaux. — Il oublie seulement de dire par quel moyen. 

La lettre de Moïse Halawa, comme celles d'Isaac b. Scheschet 
et de Hasdaï Crescas, doit être antérieure à l'année 1391 ; autre- 
ment on y entendrait l'écho des épouvantables massacres qui dé- 
cimèrent alors les Israélites d'Espagne et ravirent à Crescas son 
fils. Nous ne savons pas la suite qui fut donnée aux remontrances 
des trois rabbins catalans. Bientôt l'expulsion de 1394 devait ren- 
voyer dos à dos les deux rivaux. La situation des Juifs de France, 
surtout depuis la mort de Charles V, avait été en s'assombrissant. 
Les désordres qui marquèrent l'année 1380 à Paris, puis la révolte 
des Maillotins faisaient prévoir le sort qui les attendait. Si quelque 
chose peut témoigner de l'incertitude de leur condition dans cette 
seconde moitié du xiv e siècle, c'est précisément la décadence des 
écoles rabbiniques et la pauvreté de la France septentrionale en 
docteurs distingués, qui expliquent, en partie, l'inconvenance de la 
conduite de Méir Halévi. Sauf ces deux compétiteurs, aucun nom 
de rabbin de cette région ne nous est parvenu. Et le fait se com- 
prend trop bien : les Juifs qui avaient passé un contrat temporaire 
avec Jean le Bon n'étaient, en réalité, qu'une compagnie de ban- 
quiers, de prêteurs d'argent. Dans l'acte de 1360, le roi ne parle 
que de deux « maîtres de la loi » qui, assistés de quatre autres 
Juifs, ont droit de signaler au pouvoir ceux de leurs coreligion- 
naires indignes de rester dans le royaume. La science, pour fleu- 
rir, a besoin de calme et de sécurité. 

Israël Lévt. 



LA LUTTE ENTRE ISAIE ET YOHANAN 



NOTE ADDITIONNELLE SUR MOÏSE HALAWA 

J'ai eu l'occasion de consulter le ms. de Leyde (Warner, n° 50) 
auquel M. Israël Lévi fait allusion. 

Les 32 premières pages contiennent 27 consultations, dont 17 
correspondent à 17 de celles qui sont attribuées à Moïse Halawa 
(ou Haliwa) dans mon ms., que j'appellerai ms. de Smyrne. Dans 
celui-ci, il est dit que les réponses de Moïse Halawa sont au nombre 
de 19 ; mais, en réalité, il n'y en a que 18, numérotées 125-142. — 
Des 1*7 Consultations du ms. de Leyde, 8 y sont expressément dites 
de R. Moïse, tandis que toutes les autres sont attribuées par le 
copiste au Ribasch. De là la confusion dans laquelle est tombé 
M. Steinschneider. — Des 10 autres consultations de ce ms., deux 
seulement, qui ne se trouvent pas dans celui de Smyrne, sont sû- 
rement de R. Moïse, et c'est sans doute par erreur que trois autres 
lui sont assignées. Cinq de ces huit, qui proviennent de rabbins 
contemporains, figurent dans le ms. de Smyrne. 

Les pages 33-59 du ms. de Leyde ne sont pas d'une seule et même 
main ; elles renferment nombre de consultations intéressantes ; 
Tune d'elles, p. 40 &, est justement de Yohanan b. Matatia, grand 
rabbin de Paris ; une autre est de son frère Joseph, à moins que 
ce nom ne soit un lapsus pour Yohanan 1 . 

Aux localités relevées par M. Lévi dans mon ms., celui de Leyde 
ajoute : Trina (?), G-érone, mftap (?) et Solsona (naniobiia). 

Les Novelles de Moïse Halawa sur Pesahim auxquelles renvoie 
M. Lévi donneat une autre orthographe du nom de ce rabbin. Elles 
projettent quelque lumière sur ce personnage. Le hahham baschi 
Abraham Aschkenazi, dans son approbation, cite des paroles élo- 
gieuses de Joseph ibn Leb sur Moïse Halawa, placé par lui sur le 
même rang que le Ribasch. 

De l'expression d'Abraham Aschkenazi, i"n, je conclus qu'il 
n'était pas le propriétaire du ms. de Smyrne ; on le lui avait 
seulement prêté. Lui-même cite Azoulaï qui aurait connu ces Con- 
sultations de Moïse Halawa. Or, précisément, Azoulaï est le seul 
auteur qui fasse mention des ouvrages i-jDiDrn !iTn, ttWïïl mp-in 'o, 
STWlïl 138 et autres abrégés des iD'a'nn n'Yiu, qui se trouvent dans 
le ms. de Smyrne. Il est donc permis d'en induire qu' Azoulaï a vu 
ou même possédé ce ms. Je l'ai acheté l'automne dernier à Smyrne 

1 Sur ce Joseph, fils de Matatia, voir Neubauer, Les écrivains juifs, p. 411. 



r REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du propriétaire d'une petite yeschiba à Bournarbaschi, près de 
Smyrne. J'en donnerai une description détaillée dans le Jeivish 
Quarterly Review. 

E.-N. Adler. 



APPENDICE 



ittp abra meiita •nw» "nbn twb 'n nnn b* nt ttaïujn 
nw ^dw m»3n ^"win 'n a-iïi r-ntm Tiba hwnrt a-rt* snia 
.s-j"nbt ï-pnn» "i anîi («fcj "pa prrh "i ann 

osai nnn ^n by imnD ,a-w osb tnroiytt ,dWM ii3abm ^n» 
anb rKrm tanb hais traia ^r^ trman a^nba aa-i nraaïn ba 
Nitn nia» ,*«a&b wim ba^ttin ari «s^pn an n* ,trs5a -wd rtb3>ttb 
nab r-iN a-i* î-tt *m «ttnpn ■nr» ana nss -taîi» ^ -iam ï-mn 
tonapbm nbiBai T»m«3N p ,tarwû:n armisna anm»a riiaab 
«■na ban •»»* n^ra Sa yrp ï-wn 'juin r-nan» b:n ,ta2naba iao^ 
^bfinœ OTJhb f<bia "«s n?a« vos» •'prran ^m ■prc •o-tfa 
in l^iaa -aiarom t^btt r-nna vnan» Sétc» mna i* ^nan 
■nsnn t^b fna-naa tô t-nrn»a ^pbn ^k t|« J-raya ï&n â *on* 
lin b^t nttibï ,iDpa nmrnb bna^ ^k rapnattn nrb ta^N ^snatti 
ta^asm» fcsntab *nïin r<b b*n:n Si ^d Kian Nb îtiek nmnm 
na maa ,ta^K Nnp« tDa^ba ,n^pab ta-oa-im Wnabi "-nab 
«^nntt "i a^ïi amam taruni , 2 d-ua-ns taa->by •oba-ip tp^vip taba 
r-isnsa *nûk tmptt d* tan /mi ^a b* V 5 ^ ^^"i û^3^d S"t 
vpi J-ranbi 3 vaaN ï-raoaD ,1-13 r-naab mum i-nab» iinia rnya 
r^m ^ypnafc W ^ia»a TîT Sab "pa^oi •paipn pm npm Itk 
npnn .naiirrr i^^3 3>a3 ,rrn i^na i^aata •niax *— lazan n^Tsa ^nan 
a">nn .î-t^i't» ^ïîn *i2a ^m"» '-1 ann t^in .np-n n\î5^a tnnpn^a 
D;ns y?:ïJ3 a-npa J-in^i ,«^11» rtra VTbi ïwanb ^n?2an 

1 Jeu de mots sur le nom de l'ami de David ; ici l'expression signifie : Je ne suis 
pas un homme pressé ni long. 

2 Jeu de mots sur le nom des Pharisiens employé, d'après la Mischna, dans cette 
phrase, par les Sadducéens discutant avec leurs adversaires : le mot a ici soit le sens 
de « saints, ascètes », qui était usuel en France au xin* siècle, soit peut-être celui 
de « Parisiens ». 

* Il faut probablement va^lN, comme dans Isate, ix, 10. 



LA LUTTE ENTRE ISAIE ET YOHANAN 91 

va i*nn •wia r-pa nan awtt r<wai>bp wfri ïarrr 'n aïs 
taaiON na-ia inwa naia t^"" 1 ntanba *ia î-nirp 'i nann ia«b» 
r-iibttp b* maai amsrn ppnrn ira i"a ^ibn n\s» 'n an ntii 
•©"na nnai a>"W> ^ai p+t& t^irn n"a ^*ioi» »'n aitt r-ians 
,unab rrba va hN ma*» hiûki rranaiûai î-rbsa anaton yaun 
rra r-nn*ma a^pi ,*'ani u)*>b^ swanu) fcaiip /rnuîb inNiam 
*a r^-n ^"ncnb ta^aitatt i*waa ,3>naa ïanv 'n an!i ab lairt 
Ssn iwab wa> r*uaa ,yiawa ^a ^ taain^i hm» tûn* V« 
*iu3éo ,**r» t)K mir» ^Kïrt yiKarc in ûwph Ski ,a"aai 
rtapn mniKi j-TJarc iaa>auj lanrâa mainn ni» inia^a îann 

ma mabbi ,rTana r<b un ^manna oa mvnb vùtn taia ba Sp 1 » 
tosn Tttbnio ^^ ïiaaa /NiDob N^ai mnisn matai ,noa t^b 
viba mira iinb* mmisa k»îtî vca rrmo warcaiz) mvii a* 
mitta>b litnu? •pcmuîm i-ii^"' a>api Sk *«r»jnBiri -n ann mirai 
t**bi ,rwbnai ma ï-w bai ,t**y»ataa Nbi sapa Nb ,mstna 
iiiia taao ,maraa in mina yna t^bi rtasn» by mamaa anap via 
nant mi©n ,m*nûDa a^m matian maanaa mi^ara rnnirrej 
îb innaai rr? itin ,miaannb n*n\a nab miaaô 11a ïntttnb maria 
,mna*a ab 4 taa>a mab ara*» r**b vrabn lantiab mai »miaibn 
nmaa w hnr mv» ,miaian ami ï-raan ail ia»» bap f<b 
y-iNb T»»rt h r , «?a 'n aifti / t-naia» w ffl^na mn« ^i^ ^1^ n^ni 
irniaâi ispm vpnrti —in ^aï3 yp-in mniTa i^ma tamibi 
rpîna .itn ynub iniin mnbttîa na (?) npw» 3fn\»rt ta^sa inbîini 
i^iT'fin t*^b ^^irib na iiaa ^^7apn tan^y npînai ^om^b naî» 
,n^D5 ba- b^i nai ba by p*vp*vn ,nrna i^as nnan ,ï-iai72n ba 
iNoa .miDîi b^» 'rt tau: ï* b^ttaa ( ms^ y»^ imNon •'ait 
tabw fia nb ,nn^ *»ba ia» taib\a an ,miï uî72^a iiaa ï-ns-p 
Hviûi» ,m i ain taa ^y-na ^ana iaan ^ab?2 \W2 ^a^biai sn^in^ ib^ 
r<bi rn^n t<b ^ri^n^i lïTSaK 1 ' ,-ina-i^ lîTana-» .lïir^uîv ï-t» 
niïii i-iyiw iTnaaia î-iaibisna ixaa vn?M v« ^»^ .vn-ian 
/^n fcaiK n^a tablai t<ni5Ni t^nso ^soa .Nnsmn t<nbsbD 
vpna i^m ,5-iaisan ipj"i»uja ^ab î-ib^ .s— ni» rritti ^pïi^ 
ïiN-i riD-iirau: ta^atvi ia*»T»!n Taauî^a^ ta^an i^72Uî /. .'. ji^uîn 
n">»^î» niTaann ,rnn^iN!i rvum nm« lam^ '■» air: iaz?a "n^-i 
n^ttinrirt tn-inN mi^Ni /îsta ma» marnai nnaa r-naia îis^i nsai 
ba m^pypa nbipa /a-na s-iavia ta^Di bai ^ma brrp ail ma 

1 Nna^î, tnrt, ^ma. 

1 Des bouquets de myrte, Schabbat, 33 3. 

3 Voir j. 2?épa, 61 c : proverbe appliqué à Baba b. Bouta, qui répudiait renseigne- 
ment de son maître : le taret sort du bois. 

4 Faut- il lire ÛJO? 
« Sanhédrin, 7 J. 

« Je ne comprends pas le jeu de mots. 



& REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

,î-ï*bn ïvjbvo mniri (?)ïr:ntt San. wm StaTa i»a îwart 
^amaai ^aip maa b* ^n on .ïiana m^uîïi bti^ ïtibtû mnNin ûtd 
ina "»SNba («0 snay» î-rai yBa^naa taa"wi7» in ,taa^n« W2&0 î-ia 
.fa'TîTvWBn y-iNn ^»yn a^am l-WHnii bip îna tamaa^ •ONbaa 
,N*aina laa-n ; b^» jJ-kdyw baa mi»» sn^aa w îiBTaa watt 
,toan paa»a >7aw ,î-rabîna snîb î-ït "pma r** tartan ^abn 
ia>a taa lira ,na>b ■nnn p ba> ^nnt ab ynaa «nanaa ta^anaa 
[*«) i^a û"pn ^aa» iïijt «b 7»*w rraa l vQt& "^asa î-iaan a^nnoaa 
!-ran ,'eawi în^ai s^anbapa î-nb* "»aa to^asb» vPNn ,a*a»7» 
"a^na &m» miïi l^a-i .û^iw-ia *-nra a^ba ftaiàwipîi samaan 
*nbnana vn-imai , ïrarna tans m»Ka7B ï-ib^dk idom taa^a» 

S*3 b"T rVHK 13 i-I73bï5 'l 3151 St2Î ITBnn» ITP33 Êttlbmaa 

ma n*p vin ?a y btîîï mra vrai mn b"r "îaa aisn Ba> rrcaa min 
mntn ,*»êp abai •ji&Tûa bina y-ittn maaa ba> rprn *nn«n /»»•» 
û^-pk» V't ta^oa '-i aiw V't yns n ann a^binan r-imw3rr wan 
«bn # canb a*nan viariâ tanaiTOn bah ^««tûi bbm nrra 13 Sbna 
a^3-in "vn ,ïmw nan ms^n ab ,tnan«73 nan ibapi ,3^72? viaaoa 
bp733 ï-rptn n^a tarpba* *pbab arona taam&oTaa "îana ab ynNa n^N 
■jnaa 'na ,*-na*»p "Haa tarrba»» Tram ,mamaa> iiaab ,r-ï3nan 
a^aia msab &on /pTan t^np '■pna , a yn72Na nb^a c^aN 'm 
mibapîi ba tamw tbo inbia «b .nvnnrT i">3 Sbnn-' s^btt) 
nst n3 lab "f-inn nr nvnbi ap^b »nn xn n7a«b r-n^nn m^ 
t:pbb in^an biaaa oaaa ta3n?3 nna v« .ny3i?3n H»n nmattfr 
a^poi^ .nanaa in baios .t-nm^T a£)73 rnnab ,nwu manbn hm« 
t33K S|N # «^a t^baa rtnn^ans t-mia r-nabio v«i ,ïro«b ïTiina 
•\*)irt «b .imysujî bnaxbn pvy ïioafcb «roa^b ^na ib rrîi Mb 
©Ta rioa n:^n '-»bn r-nNun ïjoa .qtdk t]oa taaa^ab b^onb t-nsnin 
înaTa «j^m a^b\a j-it riTanana tn^yn ■«natt^na ^a» im ,ï-ij>^ 
wa ■♦naaia #>Tpin bia nnnaa Tû^nTonb s-niian ^in^ ^nsm Ntb 
?-nDn73 iqaa73 ,*na i» ma niasb (*w)^nDnnn «b .îrrvraînai bp7i5733 
ta^sibs ansi # snr^aa ^na pn 3 ">-ia ^o^na *»ma« Mbi,^» C]aa in 
■»a b^ bi:> ia tan^ir^a ïht3 # bwnnm 3rjTn nar^a .Sn-itd"» ^sb» ^-77» 
r*mo it ^^ by taM /înbnna hissn np^?3i .inpînTa ipin tarvniin 
^•73n l\s nDNUî t=an in^x ^nn /vniz îttti noiw^ m nipibn t-na»n 
, 4 Tn Mbi *pn 3^3725"! ta^a ^a «nr^Tab m»» uni rWrtb \^ujn 
snabn i3?:?3 riab^na la^N^aa bTU pn , 8 Tn* 073a ^-na» n\a73 s^bmi 
na^n b^ Saipn # nana ï-rabn nan3 r^^a^ cni ,nw\ î-ibn?3 f»na 
.ta^bibn Tanp ^ta^b^^Nrt ^bnx # în3»-atpi nn rns^ n"3 batM ib ^b-» 

1 Dittographie. 

» Sota, 40 0. 

> Est malade, délicat. 

* Proverbe, Meguilla, 18 1 : à moitié dormant, à moitié éveillé. 

« Allusion à Baba Batra, 145 b : m^lWtt} 523 *7Î DE3 "7^? nTtttt ^Tl^ï 



LA LUTTE ENTRE ISAIE ET YOHANAN 93 

mawb mu* i-pTm / toai nu^a ,1-w^bi nanna ,trb*D "m 
•jd ï-ï:»ia "nan r^-nn mfi Sua^ ,i-ra^D toanb i-np^ *jn«i 
ip^Tnn û**xnn vian 'n ">ba "wsna i-ian .rs*ui 'naTa iït» ib m «an 
in» ba m*ta mnn b» r-injanb» *ba la^tun ,mnoi ï-sati pn 
p npbrran na r-naabi ,n*iaaN ïi»nb»a r-prai -pot pTn n»ap 
,r-»pbna b* ban ,n*an& &■»» ^la iab?3 ï-ipiiûïi ï» 18 "naan 
mon nunb rpbpim ^tanba tm o ricana brra aa ,înOTb 'ibni 
npibrna ia-p ssbtt ,bu;ia -la-in nvnb ,n?ab *p bai ,r**«b* \xna 
'-n V 3 taibu: -ib^um ,*amrt 'sa ami *jb natfl t^bia ,bwnD?a 
rmrwi nan« tarwa vam i-rnntt. la pnv 'n a-im fr-wiai» 
■pari mai in^ie ,ï-T-Dia nn trnn it "nn&o la .rr-n«n nnttia 
mm ira tax -naa ^:n iin «ma irra ia-ns»a awab ,i-ian 
t^buî napnr: uni main •pw ^aata avi ?ra "nn*b pbw proa 
rwi cas ■■« ,pawi in ■*»•» nn ara mien Tiba n» anapb 
■m» «h»ai ,rr:>paa mn ilaaaa "jaira 'n m* n-nn "ja panb 
•jabi h»-» pin mav^i ,t***»p aana Mb« Tna« s**b ,s-wumgi 
pau ■>»r» ira mai ^bpwn în&ab ***m p*n âma iiaba N£?an 
[sic] no^bna nsn«a aani ,rpaiab s-Ptt'ntti a^a-nb itpside ip*m 
ï©ot «b«a mbat* b* a^aa Sbm ,Nn^jm amaa ,i**navnA 
ma-iab aab Sx a^nbn ,p S* in?aa ia^ ***biai pis Sa 
t»m 'i ■HTobm ,*ca"nan ibaa *ot naaa /am^N anana nriD^a 
r-pa biaa b* ï-nirr 'n nn no ,aiB8-ia taOT» ai»ab ta^a-ittap 
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na-i7arî vn bai /nabna û^^sîqm trnana 'n am« a\na t^npn 
,yaiaa a-nam ntop pi^ai ,rraitt3» nariN mmaya na-'^a 
Sa nmn bia n-inai na^ t^b a^b^na p^it udu:7:i ^a y^iwa 
S* bam ,bn b*a ihnt ^nn bya nn« ,baiai r<a biu^b ï-ntmn 
iwti ï^^an M^rt -i^ibi -nwb ^ï-r^sa pi px rib« Sy ib«b ,baa 
■^bna i-ina iab p^na .înabn aa7a rwab^na Mb vut # «r"an Nb 
n^ainb t^b ,tmmoM rran«)a î-ran n* ^m'ai / rrii nna-r ^b">a-û 
pn .t-np ^i-i?a "^sa b* ibip canna i*naiarîbi yn« ^a^b mus^na 
^y 173N^ ^bu5 ,ma^a nan t]pin n« a^pb ,nmo t]na idn bab 
pan la^itr t=^»rn "iabi tzaab in*' ^10 bi< .ïn^na M^a p«-> b« 
«MWiû msiST /rtman nwm ^a^aan C]aa n->u:n tni o^ap ca^an 

1 Le mot ^a qui, d'après le Talmud, est synonyme de prière : fitbN N3 "I^N 

nuîpa. 

* Jeu de mots sur ce verbe, qui est ici pris au piel : « a nommé, proposé », tan- 
dis que dans la locution n?ai H373 1!T8, il est au kal : « a compté ». 

3 BabaMecia,$<èb. 
k Pesahim, 66 a. 

* Kiddouschin, 52 5 = iVtf*i> t 49 J. 

6 Jeu de mots sur Nehardéa (dans la phrase relative à Samuel) : fleuve de 
fcience. 

7 * L'abeille » et non Débora, comme dans Juges, v, î. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

iîw l n!w isnrcn tos^a ,tt3n3ttt" hN toin ,!r*na t-rnsn 
irbN tob w /timbra nrw nai # wv ira» tnm navibifio 
ibisra ûbiya issn ,û^:bian n^ronn a* ,taw "piab 'n fi-ijunaï 
D^natb ïibbïi 'w^a laim ^nsa ûitwn ^ta^nh tins -n&rb fri» 
•J53N3 1")it"n nsaians ï-i*t»*n;23ai THm ï"7»nai rrnsn ab *p* *-i\hk 
&V9 '«:ia w»vH nsia b* eam'rstt rrjio bsai n? bsa taanan» 
.* mi nmn srnm î-rarwa nab b* taDiias 

1 C'est-à-dire : Moïse. 



LES JUIFS DE TARASGON 

AU MOYEN AGE 



Les documents que nous publions aux Pièces justificatives sont 
extraits des Archives municipales et des Registres des notaires de 
Tarascon 1 . Le plus ancien de ces documents, relatifs aux Juifs 
de cette ville, porte la date du 15 décembre 1283. C'est un acte de 
vente, faite par Jacob Banhola * et Esther, femme de Boniac de 
Bagnols, tutrice de ses enfants, à Bérenger Catalan, notaire, pour 
le prix de 18 livres, d'une censé de 31 sous à percevoir sur 5 
sestérées de terre situées à Jarnègue 3 . Le prix de cette vente 
devait servir au paiement de la dot de Tharascone, fille de Boniac, 
qui était assistée de Durant Roget, son mari, et de Josse de 
Béziers, son oncle 4 . 

4 Nous adressons ici nos plus vifs remerciements à M* Charles Mourret* l'érUclit 
archiviste de la ville de Tarascon, qui a bien voulu nous aider dans nos recherches 
et mettre, avec une extrême bienveillance, à notre disposition les Registres des no- 
taires déposés dans son étude. 

1 Le nom de Banhola figure sur une liste de Juifs de Carpentras, Revue des Études 
juives, t. XII, p. 195. 

* Jarnègue, ou Gernica, était une île du Rhône, entre Beaucaire et Tarascon. C'est 
dans cette île qu'était situé le plus ancien cimetière des Juifs. 

* Annodominice Incarnationis M.CC.LXXX.III. scilicet idus decembris Ego 

Jacob Banhola, judeus, et ego Ester, uxor Boniaci Banhole condam [de Tharascone], 
tutrix liberorum meorum, nomine dicto tutorio specialiter pro solvenda dote Tharas- 
cone, fi[lie mee et dicti] Boniaci condam, Duranteto Rogeti, marito dicteyTharascone, 

présente et volente lasse de Biterris, avunculo predictorum liberorum..... 

vendimùs vobis Berengario Catalani, notario, et Bertrando fra tribus. ... . pre- 

cio XVIII librarum proviucialium coronatorum jus percipiendi, causa dominii 

et senhorie in festo sancti Michaelis, censualiter et annuatim XXXI solidos provins 
eialium coronatorum, quos habemus et percipimus super quinque cestaritttasîterre, sit 
plus sive minus, site in Gernica, quas tenent Raymundus Martini et herede's Martini 
Bocherii condam [Archives municipales, II, 1.) 



06 REVUE DES ETUDES JUIVES 

A cette époque, la communauté juive de Tarascon, dont il est 
impossible de préciser la date de la fondation, avait déjà acquis 
une grande importancp. La taille à laquelle elle était soumise 
s'élevait annuellement à 41 livres 5 sous 1 . Elle comptait plus 
de cent familles et avait à sa tête trois rabbins distingués : 
R. Eliézer, fils deR. Immanuel 2 , R. Josué, son frère, et surtout le 
savant R. Salomon, de Salon, délégué, par les communautés 
juives de la Provence, avec R. Mordekhaï ben Joseph d'Avignon, 
auprès de Charles 1 er pour solliciter sa protection en faveur des 
Juifs contre les inquisiteurs, qui leur avaient imposé une marque 
plus grande que celle qu'ils avaient jusqu'alors portée et extorqué, 
sous forme d'amendes, des sommes d'argent considérables. 
Charles I er accéda à leur demande, tout en exigeant que les Juifs 
fussent tenus, comme auparavant, de se faire reconnaître au moyen 
des anciens signes 3 . 

Un autre de ses rabbins fut R. Israël de Valabrègue, disciple de 
R. Immanuel et savant fort estimé 4 , qui, sous le nom de Rotelus 
d'Olobrega (Valabrègue), était, avec Salve, de Digne, et Bonfils, de 
Beaucaire, Juifs d'Arles, commissaire à la répartition de la taille 
qu'en 1299 les Juifs avaient promise au comte de Provence B . Cette 
taille s'élevait à 2,000 livres par an. En présence du peu d'em- 
pressement que les Juifs apportaient au paiement de leurs dettes, 
le sénéchal, Hugues des Voisins, donna l'ordre d'arrêter tous ceux 
qui étaient coupables de ne s'être pas acquittés en temps utile de 
leur part contributive et de confisquer leurs biens au profit de 
l'Etat. Nous ignorons si les Juifs de Tarascon furent au nombre 
de ceux que vint frapper l'ordonnance du sénéchal. Mais un docu- 
ment conservé aux Archives départementales des Bouches-du- 
Rhône contient l'inventaire des vêtements confisqués sur ceux qui 
étaient fixés dans la viguerie d'Aix. Il y est question de : « corsets 
fourrés « garda cossia cum pennis cabricorum », de tuniques de 
couleurs diverses, de manteaux « chlamides », de guêtres garnies 
de fourrures « gamachia de viridi cum penno leporum », de voiles 
bleus « capitigia blava », de couvertures de mousseline jaune 



1 Archives départ., série B. 2024. En 1304, la taille des Juifs de Sisteron était de 
28 livres 13 sous ; ibid., B. 2010. 

a R. Éliézer a composé plusieurs ouvrages, mais il ne reste que sa correspondance 
avec R. Samuel d'Agde. Son père, Immanuel, appartenait à une famille de savants 
établie à Tarascon dès la première moitié du xm e siècle. 

3 Schéb. Teh., 114 ; cf. PapoD, Eist. gén. de la Provence, III, 61, preuves XV, et 
Bardinet, Revue historique, année 1880. 

* Neubauer, Les Rabbins français, p. 688. R. Israël est l'auteur de nombreux ou- 
vrages qui nous sont inconnus, voir Gross, Qallia Judaica, p. 25. 

* Camille Arnaud, Essai sur la condition des Juifs en Provence, p. 24. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 97 

« de sento groco » (pro sindone croceo) et d'un grand nombre de 
livres hébreux l ». 



11 



On sait qu'en vertu de l'édit royal du 22 juillet 1306, tous les 
Juifs de France furent obligés de quitter le royaume. Ceux du 
Languedoc se réfugièrent, en grande partie, en Provence, où 
Charles II les reçut avec bienveillance. A Tarascon surtout ils 
furent accueillis avec faveur et traités à l'égal des autres citoyens. 
On leur permit d'y faire librement le commerce, d'acquérir des 
biens, meubles et immeubles, et d'exercer les fonctions publiques 
de péagers 2 , courtiers, banniers 3 , marchands de grains et de 
farines, vendeurs à l'encan, etc. 

Cette situation prospère ne tarda cependant pas à être profon- 
dément troublée. Jaloux de leurs privilèges et immunités et plus 
encore du rôle prépondérant des Juifs qu'ils lui représentèrent 
comme a Xristiane persecutores fidei et hostes etiam crucifixi », 
les habitants de Tarascon sollicitèrent du roi Charles II, au cours 
d'un séjour qu'il fit en Provence, leur exclusion de toutes les fonc- 
tions publiques. Leur démarche fut couronnée d'un plein succès. 
En effet, le 9 février 1308, Charles II, considérant a qu'il ne faut 
pas élever les Juifs par la faveur, mais les rabaisser comme blas- 
phémateurs du nom chrétien » quia igitur judei non sunt atol~ 
lendi f avorWus set tanquam blasphemi nomviis Xristiani potius 
depravendi, enjoint au viguier et au juge de Tarascon l'ordre de 
ne plus confier à l'avenir d'emploi public aux Juifs, qui devront 
être remplacés par des chrétiens dans les emplois qu'ils occupent 
actuellement 4 . 

Cette ordonnance ne fut pas exécutée avec beaucoup de rigueur. 
Nous trouvons, en effet, sur les listes des propriétaires juifs de 
Tarascon, listes que nous publions plus loin, deux israélites, As- 

1 Blancard, Inventaire sommaire des arch. dép. des Bouches-du- Rhône, B. 142. 

1 Dès la deuxième moitié du xm e siècle, deux Juifs de Tarascou, Mosse et Crescas, 
furent admis à affermer les péages. Cartul. de V abbaye de Saint- Victor de Marseille, 
t. I, p. 87. 

3 Les banniers sont des appariteurs, des porteurs d'avertissements. Une note de 
clavaire nous apprend qu'en 1446 le juif Rouget reçut 4 11., pour avoir porté des 
lettres du conseil du Roi annonçant la prolongation de la trêve conclue entre le roi 
René et le roi d'Aragon {Arch. dép., B. 2040). 

* Pièces justificatives, n° I. Le roi Robert interdit également aux Juifs l'accès des 
fonctions publiques, ibid., n° VI. 

T. XXXIX, N°77. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

truc de Salves et Astruc Bonicien, .exerçant tous deux l'office de 
vendeurs à l'encan, « d'encantayre ». 

La Communauté, d'ailleurs, jouissait alors d'une grande pros- 
périté. Elle comptait dans son sein quatre médecins : Bellant, 
Rocel Vivas, Rossel Gomprat et Rossel Ferrier. Des savants des 
communautés voisines, chassés par Philippe-le-Bel, vinrent y 
chercher un refuge et s'y livrer à leurs études favorites. Tel fut 
surtout le cas du célèbre philosophe et exégète Joseph Gaspi, Don 
Bonafous de Largentière, qui, après un court séjour à Arles, se 
fixa, avec son fils cadet Salomon, à Tarascon, où il acheva plu- 
sieurs de ses ouvrages *. Le philosophe Samuel ben Yehouiia, 
connu vulgairement sous le nom de Miles de Marseille, y résida 
également de 1329 à 1330 avec son frère En Bondavi *. 

Mais le plus illustre de tous, celui qui jeta le plus vif éclat sur 
la Communauté, fut, sans contredit, un de ses enfants, le savant 
mathématicien et médecin Immanuel, fils de Jacob, surnommé 
Bonfils, dont les ouvrages, principalement les Tables astrono- 
miques intitulées : « Les six ailes », eurent un si grand succès 3 . 

C'est en vain que le roi Robert avait imposé aux Juifs, pour 
l'exercice de la médecine et de la chirurgie, la condition de ne pas 
visiter les malades chrétiens avant leur confession ou commu- 
nion 4 ; c'est en vain encore que les conciles d'Avignon de 1326 
et 1337 leur avaient interdit de servir de médecins aux chré- 
tiens 5 . Pareille défense ne pouvait rester longtemps en vigueur 
à une époque où les médecins juifs s'imposaient, pour ainsi dire, 
aux chrétiens, heureux de recourir et à leurs connaissances 
étendues. Aussi les médecins juifs furent-ils nombreux en Pro- 
vence. On sait que l'un d'entre eux, Bendig Ahym (Hayyim) 
d^rles 6 , fut attaché à la personne de la reine Jeanne en 1369. La 
Communauté de Tarascon en comptait six au commencement du 
xv e siècle : Comprat Asser, Bonjuhas Quassin, Bonjuhas Asser, 
Rossel Vivas, Rossel Ferrier et Bellant, qui fut appelé, en 
1419-20, avec Bénédit Du Canet d'Arles 7 et Mosse Marveaux s 
de Marseille, à donner ses soins à Louis XI 9 . 

1 Neubauer, Les Babbins, p. 477. 

1 Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 490 ; cf. Neubauer, Les Rabbins t 
p. 561. 

* Voir sur Immanuel, fils de Jacob, Neubauer, Les Écrivains juifs, p. 692 et suiv 

* Camille Arnaud, Essai, p. 36 et 37. 

• Depping, Les Juifs dans le moyen âge, p. 205. 

• Arch. départ., B. 5. 

7 Maestro Bendig d'Arles. 

8 Ou Mosse Maman, Barthélémy, Les médecins à Marseille, p. 29. 

9 Ils reçurent pour leurs honoraires 20 florins. Arch. dép., B. 272. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 99 



III 



L'apparition de la peste noire qui , en 1348 , avait envahi 
l'Europe, jeta la plus grande consternation en Provence. Une 
population en délire se rua sur les Juifs, qu'elle accusait d'avoir 
empoisonné les rivières, les puits et les fontaines. On massacra 
ces malheureux, sans distinction d'âge, de sexe et de condition. 
Le pillage succéda aux massacres, malgré les ordres de la reine 
Jeanne, qui, à la prière du pape, Clément VI, avait essayé, mais 
en vain, de les arrêter 1 . 

En présence de « l'état misérable des Juifs de Provence décimés 
par l'épidémie et plus encore par les massacres que les chrétiens 
en ont fait, parce qu'ils croyaient voir en eux les auteurs de la 
maladie >:, la reine Jeanne enjoignit aux sénéchaux et trésoriers 
des comtés de Provence et de Forcalquier de ne plus exiger des 
Juifs, pendant un laps de dix ans, le paiement intégral de 2,000 
livres de leur taille annuelle, mais seulement celui de la moitié de 
cette somme 2 . 

La comtesse de Provence fit plus encore. Elle prit les Juifs sous 
sa royale protection et les défendit contre toutes les accusations 
dirigées contre eux. C'est ainsi qu'un chrétien, Jean Boyer, se vit 
condamner à une amende de 10 sous pour avoir dit en public que 
le massacre des Juifs de Tarascon et d'Apt était légitime 3 . C'est 
ainsi encore qu'un autre chrétien, Huguet de Mons, fut obligé de 
payer une amende de 5 sous pour avoir dit devant le bailli au 
Juif Duranton Meir qu'il ne disait pas la vérité 4 . Pareille condam- 
nation de 5 et de 10 sous fut infligée à Pons Gervais pour avoir 
appelé traître Vidon d'Avignon, et à Guillaume Busol, qui avait 
saisi et déchiré une lettre qu'un Juif avait dans la main 5 . 

Mais la bienveillante sollicitude de la reine Jeanne à l'égard des 
Juifs se manifeste surtout dans les Coutumes de Tarascon, rédigées 
à Casasana (Italie) le 15 juillet 1345. Ces Coutumes contiennent 
cent cinquante-quatre articles, dont quatre sont consacrés aux 
Juifs 6 . 

Elle leur interdit, il est vrai, de travailler les dimanches et jours 

» Revue, XII, p. 51. 

* Arch. dép.,B. 2564. 
» Ibid. % B. 2030. 

* Ibid., note du clavaire Guillaume Fabre. 

8 Ibid., B. 2027 et 2029. 

9 E. Boûdurand, les Coutumes de Tarascon. 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de fêtes 1 , elle les oblige à avoir une boucherie spéciale et défend 
aux chrétiens de vendre leurs viandes et d'abattre leurs animaux, 
sous peine d'une amende de 50 sous 2 ; mais, pour tout le 
reste, elle les met sur un pied de parfaite égalité avec les autres 
habitants; elle veut qu'à l'exemple des chrétiens, ils contribuent à 
l'entretien des gardes ruraux préposés à la surveillance des ré- 
coltes, des propriétés et des digues destinées à préserver le terri- 
toire des inondations du Rhône et de la Duransole, elle exige qu'ils 
soient soumis à toutes les autres tailles, à l'exception de celles 
qui sont payées par les gens de Tarascon à la Cour royale, et cela 
« quia judei ipsi habent talliam quam solvunt curie 3 ». 

Plus bienveillants encore étaient les sentiments que leur témoi- 
gnait sa fille, Marie de Blois. Dans ses Staluta mimicipalia ville 
régie Tharasconis, qui portent la date du 13 mars 1390, Marie 
de Blois, maintient d'une manière absolue les droits des chré- 
tiens et des Juifs 4 ; elle veut que justice soit faite à la Commu- 
nauté de Tarascon tam judeis quam christianis 5 et que tous les 
biens de ses sujets, qu'ils soient juifs ou chrétiens, leur soient 
conservés ou rendus G . 



IV 



Tel était l'état des Juifs lorsque, vers la fin, du xiv e siècle, les 
syndics, s'inspirant de l'exemple de leurs prédécesseurs, les dé- 
noncèrent, à leur tour, à la reine Jeanne comme les ennemis de 
la foi chrétienne, et lui demandèrent de leur défendre, à l'avenir, 
de demeurer et d'introduire leurs marchandises dans les maisons 



1 Item, statuimus quod judei vel judee non operentur per très dies Natalis Domini, 
nec in Epiphania, nec in diebus dommicis, nec in festo béate Marie, nec in die Ve- 
neris sancta, nec in die sabbati sancta, nec in die Pasche, nec in crastinum, nec in 
Ascensione Domiui, nec in die Penthecostes, nec in crastino, nec in festo sancti Jo- 
hanuis Baptiste et sancte Marthe, et Omnium Sanctorum sub pena decem solidorum, 
quorum medietas sit accusantis. Bondurand, p. 80. 

2 Art. cvi et cvn des Coutumes. 
a Bondurand, p. 53. 

4 Bondurand, ibid., p. 84. — Et primo, quod villa Tharasconis ac homines ejus- 
dem et habitantes, tam christiani quam judei, in quibuscumque suis honoribus, pri- 
vilegiis, franquesiis, libertatibus, usibus et cousuetudinibus observari debeant et per- 
petuo remanere ac libère uti etgaudere, etc. 

5 Ibid.^ art. v. Item, quod tiat justitia communitati Tharasconis et civibus ejus- 
dem, tam judeis quam christianis etc. 

6 Ibid., art. vi. Item, quod omnia bona mobilia et immobilia etc. civibus et habi- 
tatonbus Tharasconis, christianis et judeis, sint eis salve et salva, etiam intégra 
pleno jure etc. Cf. art. ix des Coutumes. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 101 

habitues par des chrétiens. Ils sollicitèrent, en outre, de la comtesse 
de Provence l'autorisation de les faire rentrer, avec leurs fa- 
milles, dans leur ancien quartier avec défense d'en sortir, sous 
aucun prétexte, pendant la semaine sainte. Exception seule devait 
être faite, en cas de nécessité absolue, en faveur des médecins. 
La réponse ne se fit pas longtemps attendre. Par des lettres-pa- 
tentes du 28 octobre 1317, la reine Jeanne ordonna à Fouquet 
d'Agoult, sénéchal de Provence et de Forcalquier, de faire droit à 
la demande des habitants de Tarascon, « si tant est que tel ait été 
l'ancien usage, ainsi que ces derniers le lui ont représenté » si lia 
est, ut exponitur, et veritas concordet assertis 1 . 

Dès que ces lettres lui furent parvenues (27 décembre 1378), le 
sénéchal enjoignit aux officiers royaux de s'informer si les mai- 
sons occupées par les Juifs étaient suffisantes pour les contenir, 
et, dans le cas affirmatif, de leur faire réintégrer, sans retard, leur 
ancien domicile. On convoqua aussitôt un conseil, auquel assis- 
tèrent, avec les syndics et le vigui^r, les bayions Maystre Rocel 
Ferrier et Crégut de Capestang. D'un commun accord on fixa les 
nouvelles limites de la Carrière, et l'on décida que ceux d'entre les 
Juifs qui dempureraient en dehors du quartier nouvellement dési- 
gné seraient tenus d'y rentrer dans un délai de deux mois, sous 
peine d'une amende de 100 livres, sans jamais pouvoir en sortir, 
en portant leurs tabliers et éventaires « tabulas et botiquas », ex- 
cepté aux jours de marchés et de foires. Seuls les colporteurs qui, 
de tout temps, avaient été autorisés à circuler avec leurs mar- 
chandises à travers les rues de la ville échappèrent aux ri- 
gueurs de ce règlement, dont acte fut dressé en présence des syn- 
dics, représentant les habitants de Tarascon, et du viguier, 
agissant au nom des Juifs 2 . 

On ne fut pas entièrement satisfait à Tarascon de ces mesures 
restrictives imposées aux Juifs. Non contents de les avoir sous- 
traits au contact des chrétiens, les habitants de cette ville vou- 
lurent encore les obligera porter sur leurs vêtements, en un endroit 
apparent, la marque infamante qui devait les désigner à la risée 
de la populace. Les syndics veillèrent à la rigoureuse observation 
du statut du roi Robert, lequel, en cas de contravention, pronon- 
çait la confiscation du vêtement couvrant la partie supérieure du 
corps, et en partageait la valeur entre le fisc et le dénonciateur 3 . 
En conformité de ce statut, tombé depuis longtemps en désuétude, la 



1 Pièces justificatives, n° II. 

» Ibid, t n» III. 

* Camille Arnaud, p. 52. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

confiscation fut pratiquée, en 1378, sur Vidon de l'Hôtel \ con- 
damné, en outre, à une amende de 10 sous pour avoir crié : 
« Alarma ! Alarma ! » sur une place publique, pendant que le 
sous-viguier lui enlevait sa tunique 2 . 

Ce n'étaient pas là, d'ailleurs, les seules vexations auxquelles 
les Juifs fussent en butte. On se rappelle que, d'après les Coutumes 
du 15 juillet 1345, ils étaient dispensés de contribuer aux tailles 
payées par les autres habitants à la Cour royale. Une délibération 
du Conseil, du 11 décembre 1381, les soumit au paiement de toutes 
les taxes locales 3 . Une autre délibération, du 30 octobre 1382, leur 
interdit de posséder à l'avenir des terres et des vignes dans le ter- 
ritoire de Tarascon, et défendit aux chrétiens de labourer leurs 
champs ou de les prendre à ferme 4 . Une troisième enfin, datée du 
11 novembre 1382, leur enjoignit de se défaire de leurs terres 
et de leurs vignes, ainsi que de leurs troupeaux, dans l'espace de 
temps compris entre la date de l'arrêté et le jour de la Pentecôte 5 . 

Mais, s'il était agréable aux habitants de Tarascon d'humilier les 
Juifs et de les mettre au ban de la société, il ne leur déplaisait pas 
non plus de recourir, le cas échéant, à leur fortune. Cette fortune, 
bien modeste comme on le verra, n'était pas le produit de l'usure, 
ainsi qu'on l'a prétendu, mais le fruit d'un travail acharné, le ré- 
sultat d'une économie bien comprise. Du reste, ce n'est pas l'usure 
que les habitants de Tarascon reprochent aux Juifs. Aucun docu- 
ment ne contient une accusation de cette nature. Ils ne veulent 
pas leur interdire le commerce d'argent, la banque, le prêt à inté- 
rêts ou sur gages ; ce qu'ils demandent, c'est que l'intérêt de leur 
argent ne soit pas trop élevé, exagéré, mais convenable « compe- 
tens 6 », qu'ils n'inquiètent pas surtout leurs débiteurs chrétiens 
pendant les guerres et les troubles 7 , mais qu'ils fournissent, au con- 
traire, aux syndics, lorsque les circonstances le commandent, le 
moyen d'empêcher l'ennemi de traverser le Rhône et de s'emparer 
de leur ville. Il n'en coûta nullement aux Juifs de répondre à ces 
légitimes exigences, et c'est avec le plus grand empressement qu'ils 
mirent à la disposition des syndics les ressources qui leur étaient 



1 Probablement Vidon de Sostal, au lieu de Lostal,qui signifie « Hôtel » ou maison. 

* Dum subvicarius allevaret tunicam dicti Vidoni inventam absque rota. Arch. dép. % 
B. 2. 2036. — Un Juif d'Apt, Abraham Cohen, fut condamné pour le même motif 
en 1345-46. lbid., B. 1687. 

* Arch. municip., BB. 1, f° 188. 

4 lbid., fo 222. 

5 lbid., f° 224. 

6 Arch. municip., BB. 2, f° 33. 

7 Allusion aux troubles excités par le sénéchal Balthasar Ipinoli et la faction da 
Charles de Durasqui, en 1383, qui avaient répandu la terreur en Provence, lbid., f» 2«. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 103 

nécessaires, en 1389, « per la dispensa de la ribiera de Roze que 
las gens d'armas non passesson en Prohensa 1 », et, en 1393, pour 
la levée d'une troupe chargée de barrer le passage du fleuve à 
Raymond de Turenne, qui, à la tête d'une bande de « gens de sac 
et de corde », s'était jeté sur la Provence 2 . 



A l'exemple de sa mère, Marie de Blois, Louis II d'Anjou, comte 
de Provence, se montra, dans toutes les circonstances, favorable 
aux Juifs. Ceux-ci, pleins de gratitude envers leur protecteur, 
apportèrent non seulement une grande exactitude au paiement des 
tailles auxquelles ils étaient soumis, mais consentirent même à 
lui accorder des subsides volontaires. Louis II ne tarda pas à leur 
témoigner sa reconnaissance en les défendant contre les habi- 
tants de la Provence, qui, à la fin du xiv c siècle, avaient voulu les 
contraindre à contribuer aux taxes et impositions dues au roi, et 
en rendant en leur laveur un arrêt (9 décembre 1400) qui les dis- 
pensait de toute nouvelle charge et interdisait aux chrétiens de 
leur causer aucun dommage 3 . Sa protection s'étendit particulière- 
ment sur les Juifs de Tarascon, auxquels il accorda une Sauve- 
garde 4 spéciale qui obligea les habitants de Tarascon à pourvoir 
à leur défense et à veiller à la conservation de leurs biens. 

Mais, toujours jaloux de ses libertés et privilèges, le Conseil 
chargea deux de ses membres, Guimet de Grota et Poncius Cha- 
berti, notaire, de se rendre à Aix, auprès du roi, et de lui faire 
entendre ses doléances 3 , [1 er avril 1404]. Louis II accueillit avec 
bienveillance les deux délégués et, par un arrêt du 13 avril, spé- 
cifia que la Sauvegarde nouvellement accordée aux Juifs ne sau- 
rait en rien porter atteinte aux privilèges, statuts et immunités de 
la communauté de Tarascon 6 . 

Celle condescendance de Louis II n'altéra pourtant pas ses sen- 
timents bienveillants pour les Juifs, qui, sous son règne, purent se 
livrer sans entrave au commerce, à la médecine, à l'exercice des 

» Ibid., CC. 128. 

• Hon. Bouche, Hist. de Provence, t. II, liv. IX, sect. iv. 

• Pièces justificatives, n° IV. 

k Nous De connaissons pas les termes exacts de ce document dont il sera souveDt 
question dans la suite de ce travail. 
5 Arch. municip., BB. 3. 

• Ibid., BB. 5; cf. A A. 5. 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

métiers, à l'affermage des droits du fisc et des revenus des clavai- 
reries. L'un d'entre eux, Ferrer Vidas, remplissait à Tarasccm les 
fonctions de péager '. Durantet de Malguer (Melgueil) était tisse- 
rand « telier », Dieu lo sal, maître-maçon « peirier - ». Salomon 
Nasin était clavaire à Istres 3 , Josse Rouget à Berre, pendant que 
Crétudet avait la ferme des droits sur les marchandises et les 
amendes 4 . C'est un Juif, Caravidon Cresque, qui, en 1432, fournit, 
moyennant 10 florins, les 300 tuiles employées à la toiture de 
la Cour royale 5 ; c'est un autre, Salomon de la Roche, qui per- 
çoit, en 1471, un florin pour « une robe de vertbailhée » à mestre 
Jehan le bourreau 6 ; c'est Salomon de Nevers, qui fournit à 
l'église de Lyon des pièces d'étoffe en soie et en or 7 ; c'est enfin 
le Juif Abraham auquel s'adressent les clavaires pour l'achat et la 
reliure des registres, des courroies en cuir, du papier et de la 
cire s . 

Quant aux médecins, ils continuaient à être en honneur. En 
dehors de ceux dont nous avons parlé , les archives municipales 
nous ont conservé les noms de : Bonjuzas Nathan, Jacob de Lunel, 
Maystre Aaron, Comprat Mosse, Mosse Meyr, Toros Nathan, 
Bonjues Orgier, Salves Avigdor, Nathan Nathan, Dieulosal de 
Largentière, Mordecays Cohen et Joseph ben Joseph 10 . 



VI 



Louis III continua les traditions libérales de son frère. Pour 
soustraire les Juifs à l'arbitraire des tribunaux, il nomma des 
conservateurs de leurs privilèges auxquels la connaissance de leurs 
délits était seule réservée 11 . Ces places étaient recherchées par les 
plus grands seigneurs de la Provence. Charles de Castillon, baron 



I Nous n'avons pas pu trouver aux archives le document qui relate ce fait. Voici 
dans quels termes il est signalé dans l'inventaire de M. Paul Meyer : « Sec s'en lo 
registre du péage de Tharascon translatât de ebraye en romans per Ferrer Vidas, 
Jusieu, loqual avia de sos predecessors anciens exactors dudit péage. » 

* Voir liste des Juifs, au prochain numéro. 
3 Arch. départ. , B. 2, 1634. 

* lhd., 1636. 

5 Ibid., B. 2039. 
« Ibid , B. 2043. 

7 Bédarride, Les Juifs en France, p. 317 ; cf. Depping, p. 198. 

8 Archives municipales, CC. 125. 
» P. 4 et 5. 

10 Cité par Gross, Gallia judaica, p. 250. 

II Bédarride, p. 320, et Depping, p. 207. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 105 

d'Aubagne, Jean de Matheron et Jean de Forbin furent, tour à 
tour, investis de ces fonctions. Un document que nous publions 
aux Pièces justificatives témoigne de la reconnaissance que les 
Juifs avaient pour leur protecteur royal. C'est le testament fait, 
en 1426, par Franqua, femme de Maystre Comprat Asser , qui 
lègue un florin d'or, de monnaie courante, à Louis III, comte de 
Provence. 

Il nous paraît intéressant de reproduire ici les principales 
clauses de ce testament. 

Pour le salut de son âme et le rachat de ses péchés, Franqua 
lègue : 

Au luminaire de la synagogue 2 fl. 1/2 

Pour la réparation du cimetière 2 » 

A Vital Meyr, fils de Meyr Comprat, son fils.. 25 » 

A Maystre Salomon Dieulosal, son frère 5 » 

A Dieulosal, fils de Salomon Dieulosal 5 » 

A Vital, fils d'Astruc de Largentière. 5 » 

A Reginette, fille d'Astruc, une robe « de griso ». 
A Sterette, femme de Meyr Comprat. un de ses manteaux. 
A Mondinette d'Avignon, sa cousine, ses robes de semaine, à 
l'exception d'une qu'elle destine à Blanquette, femme de 
Vital de Sostal. 
A Cresquet, fils de Maystre Dieulosal de Largentière 3 fl. 

Les légataires universels désignés dans le testament sont : 
M re Bondavin, Comprat, fils de Blanqua et de M re Comprat Asser, 
son mari, et ses petits-fils, Mosse et Vital Meyr 1 . 

iNous croyons devoir joindre à ce document un autre que nous 
avons eu la bonne fortune de trouver dans les minutes du notaire 
Jean Muratoris. C'est un contrat de mariage dressé le 4 Heswan 
5207 (24 octobre 1446) dans la maison de Dieulosal de Tarascon, 
entre Josse du Caylar 2 ,filsde Cresquet du Caylar, Juif de Tarascon, 
et Duranta du Barri, fille de Bonnefille et d'Abraham du Barri, 
Juif d'Arles 3 . La dot de Duranta y est estimée, en robes et joyaux, 
à 100 florins. Cresquet, père de l'époux, s'engage à pourvoir, 
pendant dix ans, à l'entretien de son fils, de sa belle-fille et de 
leurs enfants à venir. Le Juif Abraham Soffer figure au nombre 
des témoins de cet acte 4 . 

1 Pièces justificatives, n° VIII. 

1 Village du département de l'Hérault, non loin de Lodève. 

3 Voir sur l'origine de del Barri ou de Barrio, Revue, t. XV, p. 37 et 48. Cf. Saige, 
Les Juifs du Languedoc, p. 223. — Les uncienues villes du midi de la France possé- 
daient des rues dénommées du Barri, du Rempart. Le nom de del Barri pourrait, à 
notre avis, désigner le Juif qui habitait le Barri, c'est-à-dire la rue du Rempart. 

k Pièces justificatives, n° XIII. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 



VII 



Les historiens de la Provence s'accordent généralement à 
considérer le règne du roi René comme le plus heureux pour les 
Juifs. Ils enregistrent un édit de ce prince les autorisant à pra- 
tiquer la médecine, le commerce, les arts et tout trafic quelconque 
et à occuper les emplois publics de péagers et de procureurs fiscaux 
dans les juridictions seigneuriales 1 . 

Cette dernière assertion des historiens n'est point fondée, du 
moins en ce qui concerne les Juifs de Tarascon. On sait que peu 
de temps après son mariage avec Jeanne de Laval (octobre 1445), 
le roi René vint en Provence. Les députations des principales 
villes se réunirent pour donner à leurs souverains des marques 
d'affection et de fidélité. Arles, Aix, Tarascon et Saint-Rémy leur 
offrirent des coupes et de la vaisselle d'argent. Les Juifs de la 
Provence leur firent un cadeau du même genre 2 . Craignant sans 
doute que la reconnaissance du roi ne se manifestât en faveur des 
Juifs, les syndics de Tarascon, toujours jaloux des immunités de 
leur Communauté, lui demandèrent la confirmation du privilège 
que le roi Robert leur avait jadis accordé et qui interdisait aux 
Juifs l'exercice des fonctions publiques de vendeurs à la criée, de 
péagers, de concessionnaires du sestérage\ etc. René se rendit à 
leurs sollicitations et par un édit, daté du 20 septembre 1460, 
ordonna que le privilège de la Communauté de Tarascon fût 
observé dans toute sa rigueur « inviolabiliter et ad unguem » et 
que nul Juif ne fût dorénavant admis à une charge publique, sous 
peine d'une amende de 50 marcs d'argent 4 . 

Il ne semble pas cependant que les Juifs aient eu beaucoup à 
souffrir de cette concession arrachée à la faiblesse du roi. Ils 
vivaient alors dans les relations les plus cordiales avec les chré- 
tiens, et il n'était pas rare de voir les plus grands dignitaires de 
l'Église elle-même prendre un Israélite à leur service. Un document 
du 1 er juin 1425 nous montre, en effet, l'évêque de Gap, Laugier 
Sapor, louant comme domestique, pour la durée de deux mois et 
demi et au prix de 3 florins d'or, Mayron de Meyrargues, Juif de 
Tarascon 5 . 

1 Nostradamus, Histoire de Provence, partie 6. 

» Ibid. 

* Tribut levé sur chaque setier de blé vendu au marché. 

*■ Pièces justificatives, n° VI. 

4 lbid. t n° X. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 107 

René, d'ailleurs, était loin de leur être hostile. Il rendit même 
en leur faveur une ordonnance (18 mai 1454) aux termes de 
laquelle il les maintenait dans leurs anciens usages en même temps 
qu'il diminuait les rigueurs de fédit de Charles II relatif au port 
de la roue et confirmait les médecins dans l'exercice de leur art 1 . 
Il en donna lui-même un exemple en attachant à sa personne le 
médecin juif, Abraham Salomon, qu'il exempta de tout impôt ju- 
daïque*. Il se faisait, il est vrai, très largement payer des faveurs 
qu'il accordait aux Juifs en les soumettant à une taxe de 2,160 
florins, sans compter les impôts extraordinaires de 18,000 florins 2 
que les communautés juives de Marseille, de ïarascon, d'Arles 
et de Salon s'étaient engagées à payer au comte de Vaudemont, 
grand sénéchal de Provence, et qu'il donna l'ordre à Jean Girard, 
commissaire royal, de lever à son profit en 1470-71 3 . C'est ainsi 
encore qu'en 1474-75 il enjoignait au Président de la Chambre 
des Comptes de faire acquitter, dans le délai de six mois, par les 
Juifs de Tarascon le subside de 8,000 florins qu'il leur avait 
imposé, sous peine d'emprisonnement, d'amende de 30 marcs 
d'argent et de confiscation de leurs biens 4 , et qu'en 1475-76, il 
Contraignit les Israélites de la Provence à lui fournir une nou- 
velle contribution de 4,000 florins 3 . 

Pendant ce temps, les syndics, toujours fidèles aux prescriptions 
de la Sauvegarde, veillèrent à la sécurité des Juifs et les défen- 
dirent contre toute injure, attaque ou violence. Il suffisait qu'un 
chrétien traitât un autre de juif pour qu'aussitôt une condamna- 
tion s'ensuivît. Nous trouvons, en effet, relatée dans les comptes 
de Guillaume Yoti, clavaire en 1475, une amende de cette nature 
infligée à un habitant de Tarascon qui, au mépris de la Sauve- 
garde, avait dit à Jean Viollet : « Jusieu, et pagaras lo vin 6 . » 
Partout, d'ailleurs, les Juifs sont placés sur le même pied que les 
chrétiens; ils jouissent des mêmes droits et sont soumis aux 
mêmes taxes que les autres habitants 7 . Ils font partie des confré- 
ries au même titre et dans les mêmes conditions que les chrétiens. 
Celle des porte-faix se composait, en 1467-68, de vingt-deux 
membres; les Juifs qui y figurent sont au nombre de quatre : 
Mosse Aym, allas Pape, Benyon Mosse, Haurahami Carabidas et 

1 C. Arnaud, p. 39 et 52. 
1 Depping, ibid., p. 206. 

* Archives départementales, B. 1390. 

* Ibid.y B. 1393. 

* lbid., B. 2489. 

* Ibid., B. 2043. Cf. B. 2038. 

T Revue du langues romanes , année 1897, p. 224-226. 



408 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Vidon Josse l . Si, par un statut local, le jeu de dés entre Juifs et 
chrétiens était interdit à Aix, sous peine d'une amende de 50 sous, 
dont le tiers revenait au dénonciateur 2 , il n'en était pas de même 
à Tarascon, où, en vertu de l'article 96 des Coutumes, confirmé par 
le roi René, ce jeu était également défendu à tous les habitants 
sans aucune distinction. Mais de peur de succomber à la tentation, 
les Juifs prenaient, par acte notarié, l'engagement de s'en abstenir 
et s'imposaient même quelquefois des amendes volontaires. Nous 
possédons deux actes de ce genre. L'un, daté du 19 septembre 
1438, est relatif à Mosse Salomon, Juif de Tarascon, qui s'engage 
à ne jouer aux dés ni à aucun autre jeu pendant une année, sous 
peine de 10 florins, applicables, par moitié, à la Cour royale et au 
dénonciateur 3 . L'autre concerne maître Jacob de Lunel, qui, le 
3 janvier 1441, promet de s'abstenir, à l'avenir, de tout jeu, sous 
peine d'une amende de 35 florins à distribuer comme suit : 10 flo- 
rins au fisc, 5 au viguier, 5 au juge, 5 au dénonciateur, 5 au lumi- 
naire juif et 5 à l'aumône. En cas de refus de l'un d'eux, sa part 
sera partagée entre le fisc et le dénonciateur 4 . Maître Jacob de 
Lunel était un médecin fort estimé à Tarascon. Nous avons de lui 
un certificat que, de concert avec maître Guillem Biroier, il a 
délivré, le 5 février 1424, à « dona Philipa Grilla », des Baux, pour 
la déclarer indemne de la lèpre. L'original de ce document que 
nous reproduisons ici se trouve à l'étude de M. Mourret, quia bien 
voulu nous le communiquer : 

A la discreta dona Philipa Grilla als Baus sian dadas. 

Dona Philipa, nos nos recomandam à vos et vos fasem asaber que 
Anthoni Boaier si nos a die que vos vos duptavas quel el fos toquât 
de! mal de Sant-Lase, per que non vos plasia que el demores en 
vostre ostal. Per que vos fasem asaber que el nos ha requerit de son 
bon grat que hom vegues sa aurina et que nom lo feses saynar et que 
li palpes tota sa persona, per veser si el era ren toquât de la dita 
malautia; et sapiat que nos avem vistz l'aurina et son sanc. De que 
en sa aurina ni en son sanc non avem trobat nengum seniai de la 
dita malautia, et son sanc avem trobat bon et pur et net, après que 
avem fait las provas que lo libre manda fayre en lo sanc. Item li 
avem regardât tota sa persona, loqual non hi avem trobat neguna 
macula ni en sos pes, ni en sas cambas, ni en sos brasses, ni en sas 
mas, et lo avem proat que ha bon asentiment en los menbres, los- 



1 Archives municipales, BB. 10. 

* C. Arnaud, ouvrage cité, p. 39. 
1 Pièces justificatives, n° VII. 

* Jbid., n- XI. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 103 

quais déu aver bon asentiment. Per que disem que quant a présent 
non li trobam nenguna malautia ni nengun mal per que hou lo degia 
deslonia ni duptar. Dieu sia an vos. Script à Tharascon a V de 
febriar l'an mil III1 c. et XXIIII. 

los tos vostres Maystre Jacob de Lunell, 
fisiciau, et maystre Guillem Biroier, 
surgia et barbia de Tharascon 1 . 

En Provence, le droit de cité était soumis à des principes inva- 
riables. Chacun avait la liberté de domicile et pouvait s'établir où 
il voulait. Mais pour être réputé citoyen d'une commune dont on 
n'était pas originaire, il fallait, suivant le statut, s'y fixer effecti- 
vement et y transporter la plus grande partie de ses biens. Cette 
déclaration devait être faite par un acte notarié *. Les registres du 
notaire Pierre Margoti nous ont conservé un acte de citadinage 
(Cieutadanagium) de ce genre dressé le 22 avril 1467 en faveur de 
Mordacays Vidal Cohen, Juif de Salon. En présence de Gévonime de 
Manellis, représentant le viguier de la cour royale, et des syndics 
Francisque Genoyne et Pierre Aycard, « après avoir rendu hom- 
mage aux qualités et aux vertus des habitants de Tarascon et 
reconnu que les privilèges, franchises, libertés, immunités et nom- 
breuses prérogatives dont jouissait leur ville, rendaient évidente 
sa supériorité sur toutes les autres cités de la Provence et de l'Oc- 
cident », Mordacays Vidal Cohen est proclamé nouveau citoyen 
« civis novus » et admis à jouir de tous les droits attachés à ce 
titre. Suivant la règle appliquée à tout étranger, juif ou chrétien, 
il s'engage à convertir la majeure partie de ses biens meubles et 
immeubles, à s'établir, dans un délai de trois ans, à Tarascon ou 
son territoire et à participer, à l'égal des autres citoyens, aux 
tailles, questes, chevauchées, etc. Il promet d'observer fidèlement 
les clauses du contrat et jure : « ad aquineam 3 ». 



VIII 



L'année 1484 fut une année malheureuse pour les Juifs de la 

1 Pièce annexée aux notes brèves du notaire Antoine Chapati, vol. 4 (1425-1426). 

1 Julien, Nouveau commentaire sur les statuts de Provence, cité par Fabre, Histoire 
de la Provence, t. III, p. 46. 

3 Pièces justificatives, n° IX. Ailleurs on lit quinia ou a qui n a. Voir Arnaud, Essai, 
p. 61 et 62. Le même serment est prêt* 1 , en 1441, par Jacob Bonet Avieudor de 
Tarascon, Pièces justificatives, n° XVII. — D'après M. Neubauer, Revue, X, p. 307, 
le mot aquinea représenterait le terme bébreu *pDpn. Nous croyons plutôt qu'il s'agit 
du mot latin quinio, le nombre cinq, par allusion aux cinq livres de la loi de Moïse. 



110 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Provence. Le 13 Nissan 5244 (8 avril), une bande de Dauphinois, 
d'Auvergnats et de montagnards provençaux, venus à Arles pour 
faire la moisson, se jeta sur les Juifs, les pilla et démolit la syna- 
gogue ! . Les mêmes excès se renouvelèrent à Aix le 10 mai 2 . La 
communauté juive de Tarascon, où les malheureuses victimes de 
l'émeute s'étaient réfugiées, ne subit aucun acte de ce genre. Sur 
l'ordre du sénéchal de la Provence et en exécution des clauses de 
la Sauvegarde royale, le Conseil, afin de mettre les Juifs à l'abri 
de toute attaque « ut thucius custodientur », les fit rentrer, pen- 
dant les moissons, dans le château et donna l'ordre de fermer, 
durant les fêtes 3 , les portes de la ville, à l'exception de deux dont 
la garde fut confiée à la milice urbaine. Il fit placer, en outre, des 
hommes armés devant les maisons de la Carrière et élever, aux 
frais des Juifs, des barrières (cancellos) sur lesquelles il ordonna 
de placarder la Sauvegarde 4 . 

Le 8 juin de la même année, averti par les syndics d'Arles de 
l'intention des moissonneurs de se rendre à Tarascon et de s'y 
livrer au massacre des Juifs et au pillage de leurs biens, le Conseil 
nomma capitaine de la milice un de ses membres, Pierre Poitevin, 
et le chargea, en cette qualité, de visiter la Carrière et de veiller, 
avec un nombre de soldats suffisant, à la sécurité de ses habitants. 
11 délégua en même temps à Beaucaire le syndic Ponce et le con- 
seiller Jean Salellas, avec mission pour eux de s'entendre avec les 
riverains et autres habitants au sujet de l'aide que, le cas échéant, 
ils devaient leur prêter contre les envahisseurs de leur territoire. 
Le Conseil fit parvenir également au sénéchal, avec la réponse de 
la communauté de Tarascon, les lettres qui lui furent adressées 
par les syndics d'Arles et l'invita à lui faire connaître les mesures 
qu'il comptait prendre dans l'intérêt de la défense des Juifs 5 . 

De nouveaux troubles éclatèrent à Arles pendant l'été 1485. Des 
officiers de police même furent maltraités par les moissonneurs. A 
cette nouvelle, le Conseil se réunit aussitôt, et, dans sa séance du 
10 juin, à laquelle assistèrent les bayions de la communauté, il fut 
convenu d'un commun accord : ] u que pendant toute la durée des 
moissons les Juifs s'enfermeraient avec leurs familles dans le châ- 
teau ; 2° que leurs maisons et leurs biens seraient placés sous la 
garde du capitaine de la milice, Pierre Poitevin, et de 25 hommes 

1 Revue, t. XII, p. 18, note. Cf. Bardinet, Revue historique, 1880, et Deppiûg, 
p. 208. 
* Bouche, Chronogr. de Provence, t. II, p. 494. 

3 Les fêtes de la Pentecôte, de saint Jean-Baptiste (24 juin) et de sainte Marthe 
(29 juillet). 

4 Pièces justificatives, n° XII. 

5 Ibid., n° XII. 



LES JUIFS DE TARASGON AU MOYEN AGE 111 

armés auxquels les Juifs alloueraient, outre la nourriture, une in- 
demnité de 4 gros par homme et par jour; 3° que des sentinelles 
seraient postées aux portes de la ville aux frais des Juifs. 

Le même jour, le Conseil, d'accord avec les bayions, délégua un 
de ses membres, Raymond de Vite, auprès du roi de France, avec 
une copie des lettres des syndics d'Arles, informant ceux de Ta- 
rascon des douloureux événements qui venaient de se passer dans 
leur ville, et chargea le viguier, de Lobières, son assesseur, 
Genoyne, et les conseillers Jean Salellas et Guillaume Bernard, de 
prendre toutes les mesures qui leur seront dictées par l'intérêt 
général des habitants, juifs ou chrétiens V. 

On ne se ht aucun scrupule à Tarascon d'enfreindre ces mesures. 
Des notables même pénétrèrent dans la Carrière, se ruèrent sur 
les Juifs et jetèrent à terre la Sauvegarde. Le roi de France au- 
quel la communauté juive avait fait parvenir ses doléances de- 
manda raison au Conseil de ces méfaits, et celui-ci se vit obligé, 
le 16 décembre 1485, de lui présenter ses excuses par la bouche de 
son ambassadeur, Jacob de Angelo, de démentir les faits allégués 
par les Juifs, et de lui donner l'assurance du dévouement que les 
habitants de Tarascon professaient pour la Majesté royale, dont 
ils ont toujours Hé et seront toujours les fidèles sujets -. 

Ce danger à peine conjuré, un nouveau malheur menaça la 
communauté juive. Au mois de janvier 1488-89, pour des motifs 
que nous ignorons, une émeute contre les Juifs éclata à Tarascon 
même. Fidèle à la Sauvegarde, aux termes de laquelle il était con- 
traint de protéger les Juifs contre toute violence, le Conseil intima 
à leurs bayions l'ordre d'élever à l'entrée de la Carrière des bar- 
rières plus solides que les premières, et de faire construire des 
portes assez larges pour permettre à des voitures chargées ou non 
d'y passer. Il décida, en outre, conformément aux Lettres royales 
qui venaient de lui être adressées (11 juin 1488-89) : 1° que la 
Sauvegarde serait fidèlement observée ; 2° que, pendant les jours 
de fête, toutes les portes de la ville seraient fermées à l'exception 
de celles de Saint-Jean et de Madame ; 3° que des hommes armés 
seraient placés auprès de ces portes qu'il appartiendrait au viguier 
et au capitaine de faire également fermer quand ils le jugeront 
nécessaire ; 4° que les hommes armés auraient soin d'interdire 
l'entrée de la ville aux moissonneurs porteurs d'armes ou de 
bâtons ferrés, mais les obligeraient de les déposer dans la maison 
la plus rapprochée de ces portes 3 . 

1 Pièces justificatives, n - XII. 
« Ibid. 
» Ibid, 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Grâce à ces précautions, les Juifs purent encore une fois 
échapper à la fureur de leurs ennemis. Mais un nouvel orage 
s'amoncelait sur leurs têtes, qui eut pour eux les conséquences les 
plus désastreuses. Fatigués de se soumettre plus longtemps aux 
prescriptions de la Sauvegarde, les habitants de Tarascon, à 
l'instar de - ceux des autres villes de la Provence, les accusèrent 
non plus seulement d'être les ennemis de la foi chrétienne, mais 
surtout de commettre « usures, rapines et autres maulx innumé- 
rables * ». Charles VIII écouta leurs doléances, et par des lettres- 
patentes du 22 mai 1496, enjoignit au grand sénéchal, au viguier et 
au juge-mage de Tarascon '< de faire vuider et de chasser les dits 
Juifz et Juives de la dite ville, ressort et viguerat d'icelle, sans plus 
les souffrir y demourer, habituer, aller, venir, passer, séjourner, 
ne résider en aucune manière » et ce « dedens le quinziesme jour 
de juillet prochainement venent et sans plus de terme ou respit » 
et « nonobstant oppositions ou appellations et autres faictes ou a 
faire, relevées ou a relever, et tous lesdits procès et procedeures, 
meuz ou autres qui se pourroyent mouvoir pour retarder le par- 
tement des dits Juifz delà dite ville, ausquelz ne voulons doresen- 
navant lesdits Juifz estre admis, oyz ne receuz 2 ». 

L'arrêt fut irrévocable, et c'est avec un serrement de cœur que 
les Juifs de Tarascon furent, eux aussi, contraints de prendre le 
dur chemin de l'exil et d'abandonner, sans espoir de retour, une 
ville au bonheur et à la prospérité de laquelle ils n'avaient 
jamais cessé de travailler. Ils se retirèrent dans le Comtat-Ve- 
naissin. 

Salomon Kahn. 
(A suivre.) 



1 On remarquera que c'est la première fois que le reproche d'usure est adressé aux 
Juifs de la province. 

1 Pièces justificatives, n° XIV. 



MENAHEM AZARIA DI FANO 



LE PORTRAIT DE R. MENAHEM AZARIA DI FANO. 



La barbe de R. Menahem Azaria di Fano a donné lieu naguère 
à une controverse. Lorsque R. Sabbataï Bar, dans la seconde 
moitié du xvii e siècle, eut à résoudre la question de savoir s'il est 
permis, d'après la Kabbale, de se couper la barbe avec des ciseaux, 
il rechercha tout d'abord comment agissait à cet égard le héros et 
adepte de la Kabbale en Italie, celui qui connaissait le mieux les 
doctrines d'Isaac Louria '. Réputé pour sa science et ses habitudes 
de vie comme le principal représentant de cette doctrine secrète 
en Occident, il pouvait, en raison de sa qualité de disciple de 
R. Israël Saruk, être considéré comme le disciple presque immé- 
diat de Louria. Sabbataï Bar eut surtout l'occasion de connaître, 
par son maître Isaac Beréchia de Lugo *, neveu, gendre et disciple 
de R. Menahem Azaria, les habitudes de ce maître de la Kabbale. 
Il prétend avoir appris ainsi que Menahem Azaria, suivant les 
idées cabbalistiques qu'il professait, se taillait la barbe tous les 
vendredis en l'honneur du Sabbat, selon la coutume des Italiens* 
et que son exemple était imité par ses disciples ; parmi ces der- 

1 ptfî? 1N3, n° 70 : ^H p^ XTfi W»pm Tl^TJ ltt3S2 M381 

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mai a^aia -nfici \aa^ m^ vs ba rrm bapT n-aon 1272» vin K»îi 

aufmann, dans Jetoisl 
T. XXXIX, N° 77. 



a Cf. Kaufmann, dans Jetuish Quarterly Meview, VIII, 515, et Revue, XXXV. 86 
et s., 89. 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

niers se trouvait R. Ahron Berachia de Modène 1 , le pieux et 
célèbre auteur du Maabar Yaboh, au sujet duquel R. Sabbataï 
pouvait fournir un témoignage oculaire. 

Se méprenant sur le sens de ce témoignage, R. Moïse Sofer 2 
s'imagina que R. Menahem Azaria di Fano ne souffrait aucun 
poil sur son visage et était, en quelque sorte, le type du compro- 
mis entre les habitudes cabbalistiques et l'usage de se tailler la 
barbe. R. Moïse Sofer confondait ainsi R. Menahem Azaria di 
Fano avec Josef del Medigo, dont le disciple Moïse Metz, dans la 
biographie de son maître dédiée au caraïte Zérah b. Nathan, rap- 
porte qu'il était l'ennemi du port de la barbe 3 . En outre, R. Moïse 
Sofer n'a tenu aucun compte de la réfutation du témoignage de 
R. Sabbataï. 

R. Josef b. Emmanuel Ergas, plus tard rabbin de Florence, qui 
eut, presque un siècle plus tard, l'occasion de se prononcer sur le 
mémoire de R. Sabbataï, ne se borne pas à mettre à néant l'argu- 
mentation de ce dernier; il réfute aussi son assertion concernant 
R. Menahem Azaria 4 . R. Benjamin Cohen Vitali de Reggio, un 
oracle digne de confiance en matière de Kabbale, étant donnée sa 
qualité de disciple de R. Moïse Zacut, soutint contre Ergas la véra- 
cité du mémoire de R. Sabbataï en général, et en particulier 
l'exactitude de son allégation quant à la barbe de R. Menahem 
Azaria. R. Benjamin Cohen était même en état d'invoquer sur ce 
point un témoignage contemporain authentique, le portrait du 
maître de la Kabbale lui-même, qu'il avait vu à Mantoue. Sur ce 
portrait, la figure de R. Menahem Azaria aurait été toute couverte 
de barbe, ce qui démentait complètement le dire de R. Sabbataï. 

Or, il se trouve que le portrait que R. Benjamin Cohen avait vu 
existe encore à Mantoue. Grâce à une communication de mon ami 
M. Jaré, qui s'est souvenu que, du temps de son enfance, le por- 

1 Cf. Zunz, Literatur geschichte, p. 424 et s. 

1 H"tf nsiO ûnn r\"W, n° 159. Cf. M. Straschun, dans TO2NS n^np de S. I. 
Fùnn, p. 375, note 17. 

3 Ibid. : ibllî ta^NS N"H2p72 *»"©ii1 Y09 TOIH "pi. Comme Straschun 
l'a déjà reconnu, R. Moïse Sofer, par une erreur de mémoire, a attribué à Menahem 
Azaria les indications se rapportant à Josef del Medigo. Josef del Medigo trace lui- 
même ce portrait par l'intermédiaire de son disciple Mosé Metz, ùb^N, i* 29 a : 

5'3irb ntaia u^n iapT pa n^bnbn •pmmp nmroa iiDan rrrat» 
nDob mn»i pT «aira Nim crç'wnjïi. 

4 tpv nn, n* 25 : pDiT "p^aa N ,nn»» ï-jt b? \-r,pn ^n toi 
^i?ûob n&n v^ pu:^ -usa *nm b"n ">b a^m n"j^ twi iva Y'na 
lantt rvrniûn 1712212 nwyïwi *bsn ikx npiajnn naa 13 tamb* 
Iprn r*om n"nbî ynntn rms nalassa iniin 13&0 «robrra t**bn vo 

irms bi» «bvq rnaron M ■nm b"^ rr,™ ba by «b». 



MENAHEMIAZARIA DI FANO 119 

trait de Menahem Azaria avait été trouvé à Mantoue et qu'il avait 
été acheté pour être donné à l'école de la Confrérie Schem Tob t 




MENAHEM AZARIA DI FANO. 



j'ai pu faire exécuter une photographie de ce portrait; quoiqu'il 
soit fortement assombri, on y voit encore les traits pétillants 
d'esprit de l'illustre rabbin de Reggio, et nous avons là une image 
du maître de la science talmudique et de la Kabbale. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Un simple coup d'œiL jeté sur le portrait donnera la solution du 
différend entre R. Sabbataï Bar et R. Josef Ergas. Bar n'a pas été 
induit en erreur par celui qui l'a renseigné. R. Isaac Berachia, le 
frère, gendre et disciple favori de Menahem Azaria, lui tenait de 
trop près pour lui avoir fait une déclaration inexacte au sujet de 
l'extérieur du vénéré maître. Cependant sa déclaration ne portait 
pas sur l'absence de barbe, mais sur les soins donnés à la barbe. 
C'est ce qui est prouvé par le portrait qui nous montre une barbe 
coupée régulièrement, nullement inculte et abandonnée. D'autre 
part, nous trouvons aussi la confirmation de l'assertion de R. Ben- 
jamin Cohen, qui prétend que, d'après le portrait de Mantoue, 
Menahem Azaria portait une barbe couvrant tout le visage, les 
lèvres, le menton et les joues 1 . Enfin, le portrait confirme aussi 
la description que Yedidia Caro , petit-fils de R. Josef Caro , 
a faite de la personne de R. Menahem Azaria di Fano à David 
Conforte 2 . Lorsqu'il fut admis à voir l'ami de son grand-père dans 
sa maison à Mantoue, où celui-ci le reçut avec la plus vive cor- 
dialité, en raison de la vénération et de l'affection que R. Menahem 
Azaria avait depuis sa jeunesse pour Josef Caro, il crut voir appa- 
raître, selon sa propre expression, un ange du Seigneur. Le por- 
trait nous a conservé encore un reflet de cette apparition em- 
preinte de grandeur, rehaussée par la dignité de toute la personne 
et la bonté que respire cette tête de penseur. 



II 



LEPITAPHE DU TOMBEAU DISPARU DE R. MENAHEM AZARIA 
DI FANO A MANTOUE. 



R. Menahem Azaria di Fano avait été longtemps rabbin à 
Reggio; par ses élèves, par sa piété ascétique et par sa vaste éru- 
dition, il s'était rendu célèbre de son vivant dans toute l'Italie, et 
sa gloire s'étendit même bien au delà des frontières de ce pays. Il 
passa à Mantoue les dernières années de son existence, et le petit- 
fils de R. Joseph Caro, Yedidia Caro, y fréquenta sa maison \ 
Comme on n'a trouvé aucune trace de son tombeau à Mantoue, on 



1 Cf. Kaufmann, Monatsschrift, XL1, 700 et s. 

1 nrmn amp, f 420 : rwnwi banpm bna Ton wna n* ^ nso-i 
*n ^abttb rmn rrn tcd mai. 

3 D. Conforte, mmW fimp, fr 42 £. 



MENAHEM AZARIA Dl FANO 117 

pouvait être certain que cette tombe, si religieusement conservée 
par les générations successives, n'a pu être détruite que par 
quelque cataclysme ou quelque catastrophe : effectivement, c'est 
le jeudi 14 avril 1831 que l'armée autrichienne, dit-on, a démoli 
son tombeau; à cette occasion Lelio Cantoni a copié l'épitaphe et 
Ta ainsi sauvée de l'oubli. Je la publie ici pour la première fois, 
d'après la communication qu'en fit le rabbin de Mantoue Isaïe 
Lévi au rabbin de Ferrare Giuseppe Jaré. 

jrrnm wm î-wnp îtn*» 

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s-nbytt nnb hanw i-ima» 

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J-fliSa irwb ïvfT b3 mi 

î-rm jrrnsri s-wnsi t-nb^a 

ÏTnSfi mn^ TTlSb Itûsn 

Ap*titt 

Un examen un peu attentif de l'inscription montre que ce mo- 
nument n'a pu être celui qui a été érigé immédiatement après le 
décès de R. Menahem Azaria, survenu le 5 août 1620, mais que 
c'était une restauration du tombeau primitif tombé en ruines ou 
démoli. Cela ressort déjà de la date qui ne mentionne ni. le mois ni 
le jour. A la vérité, à la seconde ligne de cette épitaphe rythmée, 
il manque tout un quart du vers primitif; mais là aussi l'année 
seule, et non le mois et le jour du décès, aurait pu être donnée. 
Les premières lignes du poème affirment, d'ailleurs, expressément 
que ce n'était pas là le monument original, mais une restauration : 
« C'est l'ancienne demeure, la tombe de R. Menahem Azaria qui a 
été reconstruite ici », avec le millésime 1620 sur la pierre d'assise 
ou pierre originale, comme on l'appelle dans le second vers. La 
place de la pierre n'était pas, comme nous l'apprenons dans la 
troisième ligne, tout à fait celle de l'ancienne; elle était seulement 
dans le voisinage du monument tombé en ruines, du tombeau pri- 
mitif. Les trois premières lignes, malgré leur rédaction poétique, 
nous donnent donc l'indication rigoureusement historique, qu'en 
cet endroit, à la place de l'ancien caveau détruit, la piété de la 
communauté ou celle des admirateurs du défunt lui avait érigé un 
nouveau tombeau. Peut-être les vers suivants ne sont-ils que la 
répétition du poème gravé jadis en honneur de R. Menahem Azaria 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sur sa pierre tombale : « Voici le lieu de repos destiné à l'homme 
qui, de son vivant, s'était élevé si haut, et dont l'élévation avait été 
si agréable à son peuple. Aucune science n'était étrangère à son 
esprit; les quatre mondes de la Kabbale, celui de l'Émanation, 
celui de la Création, celui de la Formation et celui de l'Activité 
étaient comme un livre ouvert devant ses yeux. Son âme était 
déjà durant son pèlerinage terrestre exclusivement consacrée à 
son Créateur, ce que prouvaient et sa vie ascétique et ses médi- 
tations sur les questions métaphysiques. Ainsi se perpétue, conclut 
l'épitaphe, le nom de R. Menahem Azaria, qui est parvenu à l'im- 
mortalité sous celui de Rma di Fano. » 

On ne sait si ces éloges sont ceux du tombeau primitif ou ceux 
du monument funèbre érigé pour remplacer le premier; en tout 
cas, ils sont un témoignage de la considération et du respect dont 
jouissait R. Menahem Azaria dans la ville où s'exerça son activité 
dernière, et ils complètent dignement le portrait de ce savant 
intéressant. 

David Kaufmann. 



LE JUIF DANS LA COMEDIE 

AU XVIII" SIÈCLE 



Les auteurs des savantes monographies qui nous ont fait con- 
naître la condition des Juifs en France au siècle dernier sont d'ac- 
cord pour nous la représenter à la fois comme précaire et suppor- 
table 1 . Ils nous enseignent que, sans doute, on n'avait pas révoqué 
la déclaration royale du 23 avril 1615 qui les avait bannis, mais 
que les Juifs y contrevenaient sans trop de difficulté. Ils nous 
montrent que les commerçants protestaient souvent, avec l'appui 
des autorités municipales, contre la permission expresse ou tacite 
qu'on donnait aux Israélites de venir vendre sur les foires, mais ils 
nous apprennent que souvent les Intendants ou les Parlements 
prenaient parti, dans l'intérêt des consommateurs, pour ces négo- 
ciants ambulants qui vendaient à meilleur marché. Ils constatent 
qu'on ne leur permettait pas plus chez nous qu'ailleurs, je ne dis 
pas d'exercer les professions libérales, mais d'entrer dans une 
corporation; mais ils nous suggèrent la réflexion qu'étant don- 
nées les mœurs du temps, les Juifs gagnaient à être officiellement 
bannis, car ils échappaient par là aux distinctions humiliantes 
qu'on leur imposait là où ils étaient officiellement tolérés 2 . Ils re- 
connaissent formellement que la haine dont les Israélites avaient 

1 Voir, dans la Revue des Études juives, M. N. Roubin, La vie commerciale des 
Juifs comtadins en Languedoc (t. XXXIV, p. 276 et suiv. ; t. XXXV, p. 91 et 
suiv. ; t. XXXVI, p. 75 et suiv.) ; M. Salomon Kahn, Les Juifs de Montpellier au 
XVIIIe siècle (t. XXXIII. p. 283 et suiv.) ; M, Léon Brunschvicg, les Juifs en 
Bretagne (ibtd., p. 88 et suiv.); M. H. Monin, Les Juifs à Paris à la fin de l'ancien 
régime (t. XXIII, p. 85 et suiv.). 

* Voir, dans la Revue des Etudes juives, Le chapeau jaune chez les Juifs comtadins, 
par M. Jules Bauer (t. XXXVI, p. 53); ces Juifs ayant demandé en 1776 à être dé- 
barrassés du cbapeau et allégué l'exemple de la France, qui ne l'imposait pas, l'au- 
torité pontificale répondit que si, en France, on ne les astreignait pas à le porter, c'est 
qu'ils n'y existaient qu'en contrebande. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tant souffert était chez nous à peu près éteinte : « La question juive, 
dit, par exemple, M. Roubin, ne fut en Languedoc (au xvm e siècle) 
qu'une des formes de l'éternelle concurrence entre marchands 
indigènes et étrangers, entre défenseurs de vieux privilèges et 
partisans de la liberté industrielle et commerciale. » 

C'est précisément cette sage et loyale conclusion que je voudrais 
fortifier par un coup d'œii rapide sur le théâtre français du 
xviii siècle. La matière est, je crois, neuve encore. Deux spiri- 
tuels conférenciers ont traité, l'un, M. Abraham Dreyfus, du Juif 
au théâtre, l'autre, M. Maurice Bloch, de la Femme juive dans 
le roman et au théâtre l ; mais, pour ce qui regarde la France, 
l'un et l'autre n'ont cherché que dans notre siècle. D'autre part, 
M. Herbert Carrington, dans sa thèse intéressante, Die Figur 
des Juden in der dramatischen Litteratur des XVI IL Jahr- 
hunderts (Heidelberg, Pfeffer, 1897), n'a pas interrogé notre ré- 
pertoire. 

Comparons donc ce que nos comédies du xvm e siècle nous ap- 
prennent à ce que nous enseigne le théâtre des nations étran- 
gères. 

A la suite du roman de Gellert, La comtesse suédoise, et sur- 
tout de Nathan le Sage, le fameux drame de Lessing, un certain 
nombre d'auteurs dramatiques allemands attaquèrent l'animad- 
version dont souffrait dans leur pays la communauté israélite. En 
Angleterre, Sheridan et Richard Cumberland combattirent sur la 
scène pour la même cause. Mais il est manifeste que c'est précisé- 
ment l'âpreté tenace du préjugé de leurs compatriotes qui provoqua 
leur générosité. La philanthropie qui les animait souleva plus d'une 
réplique. — Le vieux théâtre allemand, dit M. Carrington, repré- 
sentait le Juif comme un fanatique qui égorge des enfants pour 
employer leur sang dans des cérémonies religieuses, tandis qu'à 
partir de la Réforme, Israël fut ménagé sur la scène, parce que les 
protestants s'en prirent de préférence aux catholiques et parce 
qu'ils avaient une vénération particulière pour l'Ancien Testa- 
ment. — Toutefois, je remarque que les protestants d'Allemagne 
répétèrent fort souvent le reproche, fréquemment adressé aux 
princes dans les Mystères germaniques, de tolérer les Juifs ; 
c'était aussi un de leurs griefs contre le gouvernement pontifical 
(Janssen, V Allemagne et la Réforme, V, 501-2). Puis, sans doute, 
dans le dernier quart du xvm° siècle, les auteurs allemands qui 
peignent de mauvais Juifs prennent soin quelquefois d'assurer que 

1 La première de ces conférences est du 1*» mars 1886, la deuxième du 23 jan- 
vier 1892; elles ont été publiées dans des volumes supplémentaires de la Revue des 
Etudes juives \\ 



LE JUIF DANS LA COMÉDIE AU XVIII» SIÈCLE 12t 

ce sont là des exceptions qui se rencontreraient aussi parmi les 
chrétiens ; mais enfin, en 1800, on jouait encore en Bavière une 
pièce où des Juifs sont massacrés, à la joie de l'auteur, pour avoir 
comploté contre des chrétiens et surtout outragé des hosties ; dans 
une autre pièce, jouée à Berlin en 1804, on les peint comme des usu- 
riers, et Ton demande, dans un appendice, qu'on les force d'abjurer; 
dans la même ville, en 1815, une autre pièce les montre s'exploitant 
de père à fils. Quand on ne cherchait pas à entretenir le populaire 
dans sa haine contre eux, on s'appliquait du moins à l'entretenir 
dans son mépris à leur égard ; on faisait d'eux des poltrons ou 
des sots que leur entourage bafoue. Les dramaturges qui les dé- 
fendent n'attestent pas seulement la vivacité du fanatisme qu'ils 
combattent ; ils le ménagent quelquefois. Ainsi Schrôder, qui, 
dans son remaniement de VEcole du scandale, marque plus ex- 
pressément encore que Sheridan la bonté du Juif employé au re- 
dressement des torts, donne une teinte comique au rôle. Il en 
était de môme en Angleterre, où les preuves du mépris public 
pour les victimes de l'oppression séculaire se rencontrent jusque 
chez des auteurs qui ne travaillent nullement à la perpétuer; 
ainsi, dans V Héritière de Burgoyne, une coquette se dit capable 
de dérober cent cœurs et de les fondre ensemble comme les Juifs 
font pour les objets qu'ils volent afin qu'on ne puisse les re- 
prendre (IV, 1). Dans la Belle artificieuse de Miss Cowley (1780), 
un personnage déguisé en Juif dans un bal masqué s'attire ces 
quolibets : « Va-t-en bien vite à Duke's place (où il y avait, pa- 
rait-il, une synagogue) prêcher tes confrères, et engager la tribu 
à souscrire pour le soutien du pays aux dépens duquel tu t'es en- 
graissé! Où sont vos Josués et vos Gédéons? Eh, ils sont tous 
changés en usuriers, fripiers et colporteurs! (IV, 1). » A la scène 
suivante, une dame raille ce faux Juif sur son embonpoint, qui 
annonce qu'il est lévite : « Y a-t-il longtemps, lui dit-elle, que tu te 
nourris aux frais des chrétiens, mon ami ? » Cumberland prête 
beaucoup de charité à son Mosès dans Les Juifs, mais il fait 
aussi de lui un avare qui croit devoir acheter par des redouble- 
ments de parcimonie le droit de faire du bien ; à la suite d'une 
libéralité, il se promet de dîner de la fumée des cuisines d'un 
alderman l . 

Il est, au contraire, frappant de voir que la comédie française 
s'interdit presque absolument les invectives et les sarcasmes aux- 
quels on se complaisait encore dans le théâtre anglais et allemand. 

1 Je m'appuie, pour ces faits empruntés à la littérature anglaise et allemande, sur 
M. Carrington ; j'y ajoute seulement de mon fonds ceux qui sont tirés de Burgoyne et 
de Miss Cowley. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je trouve à peine çà et là un mot dit en passant qui marque du 
mépris pour les Juifs ; et encore est-ce d'ordinaire un terme géné- 
ral qui ne vise personne. Le baron d'Esparville, dans le Philo- 
sophe sans le savoir de Sedaine, à qui les négociants n'ont pas 
voulu escompter une bonne lettre de change, dit : « Tous ceux 
que j'ai vus jusqu'à présent sont des Arabes, des Juifs, pardonnez- 
moi le terme, oui des Juifs. Ils m'ont demandé des remises consi- 
dérables, parce qu'ils voient que j'en ai besoin. » (V, 4.) Il y a 
loin de ce mouvement de vivacité aux brocards que les dames 
mêmes, dans d'autres pays, ne trouvaient encore ni trop inhumains 
ni trop usés. Riccoboni, au III e acte de ses Caquets (1761), a rem- 
placé le marchand arménien des Pettegolezzi délie donne de Gol- 
doni qu'il imite, par le Juif Ménéchem, et il faut bien avouer que 
ce petit colporteur à barbiche qui vend dans les cafés des lunettes, 
de petits oiseaux, des tire -bouchons, des boucles d'Angleterre 
n'a pas fort grande mine ; il parle en jargon. « Moi, dit-il à 
M. Renaud, son compagnon de voyage, qui lui demande une 
adresse, moi connaît tout les rues, mais non pas tout le bour- 
geois. Il est ici le port d'où part les bateaux qui vont dans le Nor- 
mand. » M. Renaud cherche avec anxiété un certain Adrien et en 
donne ce motif: « Hélas, il y a douze ans que je lui ai confié ce 
que j'avais de plus cher au monde. »— « De l'argent? » dit naï- 
vement Ménéchem. Mais on ne lui impute pas la moindre pecca- 
dille dans toute la pièce. « Vous avez, dit-il à M. Renaud, emporté 
votre femme et laissé votre fille? je n'aurais point fait cette chose- 
là. » Mais c'est là un lazzi traditionnel sur les femmes. Babet, qui 
se croyait fille d'un batelier et qui un instant se croit fille de 
Ménéchem, s'en désole, et tout le monde estime que ce n'est pas 
sans motif; mais, et ceci est significatif, le fiancé de Babet, tout en 
gémissant, dit à Ménéchem : « Ne prenez point cela en mauvaise 
part, monsieur! mon dessein n'est pas de vous offenser. » Un 
confrère de Ménéchem, le colporteur Ezéchiel, dans la Mar- 
chande de bijoux de Carmontelle est raillé et dupé; mais il faut 
voir comment et par qui : il offre dans un café des montres, des 
tabatières, des étuis à M. de la Griffe : « Monsieur le marquis, dit 
le colporteur, achetez-moi quelque chose; je ferai pon marché ». 
M. de la Griffe : « Oui, et tu me tromperas. » — « Non, Monsieur, 
je jure sur mon honneur. »— « Oui, l'honneur d'un Juif. » — 
— « Monsieur, vous croyez pas vous autres; mais je suis pour 
tire la vérité. » — « Je t'en réponds. Je sais bien que vous êtes 
charmés de tromper un chrétien. » Mais nous sommes déjà infor- 
més que M. de la Griffe et son ami M. Bontour sont deux filous et 
qu'ils viennent d'envoyer chercher leur digne compère, M. Paffe, 



LE JUIF DANS LA COMEDIE AU XVIII" SIECLE 123 

pour escroquer le pauvre bijoutier ambulant. En effet, M. de la 
Griffe marchande une boîte d'or, tombe d'accord sur le prix, que 
Bontour trouve fort raisonnable, tire sa bourse après avoir em- 
poché la boîte ; mais Paffe arrive et s'adressant à M. de la Griffe : 
« Ah, je vous trouve donc enfin, monsieur! » Et il lui donne un 
soufflet, dont il s'excuse aussitôt, prétendant s'être trompé, puis 
s'enfuit. M. de la Griffe, sensible à l'honneur, met l'épée à la main, 
court après lui, suivi de Bontour, laissant sa bourse sur la table. 
« Pardi l s'écrie Ezéchiel, voilà un grand malheur que cette honnête 
gentilhomme il a reçu là ! » Il ajoute philosophiquement : a Si 
la première il est tué, l'autre il viendra toujours ; je reste ici 
auprès de son bourse. «Mais il déclare ne pas vouloir touchera 
la bourse, qui est son garant, avant le retour d'un des deux ad- 
versaires. Naturellement on apprend bientôt que ceux-ci sont les 
meilleurs amis du monde, et la bourse, qu'Ezéchiel ouvre enfin 
devant témoins, ne contient que des liards. Le Juif, on le voit, a 
sinon les rieurs, du moins les honnêtes gens de son côté. Dans 
la farce de Boindin, le Port de mer (1704), Hazaël-Raza-Nimbrod- 
Iscarioth Sabatin est un usurier qui professe qu'il n'y a point de 
don père de famille qui ne doive faire au moins une ban- 
queroute en sa vie. Il en prépare une, en conséquence, pour doter 
sa fille Benjamine, qu'il veut marier malgré elle à un pirate; 
mais l'amoureux de sa fille a fait main basse sur les pierre- 
ries d'un oncle , et emploie à défendre ses prétentions matri- 
moniales deux valets fripons , dont un galérien. On procède 
autrement, Shakespeare nous l'a appris, quand on veut faire res- 
sortir les vices d'un paria. Le Juif portugais Lemos, dans le Pinlo 
de Lemercier (joué en 1800, composé deux ans auparavant) est 
plus naïf que ne l'est d'ordinaire un grand négociant; il prend 
pour une marque de confiance la communication de nouvelles qui 
courent la ville ; moyennant un intérêt discrétionnaire, il prête au 
duc de Bragance l'argent destiné d'abord à payer ses ouvriers, et 
se soucie peu s'il provoque ainsi une mutinerie contre le résident 
d'Espagne, sur qui il promet de rejeter la faute (II, 6) ; mais il tra- 
vaille par là sans le savoir, à l'affranchissement du Portugal, et 
c'est surtout ce que le spectateur voit dans la scène. Le ban- 
quier Gripper qui, dans la Petite école des Pères, écrite par 
Etienne et Gaugiran-Nanteuil au lendemain de la Révolution 
(1802), paraît vêtu en incroyable, qui offre un tour de promenade 
dans sa voiture et un dîner pour le lendemain aux débiteurs insol- 
vables dont il vient de saisir l'hôtel, est un Juif; mais les dissi- 
pateurs qu'il trouble dans leur quiétude ne s'en prennent ni à sa 
race ni à sa religion. Il parle et agit simplement comme tout ami 



12/j REVUE DES ETUDES JUIVES 

décidé du profit et du divertissement : « Ma foi, écoutez donc! dit- 
il. À Paris, les affaires comme les affaires et les plaisirs comme 
les plaisirs ! on fait saisir un homme, ça n'empêche pas de dîner 
avec lui. » 

Les comiques français du xvm e siècle font même souvent comme 
leur gouvernement : ils feignent d'ignorer la présence des Juifs. 
Plusieurs de leurs personnages doivent être des Israélites d'après 
leur nom et leur profession, mais rien autre dans la pièce n'en 
avertit. Un personnage nommé Trapolin dit d'un autre, dans Les 
agioteurs de Dancourt (1710) : « C'est un Juif, un altéré, qui sait 
bien que cela [l'argent] est bon, et, pourvu qu'il trouve à gagner 
gros avec sûreté, il ne refuse point de bonnes affaires, ce fripon- 
là. » (II, 5.) L'homme qui s'exprime ainsi est peut-être un chré- 
tien, d'autant plus qu'ailleurs il s'écrie : « Est-ce que je suis un 
Juif, un Arabe ? » (til, 9.) Mais ce qui est certain, c'est que le prê- 
teur qu'il qualifie de Juif est, non l'usurier Zacharie dont Trapolin 
est bizarrement qualifié filleul, mais un certain Craquinet dont il 
est lui Trapolin l'associé. C'est à se demander à quelle communion 
appartient Zacharie. De même, les noms seuls de la veuve du ban- 
quier Abraham et des membres de sa famille nous font suspecter 
qu'Allainval nous introduit par son Ecole des Bourgeois (1728) 
dans le monde israélite, car leurs travers sont simplement ceux 
des roturiers enrichis qui veulent s'allier avec la noblesse ruinée; 
encore l'auteur leur ouvre-t-il les yeux à temps; M mo Abraham 
éconduit enfin l'impertinent marquis Moncade à qui elle allait 
donner sa fille. Même incertitude sur la nationalité d'Isaac Gripon 
qui, dans une comédie de Voltaire (la Femme qui a raison, 1749), 
déploie un peu trop de zèle pour bien établir ses enfants; même 
incertitude, dans une pièce du premier Empire, pour l'âpre mar- 
chand de tableaux Jacob qui hésite longtemps à se mésallier en 
acceptant pour gendre le fils d'un peintre de mérite (Laniara ou 
le peintre au cabaret par Barré, Radet, Desfontaines et Picard, 
1809). 

La réserve de Voltaire, dans la pièce que nous citions tout à 
l'heure, est d'autant plus frappante qu'on sait que dans ses ou- 
vrages de polémique religieuse, il malmenait fort les Juifs; elle 
prouve que c'était à la Bible, à la préface de l'Evangile, si je puis 
m'exprimer ainsi, que Voltaire en voulait et non aux Juifs de son 
temps. Les contemporains ne s'y trompèrent pas. La preuve en 
est, d'une part, que les quolibets de Voltaire, qui trouvaient d'or- 
dinaire tant d'écho, ne provoquèrent aucune recrudescence de 
haine ou de mépris contre les Juifs, d'autre part que ce fut un 
prêtre catholique, l'abbé Guénée, qui répondit à Voltaire et que 



LE JUIF DANS LA COMEDIE AU XVIII* SIECLE 12o 

ce prêtre rendit aux Juifs de son temps le plus honorable té- 
moignage, les plaignit du traitement qu'ils essuyaient en Alle- 
magne, admira la constance avec laquelle ils demeuraient fidèles 
à leur foi. L'accueil fait quelques années auparavant par l'A- 
cadémie des sciences et par le gouvernement à l'invention phi- 
lanthropique de Jacob Rodriguez Pereire, le premier instituteur 
des sourds-muets , avait témoigné de l'affaiblissement des pré- 
jugés; non seulement cet agent dévoué des Juifs portugais de 
Bordeaux avait reçu une pension et le titre d'interprète du roi, 
pour l'espagnol et le portugais, mais des ecclésiastiques accep- 
taient qu'il enseignât le catéchisme à ses élèves, tâche dont il s'ac- 
quittait, de l'aveu de ces prêtres, avec loyauté et succès; si, plus 
tard, l'opinion oublia Pereire pour l'abbé de l'Epée, c'est là une 
de ces vicissitudes que la légèreté humaine suffit à expliquer 1 . 
MM. Abraham Dreyfus et Maurice Bloch, dans leurs piquantes 
conférences, ont dit avec raison que, durant notre siècle, les dra- 
maturges avaient souvent prêté à la femme juive un charme irré- 
sistible, fatal. On n'en était pas encore là au siècle dernier, mais 
on s'y acheminait. Dans le Pinto de Lemercier, le zélé agent du 
duc de Bragance croit devoir présenter l'un à l'autre un cordelier 
et un capitaine qu'il a enrôlés dans sa conspiration; mais ces deux 
auxiliaires ne se connaissent que trop : « C'est toi, cafard, s'écrie 
le capitaine. — C'est toi, damné I répond le religieux. Un excom- 
munié qui fait outrage au ciel par son amour pour une Juive 1 » 
Le militaire réplique : « Un moine qui se hasarde à me trouver 
chez elle ! » Le capitaine refuse d'entrer en affaires avec le corde- 
lier, qui de son côté le qualifie d'hérétique. Ils se menacent l'un de 
l'opinion publique, l'autre du Saint-Office. Heureusement Pinto 
affirme que le capitaine, en allant chez la Juive, prétendait seule- 
ment se distraire, boire, la consoler de quelque chagrin, et que le 
moine entendait uniquement la convertir. Ils en tombent d'accord 
et la conspiration se renoue (I, 10). Dans les Caquets de Ricco- 
boni, lorsqu'un personnage s'étonne que la gracieuse Babet soit 
fille d'un Juif, un autre répond qu'il a vu de jolies Juives à Metz. 
Dans le Port de mer, on vient de définir ainsi Sabatin : « Tiens, 
l'usure, la dureté, la défiance et la fraude, le parjure avec quelques 
règles d'arithmétique, n'est-ce pas ce qu'on appelle ici M. Sa- 
batin? » L'interlocuteur réplique: « Justement. Mais, en récom- 
pense, la générosité, la tendresse, la franchise et la constance 
avec une taille divine, le visage le plus gracieux, les yeux les pkis 



1 Sur J. R. Pereire, aïeul des deux célèbres banquiers, voir le livre de M. Edouard 
Seguin, Paris, Baillère, 1847. 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

brillants du monde et mille autres -menus attraits, c'est ce qu'on 
appelle ici Benjamine. » 

Dira-t-on que la mansuétude de l'opinion en France à l'égard 
des Juifs n'était qu'une indifférence expliquée par leur petit 
nombre? Sans doute, ils ne formaient chez nous, d'après de 
récents calculs, qu'une faible partie de la population puisqu'on 
pense qu'à Paris ils ne devaient pas être plus de sept à huit cents '. 
Mais ils ne passaient nullement inaperçus; on ne les oubliait en 
aucune façon, et c'est très sciemment qu'on les laissait tranquilles. 
Mercier les croyait très nombreux à Paris, erreur qui prouve la 
liberté d'action dont ils jouissaient; il ajoute en effet que, sans 
avoir de synagogue, ils exerçaient sans entraves leur culte à huis 
clos : « La tolérance de l'administration à cet égard, dit-il, ne 
saurait aller plus loin. » Il constate que leur commerce est libre, 
que leurs mariages sont valides, et il cite cette curieuse anecdote : 
un Juif allemand venu de Hollande et propriétaire de la seigneurie 
de Péquigny, à qui on disputait le droit de nommer aux cures qui 
dépendaient de sa terre, a réclamé devant les tribunaux et gagné 
son procès [Tableau de Paris, chap. cxx) *. Voici une circonstance 
qui prouve combien le public était guéri des anciennes haines. Sous 
Louis XV, un riche israélite nommé Dulys voulut faire assassiner 
par un valet un violoniste de l'Opéra qui lui disputait le cœur de la 
cantatrice Pélissier; le coup manqua; on pendit le valet, et Dulys 
qui n'était pas alors en France fut traité de même par effigie : 
l'occasion était belle pour le fanatisme, et pourtant c'est à la 
Pélissier seule que les chansonniers s'attaquèrent (v. le Chan- 
sonnier historique, recueil Clérambault-Maurepas, V, p. 253-6). 

La vraie cause de la tolérance dont jouissaient les Juifs était 
dans l'esprit philosophique qui grandissait sans cesse chez nous, et 
j'ajoute dans la générosité naturelle de notre nation; j'en trouve 
une preuve dans l'histoire même des derniers abus de l'intolérance 
religieuse en France. Car il est remarquable que, si nos pères 
eurent le tort d'applaudir à la révocation de l'Edit de Nantes et si, 
durant la première moitié du xvm e siècle, on continua de tour- 
menter les Jansénistes, du moins la comédie ne s'associa pas à 
ces injustices; on cite quelques pièces de vers composées contre 
les protestants 3 ; les Jésuites tournèrent quelquefois en ridicule 
sur leurs théâtres particuliers les derniers adversaires de la Bulle 

c Article précité de M. Monin. 

2 C'est Liefmann Calmer ; voir Isidore Loeb, Un baron juif français au xvm e siècle, 
dans V Annuaire des Archives Israélites, 2 e année, p. 25-36. 

3 Lenient, Poésie patriotique en France dans les temps modernes, Paris, Hachette, 
1894, t. I, p. 411. 



LE JUIF DANS LA COMÉDIE AU XVIII' SIÈCLE 127 

Unigenitus l ; mais les scènes publiques respectèrent les sectes 
persécutées. Une autre preuve nous sera fournie par l'égal apai- 
sement dont témoignait alors à l'égard des Juifs le théâtre d'une 
autre nation latine qui recommençait à penser en lisant nos écri- 
vains : l'Italie. 

Jadis le théâtre s'y était moqué des Juifs, sans y mettre, d'ail- 
leurs, l'âpreté des races anglo-germaniques. Dans l'Arétin, on voit 
quelques méchants tours joués à des Israélites. Par exemple, dans 
la Cortigiana, un certain Rosso, qui a fait tous les métiers et pro- 
fessé toutes les religions, aperçoit le Juif Romanello qui arrive en 
criant : « Ferraille à vendre ! » Il lui marchande un j ustaucorps pour 
lui et un froc pour un frère qui est religieux; il prie le Juif d'es- 
sayer ce froc pour en montrer l'etfet. Romanello lui fait l'article. 
Rosso se mêle de le convertir; le Juif s'y prête fort peu; Rosso lui 
vante pourtant tous les bénéfices d'une conversion publique : « Le 
jour de ton baptême, tu auras un bassin plein d'écus; Rome en- 
tière courra te voir couronner d'olivier... Tu mangeras du porc... 
Plus de signe rouge sur la poitrine!... Plus d'enfants pour te 
poursuivre à coups d'écorce d'orange, de cosses de melon et de ci- 
trouilles ! Ainsi fais-toi chrétien, fais-toi chrétien, fais-toi chré- 
tien l J'ai voulu te le dire trois fois. » — « Je ne veux pas, répond 
Romanello, je ne veux pas, je ne veux pas. Tu vois que moi aussi 
je sais me répéter. » Rosso se déclare alors quitte avec sa cons- 
cience, et il y paraît; car, pendant que le Juif se retourne sur sa 
demande pour qu'on juge si le froc tombe bien par derrière, Rosso 
s'enfuit avec le justaucorps. Romanello le poursuit, mais Rosso le 
dénonce à une patrouille de sbires comme un moine qui sort d'un 
lieu suspect et qui a voulu lui faire un mauvais parti. Romanello 
s'écrie qu'il est, non pas moine, mais Juif; il n'y gagne rien; les 
sbires l'injurient, l'arrêtent et lui promettent une bonne cor- 
rection pour lui apprendre à outrager la religion en endossant un 
froc. Le malheureux finit pourtant par avoir satisfaction 2 . Mais, 
au xvin e siècle, le Juif ne paraît pour ainsi dire plus sur le théâtre 
italien. L'hypocrite don Pilone, dans la pièce de ce nom que Gigli 
a tirée du Tartufe (1711), est un Juif faussement converti au 
christianisme, mais on ne l'apprend qu'à la fin et dans le moment 
où l'auteur, pour accumuler sur lui tous les péchés de la création, 
nous expose d'une seule haleine qu'il a fait de la fausse monnaie, 

1 Voir la Bibliotheca scriptorum societatis Jésus, au mot Bougeant. 

* Acte IV, se. 15, 16, 17; V, 24, 25. Voir aussi du même Arétin, Il Marescaltû, 
III, 1,2. Il n'y a pas non plus beaucoup de bienveillance pour les Juifs dans un épi- 
sode de VAnfiparna&o d'Orazio Vecchi, opéra-bouffe de 1597, dont on trouvera une 
analyse sommaire dans les Rivolusioni del teatro musicale italiano d'Arteaga, 2 e édi- 
tion, Venise, 1785. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

épousé cinq femmes, enlevé des religieuses, et qu'on l'a brûlé en 
effigie comme sorcier. Goldoni mentionne un Juif qui prête sur 
gages à la troisième scène du premier acte de la Famiglia delV 
antiquario; il nous en présente ailleurs un autre qui veut qu'on 
appelle négoce et non usure l'intérêt exorbitant qu'il tire de ses 
sequins de mauvais aloi ; mais nous nous arrêtons à peine à ces 
calculs, occupés que nous sommes des désordres du ménage pa- 
tricien qui recourt à lui (Putta onorata, III, 1, 2.) Si, à la fin de 
1798 et au début de 1799, le peuple applaudit avec fureur 11 ma- 
trimonio ebraico qui tournait en ridicule les cérémonies juives, 
s'il faillit se portera des violences sur les Israélites, ce fut surtout 
par représailles contre des farces anti-catholiques et contre le gou- 
vernement des Français que Souwaroff allait momentanément 
détruire ; le cri de Francesi ladri ! alternait avec celui de Morte 
agli ebrei ! / Dès avant l'arrivée des Français, la tolérance était 
déjà passée en fait dans les mœurs de l'Italie. J'ai même cité 
ailleurs le passage où un auteur tragique, Pierjacopo Martelli, a 
osé mettre dans la bouche d'un Juif une éloquente malédiction 
contre l'autodafé où son père a laissé la vie 2 . 

Donc il est vrai que, si certains préjugés haineux régnent 
longtemps sur toute la terre, ils trouvent dans les génies divers 
des peuples des auxiliaires qui les fortifient ou des adversaires 
qui les combattent. Notre ingénuité a été toute surprise quand, 
après nos malheurs, on nous a appris qu'en Allemagne l'école 
enseignait aux enfants à détester la France et qu'aujourd'hui 
encore ce charitable enseignement forme un des points sous-en- 
tendus des programmes de l'éducation germanique. Mais de tout 
temps, dans les races du Nord, on a inculqué dès le berceau à la 
jeunesse les haines que l'on croyait utiles. Dans une des comédies 
allemandes analysées par M. Garrington, Der redliche Bauerund 
der grossmûtige Jude de Pauerbach (Vienne, 1774), un enfant qui 
a reçu un thaler d'un Juif demande à sa mère s'il peut l'accepter, 
car le maître d'école dit à ses élèves que les Juifs ne sont au monde 
que pour tuer les chrétiens, qu'ils les exècrent tous, qu'ils empoi- 
sonnent les fontaines, volent et mettent cruellement à mort les 
enfants, et qu'il permet à ceux-ci en conséquence de leur jouer 

tous les tours possibles. 

Charles Dejob. 

1 Sur cet incident, voir p. 129 et suiv. du livre de M. Paglicci Brozzi, Sul teatro 
giacobino e antigiacobino in Italia, 1796-1805, Milan, Pirola, 1887; j'en dois la con- 
naissance à M. A. d'Ancona, de même que pour YAnfiparnaso précité. Sur les farces 
anti-catholiques, voir Giov. De Castro, Milano e la repubblica cisalpina^ Milan, Du- 
molard, 1879, p. 120 et suiv. 

a Voir mes Études sur la tragédie, Paris, Colin, 1896* p. 124-125 t 



NOTES ET MÉLANGES 



LE RESSENTIMENT DE GAIN 



Parmi les incidents mentionnés dans les premiers chapitres de 
la Genèse et qui arrêtent l'attention de l'exégète, le récit relatif à 
la colère et au crime de Caïn (iv, 3 et suiv.) présente de grandes 
difficultés. La brièveté du récit a ouvert un vaste champ aux 
hypothèses, et les commentateurs paraissent avoir rivalisé de 
conjectures pour expliquer ce crime et établir une relation vrai- 
semblable entre la cause et l'effet. Tous sont d'accord pour ad- 
mettre que c'est la jalousie qui amena la chute de Gain, mais ils 
ne s'entendent pas sur l'origine de cette jalousie. Les uns, en 
vrais policiers modernes, mêlent une femme à ce drame, une fille 
d'Adam et d'Eve qui avait épousé Abel, mais était aimée passion- 
nément de Caïn ; d'autres prétendent que la rupture entre les deux 
frères eut pour origine des discussions d'intérêt [Genèse R., xxn ; 
Yalhout, § 38; cf. Pirhè de R. Eliézer, xxi) ou des discussions 
métaphysiques [Targoum Yerousch.). Mais comme le texte ne 
présente aucune trace des explications de ce genre, les pasch- 
tanim les ignorent ; ils attribuent la querelle de Gain et d'Abel 
au fait que Dieu rejeta l'offrande du premier et accepta celle 
du second. C est là l'explication traditionnelle mise en avant par 
Josèphe (AntiquitéSy I, 2, 1), acceptée par les premiers com- 
mentateurs tels que Raschi et Ibn Ezra, et suivie par les mo- 
dernes comme Fùrst, Luzzatto [ad l.) et Geiger (Nachgelassene 
Schriften, IV, 223). Gomme, d'un autre côté, les professeurs d'ins- 
truction religieuse enseignent cette explication à leurs élèves et 
que les orateurs sacrés l'exposent en chaire, nous sommes tous 
convaincus que Caïn a tué son frère parce que Dieu l'avait moins 
bien accueilli qu'Abel. 

Mais comment Caïn put-il savoir que Dieu se prononçait contre 

T. XXXIX, N° 77. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lui? D'anciens et de modernes commentateurs ont répondu à cette 
question. Ils affirment qu'un feu descendit du ciel et consuma le 
sacrifice d'Abel, mais laissa intacte l'offrande de Caïn [Pesikta, 
Raschi, Ibn Ezra, Bahya et même Fùrst et Luzzatto). En réalité, la 
Bible ne parle pas plus de ce mythe prométhéen que de la rivalité 
d'amour ou des discussions économiques et philosophiques. 

Cette explication traditionnelle présente encore d'autres diffi- 
cultés qu'il est inutile d'exposer ici. Mais je pense que nous en 
avons dit assez pour prouver qu'elle doit être rejetée et remplacée 
par une autre, plus naturelle et plus conforme au texte. Voici cette 
explication : L'acte d'Abel, gui offrit an sacrifice à Dieu, irrita 
Caïn. Caïn est l'aîné de la famille, il croit que lui seul a le droit 
d'offrir des sacrifices. En voyant son frère suivre son exemple, il 
en est fâché, parce qu'il considère son acte comme une audacieuse 
témérité, comme un empiétement sur son droit d'aînesse. Lisons 
maintenant notre texte : 

M r^-oîi baïri : 'nb ïwiNtt "nsE Tp r-wn trtt"» yp?: lïm 
ban /inn^a ban ban b« 'n Jizs'n) jmbnai mx *-n-Q3» «itt 
bN 'n niQN^ .T»3a *ibD">i -jke 1"»pb -im : (n*iû s**b innatt b«i *pp 
>*b ûki ,t-iwB a^EST dn Nbn ?*p& ibs3 s-robi *jb mn n?ab vp 

,'iai ym-i r-i«an nneb rravi 

Ce texte ne prouve-t-il pas avec évidence que Caïn jugea qu'Abel 
commettait une impertinence en offrant un sacrifice? L'expression 
N")!n ûa, qui serait autrement superflue, est mise ici pour faire res- 
sortir cette idée; "nm aba m «pa, disent les Talmudistes (Esther 
/?., I, 9). Elle signifie ici que l'acte d'Abel est considéré comme 
étrange 1 , et qu'il lui a été inspiré par le désir de rivaliser avec 
Caïn. 

Il me semble que les Massorètes, en rattachant les mots ^p ban 
i-tfia «b inrrctt b&o à *ppb irm, ont voulu appeler l'attention du lec- 
teur à la fois sur la faute de Caïn et sur la conséquence immédiate 
de cette faute, conséquence qui est mentionnée avant la faute 
elle-même. Que Caïn ait commis un délit, tout le monde l'admet. 
C'est dans ce sens que les paraphrases de la Bible prennent les mots 
nKia a^avi en abn (Targoum Onkelos et Yerousch.); les Midras- 
chim et les commentateurs postérieurs traduisent également: « Si 
tu t'amendes, je te pardonnerai » "prvwv b* bm» ^N (Genèse R., 
L c. Cf. Jean, m, 12). Mais en quoi consistait cette faute? Est-ce 

1 Elia Wilna {Addéret JEliahou, ad L) fait cette même remarque : Û3 ba?n 
D^IS^atl mJEEE lias !TÎ"nZ5 « Et Abel, bien qu'il tût exempt de l'obliga- 
tion d'apporter des prémices » 



NOTES ET MELANGES 181 

dans le genre d'offrande qu'il présenta à Dieu? Certainement non. 
Gain était agriculteur et offrit, par conséquent, des produits du sol 
(Cf. Ikkarim, ni, en. 7). L'école qui considère la foi comme supé- 
rieure à l'acte prétend que Caïn manquait de foi (Hébreux, xi, 4), 
tandis que Josèphe et, après lui, les Midraschim (Genèse R., Yal- 
hout, § 35) affirment que l'offrande de Caïn elle-même présentait 
des défectuosités. L'expression fftna *nott prouve, selon eux, qu'il 
avait choisi des fruits de qualité inférieure nbiDsn "p l . Maison 
voit que toutes ces explications sont forcées. Et pourtant, du mo- 
ment que Dieu a rejeté l'offrande de Caïn, il faut bien admettre 
qu'il s'était rendu coupable d'une faute? Laquelle? Il s'était mis en 
colère. 

Quant au terme nwa, je crois qu'il signifie ici « supériorité, pré- 
éminence», comme n«iz> nm dans Genèse, xlix, 3; cf. Habaccuc, i, 
7; Psaumes, lxii, 4, etc. C'est ce sens que lui donnent Nahmanide, 
Sforno, Elie Wilna, Luzzatto. Ainsi Nahmanide, après avoir cité 
les explications traditionnelles, ajoute : iriT n^avi ûk vian bT\ 
TDari rrna "o ^prta b* dnid *im "fb. (t Selon moi : si tu agis bien, 
tu auras la supériorité sur ton frère, car tu es l'aîné. » En réunis- 
sant donc ce verset au verset qui précède immédiatement mn rtttb 
*p;D ibDi ï-ittbT *jb, il faut traduire ainsi : « Pourquoi es-tu irrité et 
pourquoi es-tu attristé? (Est-ce parce que tu t'imagines que ton 
frère plus jeune veut empiéter sur ton droit d'aînesse?) Situ agis 
bien, tu auras la supériorité, et si tu n'agis pas bien, le péché 
campe à la porte », c'est-à-dire tu tomberas de plus en plus bas, 
même si tu es l'aîné. 

Notre explication écarte les difficultés et rend toute l'histoire 
claire et compréhensible. La colère de Caïn (verset 5 b) a son 
origine dans la rivalité de son frère (v. 4 a) ; comme il a montré de 
l'irritation, Dieu a rejeté son offrande (v. 5 a), l'avertissant que sa 
situation dans le monde dépendra uniquement de sa conduite (v. 7). 
Mais cet avertissement n'eut aucune influence sur l'esprit irrité de 
Caïn, et, comme des pensées coupables conduisent à des actes 
criminels, il finit par tuer son frère (v. 8) et devenir errant et 
fugitif. 

Il résulte de ce qui précède que notre texte (v. 3-7) doit être 
traduit ainsi : « Dans le cours du temps, il arriva que Caïn apporta 
des produits de la terre comme offrande à Dieu. Abel, lui aussi, 

1 Arnheim (éd. Zunz) et Fùrst, tout en s'écartant de la lettre de l'interprétation 
targoumo-midraschique, en conservent l'esprit. Ils traduisent ainsi : UN fctbïl 
DNU3 D^a^n : « N'eu est-il pas ainsi ? Tu offres de beaux présents ou tu n'en offres 
pas. • Mais nous objecterons à cette traduction qu'elle suppose une ellipse assez grave, 
l'omission du mot 71113)3. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

apporta des premiers nés de son troupeau et des meilleurs. Le 
Seigneur agréa Abel et son offrande, mais il n'agréa pas Caïn et 
son offrande, parce que Caïn était en colère et que son visage était 
abattu. Le Seigneur dit à Gain : Pourquoi es-tu en colère et pour- 
quoi ton visage est-il abattu ? Certes l si tu agis bien, tu auras 
la supériorité ! et si tu n'agis pas bien, le péché campe à la 
porte. » 

Wilmington, N. C, juin 1899. 

S. Mendelsohn. 



UN PASSAGE DIFFICILE DU YALKOUT 



Dans le Yalkout, sur Ps., xc, 1, il est dit : îca TOTob fibDn 
nbJffiD nnN na*i ...tt)">N ?>i?:b D*pb« D&n D^pb** ï-irob c^n dn D^pb^n 
r-ibi* Va ïto» isbrop a-<o ^iTaip nrj Nrpstta î-tto «^i anprj nbyrob 
u:n vmvjroi m "ib-oia r-fan br*N. 

Que signifie '*D*i rrbn* Va ïttBE ^sbttp n-»o "nttTp ? 

M. Lôw, dans l'ouvrage de M. Krauss, s. v. pn*oiD, veut changer 
Y ? a ïiiD» ■'cb^p a**D "nroip aa i^atia ïifc en D^pa^o "nroip arj pam n» 
ïiiBOT iab et traduit : « Qu'est-ce qu'une mèche allumée en face de 
chandelles? Parce que Moïse descendit comme mortel, etc. ». Mo- 
dification et traduction ont le tort de ne pas bien rendre fc p2fc"ià, 
qui ne signifie pas « mèche allumée », mais primitivement « ci- 
trouille » et ensuite « luminaire »; cf. Sanh., 14 a : Bmwi k*j*>SFO, 
termes dont les dames du palais impérial saluèrent R. Abbahou 
et qui signifiaient « lumière éclairante » ; Ber. r., 85 : ÊC5FO 
annan « la lumière de la ville », allusion au sens de yw. 

Au lieu de ^Dbïïp rro, il faut donc lire : *>*i*o*ip aa "pim tt?o 
ossb^op, « qu'est-ce qu'une (simple) lumière en (ace d'un phare? 
Moïse, le mortel, monte vers Dieu, qui est tout en feu et dont tous 
les serviteurs sont de feu. » (ps nb*DT» ïY'apn bsa* iibw Va rrcJ» 
œa* *pmiZ5*o*i). Moïse est la lumière en face de Dieu et de ses anges, 
qui ne sont que du feu; Dieu et ses anges sont comparés à des 
phares, en présence desquels Moïse est une simple lumière. 

De même, dans Ps. rabba, sur Ps., xc, 5, il faut corriger : n» 
'•Dl Y'a ï-tcj» *»*i53*>p aa pa»*»o na pa*ro -nronp ara i^ia en : nu -pria n*a 
on WToai 125N *ib*oiD ïY'aps bira* nVi* *i"a rratt aosb^Dp *»*fla*ip. 

La façon de lire et de traduire de M. Lôw est viciée par le sens 



NOTES ET MÉLANGES 133 

donné à 'pam et parce qu'il méconnaît le terme de comparaison, 
l'opposition de « lumière » avec le feu de Dieu et des anges. Dans 
la phrase œn vmtBwn m ibiDu: rY'ni-j, il faut oaDib^op en face de 
1^13. Il est évident que l'Aggadiste n'a pas pu comparer Dieu à 
une chandelle. Moïse « le mortel » est une (simple) lumière ; Dieu 
et ses anges sont des phares, anb m. 

J. Furst. 



POÉSIES DE MOÏSE HAYYIM LUZZATTO 

POUR FÉLICITER SES AMIS PROMUS DOCTEURS EN MÉDECINE 
ET EN PHILOSOPHIE 



Parmi les hommages qu'on adressait à un Juif qui avait obtenu 
le diplôme de docteur en philosophie et en médecine à l'Université 
de Padoue, l'usage s'était établi qu'un poète ami le félicitât en vers 
hébreux. C'était habituellement un sonnet, que les imprimeries de 
Padoue ou de Venise publiaient sous forme de feuilles détachées 
ornées de dessins et de festons. On s'est peu occupé jusqu'ici de 
la bibliographie de ces feuilles, qui jetterait un jour intéressant 
sur la culture des Juifs dans ces derniers siècles. 

Beaucoup de noms de ces poètes nous échappent, parce que, 
selon la mode italienne, ils se cachent sous des abréviations que 
savaient déchiffrer les contemporains, mais qui pour nous sont 
devenues des énigmes. A en juger par les noms qui nous sont 
donnés en entier, les plus notables pratiquaient cette habitude 
d'adresser des vers. Ainsi Yesaya Bassan composa une poésie 
hébraïque à l'occasion de l'examen 1 de médecine et de philosophie 
passé le 14 août 1716 à Padoue par Zebouloun, fils du médecin 
et homme d'État Israël Conegliano. Abraham Baruch Piperno 
a fait entrer cette pièce dans son recueil de poésies italiennes- 
hébraïques *. 

Comme ces poésies n'étaient que des pièces de circonstance, 
leur date n'est pas indiquée. Or, elles ne présentent de valeur qu'à 

1 Cf. Kaufmann, Dr. Israël Conegliano, p. 99, note 1 et IX. 

1 3;? bip, 9 a. 



131 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la condition de pouvoir être rapportées à leur date exacte. Ainsi, à 
côté de la poésie sur Zebouloun Gonegliano, j'ai pu déterminer et 
utiliser d'autres de ces compositions, comme, par exemple, celles 
qui se rapportent à Salomon Gonegliano ' et au médecin franc- 
fortois Benjamin Wolf Buschbaum 2 . 

A l'exemple de Yesaya Bassan, son grand disciple Moïse Hayyim 
Luzzato fait partie de ces poètes qui célèbrent les succès univer- 
sitaires de leurs amis. Les feuilles détachées sur lesquelles ont 
paru ses poésies sont très rares. Elles ne nous renseigneraient 
pas, d'ailleurs, sur leur âge, vu qu'elles ne portent aucune date. 
Ce n'est que par les immatriculations de l'Université de Padoue 
que j'ai pu marquer chronologiquement l'ordre de ces poésies et 
apporter quelques nouveaux éclaircissements pour la biographie 
si obscure de ce grand poète. 

De très bonne heure, il se met à composer des pièces de ce 
genre. Les étudiants venus à Padoue des pays les plus éloignés 
recherchent l'amitié de Luzzatto, encore tout jeune. Il a seize ans 
à peine, quand il dédie un sonnet à Élie, fils de Samuel da Con- 
sigli 3 de Rovigo, qui, le 26 ar ut 1723, est promu docteur en phi- 
losophie et en médecine. 

Le 23 octobre 1724, son ami Emmanuel, fils de Raphaël Calvo 
de Livourne 4 , passe son doctorat. Emmanuel, qui lui-même culti- 
vait la poésie hébraïque, a dû reconnaître de bonne heure le talent 
de son ami, avec qui il resta toujours étroitement lié. La poésie que 
Luzzatto composa à l'occasion du succès d'Emmanuel est un té- 
moignage de leur amitié. 

La pièce où Luzzatto compare à l'échelle de Jacob les échelons 
de la connaissance franchis par un de ses amis, était probable- 
ment adressée à Jacob, fils de Moïse Alpron de Rome 5 , qui avait 
obtenu le diplôme de docteur le 20 août 1727. 

Un sonnet demeuré inconnu jusqu'ici est celui que Luzzatto 
écrivit le 10 octobre 1727, lors du succès d'Élie Cesana de Gorfou. 

De l'année où le malheur commença pour Luzzatto date la poésie 
où il a célébré la promotion de Salomon, fils d'isaac Lampronti, de 
Rome (5 mars 1734). 

Le sonnet à neuf syllabes sur Élie da Gonsigli, qui est une des 



1 Voir Dr. Israël Conegliano, p. 7, note 3 et II. 

» Mcnatssckrift, XLI, 133. 

3 Cf. Almanzi, "ifati Û"0, III, 144, note 61, et Carmoly, Hist. des médecins juifs, 
p. 241. 

* Almanzi, l. c, 117, note 60, 143, et Carmoly, l. c, 241etsuiv. 

5 II y a un autre Jacob Alpron, fils d'Aron Alpron, de Zante, qui passe son doctorat 
à Padoue le 18 mai 1734. 



NOTES ET MÉLANGES 13B 

premières productions de Moïse Hayyim Luzzatto, décèle déjà les 
qualités de premier ordre qu'on constate dans ses œuvres de l'âge 
mûr. La langue est élégante et pure de toute emphase ; le poète 
se joue des difficultés de l'hébreu. « L'enseignement prodigué 
à des intelligences bornées ressemble à l'action d'ensemencer un 
terrain pierreux, qui use les instruments avec lesquels on le tra- 
vaille, sans donner de moisson ; mais l'esprit de Gonsigli est comme 
un jardin où poussent et se pressent les fleurs de la connaissance. 
C'est pourquoi, au jour de son succès, les splendides manteaux de 
la philosophie et de la médecine le drapent et les sciences se ré- 
jouissent de lui ceindre le front d'une couronne de lauriers. » 

Luzzatto s'élève au plus beau ton lyrique dans son sonnet à Élie 
Cesana. « De tout temps, les sages ont montré que l'homme est la 
proie de la mort et que c'est un vain effort de vouloir attribuer la 
vie au mortel. Décevantes sont toutes les sources de notre sagesse, 
chaque pas que nous faisons pour mieux savoir glisse dans le vide 
et se perd dans la nuit. Pour Élie Cesana seul la loi de la nature 
semble avoir fait exception. Quand, pareil au prophète dont il 
porte le nom, il prend l'essor vers les régions de l'inconnu, l'im- 
pénétrable s'ouvre à ses yeux et il scrute les profondeurs les plus 
secrètes, et, pareil à Élie, il ressuscite des morts, se rend maître 
des maladies, sans avoir besoin de les longuement soigner ». 

David Kaufmann. 



APPENDICE 



I 



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136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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ain taiaba nnbfifâ hr 15 

la» t=i72ii?3a ipab wan 

*l^9 niv ï^tbDii bb^a 

aip innb r-ram abb «51» m 

— ara nsii t^b s-nrp n^ p 



ab unta aniN 
.iBN^ib &nn siibe 



1 Sanhédrin, Ma. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

3 e TRIMESTRE 1899. 

{Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre, 
mais de V auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



\. Ouvrages hébreux. 

Û*»blî)W* Ï1513 '0 Homélies et oraisons funèbres de Samuel Mohilewer et 
de Hildesheimer, par Hayyim Ouri Kahan. Wilna, impr. Metz, 1899; 
in-8° de 40 p. 

D^ïlbN r\y~l Histoire de la théologie juive, par Simon Bernfeld. Varsovie, 
Société' Ahiasaf, 1897-1899; in-8° de 609 -f- xx p. 

"pbin Tia^b "p"! Noies et documents sur l'histoire de la colonisation juive 
en Palestine, par Moïse Leb Lilienblum. Varsovie, Société' Ahiasaf, 1899; 
in-8° de 162 p. 

Q" , ?35^3Ï1 t*DT Novelles sur la Bible, par Moïse Galante, éd. par Moïse Stern- 
berg. Podgorze, impr. Deutscher, 1898; in-4° de 30 p. 

pn^ 3HT Commentaire sur le Akèdat Yishak d'Isaac Arama, par Ephraïm 
Isaac Preskel. Wilna, impr. Metz, 1899; in-4° de 79 p. 

p^ïTtt "'UJ'H^n Novelles sur le Semag, Hilkhot Pésah, par Joseph Co- 
lon, e'd. par P. Z. Schwartz. Munkacs, impr. Kohn et Klein, 1899; in-8° 
de 20 ff. 

TD1 WM ÏÏ3"»1î3 Midrasch Echa Rabbathi. Sammlung agadischer Aus- 
legungen der Klagelieder herausgegeben nach einer Handschrift aus der 
Bibliothek zu Rom Cod. J. I, 4, und einer Handschrift des British Mu- 
séum Cod. 27089, kritisch bearbeitet, commeatirt und mit einer Ein- 
leitung versehen von Salomon Buber in Lemberg. Wilna, Romm, 
1899 ; in-8°. 

C'est une bonne fortune pour nou9 chaque fois que M. Salomon Buber, 
ce chercheur infatigable, met au jour quelque trésor caché de la littérature 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

agadique. Aujourd'hui ce savant nous présente un midrasch sur les Lamen- 
tations, lequel porte le nom de Midrasch Echa Rabbati, pour se distinguer 
d'un midrasch plus court, le Midrasch Echa. Eu tête du véritable Midrasch 
Echa se trouvent trente-six Petihôt (conformément à la valeur numérique 
du mot H^N), qui sont de date beaucoup plus récente et qui sont tirées du 
Midrasch Echa, de la Pesikta, de Kohélet Habba, du Sifra et du Sifré, ainsi 
que M. B. nous le démontre minutieusement. — M. B. dérive avec raison le 
terme de « Petihôt » de ce fait que chacune des trente-six sections débute 
par ces mots : HriD "^"ibD "QT « Rabbi un tel commença son homélie ». — 
Suivant notre auteur, le véritable Midrasch Echa aurait été rédigé en Pa- 
lestine après le Talmud de Jérusalem, au iv ô siècle de l'ère chrétienne. Le 
rédacteur de ce Midrasch n'a pas connaissance du Talmud de Babylone, et 
il utilise la Mischna, la Tosetta, la Mechilta, le Sifra, le Sifré et le Talmud 
de Jérusalem. — Quelques observations de détail : A la Petiha 10, M. B. cor- 
rige justement N^îl^^rt en N"^"l?2")n. — A la Pet. o, dans la phrase n^"S233 
!"î"lK by D^obp TlbBHlB, il faut lire dW^bp au lieu de Û"Obp, 
comme Sachs a corrigé, I, 162 : x),yjpoi « sort ». — A la Pet. 12, le mot NlpT 
de N^pin rWltfS b^y ttb ÎO?2T Tttn b3 doit se traduire « l'aifligé, 
l'attristé ». « Celui qui entonne uu chant ne produit aucun effet sur l'oreille 
de l'affligé. » La Peschito traduit, Gen., xxnr, 2, ÏTTIZ3 iDOb par 1*Ip")7ab 
ÏTlD by, et, ibnl., l, 10, elle rend bVtt "JDD73 D\D -fïDD"n par "HpiÊn 
ttrQ") Nn11p"l?2 *J73n. Le mot ip-j a pris en syriaque le sens de « por- 
ter le deuil ». — A la Pet. 26, M. B. remarque que, dans la phrase rP"1p 
"ïblD ■pL^p-lDpb Tfl rrniN TOJffi, Moussalia explique •prj^pIDp par 
rTSn?3T b^m tt3£. A sa suite, il a pensé, comme aussi Levy, Kohut et 
Krauss, à è^épxexo;, exercitus. Cela ne peut pas être exact, car l'M n'aurait 
pas manque en tête; et puis ce serait matériellement faux, vu que David 
n'avait pas destiné Jérusalem à son armée. C'est le mot xa'.sapoxoiTi'ov 
« cour royale » : David avait fait de Jérusalem la. résidence delà cour royale. 
Dans Schir Haschir. R., s. v. 0^3 PT^^n, il y a iblD "pa^p-lStp br> bî33 
1^*733^1 « il prit toute sa cour (c'est-à-dire toutes les personnes de sa cour) 
et tous ses serviteurs ». Là non plus le contexte n'admet pas le sens (^exer- 
citus. — Au chap. 4 du Midr. Echa, ces mots du texte pj"p "p'iîb pa'T 
sont suivis de cette phrase : TTQj* nnK D3>D Û 13^73 Ï1N3 D^ïïn n?3K 
tTID^nm D'HpIDrt. il faut lire D^Hp-'OÏT u les sicaires », et non pas, 
comme fait M. B., D^pTlDîl « les Sarrasins ». En même temps qu'ils brû- 
lèrent les provisions de froment, les sicaires rompirent les conduites d'eau 
qui partaieut de la source d'Etham. — "pT^O ne vient pas de aupeiv « traî- 
ner », mais de aàpov « ordure ». « Ils disaient : N73Ù3 YTIO ; R- Abbin 
dit : T"HO est grec et signifie : ordure ; donc N73Û3 1T10 * ordure, impu- 
reté ». — /. Fiirst. 

U3D3^ nflfattî Livre de morale en jude'o-allemand, éd. par J. Krausz. 
2° partie. Pacs, impr. Rosenbaum, 1899; in-8° de 85 ff. 

Ù^bïin 'o Les Psaumes avec le commentaire apy* 1 rO"D, par Jacob Heil- 
pern. Lemberg, impr Rohatyn, 1899 ; in-8° de 60 ff. 

Ûrraîl W2 l^y-nn mjnfcb D^nïTI !TïinH 'O Traduction hébraïque de 
l'ouvrage de M. Gùdemann, Geschichte des Erziehungsivesens u. der Cultur 
der abendlàndischen Juden wàhrend des Mittelatters, par A. S. Friedberg. 
3 e partie (correspondant à Geschichte. . . der Juden in Deutschland wàhrend 
des XIV. und XV. Jahrhunderts) . Varsovie, Socie'té Ahiasaf, 1899; in-8° 
de xii + 261 p. 

Comme le précédent volume, celui-ci a été revu et augmenté par l'auteur, 
qui a ajouté à la (in divers textes empruntés à ses Quellenschriften zur Ge- 
schichte des TJnterrichts u. der Erziehung bei den detttschen Juden. La tra- 
duction es(. excellente et se lit avec le plus grand plaisir. Il faut féliciter la 



BIBLIOGRAPHIE 139 

Société Ahiasaf d'avoir fait entrer cet intéressant ouvrage dans sa bibliothèque 
de vulgarisation hébraïque. 

"^lESTin « Tachkemoni » Jehuda Alcharisi's Makamen. Kritische Ausgabe 
nach zwei Mss. des Brilish Muséum in London, nebst literarhistorischen 
Erlâuterungen und einer biographischen Einleitung, von A. Kaminka. 
Varsovie, Société Ahiasaf, 1895-1899; in-16 de 538 + lx p. (6 e partie de 
bfcHUP "IKIR, collection de poésies he'bra'iques). 

Ce sont des bijoux typographiques que ces petites éditions des poètes du 
moyen âge. Format, netteté et beauté des caractères, perfection de l'impres- 
sion, tout s'accorde à rendre plus attrayante la lecture, de ces productions 
de l'imagination juive. On sait le charme qui se dégage, en particulier, de 
cette imitation de Hariri. Il faut louer M. Kaminka de n'avoir pas chargé de 
notes ces pages étinceiantes d'esprit, qui prouvent bien, comme le voulait 
l'auteur, que l'hébreu se plie aisément à tous les usages. L'introduction 
placée à la fin du volume et l'index sont faits avec le plus grand soin. Peut- 
être M. Kaminka exagère-t-il en disant que Harizi est le premier auteur 
qui ait écrit de nouveau en prose biblique. 



t. Ouvrages en langues modernes. 

Abrahams (I.). Cbapters on Jewish literature; tbey open with the fall of 
Jérusalem in the year 70 of the current era, and end with the death of 
Moses Mendelssohn in 1*786. Philadelphie, Jewish public. Society of 
America, 1899 ; in-12 de 275 p. 

Adler (Rev. D v ). The Norlh London pulpit. A spécial séries of sermons 
delivered at the North London Synagogue. N° 10 ■ Religious versus poli- 
tical Zionism. Londres, Alfred J. Isaacs, 1898 ; 18 p. 

Appel (M.). Predigt bei dem Gottesdienst zur Erôffnung der zweiten ordent- 
lichen Tagung der israel. Landessynode des Grossherzogtums Baden. 
Carlsruhe, impr. Malsch et Vogel, 1898 ; 10 p. 

Bâcher (Wilhelm). Die àlteste Terminologie derjûdischen Schriftauslegung. 

Ein Wôrterbuch der bibelexegetischen Kunstsprache der Tannaiten. 

Leipzig, Hinrichs, 1899 ; gr. in-8° de vin + 207 p. 

M. Bâcher ne nous laisse pas le temps de souffler. A peine avons-nous 
annoncé le dernier volume de son Agada der Amorâer (voir Revue, 
t. XXXVIII, p. 286), qu'il nous faut maintenant signaler à l'admiration du 
lecteur un nouvel ouvrage, non moins utile, du même auteur. C'est un dic- 
tionnaire de tous les termes techniques employés dans l'interprétation du 
texte biblique par les plus anciens commentateurs juifs, à savoir les Tan- 
naïm. Ces termes se rencontrent surtout dans les Midraschim halachiques, 
la Mechilta, le Sifra et le Sifré. L'explication qui en est donnée est corro- 
borée par des citations nombreuses et bien choisies. En particulier, M. B. 
mérite nos félicitations pour son soin à toter les ditlérences de phraséologie 
des deux écoles de ces interprètes, celles d'Ismaël et d'Akiba. Est-il néces- 
saire d'ajouter que la science grammaticale et talmudique de léminent pro- 
fesseur de Budapest fait de chaque article une petite monographie parfaite 
de tout point ? Cet ouvrage sera un instrument de travail nécessaire à tous 
les étudiants et même aux talmudistes de profession. Nous espérons bien que 
ce n'est là que le commencement d'une série. 

Ball (C.-J.). Light from the east, or witness of the monuments : ah in- 
troduction to study of biblical archaeology. Londres, Eyre, 1899 ; in-4* 
de 314 p. 



l/iO HEVUE DES ETUDES JUIVES 

Basset (René). Les Apocryphes e'thiopiens, trad. en français. IX. Apo- 
calypse d'Esdras. Paris, Bibliothèque de la haute science, 1899 ; in-8° 
de 139 p. 

Si, comme nous en exprimions le regret dernièrement, il nous faut déplo- 
rer le manque d'une traduction française des Apocryphes et pseudépi- 
graphes bibliques, par contre, grâce à M. René Basset, nous pouvons nous 
féliciter de posséder maintenant une collection, excellemment faite, des Apo- 
cryphes rédigés en éthiopien. De ces ouvrages, beaucoup ne nous inté- 
ressent pas directement, car ils sont chrétiens; mais plusieurs autres sont 
d'origine juive, certains même sont les seuls vestiges d'écrits juifs qui se 
sont perdus, tels que le livre d'Enoch, le livre des Jubilés, l'Ascension 
d'isaïe. Dé ceux-ci, M. Basset n'a encore publié que la traduction de l'As- 
cension d'isaïe, mais il nous promet pour bientôt le complément. Aux écrits 
qui sout l'œuvre de Juifs, mais qui nous ont été conservés en d'autres 
langues, appartiennent le Livre de Baruch, "dont la version française ouvre 
la collection, et le 4 8 livre d'Esdras, dont la traduction vient de paraître. 11 
est heureux qu'une telle entreprise ait été confiée à un savant comme 
M. Basset, car ce n'est pas seulement un éthiopisant distingué qui a déjà 
fait ses preuves par diverses publications de textes geez, mais c'est encore 
un érudit très avisé, au courant de la littérature, comme on dit en Alle- 
magne, familarisé avec les exigences de la science moderne. On pourra 
s'en rendre compte dans l'introduction du présent fascicule, qui constitue 
une substantielle monograplue du sujet. M. B. commence par passer en 
revue les différentes versions de l'original, écrit en langue grecque, d'après 
lui : syriaque, éthiopienne, arabes (au nombre de deux), arméniennes (l'une 
d'après le grec, l'autre d'après le latin), enfin latine (deux groupes de mss.. 
espagnol et français). Il passe ensuite à Fexamen de l'unité de composition du 
livre. Avec raison, il rejette l'hypothèse de Kabisch, adoptée par M. de Faye, 
qui y retrouve plusieurs morceaux indépendants, d'âges divers. Puis, après 
une analyse très sobre, il rapporte les nombreuses opinions émises sur la date 
' de la rédaction et se rallie à celle qui la fixe en Tan 97. C'est aujourd'hui 
l'avis qui semble prévaloir. Ensuite, il traite des additions qui caractérisent la 
version latine et en forment les chap i-ii etxv-xvi. Les premiers ont vu lejour 
enEgypte, ou ne sait quand ; les autres, comme Ta démontré von Gutschmidt, 
ont été écrits après 26fi. Le tout a été traduit en ialiu aorès cette date et 
avant saint Ambroise. Enfin, le dernier paragraphe de l'introduction est 
consacré à l'influence du livre d'Esdras, en particulier sur le Rituel. — 
La traduction suit le texte édité par DiUmann; elle est accompagnée d'un 
commentaire qui signale principalement les variantes du latin, du syriaque et 
de l'arabe; le fond, comme il était naturel, y est peu étudié. Les leçons qui 
distinguent la ^ersion éthiopienne ne sont pas très importantes; elles sout 
imprimées en italiques, pour la commodité du lecteur. Pour que cette édi- 
tion se suffit à elle-même, M. Basset a eu la bonne idée d'y joindre la tra- 
duction des éditions latines. A tous ces titres, il a droit à notre reconnais- 
sance, et nous espérons pouvoir bientôt lui adresser les mêmes éloges, quand 
il nous aura donné le complément de sa collection, que nous attendons avec 
impatience. 

Beitrâge zur Fôrderung christlicher Théologie, hrsgg. von A. Schlatter u. 
H. Cremer. 3. Jahrgang, 1899; 4. Heft. Gûtersloh, Bertelsmann, 1899; 
gr. in-8°. (Contient : Schlatter : Jochanan ben Zakkai, der Zeitgenosse 
der Apostel). 

Bertholet (A.). Die israelitischen Vorstellungen vom Zustand nach dem 
Tod. Vortrag. Fribourg-en-Brisgau, Mohr, 1899; gr. in-8° de 31 p. 

Bible (La), traduite du texte original par les membres du rabbinat français 
sous la direction de M. Zadoc Kahn, grand rabbin. Tome P r (Penta- 



BIBLIOGRAPHIE 141 

leuque-Premiers Prophètes). Paris, Durlacher, 1899; in-8° de vin + 

486 p. 

Nous avons déjà parlé de cette nouvelle traduction française de la Bible 
(t. XXXVIII, p. 306) ; elle comptera parmi les œuvres les plus méritoires du 
rabbinat de France. Elle l'emporte incontestablement sur ses devancières 
par la manière rigoureuse dont le texte a été serré de près, par la qualité 
solide de la langue et l'agrément du style. 

Bible (La) de la jeunesse, traduite de l'hébreu et abrégée par les membres 
du rabbinat français, sous la direction de M. Zadoc Kahn, grand rabbin. 
Tome 1 er (Pentateuque-Premiers Prophètes). Paris Durlacher, 1899; in-8° 
de 405 p. 

C'est la même traduction, mais élaguée en certains chapitres. Les sup- 
pressions ne sont pas nombreuses ; peut-être auraient-elles dû l'être davan- 
tage. 

Brown (B.-H.). The land of Goshen and the Exodus- Londres, Stanford, 
1899 ; in-8° de 86 p. + 2 cartes + 4 planches. 

Bûghler (Ad.). Die Tobiaden u. die Oniaden, voir Jahresbericht (VI). 

Chajes (H. -P.). Proverbia-Studien zu der sogenannten Salomonischen 
Sammlung, c. x-xxn, 16. Berlin, Schwetschke u. Sohn. 1899 ; in-8° de 
vu +46 p. 

Chauvin (Victor). La récension égyptienne des Mille et une Nuits. Bruxelles, 
Office de publicité, 1899; in-8° de 121 p. (Bibliothèque de la Faculté de 
philosophie et lettres de l'Université de Liège. Fascicule VI). 

M. V. Chauvin, professeur a l'Université de Liège, s'est déjà fait avanta- 
geusement connaître par sa Bibliographie des ouvrages arabes. Ce travail 
colossal doit embrasser tous les ouvrages arabes ou relatifs à la langue ou à 
la littérature arabe parus depuis 1810. Le dernier fascicule, consacré à 
Louqmane et les fabulistes, Barlaam, Antar et les romans de chevalerie , est 
une mine de renseignements pour les amateurs de folk-lore. La présente 
étude dont nous allons rendre compte rentre dans le même domaine ; c'est 
un chapitre, ce semble, de la section consacrée aux Mille et une Nuits. 
Quel point de contact olfre-t-elle avec les recherches que nous poursuivons 
dans cette Hevue, c'est ce que va montrer tout de suite l'analyse de cette 
monographie. On a déjà reconnu, dit M. V. Chauvin, que bon nombre des 
récits des Mille et une Nuits ont été composés en Egypte — après le 
triomphe de l'Islam, cela va sans dire. Ils sont l'œuvre, d'après M. Ch., de 
deux auteurs, J'un original et spirituel, l'autre sans talent, qui aurait re- 
manié et peut-être réédité ce recueil. Ce dernier est probablement un Juif 
converti a l'islamisme. Son origine est attestée par les éléments de prove- 
nance juive qui sont enlrés dans sa rédaction, et sa religion par l'ortho- 
doxie musulmane de ses opinions. Or, précisément, il existe dans les Mille 
et une Nuits une collection de dix-huit contes dont le caractère juif est in- 
déniable, comme l'a montré déjà feu J. Perles (Monatsschrift, 18"3). C'est 
ce Juif converti qui a introduit ce petit recueil, qui forme bloc, dans la 
grande collection. D'autre part, certains contes, comme celui de Djamasp 
et la reine des serpents, qui comprend celui de Djanchah et de Beloukia, 
sont sortis d'une plume juive : Beloukia est un roi israélite, il y est ques- 
tion d'un Berachia, d'Adam, de Salomon et de Jérusalem; on y mentionne 
la tradition du ileuve sabbatique, auprès duquel s'élève une ville juive ; un 
Arabe y rend visite à Harout et Marout (Gog et Magog) sous la conduite 
d'une Juive, etc. Ces contes sont de la même main. On y remarque un 
grossissement fatigant des faits, la reprise fréquente des mêmes épisodes, 
l'abus du merveilleux. Voilà qui va permettre de reconnaître la griffe de 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

noire rédacteur dans d'autres contes, qui n'ont rien de juif. On découvrira 
particulièrement qu il a repris à sa manière des histoires dues au premier 
conteur égyptien. Son travail est donc celui d'un éditeur, et il faut lui attri- 
buer la recension égyptienne des Mille et une Nuits. — Quant aux 
contes juifs qui composent la petite collection dont nous avons parlé, ils 
sont extraits d'un livre de Wahb ibn Mounabbih (il en sera question plus 
loin), qui ne peut être que les Choses d'Israël, ouvrage destiné à prouver 
que la rétribution divine s'exerce déjà ici-bas. Wahb l'a écrit sur le modèle 
du Hibbour Maasiot. « Ce livre juif, dit M. C., a certainement été populaire 
chez les Israélites et, contrairement à ce que pense M. Lévi. il doit avoir 
des racines dans la littérature talmudique ; du moins, plusieurs citations que 
nous donnons des contes du livre des Choses d'Israël nous semblent 
le prouver. Quant à la date du livre juif, nous la croyons très ancienne. 11 
nous semble permis de penser qu'il était connu des Juifs qui vivaient autour 
de Mahomet et qui y auront puisé certaines historiettes dont on retrouve la 
trace dans le Coran. » — Maintenant quel est cet auteur juif de la recen- 
sion égyptienne? Pour répondre à cette question, il faut remarquer, dit 
M. C, qu'il y a eu peu de Juifs qui ont pris le turban, d'autre part, que 
les Juifs ont toujours témoigné peu de goût pour les Mille et une Nuits. 
Or, il existe une œuvre juive, l'Histoire du Jérusalemite, attribuée au fils de 
Maïmonide, qui est traitée tout à fait à la manière des contes des Mille et 
une Nuits : voilà notre auteur trouvé. M. C. ajoute qu'il ne se dissimule 
pas le caractère conjectural de ses conclusions ; cet aveu arrête les objec- 
tions que soulève cet échafaudage d'hypothèses. Mais puisque M. C. nous 
a fait l'honneur de nous citer, pour nous contredire, nous prendrons la li- 
berté de l'informer de l'erreur dans laquelle il est tombé eu ce qui concerne 
le Hibbour Maasiot. Ce livre, contrairement à ce que suppose M. C, qui 
n'a pu le lire, puisqu'il n'a jamais été traduit, est un recueil factice de 
contes et d'anecdotes de toute espèce, qui circulaient isolément ou par petits 
groupes. C est ainsi que dans les mss. on en rencontre lantôt un, tantôt plu- 
sieurs. Ils sont entrés par parties dans diverses collections factices de Maa- 
siot, tels le ms. d'Oxford que nous avons analysé ici [Revue, XXXIII, 
p. 47), celui du Vatican, n° 285 ; tel encore celui qu'a édité M. Gaster 
[Revue, XXXIV, p. 153). Un livre intitulé Hibbour Maasiot, la littéra- 
ture n'en connaît pas avant l'imprimerie ; c'est un éditeur qui, utilisant 
un ms. où se trouvait justement cette collection factice, s'est avisé de 
donner ce nom à cette collection. Il ne faut donc pas dire que ce livre 
était populaire chez les Israélites, ni qu'il était connu des Juifs qui vivaient 
autour de Mahomet; certains morceaux qui le composent actuellement 
l'étaient peut-être en ces temps reculés, voilà tout ce qu'il est possible de 
conjecturer. Le caractère factice du recueil expliquera la confusion commise 
par M. C. à propos des cinq contes du Hibbour Maasiot que nous avons 
publiés dans Mélusine. « Le livre, dit M. C, doit avoir des racines dans la 
littérature talmudique. » En effet, dans ce livre figurent, par exemple, l'his- 
toire d'Alexandre et du roi de Cassia, de Salomon et Asmodée, de David et 
Isbi Benob. Ayant justement consacré une étude à chacune de ces légendes, 
nous n'étions pas sans savoir que diverses parties du Hibbour Maasiot ont 
leurs racines dans le Talmud. Ce que nous avons publié dans Mélusine, 
c'est un extrait de ce recueil ; et, en présentant ces cinq contes aux lecteurs, 
nous faisions appel à leurs lumières, avouant n'en avoir pas trouvé trace 
dans le Talmud ni le Midrasch. Cet appel lancé il y a près de quinze ans 
est resté sans réponse. M. René Basset a publié depuis dans la Revue des 
Traditions populaires, XIII, p. 222, un texte de Kazwini qui est identique à 
l'un de ces contes. Kazwini dit qu'il provient des Histoires des Israélites, 
c'est-à-dire de Wahb. Cela prouve seulement que ce conte, et non pas né- 
cessairement les autres, était connu déjà au vni e siècle. — Les Appendices du 
travail de M. C. en sont, à nos yeux, la partie la plus instructive. L'auteur a 
réuni tout ce qu'on peut savoir sur ce Wahb ibn Mounabbih. C'était le des- 
cendant d'un officier perse établi dans le Yémen; il vit le jour dans cette 



BIBLIOGRAPHIE 1*3 

province au vn e siècle et mourut âgé de 90 ans vers 728. Son père, qui 
était Juif, avait embrassé l'Islam du temps de Mahomet; d'après un au- 
teur, il serait né lui-même dans le Judaïsme. Ce fut un écrivain très fé- 
cond; on lui doit en particulier une Histoire des Prophètes dont il reste 
des fragments, el qui, comme on le sait, raconte la vie des patriarches en se 
servant des broderies du Midrasch. Son livre des Choses d'Israël était un 
recueil d'anecdotes, de contes et de légendes. M. C. essaie de le recons- 
tituer à l'aide des ouvrages qui le citent ou paraissent l'utiliser. Une 
catégorie de ces contes est formée de la petite collection des Mille et une 
Nuits, la deuxième comprend ceux que les auteurs arabes attribuent for- 
mellement à Wahb, enfin une troisième peut être rapportée à cet écrivain 
à cause de leur caractère juif. Chacun de ces contes est résumé et accom- 
pagné d'une notice littéraire où sont indiqués avec soin les références. Nous 
sommes étonné que M. C-, toujours si bien informé, à propos du serment 
éludé (le bâton creux) n'ait pas indiqué la source, qui se trouve dans le 
Taimud. Ensuite, M. C. reproduit les cinq contes du Hibbour Maasiot que 
nous avions publiés dans Mélusine. Enfin, il recherche quel est l'auteur 
du préambule du roman d'Antar. Comme ces pages contiennent l'histoire 
d'Abraham et celle du chameau borgne, qui sont d'origine juive, il en con- 
clut qu'elles sont également l'œuvre du pseudo-Maimonide. Toutes ces con- 
jectures sont évidemment risquées, mais elles méritent l'attention, et c'est à 
ce titre que nous les recommandons aux savants juifs. 

Cheyne (M.-A-). Das religiôse Leben der Juden nach dem Exil Deutsch 
von H. Stocks. Giessen, J. Ricker, 1899 ; gr. in-8° de xn -f- 264 p. 

Cheyne (M.-A.). The book of the prophet Isaiah. Critical édition of the 
Hebrew text, arranged in chronological order and printed in colors, ex- 
hibiting the composite structure of the book; with notes. Leipzig, Hin- 
richs, 1899 ; gr. in-8° de 206 p. (The sacred books of the Old Testa- 
ment... uuder the editorial direction of P. Haupt). 

Dictionary of the Bible, dealing with its language, literature and con- 
tents; éd. by. J. Hastings. Vol. 2. Feing-Kinsman. Edimbourg, Clark, 
1899 ; in-8° de 886 p. 

Dôller (J ). Rhythmus, Metrik und Strophik in der biblisch-hebràischen 
Poésie, systematisch dargestelitl. Paderborn, F. Schôningh, 1899; gr. 
in-8° de vu + 100 p. 

Durieu (Louis). Le prolétariat juif en Algérie. Paris, libr. de la Revue so- 
cialiste, 1899; gr. in-8° de 23 p. (Extrait du n° 113 de la Revue so- 
cialiste). 

Feuchtwang (David). Kanzelreden. I. Teil. Francfort. J. Kauffmann, 1899; 
in-8" de 218 p. 

Floekner (C). Ueber den Cbarakter deralttestamentlichen Poésie. Beuthen, 
Haenel, 1898; in-4° de 23 p. 

Fluegel (Mauricej. The Zend-Avesta and eastern religions. Comparative 
législations, doctrines and rites of Parseism, Brahmanism and Bud- 
dhism; bearing upon Bible. Taimud, Gospel, Koran, their Messiah- 
ideals and social problems. Baltimore, H. Fluegel, 1898; in-8° de 224 p. 

Gaster (M.). The Chronicles of Jerahmeel, or the hebrew Bible histori- 
ale, being a collection of apocryphal and pseudo-epigraphical books 
dealing with the history of the world from the création to the death of 



144 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Judas Maccabeus, translatée!, together with an introduction, critical 
notes, a full index and five facsimiles. Londres, Royal asiâtic Society, 
1899 ; in-8° de cxn + 341 p. (Oriental translation Fund, new séries, IV). 
Mériterait un compte rendu détaillé. 

Gesenius (W.). Hebrâisches und aramâisches Handwôrterbuch ùber das 
Alte Testament- In Verbindung mit Proff. Albert Socin und H. Zimmern 
bearbèitet von Prof. D r Frants Buhl. 13. Auflage. Leipzig, Vogel, 1899; 
gr. in-8° de xn + 1030 p. 

Gibson (E.-G.-S.). The book of Job, with introduction and notes. New- 
York, The Macmillan G , 1899 ; in-8° de xxx +236 p. 

Haguenauer (P.). Les Soubbotniky, ou une secte judaïsante de Russie. 
Epinal, impr. Klein, 1899; in-8° de 17 p. 

Hoonacker (A. van). Le sacerdoce le'vitique dans la loi et dans l'histoire 
des Hébreux. Louvain, Istas, 1899 ; gr. in-8° dex-f 465 p. 

Jahrbuch fur jùdische Geschichte und Literatur, hrsgg. vom Verbande der 
Vereine fur jùdische Geschichte u. Lileratur in Deutschland. II. Band. 
Berlin, Albert Katz, 1899; in-8° de 265 p. 
Table des matières : 

Martin Philippson : Jahresrûckblick ; 

Gustav Karpeles : Literarische Jahresrevue; 

H. Steinthal : Die Idée der Weltschôpfung; 

Wilhelm Bâcher : Drei Bibelûberselzungen (celles des LXX, de Saadia 
et de Mendelssohn) ; 

Martin Schreiner : Was lehrten die Pharisâer ? 

A. Sulzbach : Die Romulussage im Talmud und Midrasch ; 

Adolf' Schwarz : Die Hochschulen in Palâstiua und Babylon ; 

A. Harkavy : AnaD, der Slifter der Karâischen Secte; 

D. Kaufraann : R. Naltali Cohen im Kampfe gegen Chajjun (paru 
d'abord dans uotre Revue) ; 

M. Brann : Aus Salomon Munk's nachgelassenen Briefen ; 

H. York-Steiner : Maskir, novelle ; 

J. Lowenberg : Die schwarze Hiwke. 

Mittheilungen aus dem Verband der Vereine fiir jùdische Geschichte und 
Literatur in Deutschland. 

Jahresbericht (VI ) der israelitisch-theologischen Lehranstalt in Wien fur 
das Schuljahr 1898-1899. Vorangeht : Die Tobiaden u. die Oniaden im 
IL Makkabâerbuche u. in der verwandten jùdisch-hellenistichen Lit- 
teratur. Unlersuchung zur Geschichte der Juden von 220-160 u. zur jù- 
disch-hellenistichen Litteratur, von Prof. D r Adolf Bùchler. Vienne, Ver- 
lag der israel.-theol. Lehranstalt, 1899 ; in-8° de 232 p. 

M. Théodore Reinach rendra compte prochainement de cette importante 
étude. 

Kent (C.-F.). A history of the Jewish people during the Babylonian, Per- 
sian and Greek periods. New-York, Scribner's sons, 1899; in-12 de xx 
+ 380 p. 

Kittel (R.). Profetie und Weissagung. Vortrag. Leipzig, Hinrichs, 1899 ; 
gr. in-8° de 25 p. 

Kokowstoff (Paul de). Etsche odin rukopisny fragment ierusalimskaho 



BIBLIOGRAPHIE 14o 

talmuda. (Un nouveau fragment manuscrit du Talmud de Jérusalem). 

Saint-Pétersbourg, impr. de l'Académie impe'riale, 1898 ; in-4° de p. 195- 

207 + 2 facsimilés. 

Reproduction de deux feuillets ms. du Talmud de Jérusalem, provenant 
de la guenitu du Caire [Baba Kamma, 5a-5c, et 6 #-6c). Les variantes sont 
surtout orthographiques ; quelques-unes sont assez curieuses : Itf pour "PIS 
(mais 13^N) ; 12 pour "p3 ; T^ pour l^b î ea général, l'fct à la fin y est 
remplacé par le Tl '■ mn, et non fcnfj; ^3lbs ti3"»N est écrit "»3lbD1DN. 
Plusieurs citations de baraïta sont différentes de notre texte et d'accord avec 
la Tossefta. 

Leimdôrfer (D.). Zur Kritik des Bûches Esther. Francfort, J. Kauffmann, 
1899 ; 15 p. 

Magkie (G. -M.)- Bible manners and customs. New-York, Fleming H. Ré- 
veil, 1899 ; in-12 de 175. 

Magnier. Critique d'une nouvelle exégèse critique. Paris, Lethielleux, 
1899 ; in-16 de 91 p. 

Manassewitsch (.B.). Die Kunst die hebrâische Sprach durch Selbstunter- 
richt schnell u. leicbt zu erlernen. 2. neu bearbeitete Auflage. Vienne, 
Pest, Leipzig, Hartleben, [1899] ; in-16 de xiv + 172 p. 
Fait avec beaucoup d'intelligence. 

Margoliouth (D.-S .). The origin of the « Original Hebrew » of Ecclesias- 
ticus. Londres, J. Parker, 1899; in-4° de 20 p. 

YoivUevue, t. XXXVIII, p. 306, et, plus haut, p. 1. 

Neteler (B.). Das 3. und das 4. Buch der Kônige der Vulgata und des 
Urtextes ùbersetzt und erklârt. Munster, Theissing, 1899 ; gr. in-8° de 
vin + 338 p. 

Nigol (T.)- Récent archseology and the Bible. Londres, Blackwood, 1899; 
in-8° de 346 p. 

Poppèr (William). The censorship of hebrew books. New-York, the Kni- 
kerbocker Press, 1899; gr. in-8° de vin + 156 + plusieurs fac-similés. 

Rosénagk(L.)- Die Fortschritte der hebr. Sprachwissenschaft von Jehuda 
Chajjûg bis David Kimchi (X. bis XIII. Jahrhundert). I. Theil. Francfort, 
J. Kauffmann, 1899 ; gr. in-8° de vin + 47 p. 

Schechter (S.), and Taylor (G.). The Wisdom of Ben Sira. Portions of 
the book Ecclesiasticus from the hebrew manuscripts in the Cairo Ge- 
nizah collection presented to the University of Cambridge by the editors. 
Cambridge, UDiversity Press, 1899 ; in-4° de lxxxviii + 68 + 24 (texte 
hébreu) p. (plus 2 fac-similés du fragment Lewis). 
Voir plus haut, p. 1. 

Schwab (Moïse). Le ms. n° 1380 du fonds hébreu à la Bibliothèque natio- 
nale, supplément au Vocabulaire de l'Angélologie. Paris, Klincksieck, 
1899; in-4° de 50 p. (Tiré des Notices et extraits des manuscrits de la 
Bibliothèque nationale et autres bibliothèques, t. XXXVI). 

Description d'un ms. du mMH ^mU5, ouvrage cabbalistique de Moïse 
Zacuto, enrichi d'additions du copiste, qui a vécu au xviu» siècle. 
T. XXXIX, N° 77. 10 



1.46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sèches (Edgard). La concorde, sermop. Saint-Etienne, impr. de la 
« Loire républicaine », 1898 ; 16 p. 

Steuernagel (C). Das Buch Josua, ûbersetzt u. erklârt. Gottingue, Van- 
denhoeck et Ruprecht, 1899; gr. in-8° de 118 p. [Hand-Kommentar zum 
Alten Testament, hrsgg. von W. Nowack). 

Stewart (R.-L.). The land of Israël : a text-book on the physical and 
historical geography of the Holy Land, emboyding the results of récent 
researchs. New~York, Fleming, H. Réveil, 1899; in-12 de 352 p. + 
17 cartes. 

Tyler (Thomas). Ecclesiastes. An introduction to the book ; an exegetical 
analysis, and a translation with notes. A new édition. Londres, D. Nutt, 
1899; gr. in-8° de xi •+- 168 p. 

Usener (H.). Religionsgeschichtliche Untersuchung. 3. Theil. Die Sintfluth 
sagen. Bonn, Cohen, 1899 ; gr. in-8° de x + 279 p. + une planche. 

Wellhausen (J.). Skizze und Vorarbeiten. 6. Heft. Berlin, G. Reimer, 
1899, gr. in-8° de vin + 260 p. 

Renferme, entre autres, des études sur les Psaumes, « le fils de l'homme », 
la littérature apocalyptique, les verbes faibles en hébreu. Montre que le 
4 e Ezra a été écrit originairement en hébreu et qu'il est postérieur à l'Apo- 
calypse de Baruch. 

Winckler (EL). Altorientalische Forschungen. 2. Reihe. II. Band. 2 Heft. 
Leipzig, E. Pfeiffer, 1899; gr. in-8° de p. 241-320. 

Contient, entre autres, l'époque de l'arrivée d'Ezra à Jérusalem, notes sur 
le livre de Jonas, de Judith. 

Year book of Central conférence of American rabbis, 1899 = 5659. Cin- 
cinnati, impr. May et Kreidler, 1899 ; in-8° de 218 p. 

Ziemssen (0.)- Die Bibel in der Geschichte. Beitrâge zut Bibelfrage u. zu 
einer Geschichlsphilosophie vom Mittelpunkte der biblischen Anschau- 
ung. Gotha, Thienemann, 1899 ; gr. in-8° de xi + 120 p. 



3. Périodiques. 

The American journal of semitic languages and liferatures (Chicago, 
trimestriel). Vol. XV, 1899. = = N° 4, juillet. = = Morris Jastrow : 
Adam and Eve in Babylonian literature. — C. Levias : A grammar of 
the Aramaic idiom contained in the Babylonian Talmud. III. 

The Jewish quarterly Review (Londres). = = Vol. XI, 1899. = =s 
N° 44. G. Margoliouth : Responses of Maimonides in the original Arabie. 
— T. K. Cheyne : The N. Arabian land of Musri in early Hebrew tra- 
dition. — Du même : Gleanings in biblical criticism. — Miss Nina Da- 
vis : Poetry, the âges of man. — A. Feldman : The Bible in neo-hebraic 
poetry. — Moritz Steinschneider : An introduction to the Arabie litera- 
ture of the Jews [suite). — L Abrahams : Professor Schûrer on lifeunder the 
Jewish law. — S. Schechter : Geniza spécimens. A letter of Chushiel. — 
W. Bâcher : Notes on the critique of the text of the Targum of the Pro- 
phets. — D. Kaufmann : Joseph ibn Verga's extract from the Cairo-Me- 



BIBLIOGRAPHIE 147 

gilla. — Du même : Shullam's report of the burning of Samuel Zarza : 
a legend based of a name. — Du même : Jedidiah of Rimini, or Amadeo 
di Moïse de Recanati. — D. S. Margoliouth : A Jewish-persian law report. 

— Samuel Krauss : « Euilat » in the LXX. — E. N. Adler : A hebrew 
ms. illustrated by Giotto. — Du même : Lay poems of Bagdad. — Cri- 
tical notices. 

MonaCsschrift fur Geschtchte untl Wissenschaft des Judenthums 

(Berlin). == = 43« année, 1899. = = N° 6, juin. J. Ziegler : Die hagga- 
dische Exégèse und der einfacbe Wortsinn (fin), — J. Guttmann : Aus 
der Zeit der Renaissance (Nicolas de Cusa, Jacobus Faber Stapulensis, 
Bonet de Lattes, Carolus Bovillus). — A. Feilchenfeld : Die âlteste Ge- 
schichte der deutschen Juden in Hamburg (suite, n° 7). — M. Stein- 
schneider : Die italienische Litteratur der Juden (suite, n° 7). — J. Kron- 
berg : Die Vertrelung der Dùnner'scben Talmud-glossen im « Israelit ». 
= = N° 7, juillet. Zuckermandl : Nacbtrag zu meiner Tosefta-Ausgabe. 

— Louis Ginzberg : Die Haggada bei den Kircbenvâtern u. in der apo- 
kryphischen Litteratur (suite). — H. Brody : « Gabirol u. Samuel der 
Fùrst ». — David Kaufmann : DasHuldigungsgedicbt Salomon Ibn Gabi- 
rols fur Samuel ha-Nagid. 

Revue biblique internationale (Paris, trimestrielle) = = 8 e anne'e, 
1899.== N° 3, juillet. Lagrange : Le Sinaï biblique. — D r Rouvier : 
Ptole'maïs-Acé. — Lévesque : Les mots égyptiens dans l'histoire de Jo- 
seph. — Germer Durand : Epigraphie palestinienne, nouveaux milliaires. 

— Clermont-Ganneau et Lagrange : Gezer. — Vincent : Notes archéolo- 
giques et nouvelles. Les fouilles anglaises à Tell Zakariya. 

Zcitschrift fur die alttestamentliche Wissenschaft (Giessen, semes- 
triel). = = 19° année, 1899. == N° 2. W.J.Moulton : Ueber die Ueber- 
lieferung und den textkritischen Werth des dritten Esrabuches. — Ed. 
Kônig : Syntactische Excurse zum Alten Testament. — Eberhard Bau- 
mann : Die Verwendbarkeit der Pesita zum Buch Ijob fur die Textkri- 
tik. — Karl Albrecht : Zum Lexikon und zur Grammatik des Neuhe- 
brâischen (Tarsis des Mose ben Ezra). — Adolf Bùchler : Zur Geschichte 
der Tempelmusik und der Tempelpsalmen. — Bâcher : Eine verkannto 
Redensart in Genesis, 20, 10. — Jacob : Berichtigung zu Mandelkern's 
(grosser) Konkordanz ; — Zu Bacher's Bemerkungen. — Kahan : Eine 
Erwiderung auf D r Mandelkern's Pro domo. — Bibliographie. 



4. Notes et extraits divers. 

■ . = La condition des Juifs dans la société hellénique et romaine. — Nous 
analysons maintenant l'article Judaei que M. Théodore Reinach a publié 
dans le Dictionnaire des Antiquités et que nous avons annoncé dans le 
dernier nume'ro de cette Revue. « La distribution géographique de la race 
des Juifs, le régime civil auquel ils étaient soumis [chez les Grecs et les 
Romains], l'organisation juridique, la condition économique et sociale de 
leurs communautés, les succès de leur propagande, qui a préparé l'avène- 
ment du christianisme, enfin le premier contre-coup du triomphe de la 
religion nouvelle sur leur situation légale, tels sont les sujets » traités 
dans cet article. — I. « Le premier et le plus remarquable phénomène 



148 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que présente le judaïsme à l'époque gréco-romaine est sa dispersion à 
travers le monde méditerranéen. » M. R. attribue à cette dispersion pour 
cause la plus notable « les destinées si agitées et finalement si désas- 
treuses du judaïsme dans son pays d'origine », et, à ce propos, il trace 
un résumé, excellemment présenté, de la situation de la Judée depuis le 
retour de la captivité de Babylone jusqu'à la prise de Bétar (135). — 
IL M. R. passe ensuite aux causes particulières qui ont provoqué la dis- 
persion des Juifs dans les pays grecs et romains. Peut-être ici aurait-il 
fallu, à la suite de Renan et de Wellhausen, indiquer, au moins, l'attrac- 
tion qu'exerça sur les populations pauvres la fondation de l'empire ma- 
cédonien : l'Egypte et la Syrie furent pour elles comme l' Amérique en ce 
siècle, et les Juifs qui pliaient sans doute sous le poids des impôts de la 
hiérocratie dominante émigrèrent vers ces pays neufs tout comme les 
Grecs. M. R. montre surtout l'action exercée sur ce mouvement d'émi- 
gration par « les révolutions qui se succédèrent en Cœlé-Syrie : les Juifs 
qui avaient lié partie avec l'un des compétiteurs aimaient mieux le suivre 
dans sa retraite que de s'exposer aux vengeances du vainqueur. » 
« D'autre part, pendant les guerres du m et du n° siècle av. J.-C, des 
milliers de Juifs furent faits prisonniers, réduits en esclavage et passèrent 
de main en main et de pays en pays jusqu'à ce que l'affranchissement les 
délivrât. . . Ils trouvaient facilement des coreligionnaires disposés à payer 
leur rançon. Les inscriptions de Delphes nous ont conservé le souvenir 
d'un de ces affranchissements d'esclaves juifs à prix d'argent. Le célèbre 
rhéteur Célicius de Calacté était aussi d'origine un esclave juif. » 
« Le Juif affranchi, au lieu de retourner en Palestine, se fixait ordinaire- 
ment dans son dernier pays de séjour et s'y groupait avec ses frères pour 
former une communauté. D'après le témoignage formel de Philon, la 
communauté juive de Rome devait ainsi son origine à des prisonniers de 
guerre libérés ; l'importance politique qu'elle avait acquise dès le procès 
de Flaccus (en 59 av. J.-G.) [et que Gicéron exagère probablement à 
dessein] ne permet pas de croire qu'il s'agisse des quelques captifs amenés 
par Pompée (63 av. J.-C.), mais bien des prisonniers faits dans les 
guerres antérieures, en Asie Mineure, par exemple. Les grandes insur- 
rections juives sous Vespasien, Trajan et Hadrien, avec leur issue désas- 
treuse, jetèrent sur le marché des myriades de captifs juifs; transportés 
en Occident, ils devinrent [peut-être] le noyau des communautés d'Italie, 
d'Espagne, de Gaule, etc. A l'émigration politique, à la vente des pri- 
sonniers de guerre s'ajoutent, comme sources de la diaspora, les déporta- 
tions plus ou moins volontaires exécutées par divers gouvernements, soit 
pour châtier la nation au col rebelle, soit pour peupler des cantons 
déserts de leurs États.. . Plusieurs princes, sans recourir à des moyens 
aussi violents, s'efforcèrent avec succès d'attirer des colons juifs dans 
des villes nouvellement fondées en leur concédant d'importants privi- 
lèges : ainsi firent, sinon Alexandre, du moins Séleucus Nicator, Ptolé- 
mée Philadelphe,les successeurs d'Antiochus Epiphane (à Antioche),etc.» 
« En dernier lieu, il ne faut pas oublier que les Juifs étaient une race 
féconde. La Judée, pays assez peu fertile, dut être promptement surpeu- 
plée; il fallut essaimer. .. » Et les Juifs émigrent comme les Égyptiens, 
les Syriens, les Phéniciens qu'on rencontre alors dans les mêmes régions 
et propageant, comme les Juifs, leurs cultes nationaux; « mais le Juif 
émigrait plus facilement, parce que sa religion était attachée à un livre, 
non à un lieu; puis, grâce à la haie que des pratiques profondément enra- 



BIBLIOGRAPHIE 149 

cinées faisaient autour de ses croyances, il ne s'absorbait pas dans les 
populations avoisinantes. Une propagande religieuse des plus actives 
faisait, au contraire, de chaque petit groupe de familles juives un centre 
de cristallisation autour duquel venaient s'agglome'rer de nombreux 
prosélytes de race e'trangère dont beaucoup devenaient à la longue des 
juifs véritables. On peut dire que, si le prosélytisme n'a pas été le but de 
la diaspora, il a puissamment contribué à la consolider et à l'accroître. » 
M. R. montre ensuite, d'après les auteurs anciens, que le judaïsme était 
alors répandu dans toutes tes parties du monde civilise'. Puis, à l'aide des 
inscriptions, dont le nombre augmente sans cesse, il dresse la nomencla- 
ture de toutes les provinces et localités où a été' signalée l'existence d'une 
communauté juive, en Asie, Asie Miaeure, Europe et Afrique. Celte 
partie du travail de M. R., qui ne prête pas à une analyse et qui a dû lui 
coûter les plus laborieuses recherches, est une des meilleures et des plus 
utiles. Quanta fixer, même approximativement, le chiffre de la population 
juive dans la diaspora, c'est impossible, et à cause de la rareté' des ren- 
seignements et parce que ces renseignements n'intéressent qu'une re'gion 
limitée dans un temps déterminé. Ils étaient nombreux en Syrie, parti- 
culièrement à Antioche, en Egypte, où, d'après Philon, ils formaient le 
huitième de la population, plus tard en Cyrénaïque, à Chypre, en Méso- 
potamie. A Rome, dès le temps d'Auguste, ils étaient plus de huit mille. 
— III. « Cette expansion du judaïsme dans le monde gréco-romain ne 
laissa pas de rencontrer de vives résistances. La bourgeoisie des villes 
grecques était mal disposée envers les nouveaux venus; leur particula- 
risme religieux et national, leur mépris hautement affiché des cultes 
grecs, des spectacles, des gymnases, bref de tout ce qui constituait la vie 
commune d'une cité hellénique, peut-être aussi la crainte secrète de 
trouver en eux des concurrents commerciaux, enfin l'efficacité de leur 
propagande religieuse contribuaient à l'impopularité des Juifs. Dans 
certaines villes, comme à Parium (et non Paros), à Tralles, des décrets 
formels interdirent l'exercice du culte et la pratique des rites juifs. On 
connaît les tentatives faites par les villes d'Ionie pour l'expulsion des 
Juifs, l'hostilité qui régnait entre eux et les Grecs dans toute la Syrie, les 
massacres de l'an 66, les boucheries qui éclatèrent presque au même 
moment sous Trajan en Mésopotamie, à Chypre, à Cyrène, la guerre 
d'extermination qu'à Chypre surtout les deux partis se firent, les rivalités 
polémiques de plume, les explosions populaires dont Alexandrie fut le 
théâtre. Contre cette intolérance jalouse de la bourgeoisie grecque, les 
Juifs trouvèrent des protecteurs efficaces dans les monarques hellénis- 
tiques d'abord, puis dans les Romains. On peut dire que, sans les vues 
larges et cosmopolites des diadoques, qui favorisaient, dans l'intérêt 
même de leur pouvoir, le mélange et la pénétration des races, la diaspora 
juive n'aurait pu ni se fonder, ni se maintenir. » Si les Romains d'abord 
montrèrent peu de disposition à recevoir les Juifs parmi eux, « Jules 
César, qui interdit tous les coliegia étrangers à Rome, fit une exception 
formelle en faveur des Juifs, dont il était l'obligé ». La suite de leur his- 
toire sous les empereurs est connue. « A aucune époque, l'antijudaïsme 
ne fut pour le gouvernement romain un article d'exportation. » « De très 
bonne heure Rome avait fait alliance avec les Juifs de Palestine — les 
premiers de tous les Orientaux — et par cette alliance plusieurs fois re- 
nouvelée, entretenue à prix d'or, elle avait contracté l'engagement moral 
de défendre la liberté religieuse des Juifs émigrés partout où s'exerçait 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

son influence. » « En recueillant la succession de la Mace'doine, de Per- 
game, des Séleucides et enfin des Lagides, Rome hérita de leur protection 
eûvers les Juifs dispersés contre la malveillance et les tracasseries des 
villes grecques passées sous sa tutelle. C'est surtout depuis Jules César 
qu'elle prit à cœur ce devoir. » On connaît l'action heureuse des Hérodes 
auprès des empereurs en faveur des Juifs de la diaspora. Les Césars se 
montrèrent, en somme, équitables envers eux-même après l'insurrection 
de 66-70. « Le judaïsme, pendant tout l'Empire romain, resta une religion 
autorisée [religio licita) et même singulièrement privilégiée. » — IV. « Voici 
en quoi consistaient ces privilèges : 1° Les Juifs, là où ils étaient légale- 
ment établis, ne pouvaient être expulsés sans une décision expresse de 
l'autorité suprême... » 2° «Dans leur quartier, ils avaient le droit d'élever 
une ou plusieurs maisons communes qui servaient de lieux de réunion 
pour les prières et la lecture de la Loi : c'étaient les synagogues... 
Quelquefois les autorités elles-mêmes désignaient, et sans doute con- 
cédaient gratuitement le terrain où devait s'élever la synagogue... 
Quelques synagogues paraissent avoir possédé le droit d'asile. . . En 
dehors de leurs synagogues, dont quelques ruines ont subsisté, les Juifs 
avaient des cimetières spéciaux disposés comme les catacombes chré- 
tiennes... Synagogues et cimetières étaient placés sous la protection 
. des lois. Les premières furent souvent menacées d'incendie après le 
triomphe du christianisme, et il fallut des sanctions pénales énergiques 
pour les préserver...» 3°aLe culte juif comportait, outre les réunions quo~ 
tidiennes de la synagogue, la célébration du Sabbat et des autres fêtes, 
dont quelques-unes étaient accompagnées de repas en commun, l'observa- 
tion des lois alimentaires et de pureté, la circoncision, bref l'ensemble 
des coutumes des ancêtres. Le libre exercice de ces coutumes était garanti 
aux Juifs par la loi... Une seule coutume, la circoncisioD, fut momen- 
tanément défendue par Hadrien, et cette interdiction fut une des causes 
de la révolte de 132. Plus tard, on se contenta d'interdire la circoncision 
des non-juifs, défense qui rentre dans un autre ordre d'idées. » On leur 
accorda « la dispense du culte des empereurs, qui ne fut menacée sé- 
rieusement que sous Caligula... » 4° « Chaque communauté juive est 
autorisée, au moins tacitement, à se donner une organisation autonome, 
à la fois administrative, financière et judiciaire. Il ne faudrait pas se 
hâter d'en conclure, comme on l'a fait quelquefois, que les aggloméra- 
tions juives fussent, en pays grec, assimilées de plein droit aux associa- 
tions religieuses païennes {thiases, éranes) qui jouissaient d'importants 
privilèges juridiques. . . Aucun texte officiel ne nous montre jamais, en 
pays grec, les communautés juives proprement dites officiellement quali- 
fiées de thiases... Leur situation était plutôt comparable à celle des 
groupes de citoyens romains dans les cités helléniques : elles formaient, 
comme ceux-ci, un petit État dans l'État, ayant sa constitution, ses lois, 
ses assemblées, ses magistrats particuliers, tout en jouissant de la pro- 
tection générale des lois de la cité... Un seul texte, de provenance 
romaine, semble considérer les communautés juives comme des thiases, 
mais ce mot traduit- ici le latin collegia; c'étaient, en tout cas, des 
collegia imparfaits, qui ne jouissaient pas de la personnalité civile, ni, 
par conséquent, du droit de posséder des capitaux ou des immeubles : 
un rescrit de Caracalla déclare nul un legs fait à M universitas des Juifs 
d'Antioche. » — Ce dernier point est, à ma connaissance, mis pour la 
première fois en lumière par M. R. — « L'organisation intérieure de ces 



BIBLIOGRAPHIE 151 

petites « cite's » juives était calque'e sur celle des communes grecques. » 
Elle a été trop souvent décrite pour que nous jugions utile de résumer ce 
chapitre, dont Schùrer a déjà fourni toute la matière. Nous relevons 
seulement un détail qui nous paraît contestable. « A côté de l'archonte, 
chef de l'administration, on trouve, dans beaucoup de communautés, un 
ou peut-être plusieurs àpxiffwvàycoYoi, chefs de la synagogue (rabbins?)... » 
La parenthèse, à notre avis, doit être rayée; l'archisynagogue correspond 
au rosch hakenërseù, qui désigne seulement le président de l'assemblée de 
la synagogue, mais non le rabbin. Si, d'après Justin Martyr, l'archisyna- 
gogue prêche le jour du sabbat, c'est au même titre que les autres 
membres de la synagogue. Il ne fallait pas être rabbin pour commenter 
le texte biblique. — 5° « Les communautés juives avaient certainement 
le droit d'imposer leurs membres pour subvenir aux frais communs, par- 
ticulièrement à l'entretien de la synagogue », mais les détails manquent 
sur la nature des taxes qu'elles prélevaient. La principale contribution 
était celle du didrachme, due par chaque juif adulte du sexe masculin et 
destinée à alimenter le trésor du temple de Jérusalem. On sait que les 
sommes recueillies ainsi par les communautés étaient centralisées, con- 
verties en or et transportées à Jérusalem, que plusieurs fois des villes 
grecques et le gouvernement romain voulurent arrêter cette exportation 
d'or, que, plus tard, César et Auguste autorisèrent de nouveau ces en- 
vois. Après la destruction du temple, Rome décida que cet impôt serait 
perçu par elle et versé au trésor de Jupiter Capitolin.« Telle fut l'origine 
du fiscus judaicus, impôt doublement pénible aux Juifs et dont la percep- 
tion, par des procureurs ad hoc (procuratores ad capitularia Judaeorum) y 
d'après des registres où devaient s'inscrire tous les circoncis, donna lieu, 
notamment sous Domitien, aux vexations les plus odieuses. Nerva abolit 
les abus et les délations, mais non l'impôt lui-même, qui était encore 
perçu au temps d'Origène. Il y a lieu de croire qu'il fut peu à peu rem- 
placé par des exactions régulières, souvent prélevées à l'improviste, et 
qui furent définitivement abolies par Julien; à cette occasion, il détruisit 
les registres fiscaux où étaient inscrits les Juifs. » — 6° « Les commu- 
nautés jouissaient du privilège de juger elles-mêmes leurs affaires liti- 
gieuses, d'avoir leurs propres juges, leur propre code, ces lois mosaïques 
commentées avec tant d'ardeur par les rabbins, et que Juifs et judaïsants 
étudiaient, à l'exclusion du droit romain, comme Juvénal le constate avec 
indignation... En matière civile, l'autonomie des Juifs ne s'appliquait 
en principe qu'aux affaires où les deux parties étaient juives; dans un 
procès mixte, même si le défendeur était juif, le tribunal local ou romain 
était seul compétent. . . En matière pénale, au début de l'ère chrétienne, 
les magistrats juifs exerçaient un pouvoir disciplinaire étendu, compor- 
tant le droit d'incarcérer et de flageller; mais il ne semble pas que leur 
juridiction s'étendit aux délits de droit commun, et, eu tout cas, elle ne 
comportait pas le droit de prononcer des sentences capitales. L'autono- 
mie juridique du rabbin subsista même après l'admission des Juifs à la 
cité romaine; ce fut alors que la juridiction suprême du patriarche de 
Tibériade prit le plus d'importance; Origène prétend qu'il prononçait et 
faisait exécuter des sentences de mort, mais de pareilles décisions 
n'avaient certainement pas une valeur légale — Origéne lui-même atteste 
qu'eu Judée la juridiction criminelle a passé aux Romains — , et si elles 
s'exécutaient, c'était en secret, comme les jugements de la Sainte-Vehme 
. au moyen âge. Nous verrons que le Code Théodosien ne laisse aux tribu- 



152 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

naux rabbiniques que le caractère d'une juridiction arbitrale et volon- 
taire. » — 7° « Les monarchies hellénistiques avaient astreint les Juifs 
au service militaire et en avaient obtenu parfois de bons résultats. Toute- 
fois le service en campagne était difficilement compatible avec l'observa- 
tion rigoureuse des lois alimentaires et du repos sabbatique... De là 
résultaient parfois des inconvénients. . . Les Romains, malgré l'assistance 
très efficace que César avait reçue des Juifs en Egypte, les exemptèrent 
complètement du service militaire, peut-être moyennant une indemnité 
pécuniaire. — V. « Si les Juifs étaient des perigrini privilégiés, ils n'en 
étaient pas moins des perigrini, c'est-à-dire privés de tous les droits et 
honneurs auxquels donnait accès la qualité de citoyen dans les villes 
grecques comme dans l'État romain; outre tous les impôts de droit com- 
mun, ils étaient soumis aussi à des taxes spéciales, dont les citoyens 
étaient exempts... Toutes ces entraves inspirèrent aux Juifs l'ambition 
d'obtenir le droit de cité. . . Mais cette prétention impliquait une contra- 
diction... parce que les Juifs voulaient cumuler les droits de citoyens 
avec le maintien de leurs prérogatives... En outre, la cité antique re- 
posait essentiellement sur l'adoration de dieux communs à tous les 
habitants de la cité, et c'est à quoi les Juifs ne pouvaient évidemment 
consentir sans renier leur raison d'être. » Ce chapitre tranche définitive- 
ment, à notre sens, une des questions les plus difficiles de l'histoire des 
Juifs dans la diaspora. « En pays grec, dans les villes qui avaient des 
institutions républicaines — les seules où le titre de citoyen eût une 
valeur réelle — les aspirations des Juifs paraisssnt être demeurées sans 
résultat, au moins jusqu'à la conquête romaine; les assertions contraires 
des historiens juifs [dire plutôt de Josèphe] ne doivent être accueillies 
qu'avec la plus grande méfiance... A Cyrène, les Juifs prétendaient 
avoir obtenu des Ptolémées Yisonomia; mais, sous cette expression vague, 
on ne peut entendre que Yisoteleia, l'égalité devant l'impôt, qui leur fut, 
en effet, confirmée par Agrippa... Il y a un peu plus d'apparence dans 
l'assertion de Josèphe d'après laquelle Séleucus Nicator, dans les villes 
fondées par lui, y compris Antioche, aurait accordé aux Juifs le droit de 
bourgeoisie (iroXtTda) et l'égalité sociale (lwct[A(a) avec les Hellènes et les 
Macédoniens. . . Malgré tout, ces privilèges ne paraissent pas avoir com- 
pris la participalion au gouvernement de la cité... Pareillement à 
Alexandrie... Philon met une certaine affectation à déclarer que les 
Juifs considèrent comme leurs « véritables patries » les pays où ils 
habitent, et il est possible que le droit de cité véritable ait été accordé 
individuellement à certains israélites — saint Paul, par exemple, se 
disait citoyen de Tarse — mais nous n'avons aucun exemple d'une con- 
cession collective de ce genre. A défaut du droit de cité grecque, les 
Juifs se rabattirent sur le droit de cité romaine, qui conférait, même en 
pays grec, de grands avantages. Ici ils furent plus heureux... Cepen- 
dant le Juif devenu citoyen romain ne paraît pas avoir possédé le jus 
honorum, et il en était de même du Romain d'origine qui embrassait la 
religion juive. La loi ne fut modifiée sur ce point que par une constitu- 
tion de Sévère et de Caracalla. . . Dès cette époque, la notion du droit 
de cité local s'était fort obscurcie dans les esprits et s'effaçait devant la 
conception plus large de la nationalité romaine, adéquate, ou peu s'en 
faut, à la qualité même d'homme civilisé habitant l'Empire. Bientôt 
paraissait la constitution de Caracalla qui, dans un intérêt fiscal, oc- 
troyait ou imposait le droit de cité romaine à tous les sujets de l'Empire. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

En vertu de cette constitution, les Juifs acquirent désormais sans con- 
teste le jus honorum et l'exercice de tous les droits civils, connuàium, 
commercium, testamenti factio, môme la tutelle sur des non-juifs. Toute- 
fois, comme ils avaient e'té des peregrini privilégiés, ils restèrent, à 
certains égards, des cives privilégie's; ils eurent tous les droits des 
citoyens, ils n'exercèrent parmi les devoirs que ceux qui n'étaient pas 
en conflit avec leurs libertés religieuses... Parmi ces privilèges figura 
encore quelque temps, outre l'exemption du service militaire, celle des 
charges plus onéreuses qu'honorifiques de la curie. » — VI. M. R. passe 
ensuite à la description de l'état social et économique des Juifs, de leurs 
occupations, de leurs relations avec les païens. Il remarque très juste- 
ment que, presque jamais avant l'époque médiévale, les Juifs ne sont 
cités comme pratiquant le commerce d'argent, la banque ou l'usure. — 
VII. Ce qui distingue les Juifs de la diaspora, c'est l'ardeur de leur pro- 
sélytisme, l'activité de leur propagande religieuse. Le tableau de cette 
propagande, les motifs du succès qu'ils remportèrent ont déjà été 
maintes fois tracés. M. R., dans un raccourci puissant, résume tout ce 
qui a été dit déjà à ce sujet, en y ajoutant des observations très fines. Le 
gouvernement romain, après 70, « prit des mesures sévères pour empê- 
cher désormais les Juifs de faire des recrues, que le patriotisme romain 
considérait comme des déserteurs... » « Les succès attestés de la pro- 
pagande juive, les lois sévères qui furent nécessaires pour l'arrêter, mo- 
difient l'impression que font naître les jugements des écrivains anciens 
sur les Juifs. C'est la preuve qu'à tous le judaïsme n'apparaissait pas 
comme un objet d'horreur, une superstition folle, etc. Il a rencontré, 
dans la foule, comme dans l'élite dégagée des préjugés nationaux, de 
nombreuses sympathies. » — VIII. Lorsque l'Empire romain devint 
chrétien, « le judaïsme se trouva dans la situation difficile d'une mino- 
rité religieuse incoercible et suspecte d'esprit de propagande. On ne 
ressuscita pas contre lui les anciennes exclusions fondées sur des diffé- 
rences nationales : un siècle après l'édit de Caracalla, il ne pouvait plus 
être question de nationalités diverses dans l'immense unité de Vorbis 
romanus. C'est presque uniquement comme secte dissidente qu'il fut 
envisagé et rangé dans la même catégorie que les hérétiques, les cœli- 
colœ et les païens eux-mêmes. A ce titre, dans une société de plus en 
plus fondée sur l'union de l'Église catholique et de l'État, il ne pouvait 
manquer d'être l'objet de restrictions sévères de la part du législateur. 
On peut suivre les progrès de cette sévérité dans les nombreuses consti- 
tutions rendues par les empereurs chrétiens et conservées par les Codes 
Théodosien et Justinien, depuis celles de Constantin, qui sont encore 
empreintes d'un véritable esprit de tolérance et de neutralité religieuse, 
jusqu'aux mesures presque draconiennes des fils et petits-fils de Théo- 
dose. Naturellement, il faut aussi tenir compte des dispositions indivi- 
duelles des empereurs : à cet égard, l'altitude brutale des fils de Cons- 
tantin contraste avec l'humanité de Jovien et de Valentinien, sans parler 
de Julien. Le langage suit la même évolution que la pensée : il prend un 
ton de plus en plus méprisant; bientôt le nom de judaïsme n'est plus 
prononcé sans être accompagné des épithètes les plus injurieuses : c'est 
une secte funeste, honteuse, sacrilège, perverse, abominable; leurs réu- 
nions sont impies, etc. Rarement le mot de secte est remplacé par celui 
de nation : preuve curieuse que le judaïsme au iv e siècle était en train de 
dépouiller son caractère national et qu'il ne l'a repris peu à peu que 



434 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sous la pression d'une législation restrictive. » M. R. résume ensuite les 
dispositions générales de cette législation. Nous avons, pour arrêter ici 
notre analyse, une raison que nous sommes heureux de communiquer à 
nos lecteurs : nous publierons, dans la collection des Fontes rerum 
judaicarum entreprise par notre Société, une e'tude détaillée et complète 
de M. Théodore Reinach sur ce sujet, que notre excellent collaborateur 
s'est contenté d'effleurer dans son article. Dans notre abrégé de ce tra- 
vail, nous avons omis à dessein tous les faits cités par l'auteur à l'appui 
de ses assertions, de même que l'indication des sources et références 
mises en notes ; nous avons voulu seulement amorcer la curiosité de nos 
lecteurs et les inciter à se reporter à l'article lui-même, dont il serait 
superflu de faire l'éloge. 

r= r= Le Congrès de l'histoire des religions. — La Commission d'organisation 
du Congrès de l'Histoire des religions, qui se tiendra à Paris, en 
septembre 1900, a rédigé un programme « des questions qui, dans chaque 
section, lui paraissent utiles à étudier et de nature à provoquer des 
rapports ». Nous croyons devoir en extraire celles qui intéresseront les 
lecteurs de notre Revue : 

Assyro-Chaldée : Comment concilier la croyance à l'éternité du monde 
chez les Chaldéens avec les données sur la création du ciel, de la terre, 
des dieux et des astres? Quelles étaient au juste les idées sur l'abîme 
primordial et le chaos enfantant l'univers? Quelle était la relation de ces 
croyances avec la tradition juive d'un dieu créateur sans commence- 
ment? 

Judaïsme : 1° De la contribution que les découvertes de l'archéologie 
et de l'épigraphie sémitiques apportent à la connaissance de la religion 
du peuple d'Israël pour les périodes antérieures à Esdias et à Néhémie. 

2° Indiquer et décrire, d'après les sources bibliques et profanes et les 
monuments épigraphiques, les sanctuaires, tombeaux, lieux de culte et 
de pèlerinage en Palestine et dans les régions voisines (Syrie, Phénicie, 
Idumée, Péninsule sinaïtique). 

3° Réaction du Christianisme sur le Judaïsme. 

4° Valeur documentaire du Talmud et de ses annexes pour l'histoire 
des idées religieuses et des rites chez les Juifs et pour l'histoire du Chris- 
tianisme naissant. 

Christianisme : 1° L'essénisme peut-il être considéré comme un des fac- 
teurs du Christianisme originel ? 

2° Quelle est la part des antécédents grecs et celle des antécédents 
juifs dans l'élaboration de l'ancienne eschatologie chrétienne? 

3° Les sources antiques (grecques, latines, arabes, juives et byzantines) 
auxquelles ont puisé le plus les théologiens de l'Occident au moyen âge. 

« Ce programme n'est ni exclusif, ni limitatif. Les communications sur 
» des sujets qui n'y sont pas portées seront admises également... » 
Nous engageons vivement nos confrères à prendre part aux travaux de 
ce Congrès. 

— = La revue Mimisrach Umimaarabh, dirigée par M. Ruben Brainin a cessé 
d'être mensuelle (l'a-t-elle jamais été?) Un quatrième fascicule vient de 
paraître (Berlin, impr. Itzkowski). Il contient, entre autres, une biogra- 
phie d'Elie Wilna par l'éditeur, le commencement du Yosef Hammehané, 
avec notes de M. Zadoc Kahn ; Jggëret Eappetira du philosophe Abu 
Bekr ibn Elzâig, éd. par M. Schreiner ; notes diverses sur l'histoire des 



BIBLIOGRAPHIE 155 

mathématiques chez les Juifs, par M. Steinschneider (citations rie Lévi 
beu Gerson, d'Isaac b. Salomon b. Çadok ben Alharav (Alhadav), de 
Farisol Botarel d'Avignon) ; une fausse introduction de Maïmonide au 
livre de Job, par S. Mandelkern, 



Kaufmann (David), Der « Fiihrer » Hlaimûni's in der Weltlitteratur. 

(Tirage à part de YArchiv fiir Geschichte der Philosophie^ t. XI, n° 3, p. 335-374, 
Berlin, 1898), 

Pour mesurer toute l'importance d'une grande production philoso- 
phique du passé, à côté de l'étude directe et interne de l'œuvre, il y a 
un réel intérêt à rechercher quelle en a été la fortune auprès des con- 
temporains et de la postérité et quelle influence elle a exercée. Certains 
livres, en effet, ont joui de bonne heure d'une renommée universelle 
et l'on ne peut marquer exactement leur place dans le développement 
de l'esprit humain que si l'on possède bien l'histoire de leur diffusion 
dans le monde intellectuel. De ce nombre est le Dalâlet el Haîrîn 
(Guide des Egarés) de Moïse Maïmonide, dont l'apparition a été un 
événement et qui a très tôt pénétré dans la « littérature universelle ». 
M. D. Kaufmann a eu l'heureuse idée de suivre les destinées du 
a Guide » depuis son achèvement en 1190 jusqu'à ces tout derniers 
temps et il a réuni dans une étude très attachante, publiée, l'an 
dernier, sous le titre de : Der Fiihrer Maimûnïs in der Weltlitteratur, 
tout ce qu'il a trouvé de renseignements épars dans les dissertations 
et revues sur l'influence du Guide et sur les éditions et traductions 
qui en ont été faites, en y ajoutant maint renseignement personnel du 
plus haut intérêt. La grande diffusion du chef-d'œuvre de Maïmonide 
témoigne pour M. K. de l'importance des doctrines qu'il renferme. Il 
estime que l'illustre Salomon Munk, suivi par Uebergew, n'a pas 
suffisamment rendu justice à Maïmonide en ne faisant de lui qu'un 
intermédiaire éminent entre la philosophie péripatéticienne et le 
judaïsme, d'une part, le judaïsme et la scolastique, de l'autre. Le 
Guide, selon M. K., a réellement fait époque dans la philosophie 
générale de l'humanité, malgré son caractère nettement confessionnel, 
qui le distingue d'un ouvrage comme le Fons Vitœ d'Ibn Gabirol, et 
il abonde vraiment en notions neuves, en orientations nouvelles et 
durables. Nous ne discuterons pas ces vues, qui ont d'ailleurs été 
développées plus longuement par M. K. dans un précédent ouvrage 
[Geschichte der Attrïbutenlehre, Gotha, 1877), et nous laisserons les 
historiens de la philosophie déterminer la part exacte qui revient à 
Maïmonide dans les progrès de la philosophie religieuse. Quoiqu'il 
en soit, c'est une excursion fort attrayante que de parcourir avec 
M. K. les pays et les époques à la recherche des différents avatars 
du Guide. 



156 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. K. montre d'abord l'extraordinaire activité qui régnait dans les 
grands centres musulmans, juifs et chrétiens au xn e siècle, cet c âge 
d'or de la traduction », l'ardeur avec laquelle on faisait passer en 
hébreu et en latin les productions capitales de la théologie arabe et 
de la philosophie grecque, ce qui n'empêchait pas les haines de re- 
ligion d'être très vivaces, puisque c'est l'époque des Croisades et 
bientôt celle de l'Inquisition. A vrai dire, si l'on étudiait ainsi avec 
acharnement les théologies adverses, c'était généralement moins 
par amour désintéressé de la culture scientifique que pour s'exercer 
à une polémique forte et nourrie. On tenait à se bien connaître pour 
mieux se combattre. Mais quand l'ouvrage était solide, comme le 
Guide des Égarés, on ne laissait pas d'en faire son profit. M. K. passe 
en revue tour à tour la version arabe (l'original), les versions hé- 
braïques, la version latine, enfin les versions anciennes et modernes, 
en langues vivantes. 

Voici, brièvement résumée, son exposition. 

Peu de temps après l'achèvement du Guide, des copies de l'original 
arrivèrent dans le Sud de la France et parvinrent entre les mains du 
premier traducteur hébreu, Samuel ibn Tibbon. La Bibliothèque 
Nationale, à Paris, possède des fragments d'un des plus anciens 
manuscrits arabes du Guide. Des commentaires arabes dus à des 
Musulmans attestent le succès rapide de l'ouvrage. Joseph Caspi 
(Bonafoux d'Argentières) relate dans un écrit composé à Tarascon 
en 1329, que dans les écoles supérieures des Musulmans à Fez, des 
Juifs faisaient des conférences aux étudiants arabes sur le Guide. Il 
n'y avait que les chapitres où Maïmonide traite de la prophétie qui 
pouvaient déplaire aux sectateurs de Mahomet. 

Moins de dix ans après l'apparition du Guide, Samuel ibn Tibbon, 
de la grande famille des traducteurs juifs établis à Lunel, se mit en 
devoir de le traduire en hébreu. La tâche était ardue, l'hébreu 
n'étant pas fait pour l'abstraction et la dialectique et ne possédant pas 
de terminologie pour les sciences. Cependant Samuel ibn Tibbon vint 
à bout de sa tâche et il eut soin de s'assurer le concours de l'auteur 
lui-même, qui vérifia l'exactitude du ms. arabe et expliqua au tra- 
ducteur les passages difficiles. Cette traduction, achevée à Arles, le 
30 novembre 1204, quelques jours avant la mort de Maïmonide, 
possède, grâce à ces garanties de fidélité, une valeur inappréciable. 
Immédiatement copiée à un grand nombre d'exemplaires et répandue 
partout, elle eut une influence considérable sur le judaïsme. Elle 
révolutionna vraiment la prédication, l'exégèse, l'idéal juifs. Après 
quelques orages violents, — conséquence inévitable de toute innova- 
tion importante dans la sphère de la croyance, — qui ne durèrent 
d'ailleurs que deux ou trois générations, le More Neàouchim, titre de 
la traduction d'Ibn Tibbon, était adopté définitivement dans le 
judaïsme; et désormais ce ne sont partout qu'hommages enthou- 
siastes à l'auteur. Une preuve de la vénération qu'on lui témoigna, 
c'est que la traduction d'Ibn Tibbon eut l'honneur d'être un des pre- 



BIBLIOGRAPHIE 157 

miers ouvrages sortis des presses de Gutenberg et fut certainement 
imprimée avant 1480. 

Mais la traduction d'Ibn Tibbon, à cause de sa fidélité même, était 
peu intelligible à la masse. Le traducteur parlait arabe en hébreu. 
C'était bon pour les savants. Le vulgaire, même lettré, désirait un 
livre écrit dans un hébreu plus limpide. De Marseille ou d'Espagne, 
— on ne sait au juste, — on chargea Juda Alharizi, poète espagnol 
très renommé, dont le Divan était déjà fort répandu, de faire une 
nouvelle traduction du Guide en hébreu. Mais si Alharizi était un 
littérateur de talent, c'était un philosophe et un savant médiocre. 
Son œuvre, d'une grande beauté de forme, fourmille d'inexactitudes 
et de contresens, bien qu'il eût eu à sa disposition la traduction de 
son devancier. Ses inadvertances le firent tancer par Ibn Tibbon lui- 
même et par le fils de Maïmonide, Abraham, pourtant réputé pour 
son indulgence. La postérité a, d'ailleurs, généralement ratifié le ju- 
gement sévère des connaisseurs. La traduction d'Alharizi a été im- 
primée pour la première fois en 1851 seulement, à Londres, sur un 
manuscrit unique de la Bibliothèque Nationale de Paris, datant de 
1234. Cette édition est, naturellement, très fautive et ses imperfections 
ne sont pas toutes imputables à Alharizi. Il serait à souhaiter, dit 
M. K., qu'on pût établir le véritable texte de la traduction d'Alharizi, 
d'autant plus que, si inférieure qu'elle soit à celle d'Ibn Tibbon, elle 
a une importance bien plus considérable au point de vue historique : 
c'est elle qui a servi de base à la version latine qui fit connaître le 
Guide au monde chrétien. 

Cette version latine, quand fut-elle composée et par qui? On 
l'ignore. Mais on peut tenir pour certain qu'il en exista une dès le 
début du xiii siècle. Les hommes les plus considérables de la 
chrétienté, les plus illustres moines dominicains et franciscains 
montrent une connaissance approfondie du Guide de R. Moïse le Juif, 
comme on l'appelle dans la scolastique. M. K. énumère les différents 
auteurs qui en parlent et note que ce ne sont pas seulement les 
parties philosophiques, mais les thèses essentiellement juives qui 
retiennent l'attention. Alexandre de Haies, Guillaume d'Auvergne, 
Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Vincent de Beauvais, Duns Scot, 
s'inspirent indéniablement de Maïmonide. Enfin, M. K. rappelle, après 
M. Gùdemann, l'extraordinaire influence du Guide sur l'empereur 
lettré Frédéric II Barberousse, qui expliqua la Bible selon la méthode 
même de Maïmonide. Une découverte récente a confirmé l'existence, 
dès le xine siècle, de la version latine du Guide. J. Perlés, le regretté 
rabbin de Munich, a retrouvé en 1875 un manuscrit de cette version, 
qui, outre sa valeur intrinsèque, a jeté un jour curieux sur la traduc- 
tion latine parue en 1520, à Paris, et due à l'évêque de Nebbio, 
Augustin Giustiniani. On s'est aperçu, en effet, que, loin d'avoir fait 
une œuvre originale, Giustiniani s'était contenté de recopier, en 
l'arrangeant un peu, l'ancienne version latine, représentée aujourd'hui 
par le manuscrit de Munich. Il n'y a donc eu pour tout le moyen âge 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'une traduction latine, et une traduction anonyme. Elle a beau 
recevoir les tilres les plus variés, suivant les auteurs qui en parlent 
(le mot Guide est traduit, en effet, pardirectio, director, dux, demons- 
trator, director, doctor, et le mot Égarés par neutrorum, perplexorum, 
errantium, nutantium, dubitantium, titubantium), il s'agit toujours, 
selon M. K., de la même version. 

La seconde traduction latine qui ait paru depuis le moyen âge, 
abstraction faite des mss. qui n'ont pas encore été étudiés et qui peuvent 
receler une autre version ancienne, est celle de Jean Buxtorf le Jeune, 
qui date de 1629. Cette traduction, indépendante de l'ancienne, a été 
faite sur le More d'Ibn Tibbon. L'œuvre de Buxtorf eut tant de vogue 
qu'un collectionneur, Jacob Roman, voulut, dès 1634, éditer à Cons- 
tantinople une polyglotte du Guide qui aurait compris le texte arabe 
en caractères hébraïques, la version d'Ibn Tibbon et celle de Buxtorf. 
C'est par la version de Buxtorf que Leibnitz et Scaliger ont connu et 
admiré Maïmonide. Mais, quelle que soit la supériorité de cette 
version sur la version latine primitive, M. K. pense qu'il y aurait un 
grand intérêt à établir un bon texte de cette dernière, puisque c'est 
sur elle que la scolastique a travaillé. 

Nous arrivons maintenant aux langues modernes et d'abord à 
l'espagnol. Menendez Pelayo, dans son Eistoria de los heterodoxos 
Espanoles, avait, en 1877, signalé incidemment, et pour la première 
fois sans doute, la version castillane du Guide. M. Mario Schiff a, tout 
récemment, en 4897, au cours de ses études à la Bibliothèque 
nationale de Madrid, étudié le premier cette version; il a consigné 
ses remarques dans la Revista critica de Historia y Literatura (II, 
p. 160-176). Chose curieuse, c'est au moment où l'Inquisition allait 
sévir le plus cruellement contre les Juifs qu'on éprouva le besoin en 
Espagne de traduire l'œuvre de Maïmonide dans la langue nationale. 
Cette version fut faite dans le premier tiers du xv e siècle, par Pedro 
de Tolède, apparemment un juif converti, sous le patronage d'un 
membre d'une des plus nobles familles castillanes, Gomez Suarez de 
Figueroa. Bien que sachant l'arabe, Pedro n'a pas traduit le Guide sur 
l'original, dont il n'y avaitsans doute plus d'exemplaires en Espagne. 
Il connaît les deux traductions hébraïques précitées et d'autres 
encore. Il accorde la palme à celle d'Alharizi. De sûrs indices (tels 
que la division en 478 chapitres; Ibn Tibbon divise en 177) montre 
que c'est celle-là qu'il suit. La publication prochaine de cette ver- 
sion castillane aura, entre autres mérites, celui de concourir à 
l'établissement du texte si fautif de la version d'Alharizi. M. K. ne 
nous dit pas (est-ce une omission?) le titre de la traduction de Pedro 
de Tolède. 

Avant la découverte de cette traduction, c'était la version italienne 
qui passait pour la plus ancienne en langue moderne. Or elle est 
d'environ cent soixante ans postérieure à celle de Pedro. On n'en a 
que deux exemplaires, tous deux en caractères hébraïques : l'un 
appartient à la Bibliothèque royale de Berlin, l'autre à la collection 



BIBLIOGRAPHIE 1U9 

de J. B. de Rossi. C'est en 1581 ou 4583 que parut YErudizione de 
Confusi, due à Amadeo ben Moses de Recanati, copiste renommé, 
poète et prosateur de talent, précepteur du fils d'Isaac ben Juda 
d'Urbino. Il dédia son œuvre à un personnage qui n'est autre, selon 
M. Steinschneider, que le célèbre rabbin et cabbaliste Menahem 
Azaria de Fano. Amadeo, rempli de vénération pour Maïmonide, le 
comparait à Euclide, à Galien, le déclarait plus divin que Platon, 
plus savant astronome que Ptolémée. La version d'Amadeo, inspirée 
de celle d'Ibn Tibbon, est écrite dans une langue que l'auteur a 
cherché à rendre très claire et accessible ainsi à tous les lecteurs 
italiens. 

On ne connaît pas d'autre traduction jusqu'au xix 9 siècle. Cepen- 
dant l'œuvre de Maïmonide ne cessa pas d'exercer son influence 
durant ces trois siècles d'intervalle, témoin les éditions de Thomas 
Hyde et d'Edouard Pococke (Porta Mosis), Ht les doctrines de Men- 
delssohn et de Salomon Maïmon, dont le Guide a été le point de 
départ. 

Après une nouvelle traduction hébraïque de presque toute la 
première partie , faite par Mendel Lewin de Satanow à Zolkiew, 
en 1829, on commence à traduire le Guide en allemand. Simon 
B. Scheyer traduit la III e partie (Francfort-sur-le-Mein, 1838), Furs- 
tenthal, la I r0 (Krotoschin, 1839). Mais ces travaux partiels sont 
bien éclipsés par l'édition monumentale du Guide arabe et la traduc- 
tion française de Salomon Munk (1 856-1 866). M. K. rend un chaleureux 
hommage à ce magistral effort scientifique. L'œuvre de Munk sert à 
son tour à d'autres travaux. Grâce à elle, M. E. Stern traduit, en 1864, 
la II e partie du Guide qui manquait encore à la version allemande. 
Puis vient le Guida degli Smarriti, traduction italienne due à David 
Jacob Maroni, rabbin de Florence (Livourne, 1870-1876), la traduction 
hongroise de Moritz Klein (1878-4 890). La traduction anglaise, The 
Guide of the perplexed de M. Friedlaender (Londres, 4 881-1885), est un 
travail plus indépendant. 

En terminant, M. K. constate avec regret que la langue allemande, 
seule dans la littérature savante de ce temps, manque encore d'une 
édition et d'une traduction homogènes du chef-d'œuvre de Maïmonide. 
Il estime qu'il y a encore à faire, même après Munk, tous les mss. 
notamment n'ayant pas encore été mis au jour. Quant à nous, félici- 
tons-nous de ce que la science juive française, généralement avare de 
ses efforts en ce qui concerne la traduction de nos grands auteurs du 
moyen âge, ait au moins imposé à l'admiration et à la reconnaissance 
du monde savent le grand travail de Munk sur l'œuvre capitale de la 
pensée juive au moyen âge, sur ce Guide des égarés dont M. K, nous 
a excellemment raconté l'éclatante fortune. 

Julien Weill. 

Mars 1899. 



)60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



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93 » 9 » 

100 » 6 p. 

105 » 18 » 

115 » 10 » 

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(comme Vin» û* ">nbnD5, Genèse, xxx, 8) 

118 » 12 » rp£, lire W» 

119 » 9 » mïm»n » nn:n»i 

120 » 15 » n*wb » nnab 

5. /. Balbersiam. 
]bid., 187, note 2. Au lieu à 5«wfr, lire *n face de. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VER SAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



SUR 

UN PASSAGE DE FLAVIUS JOSÈPHE 

(ANTJQ. JUD. t XII, 4, § 155). 



La préparation d'un ouvrage sur la politique extérieure des 
Lagides à la fin du m e et au début du 11 e siècle, et la lecture des 
savantes études, récemment publiées, de MM. Wellhausen », 
Willrich * et Bùchler 3 ont ramené mon attention sur un passage 
de Flavius Josèphe qui a donné lieu à plus d'une controverse, et 
d'où Ton a voulu tirer d'importantes conséquences historiques. 
J'ai cru m'apercevoir et je vais essayer de montrer que tous ceux 
qui se sont occupés de ce texte ont négligé une précaution essen- 
tielle : c'est, à savoir, de l'interpréter avec exactitude. Si je ne 
m'abuse, ce qui s'y trouve est fort différent de ce qu'ils ont pensé 
y trouver 4 . 



I. 



Rien n'est si connu, dans les Antiquités Judaïques, que le cha- 
pitre iv du livre XII. Flavius Josèphe y raconte (du § 158 au 
S 223 5 ), d'après un chroniqueur qu'il n'a pas nommé, comment le 

1 Wellhausen, Isrartitische und Jûdische Geschi<-hte, 3 e éd., Berlin. La première 
édition de cet excellent ouvrage remonte déjà à quelques années ; la troisième et der- 
nière, fortement remaniée, a paru en 1897. 

> Willrich, Juden and Griechen vor der makkabâiscken Erhebung, Gôttingen, 1895. 

J Biïchler, Die Tobiaden und die Oniaden im II Makkabàtrbuche und in der 
verwandten jiidisch-hellenisttschen Litteratur, Vienne, 1899. 

4 11 va sans dire que, dans la présente étude, je me suis constamment servi de 
la belle édition de Josèphe que nous a donnée M. Ben. Niese. 

5 A partir du § 228, après une digression où il est parlé des relations du grand, 
prêtre Osias avec le roi de Lacédémone Areus, commence un récit nouveau dont 
Hyrkan est le seul héros, et qui présente de sérieuses apparences historiques ; cf. 

T. XXXIX, n° 78. H 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grand-prêtre Onias gardait pour lui les tributs destinés au roi 
d'Egypte, et faillit de la sorte attirer sur la ville de Jérusalem les 
plus grands malheurs ; comment son neveu Joseph, fils de Tobie, 
habile intrigant, profita de ses fautes, s'insinua dans les bonnes 
grâces du Pfolémée et de sa femme Gléopâtre par les bassesses et 
les bouffonneries qui ont réussi auprès des khédives de tous les 
temps, se fit adjuger et conserva pendant vingt-deux ans la ferme 
des impôts de la Koilé-Syrie, et acquit ainsi des richesses colos- 
sales; comment il eut un fils, Hyrkan, qui, venu tout jeune à la 
cour d'Egypte par ordre de son père, le distança de beaucoup en 
souplesse et en friponnerie *. 

Ce récit des aventures de Joseph et d'Hyrkan, où l'on démêle 
tout de suite bien des traits légendaires, recouvre-t-il un fond 
d'histoire vraie, ou n'est-il qu'un roman à prétentions historiques, 
imaginé pour les besoins d'une de ces polémiques qui mettaient 
aux prises, à l'époque hasmonéenne, les différents partis de la 
nation juive? C'est une question qu'on a beaucoup agitée, et qui, 
vraisemblablement, fournira matière encore à de longues dis- 
cussions 2 . Mais il est certain que Flavius Josèphe ne se l'est pas 
posée : il a tenu pour véridiques les faits mentionnés dans la 
chronique qu'il consultait, et les a transcrits ou résumés sans 
défiance. De plus, dupe en cela d'une méprise qu'on a depuis 
longtemps relevée 3 , il a cru qu'ils s'étaient passés sous le règne 

Wellhausen, 242; Willrich, 94 ; Biichler, 91-93. Josèphe doit l'avoir emprunté à une 
chronique différente de celle qui lui a fourni ses § 158-223, et qu'il a, du reste, fort 
mal raccordée à la première. Nous n'avons pas à nous occuper ici de ce second récit. 

1 Ce résumé, dénué de gravité, de l'amusante histoire des Tobiades est emprunté 
(sauf quelques mots ajoutés çà et là pour préciser certains détails) à Renan, Hist. 
d'Israël, IV, 273-274. 

* Schlatter, Eupolemos, 644 [je n'ai pu consulter cet ouvrage]; Wellhausen, 242; 
Willrich, 94 et suiv., considèrent l'histoire des Tobiades comme une fiction « tendan- 
cieuse », où se reflète l'image déformée de quelques événements authentiques. 
Stark, Gaza, 412 et suiv., et Biichler, 96 et suiv., estiment, au contraire, qu'elle 
est, dans l'ensemble, digne de créance. 

3 Sur la méprise qu'a commise ici Flavius josèphe, voir Wellhausen, 241; 
Willrich, 95; Mahaffy, 216; Biichler, 44. — On sait qu'un interpolateur ancien de 
Josèphe a écrit au § 158 (cf. 163) : elç ôpy^v exivrjoev (Onias) xôv {3aai)ia nxo>,e(xaïov 
[xôv Eùepy£TY]v, 8; y]v 7iaTY]p roO <I>iXo7iàTopo;] —, et qu'Eusèbe [Chron., 11, 120, 
éd. Schoene) place en 247, année de l'avèuement d'Evergètes, le début de l'admi- 
nistration du fermier Joseph, fils de Tobie. Stark, Gaza, 412-416; Mahaffy, Bmp. 
of the Ptolem., 217 et suiv. ; Schùrer, Gesch. des jild. Volkes, 111, 3 e éd., 75, note 7, 
ont, en partie, adopté cette chronologie: suivant eux, le Tobiade aurait été fermier 
des impôts de la Koilé-Syrie sous les règnes d'Evergètes et de Philopator, soit en- 
viron de 229 à 207; et je dois dire qu'après un attentif examen des textes, leur 
opinion me paraît digne de quelque considération. Biichler (59 et suiv.; 74-75) pense 
que les années 220-198 marqueraient les limites de la gestion de Joseph, en sorte que 
celui-ci aurait été au service de l'Egypte durant le règne presque entier de Philo- 
pator et les premières années du règne d'Epiphanes. C'est un système qui se 
heurte à quantité d'invraisemblances et qu'on ne peut raisonnablement soutenir. 



SUR UN PASSAGE DE FLAVIUS JOSÈPHE 163 

de Ptolémée V Épiphanes, après que ce prince eut épousé Gléo- 
pâtre, fille d'Antiochos III. C'est pourquoi, au chapitre iv de son 
livre XII, l'histoire du fermier Joseph et de son fils se trouve 
précédée du préambule que voici : (§ 154) jj.Exà os xauxa cptXtav xat 

rj7rovoàç 7ipbç IIxoXejAatov 'Avxtoyoç £7cotr|<7axo xat ûiGaxrtv aurai xtjv Quya- 
xéoa KXsû7ràxpav 7ipbç yx[/.ov Tcaoa/wo^ffa; aùxoî rrjç xoiXt^ç Supiaç xat 
^atxap£taç xal 'Iouoataç xat <I>otv'xT t ç <pepv"7|ç ovô[j.axt. — On sait d'ail- 
leurs que ces lignes renferment une grave erreur historique 1 : 
il se peut qu'en 196, lorsqu'il lit sa paix avec lui, ou, en 193, lors- 
qu'il lui donna sa fille, Antiochos III ait promis à Ptolémée V 
de lui restituer la Koilé-Syrie récemment conquise 2 ; mais un 
texte tout à fait formel de Polybe, pour ne parler que de celui-là, 
démontre de façon péremptoire que la promesse ne fut jamais 
tenue 3 . 

A ce préambule succède immédiatement, dans le chapitre iv de 
Flavius Josèphe, une phrase (§ 155) sur laquelle vont porter toutes 
mes observations et qui fera proprement l'objet de cette étude. 

Elle est ainsi conçue : xat otatpsOsvxoov elç àfAcpoxspouç xoùç (3a<7tXéaç 
twv cpoptov xàç iSiaç exaffxo.t xo>v £7t'.a - r j |j.o.>v tovouvxo 7raxptoaç cpopoXoysTv 
xat «yuvaôpotÇovxsç xb Trposxsxayusvûv xscpàXatov xoTç PactXsufftv èxsXouv. 

1 La même erreur se retrouve, comme on sait, dans Appien (Syr., 5, 374, Men- 
delss.) : xai 1Ito),eux{(o uiv è: Alyurctov ëffteXXe K).E07raTpav tyjv Eupav £7UxX7]aiv, 
upoïxa Eupîav x?iv xoî),y]v £7Ugi8ov:. . . ; et aussi dans Eusèbe (Chron., II, 124, Schœne) 
et dans S' Jérôme [In Daniel. , xi, 17), qui tous deux copient probablement Por- 
phyre. Il n'y a aucune raison de croire que Josèphe en soit le premier auteur; Josèphe, 
Appien et Porphyre ont puisé bien plutôt à une source commune. 

* Le conflit qui s'éleva, en 173, entre Philométor et Antiochos IV (voy. Polyb., 
xxviii, 1, 5) implique l'existence de ces promesses. C'était d'elles que s'autorisaient les 
ministres alexandrins pour réclamer la rétrocession de la Koilé-Syrie ; voir Polyb., 
xxviii, 20, 9 : e£apvou[X£voç (Antiochos) tyjv ôjxoXoyiav ï}v êçaaav ol xaxà ttjv 'AXeÇcxv- 
Spetav y£vsc6at riroX£u,atw xù> veoxtti u,eTï)XXax6u 7ip6ç 'Avtio/ov tov èxeivov 7caTÉpa 
ôxi ôeî XaêEïv aù-rôv èv cpepvîf, xoO/rjv Supîav, ot' ÈXàp-pavE KX£07raTpav. 

3 Le texte de Polybe dont il s'agit ici est celui-ci : (xxviii, 1, 2-3) cruvépoavE 8è 
xpaTEÏv tov 'Avrio/ov (Antiochos IV) tûv xaxà xoi'Xnv Supt'av xai <Ï>oivixy]v 7rpayu.âTO)V 
si; oy yàp 'AvTtoyo; ô 7raTY]p t°û v ^v XEyouivou paatXÉu); £v(x7]<j£ tt) ir£pt xô ITàvtov 
[là/;/) toùç JlToXEu.aiou (TTparyiyoO?, arc' Èxsîvcov ràiv yçôvw etceiôovto 7toîvte; ot 
7rpo£tpriu.£voi totioi toï; èv Supta PaatAcOa'tv. — D'autre part, il faut tenir compte 
encore des indications suivantes : 1° Il est dit que, pendant sa guerre contre Rome, 
dans l'hiver de 191-190, Antiochos III armait des tlottes en Phénicie : Liv. [=. Polyb.], 
xxxvn, 8, 3; App., Syr. t 22, 392 (Mendelss.). — 2» Sous le règne de Séleukos IV, 
nous voyons la Koilé-Syrie et la Phénicie administrées par un stratège, Apollonios, 
fils de Thraséas, fonctionnaire aux ordres du roi d'Asie : II Macch., m 5; m, 7; 
iv, 4. — 3» Sous le même règne, l'histoire d'Héliodore — qu'elle soit d'ailleurs véri- 
table ou apocryphe — atteste a chaque ligne que la domination syrienne s'étendait à 
la Koilé-Syrie, à la Phénicie et à la Judée : II Macch., m, 7 et siriv.; notamment, 
m, 8 et m, 13. — 4° Le fait que Ptolémée Epiphaues se préparait, vers la fin de son 
règne, à envahir la Koilé-Syrie et à la conquérir par les armes (Diod., xxix, 29 
Dind. ; Hieron., in Daniel, xi, 20) est sans doute une preuve assez manifeste 
qu'elle avait échappé à la domination des Lagides. — Gomp., en général, Stark. 
428-429, et Buchler, 45-47. 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

On n'a jamais, à ma connaissance, donné de ces mots qu'une 
seule traduction, celle-ci : « Les tributs [de la Koilé-Syrie] ayant 
été partagés entre les deux rois [c'est-à-dire entre Antiochos 
et Ptolémée], les principaux de chaque nation achetaient le droit 
d'imposer leurs concitoyens, et, réunissant la somme prescrite, 
la remettaient aux deux souverains [d'Asie et d'Egypte]. » Per- 
sonne ne s'est avisé d'émettre le plus léger doute sur l'exactitude 
de cette version. Elle est adoptée par tous et constamment repro- 
duite; elle est traditionnelle, elle est consacrée. 

Seulement, tandis que de nombreux érudits * faisaient bon 
accueil à la phrase ainsi traduite, acceptaient sans défiance le 
renseignement qu'ils y trouvaient, et tenaient donc pour assuré 
qu'à partir de 196 (ou de 193) les impôts de la Koilé-Syrie furent 
divisés par moitié entre Antiochos et son gendre 2 , d'autres, en ces 
temps derniers, et notamment Bùchler, l'ayant regardée de plus 
près, y ont découvert de grandes difficultés, l'ont jugée beaucoup 
plus embarrassante qu'instructive, et finalement ont renoncé à 
faire état de l'assertion, trop suspecte à leurs yeux, qu'elle 
contient 3 . Je pense que ceux-ci ont vu plus clair que leurs pré- 
décesseurs ; et, reprenant une partie de leur argumentation, la 
développant aussi et la fortifiant de remarques nouvelles, je vou- 
drais tout d'abord faire paraître combien fondées sont leurs cri- 
tiques, motivées leurs inquiétudes et justifiées leurs répugnances. 



IL 



J'écarte de la présente recherche toute considération extrinsèque, 
et, partant, toute considération tirée soit de l'étude de l'histoire, 
soit de la lecture d'écrivains autres que Josèphe ; je m'en tiens au 

1 Voir: D roy se n, De Lagidarum regno, 8 (= KL Schriften^ll, 360); Sharpe-Jolo- 
wicz, Gesch. Egypten's, I, 247, avec la note de Gutschmid; Mommsen, Rom. Gesch., 
I, 275, note 1 ; Stark, 412, 427; A. Heyden, Bes ab Antiocho III Magno. .. gestae, 
56; Schneiderwirth, Die polit. Beùehung. der Borner tu Aegyptea, 15, 19 ; Rospatt, 
Philolog., XXV, 44 et note 1 ; TetzlatF, De Antiochi III Magni régis rébus gestis. . ., 
34 et note 1 ; Heoan, Hist. d'Israël, IV, 263 ; Holm, Griech. Gesch., IV, 434; Wilcken, 
ap. Pauly-Wissowa, aux mots Antiochos III, 2466, et Antiochos IV, 2471-2472, cf. 
Droysen, Kl. Schriften, II, 433, note à 360 b ; MahafFy, Emp. of the Ptolemies, 306 ; 
Strack, Dynast. der Ptolem., 91 et note 4; Niese, Gesch. der maked. Staat., II, 674 
et note 2. 

* C'est là, du reste, en tout état de cause, une conclusion trop hâtive, et qui, 
même si la phrase de Josèphe signifiait ce qu'on lui fait signifier, serait bien difficile 
à admettre. Voir p. 175, note 1, mes remarques sur ce point. 

3 Wellhausen, 228 et note 1, 241; Willrich, 95; Bûchler, 47. On trouvera plus 
loin la citation intégrale des passages visés ici par référence. 



SUR UN PASSAGE DE FLAVIUS JOSÈPHE 165 

simple examen de la phrase en discussion et de son contexte, et je 
pose cette question : Traduite comme on fait d'ordinaire, la 
phrase qui forme le § 155 du livre XII des Antiquités Judaïques 
offre-t-elle, au lieu où on la trouve, un sens naturel et conve- 
nable? Cadre-t-elle avec les parties de texte qui l'environnent? 
A-t-elle du rapport et se lie-t-elle à ce qui la précède et la suit? 

Rappelons ce qui vient avant elle. Flavius Josèphe nous in- 
forme dans son § 154 — j'ai cité le texte plus haut — qu'An- 
tiochos, ayant traité avec PtoléméeEpiphanes et l'ayant pris pour 
gendre, lui fit abandon des provinces de Koilé-Syrie, de Samarie, 
de Judée et de Phénicie, qui formèrent la dot de Cléopâtre. Manifes- 
tement, pour toute personne d'esprit non prévenu, il s'agit là d'une 
donation intégrale que ne limitait ni ne tempérait aucune réserve ; 
d'une cession pure et simple, en suite de quoi les provinces cédées 
furent soumises à l'absolue souveraineté et devinrent la pleine 
propriété du roi Lagide : d'où cette conséquence que les tributs 
qui y étaient perçus durent être désormais versés en totalité au fisc 
égyptien. Cependant, tout de suite après ^§ 155), on nous déclare, 
sans nul avertissement, que, dans le temps qui suivit la paix 
conclue entre les deux monarchies orientales, les impôts syriens 
appartenaient moitié au roi d'Asie, moitié au roi d'Egypte. Voilà 
vraiment qui était bien inattendu : il faut convenir que la secousse 
est brusque et la surprise forte. Dira-t-on que Flavius Josèphe a 
cru qu'Epiphanes, par l'effet d'un arrangement diplomatique très 
singulier et dont on ne trouverait pas facilement d'autre exemple, 
n'exerçait sur la Koilé-Syrie qu'une domination incomplète, et, 
possédant la terre, n'avait droit qu'à partie de l'argent que la terre 
rapportait? Mais la chose, en raison de son étrangeté même, eût 
mérité qu'il y insistât d'abord et qu'il la spécifiât en termes exprès, 
au lieu de s'en tenir à cette formule générale : Traoaywpjsa; aura 
(Antiochus) ttjç xoilr^ Supiaç çepvTjç ov6;jt.aT'., qui devait néces- 
sairement prêter à erreur 1 , A tout le moins, la première phrase 
étant ce qu'elle est, pour qu'on pût, sans soubresaut, passer à la se- 
conde, Josèphe aurait-il dû ajouter quelques mots d'éclaircissement, 
formant transition : le lecteur réclame d'instinct une phrase inter- 

1 Bien que je me sois interdit, dans la présente discussion, tout rapprochement 
entre notre texte et ceux d'autres auteurs, il m'est impossible de ne pas l'aire observer 
en note que ni Appien, ni Porphyre (dans Eusèbe et saint Jérôme), qui ont cru, 
comme Josèpbe, qu'Antiochos III avait rendu la Koilé-Syrie à Epiphanes, ne disent 
un mot du partage des tributs qui aurait accompagné la rétrocession de la province. 
Comment supposer cependant qu'ils n'aient pas eu connaissance d'un fait si particulier 
et si important, ou que, l'ayant connu, ils l'aient jugé peu digne de mention? Le 
silence qu'ils ont gardé aurait dû seul taire naître des doutes sur le sens générale- 
ment attribué à notre § 155. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

médiaire, restrictive de la première, par là explicative de la 
seconde, dont le sens soit celui-ci : « Le traité qui cédait la Koilé- 
Syrieà Ptolémée maintint d'ailleurs formellement les droits d'Àn- 
tiochos à la moitié des tributs payés par les habitants. » Toute 
liaison de cette sorte faisant défaut, il ne reste qu'à constater ici 
un désaccord trop apparent 1 . Entre les conclusions, que rien 
n'atténue, qui se dégagent naturellement et légitimement de la 
première phrase, et l'indication que renferme la seconde, il y a 

heurt. Les mots otatpeôévTwv twv cpopojv sont en contradiction 

avec ce qui les précède, bien loin qu'ils s'y adaptent. 

S'adaptent-ils mieux à ce qui les suit? Il ne semble guère. Ce 
qui les suit, on le sait déjà, c'est l'histoire du Tobiade Joseph. Or, 
s'il est un fait qui ressorte avec certitude de cette histoire, telle 
que Flavius Josèphe l'a reproduite, c'est qu'au temps où se pas- 
saient les événements dont elle parle, la Koilé-Syrie obéissait 
sans nulle restriction à l'autorité du roi d'Egypte 2 . A chaque 
ligne, on peut le dire, le Ptolémée nous est représenté comme le 
maître du pays : il en tire des impôts qu'il afferme en personne 
et dont il a lui-même fixé le montant (§ 169 ; cf. 1*75-1 "79) ; il y 
expédie des troupes, peut y installer des colonies militaires et 
en chasser les habitants (§ 180 ; 159) ; il y entretient un corps de 
fonctionnaires (§ 220); il donne pleine faculté à ses agents de 
traiter avec la dernière rigueur les contribuables récalcitrants, les 
autorisant à réduire leurs villes par la force, à prononcer contre 
eux des condamnations à mort et à opérer la saisie de leur fortune 
(§ 181-183); toute offense faite, en Koilé-Syrie, à sa personne ou 
à sa maison est réputée crime de lèse-majesté et punie par la 
confiscation des biens du coupable au profit de son trésor (§ 176; 
cf. 181 ; 183) ; enfin, lorsqu'il lui nait un fils, les principaux des 
villes syriennes, prenant en hâte le chemin d'Alexandrie, s'em- 
pressent à le féliciter et lui apportent des présents (§ 196). En 
revanche, qu'on examine le récit d'un bout à l'autre, on n'y dé- 
couvrira nulle mention du roi d'Asie ; pas un mot n'a trait, pas 
une allusion n'est faite à une action quelconque exercée par lui 
dans les provinces jordaniques 3 . Rien de plus significatif que ce 
contraste. Pour un lecteur sans parti pris, tout, dans l'histoire 

1 Cf. Bùchler, 47 : « Dièse Meldung, die, im Qegensatze zu der vorhergehenden, 
von der Provinz, nicht mehr als dem ausschliesslichen Besitze der Ptolemâer, sondern 
unvermittelt nur von deren Steuern spricht... » 

* Cf. Bùchler, 54 : « Koilesyrien ist sonach durcbgeheuds als eine Provinz 
Aegypten's dargestellt. . . »; Schûrer, III, 75, note 7 : « Auch. setzt die ganze 
Erzâhlung voraus, dass Palàstina damais noch den Ptolemaern gebôrte. » 

3 Ct. Stark, 414; Bùchler, 47-48. . « Sie [die Tobiadengeschichte] keine Spur 
syrischer Verwaltung zeigt. » 



SUR UN PASSAGE DE FLAVIUS JOSEPHE 167 

des Tobiades, exclut et exclut absolument l'idée d'un partage, 
aboutissant dans le fait à uneco-suzeraineté des deux cours orien- 
tales, tel que celui qu'on suppose avoir été établi en 196 ou 193. 
Je puis, en vérité, me dispenser d'insister là-dessus plus longue- 
ment, tant les observations faites par d'autres sont déjà con- 
cluantes * et tant la lecture du texte de Flavius Josèphe est à elle 
seule décisive. 

Dès lors il faut le reconnaître avec simplicité : la phrase qui 
mentionne la « oiatpsfftç rèv cpôpojv » — ou qui passe pour la men- 
tionner — demeure isolée dans notre chapitre iv ; elle y reste à 
l'état d'accident, inexpliqué et déconcertant; non seulement elle 
ne se rattache à rien de ce qui l'entoure, mais elle est en opposi- 
tion avec tout ce qui l'entoure. Et ainsi, Ja présence de celte 
phrase dans ce chapitre est injustifiable et incompréhensible; l'on 
ne sait à quoi elle rime, et, bref, elle a tout l'air de n'exprimer 
qu'une ineptie. 



III 



Ni Wellhausen, ni Willrich, ni Bùchler n'ont reculé devant cette 
affligeante conclusion ; et c'est de quoi je ne puis que les ap- 
prouver. Seulement, ils ont jugé bon, dans leur embarras, d'in- 
fliger à Flavius Josèphe le rôle de bouc émissaire 2 ; et c'est en 
quoi je crains qu'ils n'aient péché fort inutilement par témérité. 
A les en croire, de Josèphe viendrait tout le mal. Ne sachant que 
faire de la phrase qui les gêne et qui nous gêne, ils lui en imputent 
aussitôt l'entière paternité et l'en déclarent l'unique auteur : tan- 
dis que, dans son chapitre iv, le § 154, d'une part, l'histoire des 
Tobiades, de l'autre, sont des morceaux empruntés, c'est lui et lui 
seul qui, de but en blanc et sans que rien dans ses sources l'y 
invitât, aurait imaginé cette « Siat'peâtç ràv cpo'pwv », cause de tant 

1 Staik, Bùchler, Schûrer, dans les passages précédemment visés ou cités. Cf. 
Wellhausen, 241 ; Willrich, 98. 

2 Wellhausen, 241 : « Die Behauptung, dass sich die beiden Mâchte in die 
Einkùnfte des Landes geteilt hâtten, ist eine Yerlegenheitsauskunft des Josephus, 
die den Voraussetzungen der Erzâhlung selber nient gereclit wird » ; cf. 228, note 1. 
— Willrich, 95 : « Josephus... half sich mit der Verlegcnheitsanuahme, dass Au- 
tiochos der Kleopatra die Sieuern Syrien s, Phônikien's, Samareia's als Mitgift gege- 
ben habe. » — Bùchler, 48 : * So erweist sich die Nachricht von der Theilung der 
Einkùnfte als vôllig unhaltbar und sie ist als eine durch nichts begrùndete Verle- 
genheitsannahme des Josephus anzusehen, die zur Erklârung des Berichtes nient 
verwendet werden darf. » 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de tracas pour ses lecteurs. II sera permis de trouver que c'est là 
une conjecture un peu prompte, et qu'on a trop négligé de l'ap- 
puyer de raisons valables. Mais le plus grave, c'est qu'elle a le 
tort de n'avancer guère les choses, ou, à parler franc, qu'elle ne 
les avance pas du tout. Car, la responsabilité de Josèphe fût-elle 
établie, — et elle ne l'est pas, ne peut pas l'être *, — il s'agirait 
toujours de comprendre comment il a pu risquer une affirmation 
qui ne s'accorde ni avec ce qu'il a rapporté, une ligne plus haut, 
du traité conclu entre Antiochos III et Ptolémée V, ni avec le 
long récit, relatif aux Tobiades, dont il Ta fait suivre pendant 
plusieurs pages 2 . Là est tout le problème, et qu'on ne résout pas. 
Alléguer ou sous-entendre que Josèphe est un pauvre esprit et 
un historien confus (ce que, d'ailleurs, je n'ai garde de contester) 
serait, en l'espèce, une explication vraiment trop simple pour 
que personne la pût estimer suffisante. 

Peut-être, avant de charger Josèphe ou tout autre de l'absurdité 
qu'on aperçoit ici, eût-il été d'une sage méthode de commencer par 
rechercher où réside exactement cette absurdité. Se trouve-t-elle 
dans le texte, ou, d'aventure, ne serait-elle pas simplement dans la 
version qu'on en a faite? L'interprétation traditionnelle des mots 

otaifsôsvTtov tcov çpdpwv ne mène à rien de raisonnable : voilà 

qui est dûment acquis. Mais il reste à voir si, à l'interprétation 
traditionnelle, il n'est pas loisible d'en substituer une meilleure. 

1 On voit, par la note 2 de la page précédente, que le terme de t Verlegenheitsan- 
nahme » a fait fortune. Suivant les trois auteurs que j'y ai cités, Josèphe se serait trouvé 
dans un grand embarras, d'où il n'aurait pu se tirer que par un expédient de ren- 
contre, à savoir par l'affirmation aventurée, contenue dans son §155. Mais j'avoue qu'à 
l'examen les angoisses de Josèphe ne m'apparaissent pas avec tant de clarté. Willrich 
(95) explique du mieux qu'il peut en quoi elles auraient consisté : — Josèphe savait 
que la Koilé-Syrie, conquise par Antiochos III de 203 à 198, demeura en son 
pouvoir même après le traité de 196 et le mariage de Gléopâtre; — mais il croyait 
savoir, d'autre pari, que l'histoire des Tobiades était contemporaine du règne de Pto- 
lémée Epiphanes; — or, cette histoire lui montrait un Ptolémée (qu'il pensait donc 
être Ptolémée V) levant des impôts en Koilé-Syrie; — pour expliquer ce fait, 
Josèphe s'est ainsi vu réduit à supposer qu'Antiochos III avait renoncé en faveur de 
son gendre à la moitié des tributs payés par les Koilé-Syriens. Voilà qui est bien 
déduit et qui serait spécieux, n'était qu'on débute dans cette argumentation par un 
postulat, à mon avis inadmissible. Où prend-on que Josèphe savait qu'après 196 la 
Koilé-Syrie resta au pouvoir des Séleucides? Il l'a si peu su, qu'il déclare préci- 
sément le contraire, et que, dans la phrase qui forme son § 154, il attribue catégo- 
riquement au roi d'Egypte, nous l'avons vu de reste, la possession de la province. La 
vérité, c'est que le problème, dont le § 155 des Antiquités Judaïques, si l'on en 
croit nos critiques, serait la solution désespérée, ne s'est jamais posé a l'esprit de 
Josèphe. 

* Voyez ia juste remarque de Buchler, 47 : * Bleibt es noch immer unverstandlich, 
wie Josephus die Theilung der Steuern unter die beiden Kônige mit dem in der 
Tobiadengeschichte Erzàhlten in Einklang gebracht haL » 



SUR UN PASSAGE DE FLAVIUS JOSÈPHE 169 



IV. 



Ce qu'on aurait dû remarquer depuis longtemps, c'est que la 
phrase en discussion est au moins équivoque. On peut la traduire 
comme on a toujours fait, sauf à s'engager dans l'impasse que j'ai 
signalée et que d'autres avaient signalée avant moi ; on peut aussi 
en proposer une traduction différente. Le point capital ici, c'est 
évidemment la signification des mots o! à^dtepot pa<r$.eïç, toTç 
fia<7iX£ÏÏ<rtv. Tout le monde s'est mis en tête qu'ils désignent les rois 
d'Asie et d'Egypte : mais il n'y a à cela nulle nécessité. Dans la 
phrase (§ 154) qui précède immédiatement la nôtre, il est fait 
mention d'Àntiochos III, de Ptolémée V et de Gléopâtre. On voit 
mal pourquoi les ajjupÔTepoi fïacjiXsïç seraient les deux premiers per- 
sonnages plutôt que le second et le troisième. Le fait est que, si 
nous nous reportons à l'histoire du Tobiade Joseph, dans la partie 
de cette histoire où est raconté le séjour d'Hyrkan en Egypte, 
nous lisons, au § 208 : xaî Tpeïç SiaX»câ>v yj^épaç ô 'Ypxavoç 7]<77rà<7axo 
xoùç (3a<7iXéaç' o\ 8s àcixÉvwç aùxov eîSov.;., et, au §218 : ô o'Ypxavbç 
ouç (ovTjO'aTO Traïoaç éxaxov xad Ttapôévouç xocauxaç... 7tpo(77W*Y£V xoùç jjlîv 
t<3 (iaaiX&î, xàç os ttj KXeoira.Tpa" 7tàvt(ov 8s 9au[/.aa , àvTwv ttjv 7tap' èX7ui'8a 
twv 8(op(j)v iroXuTÉXetav xat xwv fiacr'.Àsdv aùxcov *... Personne ne niera 
que, dans ces deux passages, le titre de pascXsiç s'apphque au roi et 
à la reine d'Egypte. Il en peut être de même dans celui qui nous 
occupe. De sorte que rien ne sera plus légitime que la version 
suivante : « Les tributs [de la Koilé-Syrie] ayant été partagés 
entre les deux souverains de l'Egypte, les principaux de chaque 
pays achetaient le droit d'imposer leurs concitoyens, et remet- 
taient au roi et à la reine le montant des tributs, qui avait été fixé 
à l'avance. » 

Philologiquement, cette traduction est irréprochable, et j'estime 
qu'elle donne un sens parfaitement plausible. Il faut cependant 
prévoir une objection. Plusieurs, sans doute, auront peine à 

1 L'expression pi {ÎQWtXeïç, « les rois », désignant le roi et la reine d'Egypte, était 
si bien passée dans l'usage, à la basse époque alexandrine, qu'on la retrouve même 
chez les Latins. On lit dans T. Live : Alexandream ad Ptolema&um et Cleopatram 
reges M. Atilius, M'. Acilius legati .... dona tulere (xxvn, 4, 10 ; — Legati ab Ptc- 
lemaeo et Cleopatra regibus Jîgypti gratulantes quod M'. Acilius consul Autiochum 
regem Graecia expuli$set venerunt; — reges ^Egypti ad ea quae censuisset Senatus, 
paratos fore, gratise regibus actae (xxxvn, 3, 9-11); — Primi Alexandrini legati ab 
Ptolemaeo et Cleopatra regibus vocati sunt (xliv, 19, 6); — Regibus iËgypti, Ptole- 
maeo Cleopatraeque, si quid pet te boni commodique evenisset, id magno opère 
Senatum lsetari (xlv, 13, 7). 



170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

admettre ce partage des impôts provinciaux qu'auraient consenti, 
selon notre explication, le roi et la reine d'Egypte : ils allégueront 
probablement que l'histoire des Lagides ne nous a rien révélé 
de tel, et que nul écrit d'origine alexanclrine, nul document 
public des temps ptolémaïques arrivé jusqu'à nous Coffre trace 
d'un pareil fait. Il se peut; mais la question n'est pas de savoir 
si le partage dont il s'agit a été un fait réel ; la question est de 
savoir si le chroniqueur anonyme à qui Flavius Josèphe emprunta 
l'histoire des Tobiades — car il n'y a nul motif pour faire inter- 
venir ici, comme on l'a voulu, la personne même de Josèphe — a 
pu en avoir l'idée et croire à sa réalité. Or, la chose, à la réflexion, 
est tout à fait vraisemblable. La plupart des critiques s'accordent 
aujourd'hui à reconnaître que cet anonyme, — sans doute un 
habitant de la Samarie 1 , — rédigea sa narration à une époque 
assez basse : certainement après 193, à cause du nom de Gléopâtre 
qu'il donne à la reine 2 ; très probablement dans le courant ou 
vers la fin du 11 e siècle 3 ; peut-être même, comme le suppose 
Willrich 4 , après l'année 107, en raison de la mention spéciale 
qu'il fait de la ville de Skythopolis. Il paraît donc sûr qu'il écrivait 
dans un temps où, en vertu d'un régime qui datait du règne de 
Philométor 5 , les reines d'Egypte étaient associées officiellement 
et dans les formes les plus solennelles à l'exercice de la puissance 
royale. C'était là une particularité propre au royaume Lagide, 
sans analogue dans les autres monarchies, dont notre auteur, 
comme tous les étrangers, ne pouvait manquer d'être frappé. Il 
en a été vivement frappé en effet : la preuve en est que, sans souci 
ou plutôt sans soupçon de l'anachronisme, il l'a transportée dans 
son récit, bien qu'il s'agisse dans ce récit d' une époque fort anté- 
rieure à celle où vivait le narrateur. Ce qu'on observe, dès qu'on 
parcourt l'histoire des Tobiades, c'est que Cléopâtre y occupe 
presque autant de place que Ptolémée : non seulement le roi 
paraît ordinairement accompagné de la reine 7 ; non seulement 
les deux souverains font ensemble accueil aux étrangers de 
marque 8 ; non seulement la reine reçoit d'eux les mêmes hom- 

» Willrich, 99-100, 101-102; Bûchler, 86 et suiv., 95. 

2 Voir Buchler, 106. 

3 Buchler, même page. 

k Willrich, 98-99. Voir cependant les objections de Buchler, "0, note 74. 
8 Strack, Dyn. der Ptoletn., 2-3, 32; cf. Wilcken, Berl. Philol. Wochenschr., 
1896, 1493. 

6 Buchler, 106, a déjà fait, avec raison, cette remarque. 

7 § 171; 208 et suiv. 

8 Mêmes passages. 



SUR UN PASSAGE DE FLAVIUS JÔSÈPHB 171 

mages et les mêmes présents que le roi ! ; mais, de plus, on nous la 
montre participant aux affaires publiques : c'est ainsi, pour citer 
un trait caractéristique, que l'ambassadeur Athénion, à son retour 
de Judée, l'informe, aussi bien que Ptolémée, des résultats de sa 
mission 2 . Visiblement, pour l'historien de Joseph et d'Hyrkan, 
l'Egypte — l'Egypte de tous les temps, à l'image de celle du sien 
— était un pays où les reines étaient les égales des rois. Plein de 
cette idée, on comprend que, par une suite facile d'exagérations, 
il se soit persuadé que cette égalité se retrouvait en toutes choses; 
qu'ainsi, les deux souverains avaient l'un et l'autre un droit pareil 
sur les revenus de l'État; qu'en conséquence, ils les divisaient 
exactement entre eux; et que les impôts des provinces, partagés 
par moitié, allaient remplir à la fois et le trésor du roi et celui de 
la reine. Ce qui put rendre Terreur plus aisée, c'est qu'au temps 
où fut composée la chronique qui célébrait la fortune des To- 
biades, la Palestine ayant cessé depuis bien des années de dé- 
pendre de la monarchie Lagide, ses relations avec l'Egypte 
s'étaient sensiblement relâchées : rien d'étonnant si, chez les Hé- 
breux demeurés au pays, on n'avait plus alors qu'une connais- 
sance assez incertaine des règles de l'administration alexandrine. 
Ainsi, l'objection qu'on pouvait d'abord être tenté de m'opposer 
se laisse facilement écarter. — A peine, à présent, est-il besoin de 
faire remarquer par quels avantages se recommande l'interpréta- 
tion nouvelle que j'ai proposée. Avec elle s'évanouissent toutes les 
difficultés qu'entraînait l'interprétation traditionnelle et qui, tout 
à l'heure, nous arrêtaient. Les incohérences et les contradictions 
relevées plus haut disparaissent; tout, maintenant, se suit bien et 
marche à souhait : — Les pays syriens ont été cédés, en toute 
propriété, par Antiochos à son gendre; — Ptolémée et Cléopâtre 
s'en sont partagé la jouissance; — tous les tributs que doivent 
ces pays sont donc désormais affermés et perçus pour le compte 
de la couronne égyptienne, avant d'être versés entre les mains 
du roi et de la reine; — l'histoire du fermier Joseph nous montre 
précisément comme il est procédé, au nom de l'Egypte, à leur 
adjudication et à leur rentrée. On le voit : la phrase relative à la 
« Siai'pediç twv ©ôpwv » n'est plus pour causer au lecteur ni gêne ni 
surprise; elle renferme une indication qui se concilie sans nulle 
peine avec les données du contexte. A la vérité, il peut sembler au 
premier moment que cette indication n'avait rien d'indispensable 



1 § 208; 217. Comp., au § 185, ce qui est dit des cadeaux que Joseph expédie, 
de Syrie, au roi et à la reine. 
* § 167. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et qu'on l'eût omise sans dommage; je crois cependant que nous 
nous apercevrons dans un instant qu'elle n'était pas superflue. 



On ne s'étonnera pas, au point où nous sommes parvenus, que 
ma traduction me paraisse devoir être préférée à celle qui a eu 
cours jusqu'ici. J'ose me flatter que quelques-uns de mes lecteurs 
partagent déjà cette préférence. Ils sont en droit, toutefois, d'at- 
tendre de moi un supplément de preuve qui lève tous leurs doutes 
et fixe leur opinion. Le mieux, certainement, serait que quelque 
passage de notre chapitre iv, inintelligible ou peu intelligible tant 
qu'on s'en est tenu pour le § 155 à l'ancienne interprétation, 
s'éclairât, grâce à la nouvelle, d'une pleine lumière. Il me semble 
que ce cas se présente et que les § 177-178 nous viennent fournir 
à propos la confirmation souhaitée. 

On nous raconte là comment, le jour où devait être adjugée, à 
Alexandrie, la ferme des impôts de la Koilé-Syrie, le Tobiade 
Joseph se lit fort, en présence du roi, de tirer des contribuables 
une somme double de celle qu'offraient ses concurrents, les autres 
candidats à la ferme. Le récit se poursuit ainsi : xou 8è fkaiXéuc 

7]0£toç àxouaavTOç xat wç au^ovxi tyjv Ttposooov auToù xaxaxupouv ttjv wvtjv 

TWV TsXwV SXSlVb) C&YjCaVTOÇ, £pO[A£VOU 0£ t\ XQU XOUÇ £yyUY]<70[Jl£VOUÇ OCUTOV 

£^st, scpoop' à<7T£UDÇ a7U£Xptvaxo - (( ooSco) yàp, ebrev, àv6poj7iouç àyaôoùç xat 

XaXoÙç, o!ç OUX aTCtffXYjGXXE ' . » AÉyElV 0£ XÛUXOUÇ OtXlVEÇ £t£V efordvTOÇ, 

« aùxov, elîrev, oj paatX£u, ai te xat ttjv yuvaTxa xtjV <77,v uTrèp ÉxaxÉpou 
piÉpouç £yyuT,ç70[X£Vou; otoojpu <Ccot?> 2 . » r£Ààaaç 8'6 IIxoA£(xaîoç 
<7uv£yoSpYiÇ7£V aùxto otya twv opioAoyouvxo:>v ly£tv xà xÉXyj. Ce qui, tra- 
duit littéralement, veut dire (on ne saurait citer une traduction 
plus littérale que la version latine reproduite dans l'édition Di- 
dot) : « Quum autem rex ista libenter audivisset dixissetque se 
ei, ut qui reditus suos augeret et amplificaret, vectigalia addicere, 
prseterea vero id eum interrogaret ecquos sponsores dare posset, 

1 Le manuscrit P (Palatinus du Vatican) donne àTUfjxyjaETat.La leçon àuia'niasTE 
est celle de VEpitome de Josèphe; elle ne peut faire l'objet du moindre doute, et c'est 
avec pleine raison qu'on l'a reçue dans la vulgate. 

* Dans la vulgate, on lit ôt'owfu aoi. La présence du second mot se concilierait 
assez mal avec l'interprétation que je proposerai plus loin; en effet, comme on le 
verra, ce n'est pas au roi seul, c'est au roi et à la reine que Joseph doit offrir des 
garants. Mais, précisément. M. Théodore Reinach veut bien me faire remarquer que 
le mot «rot est omis dans le manuscrit (E) de VEpitome, dont les leçons, pour les 
1. XI-XV des Antiquités Judaïques (cf. Niese, FI. Josephi Opéra, III, praef., xxxvi), 
méritent souvent la plus sérieuse considération. 



SUR UN PASSAGE DK FLAVIUS JOSÈPHE 173 

festive admodumrespondit : « Dabo enim,inquit,bonos et honestos 
homines quibus non di ffîde Us. «Quumque iuberet [rex] ut qui sint 
isti diceret, « Te ipsum, subiecit, o rex, coniungemque tuam pro 
ulraque parte sponsores do. » Hic subridens Ptolermeus ei vecti- 
galia sine fideiiussoribus addixit. » 

Je crois que cet entretien du roi et de Joseph n'a jamais été 
pleinement compris. Il est deux endroits, en effet, où me semblent 
avoir bronché, sans exception ! , les traducteurs ou commentateurs 
que j'ai consultés. A tous, autant que je puis voir, le verbe au 
pluriel à7ri<7r/}<7STs, d'une part, les mots &7csp sxarépou [Jiépouç, de 
l'autre, ont causé le même grand embarras. Citons quelques exem- 
ples. Le vénérable Arnauld d'Andilly écrit 2 : « Le roy vit avec 
plaisir que Joseph augmentoit ainsi son revenu ; mais il luy 
demanda quelles cautions il luy donneroit. Il luy répondit de 
bonne grâce qu'il luy en donneroit d'excellentes et telles qu'il ne 
pourroit les refuser. Le roy luy ayant commandé de les nommer, 
il luy dit : « Mes cautions, sire, seront Votre Majesté et la Reine, 
qui tous deux répondrez pour moy. » C'est se tirer d'affaire com- 
modément, mais en manquant à tous ses devoirs de traducteur : 
au pluriel àittaT^Gezz qui le gênait, on voit qu'Arnauld a substitué 
tout simplement un singulier, puis que, par un escamotage oppor- 
tun des mots Ù7tèp èxaTspou (xépouç, il a supprimé la seconde des deux 
difficultés qu'il avait à résoudre. Moins cavalière, l'interprétation 
du P. Gillet n'est guère plus satisfaisante 3 :«Le roi accepta avec 
plaisir des offres qui augmentoient aussi considérablement ses 
revenus. . . Mais avez-vous, dit-il à Joseph, des cautions à donner? 
Oui, répondit agréablement ce jeune homme, j'en ai; ce sont des 
gens de bien, fort solvables, et dans lesquels vous aurez pleine 
confiance. Et qui sont-ils, poursuivit le roi? Vous-même, d'une 
part, répliqua Joseph, et la reine, de Vautre, vous répondrez l'un 
et l'autre pour moi. » Il est manifeste que les mots ùTiàp èxa-répo-j 
jiipouç sont ici pris à contre-sens; et pour ittrKrnfaeTs, si on Ta 
prudemment rendu par un pluriel qui, au premier abord, peut 
faire illusion, il apparaît trop cependant que ce n'est qu'un faux 
pluriel, et qu'au verbe le traducteur donne pour sujet Ptolémée, 
ce qui, sans doute, est un peu osé. Whiston, dont la version 
anglaise est justement appréciée, ne se montre, dans le passage 

1 Peut-être cependant la vérité a-t-elle été entrevue par Madahy (Emp. of the 
Ptolemies, 218) : « . .. Josephus offers, by way of joke, the king and queen as 
sureties to themselves on his part. » Le savant historien n'a, du reste, pas mieux 
compris que les autres commentateurs en quoi consiste la plaisanterie du Tobiade. 

* Œuvres de Josèphe, Paris, 1667, I, 43. 

* Œuvres de Josèphe, Paris, 1756, II, 497. 



174 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qui nous intéresse, guère supérieur à ses confrères ' : « The king 
was pleased to hear that ofïer, écrit-il . . . But when he asked him 
this question : « Whether lie had any sureties, thatwould be bound 
for the payment of the money? », he answered very pleasantly : 
« I wilî give such security, and those of persons good and respon- 
sible, and which you shall hâve no reason to distrust. » And when 
he badehim narne them who they were, he replied : « I give thee 
no other persons, o king, for my sureties than thyself and this thy 
wife, and you shall be security for hoth parties. » Assurément, 
« you shall hâve no reason to distrust » est une traduction exacte 
de « otç oùx à-'.crTY^cT£ », puisque l'anglais suit ici le grec mot à 
mot ; mais quel est le sujet du verbe, et d'où vient que ce sujet est 
au pluriel ? Voilà ce qu'on aimerait à savoir, ce que Whiston aurait 
dû indiquer, et sur quoi il glisse prestement. Le lecteur ignorant 
quelles personnes représente le pronom « you », la phrase de 
Joseph en demeure parfaitement incompréhensible. Quant à tra- 
duire biteç Èxarépou f/ipouç par « for both parties », c'est un contre- 
sens (si ce n'est un non-sens?) qui égale pour le moins celui du 
P. Gillet 2 . 

Ajoutons maintenant que, chez tous ces interprètes, la seconde 
réponse faite au roi par le fermier Joseph, *— laquelle, au dire de 
son biographe, est pourtant extrêmement plaisante (<7<pôoV àaretto; 
aicexpfvafco 3 ) — nous paraît à nous singulièrement froide et tout à 
fait dépourvue d'agrément. Ptolémée exigeant de lui des cautions, 
au moment où il lui va confier la ferme de la Koilé-Syrie, le 
Tobiade déclare qu'il choisit pour garants et le roi lui-même et la 
reine. Franchement, à qui persuadera-t-on que cela soit fort spiri- 
tuel? Convenons qu'il est impossible de goûter le sel de cette niaise 
turlupinade, et difficile même de lui trouver un sens. S'il suffit 
d'elle pour que le roi, ravi, ne se tienne pas de joie, comme il est 
dit au § 178, c'est que vraiment sa bonne volonté était grande 
ou que les dieux l'avaient fait d'un heureux naturel. 

1 Antiquities of the Jewi (1737), p. 491 de Péd. de 1897. 

2 Lumbroso [Hech. sur l'Economie politique de l'Egypte, 325) a présenté des 
mêmes mots une explication originale, qui mérite d'être citée : « Joseph, dit-il, 
s'étant proposé pour la ferme et des impôts et du revenu des confiscations (cf. § 176 : 
ooitô; ôè StTrXarjt'ova (tiu.9]v to>v ts),ûW] ôcoaetv inziGyyeXzo xat twv àixapTovriov eï; tqv 
oïxov aOro'j tàç oOaia; àva7i£u.^îiv aùxto " y.a: yàp tovto toîç xéleai <jvvs7U7tpà<7XETo), 
le roi, après la lui avoir adjugée, demanda aussitôt quelles étaient ses cautions. Le 
fermier promit alors des fidéijusseurs dignes de toute confiance, et, pressé de les in- 
diquer, déclara que c'étaient le roi et la reine qu'il donnait comme garants pour Vun 
et Vautre revenu (vmèp éxarspou pipou;) ». Cette interprétation est ingénieuse, mais 
tirée de bien loin et trop compliquée ; je ne pense pas qu'on puisse s'y tenir. Ce qui 
suffirait, au surplus, à la faire condamner, c'est qu'avec elle la plaisanterie de Joseph 
demeure aussi peu intelligible qu'avec les précédentes. 

3 § 178. 



SUR UN PASSAUK DE FLAVIUS JOSÙPHE 175 

Mais cependant tout change et tout s'arrange, sitôt qu'on entend 
la phrase . . .^taipsèevccav . . .tgW cpfywv comme j'ai proposé tout à 
l'heure qu'on l'entendît. D'abord, on démêle sans peine la signifi- 
cation des mots Ô7tèp exarépou [/.éçouç : les deux « asor, » sont les 
deux parts des impôts syriens, afférentes l'une au roi, l'autre à la 
reine. Pour chaque part il faut une caution; ainsi, chacun des deux 
souverains a besoin d'un garant : de là la phrase de Joseph : ooWo> 
va:... àv0cc')7rou;. . . otç où/. i7rta"nrça6Te, où le verbe àiKçrnjGeTe a 
naturellement pour sujets Ptolémée et Gléopâtre. Et quant à la 
plaisanterie du fermier, on voit nettement, à présent, en quoi elle 
consiste; si elle ne mérite pas l'éloge trop .véhément qu'en fait le 
narrateur, elle ne laisse pas néanmoins d'être assez gentiment 
malicieuse : au roi, Joseph offre pour garant sa femme; à la reine, 
il offre son mari; les deux époux devront répondre l'un pour 
l'autre. — Ainsi, l'explication que j'ai donnée du § 155 une fois 
admise, les §§ m-178 se trouvent expliqués du même coup dans 
toutes leurs parties, et rien ne subsiste des obscurités qu'on y 
rencontrait. Je ne pouvais, en vérité, désirer une contre-épreuve 
plus concluante, ni paroù apparût, avec plus d'évidence, la nécessité 
de l'interprétation que j'ai adoptée. Celle-ci nous livre le mot d'une 
énigme, insoluble jusque-là, et qui avait rebuté les plus clair- 
voyants. 



VI 



Les résultats très simples auxquels aboutit cette étude doivent 
être précisés en peu de mots : 

1° Les manuels d'histoire ancienne nous enseignent communé- 
ment qu'après le mariage de Cléopâtre, fille d'Antiochos III, avec 
Ptolémée V Epiphanes, les revenus de la Koilé-Syrie furent attri- 
bués mi-partie au royaume d'Egypte, mi-partie au royaume d'Asie. 
Cette opinion doit être abandonnée. Elle se fondait uniquement, 
prêtant d'ailleurs aux plus graves objections historiques ', sur une 

1 Oq est eu droit de s'étonner, en effet, que les critiques qui, comme Mommsen. 
Wilcken, Niese, sont convaincus — et convaincus avec juste raison — que, de- 
puis le début du ni» siècle, la Koilé-Syrie dépendit complètement des Séleu- 
cides, puissent croire en même temps au partage des tributs de la province. 
On serait curieux de savoir par quel biais ils accordent cette croyance avec 
l'affirmation si catégorique de Polybe. reproduite plus haut — £7tsî6ovto 7iàvx£ç ol 
7ipoeipyi[xévoi tottoi toiç èv Xuptoc {JasiXeûffiv \xxvm,l, 2-3) — , et avec les passages si 
explicites du II e livre des Macchabées, qui nous montrent Héliodore, agent de Sé- 
leukos IV, réclamant pour son prince les trésors déposés dans le temple de Jéru- 
salem. Ce sont là des textes dont il est impossible de taire bon marché; et force est 
de reconnaître qu'ils contredisent tout à fait l'hypothèse du partage. 



176 REVUE DES ETUDES JUIVES 

certaine faconde traduire une certaine phrase de Flavius Josèphe. 
Or, cette traduction, inacceptable à première vue en raison des 
contradictions qu'elle introduit dans le texte de l'historien, est 
manifestement viciée par le plus fâcheux contre-sens. Il ne s'agit, 
dans la phrase en question, que d'un prétendu partage des impôts 
de la Koilé-Syrie entre un roi et une reine d'Egypte. 

2° J'ajoute que ceux-ci, bien qu'ils portent les noms de Ptolémée 
et de Cléopâtre, n'ont sûrement rien de commun avec Ptolémée 
Epiphanes et la fille d'Antiochos III. Comme l'atteste, en effet, le 
rapport que nous avons établi entre elle et un passage de l'histoire 
des Tobiades (§ 177-178), la phrase où il est parlé du partage des 
tributs émane du môme écrivain à qui est due cette histoire : c'est 
de lui que Flavius Josèphe l'a prise ou en a pris les éléments. En 
sorte que le Ptolémée et la Cléopâtre associés pour la « Siaipeciç 
tSv oôpwv » ne sont autres que les souverains, d'un caractère un peu 
trop légendaire, mais certainement antérieurs, s'ils ont existé, à 
l'époque d'Epiphanes, qui sont censés avoir été les protecteurs du 
fermier Joseph et de son fils Hyrkan '. 

3° Si Flavius Josèphe a reproduit volontiers, d'après sa source, 
la phrase qui a été l'objet d'un si long malentendu, la raison 
en est sans doute que, rapportant l'histoire des Tobiades au 
temps qui suivit le mariage d'Epiphanes avec Cléopâtre et pen- 
sant, d'autre part, que la Koilé-Syrie avait formé la dot de la 
princesse, il estimait tout naturel qu'elle eût gardé des droits 
personnels sur les revenus de son apport. Au surplus, la présence, 
dans le chapitre IV, du § 155 était nécessaire pour que le lecteur 
de ce chapitre eût la claire intelligence des § 177-178. 

4° En somme, Josèphe, tout à fait conséquent avec lui-même, a 
simplement cru, lorsqu'il écrivait son § 155, ce qu'il croyait déjà 
en écrivant le § 154 : que, depuis 196, les provinces syriennes 
étaient retombées dans la dépendance exclusive de l'Egypte. C'est 
la même erreur qui se trouve dans les deux passages et qui se 
poursuit de l'un à l'autre. Il est singulier qu'on ne s'en soit pas 
avisé plus tôt. 

Maurice Holleaux. 

1 Cf. plus haut, p. 162, note 3. Remarquons, en tout cas, que si l'on admet leur 
existence réelle, le nom de Cléopâtre est forcément inexact, puisque la première 
reine d'Egypte qui l'ait porté est la femme d'Epiphanes. 



LES 

NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 

DE JÉSUS, FILS DE SIRA 

(suite *) 



Avant de poursuivre la démonstration que nous avons entre- 
prise, il nous faut signaler la publication de deux nouveaux 
feuillets du manuscrit du Caire dont nous nous occupons pour le 
moment. M. G. Margoliouth (qu'il ne faut pas confondre avec 
M. D.-S. Margoliouth, l'auteur de la notice dont nous avons parlé 
plus haut, p. 2) a édité dans le dernier numéro du Jewish Quar- 
terly Review (octobre 1899, p. 1 et suiv.) deux fragments qui com- 
plètent ceux de Cambridge, le premier s'insérant entre les p. 12 
et 13, le second entre p. 16 et Yl ; l'un va du ch. xxxi, 12, à 31 ; 
l'autre du ch. xxxvi, 19, à xxxvn, 26. Le premier feuillet pré- 
sente tous les caractères qui distinguent celui qui le précède et 
celui qui le suit ; notamment il est chargé de doublets s'accor- 
dant, l'un avec la version grecque (G.), l'autre avec le sy- 
riaque (S.). 

Or, ici encore, dans les doublets conformes à S., nous consta- 
tons des indices indéniables d'une traduction hébraïque de S., 
traduction même mal faite, à l'occasion. 

1 Voir plus haut, p. 1. —MM. Rubens Duval et Bevau out bien voulu me faire re- 
marquer que "H^T 1D (plus haut, p. 7) ne peut avoir le sens de « quoique petit », et 
que "\Ti TI^T ne signitie pas « peu ». Eu ce cas, l'hébreu ne serait donc coupable que 
d'avoir reproduit servilement S. Mais, à ma décharge, je dois dire que je n'ai pas été 
seul à commettre cette erreur. La traduction latine de la Peschito. dans la Polyglotte 
de Walton, dit également : « Audite doctrinam meam licet exiguam », et « parum in 
ea laboravi ». Bien mieux, l'arabe, qui, comme on le sait, est la version de S., rend 
pareillement "H "H?T par Nb^p, « peu » ; quant à -)*|2T T5, il le traduit « par 
un bref langage ». 

T. XXXIX, n° 78. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ainsi, on lit, ch. xxxi, 13 a-13d : - 

: tm *p* tvn "^ 2 mDT A 1 

: &cû ab 13»» sni bt* mto *p* *n B 

: 4 win rmn a^aetti 'p* 3 *iTn -oi bs ^d» mt "»a B 
ï-rnb w b3 -^s» 6 p b* ba pbn ab *p*& 5 sn A 

Citons la traduction de M. G. Margoliouth : 

« Souviens-toi qu'un mauvais œil est une mauvaise chose, 

Dieu hait celui qui a un mauvais œil, 

Et il n'a rien créé de pire; 

C'est pourquoi à toute occasion l'œil laisse couler (des larmes), 

Et de la face court la larme. 

Dieu n'a rien créé de pire que l'œil, 

C'est pourquoi de la face de tous court son humidité. » 

Rien de plus instructif que de placer en regard de ce texte G. 
et S. : 

G. : [Xv^otôtitl oti xaxbv ocpQaXjxbç 7iov7]û6ç. 

7TOV7jpÔT£pOV OCpôOcAjJLOU Tl eXTlGTOCl ; 

oià touto 7.710 7uavToç TcpocrtoTiou oaxpusu 

« Souviens-toi que c'est une mauvaise chose qu'un œil mauvais 
(avide) ; 
A-t-il été créé quelque chose de pire que l'œil ? 
C'est pourquoi de toute face il pleure. » 

S. : ans «b î-fcfc ttprm anbKNDD «r* mia^ai butt 

«sot K*n n£h \m m&is n^t mnbs D*ip j» «an buE 

« Car Dieu déteste la méchanceté de l'œil, 
Et il n'a rien créé de pire 7 ; 

1 La lettre A désigne le premier doublet, B le second. 

* En marge yT « sache », qui est une correction. 

* En marge 3^Tn. 

4 En marge ^On, qui est un essai de correction. 

5 En marge : (?) b pbn '73 3H, qu'il faut probablement lire btt pbïl ; la phrase 
peut-être est interrogative, comme en G. 

6 En marge : "^Dbfà blD b^, leçon fautive pour le deuxième mot. 

7 A ce propos, montrons par un exemple avec quelle circonspection il faut invo- 
quer les preuves en faveur de l'originalité du texte hébreu. A b&* ÉCMZ3 1^ 3>1 
correspond en S. : Nïlbtt NjO fiW^ fniZm'T butt « Dieu hait la méchanceté de 
l'œil. » Or le contexte exige que l'original ait porté « l'œil mauvais », ce qui se lit 
précisément en H. M. Margoliouth fait remarquer, à ce propos, que S. a lu *ny j**), au 
lieu de 3H . et il en déduit avec apparence de raison que H. est bien l'original. Or, 
l'arabe, gui traduit &, suppose la lecture N18*3 MV t pendant exact de H. 



NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 179 

C'est pourquoi devant (ou avant) toute chose * l'œil tremble 
Et de la face coulent les larmes. » 

Nous ne chicanerons pas M. G. Margoliouth sur tel ou tel 
détails de sa traduction que nous ne saurions accepter, nous nous 
arrêterons seulement sur les deux mots que nous y avons soulignés. 
« C'est pourquoi » répond difficilement à riT "o, qui peut unique- 
ment signifier « car celui-là », ou « car cela ». C'est sous l'in- 
fluence du contexte que M. Margoliouth a rendu ainsi ces deux 
vocables, peut-être aussi à la lumière du doublet qui suit, où il y 
a p hy; qui effectivement veut dire « c'est pourquoi », et qui cor- 
respond exactement à &rà touto employé ici par G. D'où vient 
donc cette sorte de variante incorrecte ? Il suffit de se reporter à S., 
dont l'hébreu est ici le calque parfait, pour s'en rendre compte : 

safai K*zn ndn .pi &V9 yv tnfcba tnp i» *«n hun 

Les deux premiers mots signifient bien « à cause de cela », 
« c'est pourquoi » ; mais bafc, pris seul, se rend exactement par 
"O, et tfsrj par rsT : c'est une traduction littérale et absurde. 

Nous pourrions produire d'autres exemples de pareils contre- 
sens qui se rencontrent dans ce feuillet, mais comme ils nous en- 
traîneraient dans de longues discussions de détail, nous préférons 
nous borner à celui-ci, qui est topique et sur lequel, à notre avis, 
toute contestation est impossible. 

Qui plus est, tous les commentateurs, entre autres Edersheim, 
M. Félix Perles 2 et, en dernier lieu, M. Ryssel, s'accordent, avec 
raison ce semble, à voir dans le dernier vers de S. une double tra- 
duction : dto b^ ûTp 1» « devant (ou avant) toute chose » est la 
traduction de l'hébreu b^ tddjq, et kën yn « de la face » est une 
autre interprétation du même mot, analogue à celle de G., de 
même que tswni n&m est une variante de "p* y^r\, variante con- 
forme à la traduction de G. On sait, en effet, que la Peschito a 
subi une revision d'après G. M. Perles explique même très ingé- 
nieusement la cause de ces divergences : le texte aura porté : 
nwfc « tremble » = S., lu rwn « pleure » par G. Quoi qu'il en 
soit, si vraiment S. est fait de deux traductions différentes, l'hé- 
breu reproduit non seulement une version syriaque, mais encore 
celle de la Peschito révisée, et nous avons ici un doublet formé 
d'une double traduction ! 

1 L'arabe a peut-être bien compris le sens de cette proposition en disant : « avant 
tout autre organe ». C'est la traduction qu'adopte M. Ryssel, dans Die Apokryphen 
h. Pseudepigraphen des Alten Testaments, de Kautzsch. 

« Bewe, XXXV, p. 62. 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Autre particularité remarquable que nous avons déjà constatée 
et sur laquelle nous avons appelé l'attention : emploi du verbe pbn 
dans le sens de « créer ». Cette fois il ne peut plus y avoir de 
doute sur l'acception dans laquelle l'auteur prend ce mot : il 
figure dans un doublet où il correspond à ans « créer » employé 
dans l'autre doublet 1 . 

Bien mieux, ce verbe est employé plus loin, dans un doublet, 
au passif (nifal) : icaritt pbns h^b «m « Et il (le vin) a été créé 
dès l'origine pour la joie 2 » (xxxi, 27 d). Là aussi ce verbe est le 
synonyme de « créé » employé d'abord en A : Tfc'tt. 

Nous allons tout de suite dire l'importance de ce détail, dans la 
question que nous examinons, et, pour cela, nous demanderons la 
permission de laisser pour un instant le chapitre que nous avions 
annoncé dans notre précédent article. 

Des savants, dont je ne veux pas dire dès à présent le nom, et 
dont je pourrais invoquer l'autorité avec une certaine fierté, 
ont bien voulu m'écrire qu'ils adoptaient mes conclusions en ce 
qui a trait et au morceau final et aux doublets. Pour le morceau 
final, si je comprends bien leur sentiment, c'est, à leurs yeux, un 
couplet ajouté à tel manuscrit de l'ouvrage auquel il manquait et 
qu'un lecteur savant a emprunté à la version syriaque. Cette con- 
jecture est celle qui m'était venue tout d'abord à l'esprit. Pour 
les interpolation?, qu'entend-on par là? Sont-ce les deux doublets 
qu'on appelle ainsi, ou simplement celui qui s'accorde avec S.? 
Dans le premier cas, la concession serait de poids, car elle consa- 
crerait le triomphe de ma thèse. 

En effet, de quelque façon qu'on considère l'emploi du verbe 
pbn dans le sens de créer, qu'on y voie, comme nous, l'influence 
de l'arabe, parlé par l'auteur de notre texte 3 , ou la recherche d'un 
écrivain prétentieux, il est indéniable qu'il détonne : il caractérise 
le style d'un auteur qui n'écrivait pas comme tout le monde. Per- 
sonne ne s'inscrira en faux contre cette affirmation. Eh bien, si 
ce verbe avec cette acception émaille tout aussi bien les préten- 
dues interpolations que le texte soi-disant original, c'est donc 
que Vinterpolateur et l'auteur de notre texte hébreu sont une 

1 M. G. Margoliouth est forcé de convenir que A est sûrement le doublet de B. 
Plus loin il l'ait la même concession pour les versets 15-16, et même il confesse que 
B provient de S. Mais, dit-il, un exemple — s'il n'y en avait qu'un ! — n'est pas 
suffisant pour infirmer la thèse généralement admise. 

> Cf., xxxix, 25, \ZJN~I72 phu, qui correspond à « a été créé » en G. et en S. 

3 Pour répondre a une observation de M. Bâcher, il me sera permis de rappeler 
que je n'ai jamais supposé que le traducteur eût sous les yeux un texte arabe écrit en 
caractères hébraïques, ni qu'il se soit proposé d'écrire en arabe. S'il s'est servi de ce 
verbe comme synonyme de N""D, c'est par une confusion due à la circonstance qu'il 
parlait l'arabe. 



NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 181 

seule et même- personne. On ne soutiendra pas, je pense, que l'in- 
terpolateur supposé se serait ingénié à imiter les idiosyncrasies de 
l'auteur. 

Mais peut-être seul le doublet emprunté au syriaque est-il une 
interpolation, et l'autre, d'accord avec G., représente-t-il l'ori- 
ginal, bien conservé par cette version. Nous allons voir que cette 
solution ne peut pas se soutenir. 

DOUBLETS TRADUITS L'UN DU SYRIAQUE, L'AUTRE DU GREC. 

Nous avons déjà fait remarquer que certains doublets corres- 
pondent l'un à S., l'autre à G. Tout d'abord, nous avions quelque 
répugnance à supposer chez notre traducteur la connaissance du 
syriaque et du grec. En admettant même que les deux doublets 
étaient son œuvre — ou celle du prétendu interpolateur — nous 
pouvions croire qu'il avait consulté, non G., mais la traduction 
syriaque de £., qui existe. On sait, en effet, que la Syro-Hexa- 
plaris retrouvée par Geriani est une version de G. Mais il nous a 
fallu renoncer à cette conjecture, qui n'explique pas le fait — 
capital en la matière — de contre-sens provenant d'une mau- 
vaise lecture de G. Si des erreurs imputables à cette cause se 
rencontrent dans les doublets conformes à G., il ne restera plus de 
doute qu'ils ne proviennent directement de cette version. Or, c'est 
ce que nous montre un examen minutieux de l'hébreu. 
G. est ainsi ainsi conçu au ch. xxx, 18-20 : 

àyaôà lxx£yujjt.£va Ïtû axo^aTi x£xX£i<TfxÉvco 

ôéixaxa [EpwjxaTwv 7rapax£ijji£va èitl ràcpa). 

Ti (7U{/.<p£p£t xàf7rco<7tç £Îogl>Xco ; 

ours yàp eSerai, outs \li\ oacppavÔYj. 

ouxcoç b £x8toxa)xdpi£vo<; ùtco xuptou (3À£7ra)v lv oîpOaXjj-oïç xaï ffrevàÇcDV, 

a><T7T£p eùvou/oç 7i£piXa[x6àv(ov TiapôÉvov xaï crrevâÇtov, 

outwç b Trotwv lv (3 ta, xpi^axa. 

« Des biens répandus sur une bouche fermée, 

Ce sont viandes placées sur une tombe. 

A quoi sert une offrande à une idole ? 

Elle ne mange, ni ne sent. 

Ainsi celui qui, tourmenté par Dieu, 

Voyant de ses yeux et soupirant, 

Comme un eunuque embrassant une vierge et soupirant, 

Ainsi celui qui fait malgré lui la justice. » 

Il s'agit, comme le montre très clairement le contexte, du riche 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que la maladie empêche de jouir de ses biens. La pensée se déroule 
donc avec une limpidité parfaite à travers toutes ces comparai- 
sons, dont la dernière est particulièrement frappante : le riche 
malade voit de ses yeux les mets qui lui plaisent, mais ne peut 
pas y toucher et s'en afflige, comme l'eunuque qui presse en ses 
bras une vierge. Mais que viennent faire les derniers mots : 
« Ainsi celui qui fait malgré lui la justice »? Ils ne peuvent se 
comprendre que si, détachant le premier hémistiche de son cadre, 
on en a fait une pensée indépendante : « Comme l'eunuque qui 
embrasse une vierge et soupire, ainsi est celui qui fait la justice 
malgré lui. » Mais il est manifeste que cette réflexion serait ici 
un hors-d'œuvre déplacé. Or, justement certains mss. n'ont pas 
cette finale, et, d'autre part, elle se lit déjà au ch. xx, 3, où elle 
est plus en situation. Aussi Fritzsche déclare-t-il que ces mots 
sont une interpolation qui s'est glissée ici, attirée par le pre- 
mier hémistiche, qui précisément l'accompagne aussi au ch. xx. 
M. Ryssel supprime même l'hémistiche et ne le traduit pas. 

Or, l'hébreu, qui suit G. dans tout ce morceau, se termine éga- 
lement par cette interpolation : 

aéra 051N3 frcyi* p narrai i-n*3 pam o"no moto A 

Si la conclusion de Fritzsche s'impose — et c'est notre avis, — 
la présence dans l'hébreu de cette finale révèle une traduction 
faite sur une version grecque déjà contaminée *. 

1 M. Ed. Kônig, qui tient pour l'originalité de tout le texte hébreu, et même des 
doublets, interprète les deux formes du verset 20 b-c d'une manière bien faite assuré- 
ment pour déconcerter (The Expository Times, XI, p. 174). 11 faut reproduire inté- 
gralement son commentaire pour ne pas prêter au soupçon d'avoir à dessein défiguré 
sa pensée. « Le vers. 20 b porte en H. : « Comme uu eunuque embrasse une jeune 
lille et s'afflige », et ces mots se rattachent, comme le montre le « comme » ("nDfiO), 
à ce qui précède. Puis vient : « Ainsi celui qui reud le jugement avec violence •; 
ensuite : « Comme un gardien de harem (sic) qui dort a\^ec une vierge. » Car "î^ 
"J72N3 est une fausse leçon de *}73N2^, résultant d'une dittographie, et *{73ND est le 
confident par excellence, c'est-à-diie le gardien du harem. Le professeur Margoliouth 
dit que certainement le premier des trois hémistiches est une imitation de G., tandis 
que le troisième correspond à S. Mais ce n'est pas exact. Il n'est pas nécessaire de 
regarder *l73iSD comme une imitation du syriaque 'jTO'^nfà. De plus, comme il a été 
déjà dit, 3?ûîO:d doit avoir été la forme écrite telle qu'elle existait lorsque les lettres 
finales n'étaient pas encore employées. Encore une fois, la pensée du premier hé- 
mistiche et celle du troisième ne sont pas identiques, et l'infidélité de la part d'un 
gardien de harem était chose possible, comme on le voit par les mots é7u8uu.ia 
eùvouxou... du ch. xx, 3 a, et par la discussion du mariage de Teunuque Putiphar 
dans Ebers, Aegypten u. die Bûcher M ose' s, 298. Finalement, si l'auteur de H. avait 
eu devant lui le texte de G. et celui de S., il aurait laissé 20 a de G. (outcoç ô éx- 
5iwx6(i£vo;. . .) et \9c-d, 20 a de S. (« Ainsi le riche qui n'use pas de ses biens et 
voit de ses yeux et soupire »). Les vues du professeur Margoliouth sur l'origine des 
trois hémistiches de H. ne sont donc pas plausibles. » Pour répondre à une pareille 



NOUVEAUX FRAGMENTS IIÊMHRUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 183 

Cet exemple, s'il montre que A dérive d'un mauvais texte de G., 
ne prouverait pas qu'il en provient directement, puisque l'hémis- 
tiche se lit dans la Syro-Hexaplaris. 

Mais voici une autre preuve qui se suffit à elle-même et qui 
atteste l'emploi direct de G. Nous la tirons du ch. xxxi, 4 : 

^■ns rri-p mr d&o nmn isnb ^y jr A 

nb fins ab mï> d&o iro *ionb w b»* B 

interprétation, il suffira de citer, non pas les trois, mais les quatre hémistiches de H. 
et de les comparer avec les versions : 

C3DU)72 oiiNa mm* p nsNnttT m y a pam o*nD "nsao a 

« Comme un eunuque qui embrasse une jeune fille et s'afflige ; ainsi celui qui fait 
le bien (ou qui rend justice) malgré lui. » 

La pensée se suffit à elle même et est indépendante de ce qui précède. Le premier 
hémistiche est une comparaison destinée à éclairer la proposition principale : « Ainsi 
celui qui rend justice malgré lui », et cette proposition jure avec le contexte qui parle 
du chagrin du riche qui ne peut jouir de ses biens. Or, c'est exactement ce qu'on lit 
en G. dans quelques manuscrits seulement : 

ôiauép eùvouyo; 7rept);au.oàvu)v uapOévov xat oTsvàÇwv, 
o0to>; 6 7totâ)v âv (3ta xptu.ata. 

ïY*a œpnE •'"■n nbina d* ib ï»&» p b 

« Ainsi le fidèle qui passe la nuit avec une vierge et Dieu lui en demande 
compte. > 

La proposition est cette fois le complément de ce qui précède ; « Ainsi le riche qui 
voit de ses yeux ses biens et, ne pouvant en jouir, s'afflige, tel l'eunuque qui passe 
la nuit avec une vierge, et Dieu lui en demande compte. » 

Comment supposer qu'un auteur aurait fait de la mime comparaison d'abord une 
pensée indépendante, puis le complément de ce qui précède cette pensée? Or, jus- 
tement on lit en S. le pendant exact de l'hébreu : 

ïfpa Jsn aontti anbina r-nb *\pm attE^fc "pu 

« Comme un eunuque qui passe la nuit devant une vierge, et le maître lui en de- 
mande compte. » 

Bien mieux, il y a en S. un terme, p"*ÏTa, qui est courant en syriaque pour eu- 
nuque, tandis que pN3 n'est jamais pris dans ce sens en hébreu. Si toutes ces 
étrangetés ne s'expliquent pas de la manière la plus simple par l'hypothèse d'une 
double traduction faite sur G. et S., il faudra créer une nouvelle logique à l'usage de 
la critique. (Nous ne faisons pas état de la méprise que peut-être H. a commise en 
prenant JOH73 pour « Seigneur », « Dieu » au lieu de « maître », qui cadre mieux 
avec le contexte.) 

A hotre explication, qui rend compte de toutes les singularités de H., il faudrait 
préférer celle-ci : 

i° L'original comportait deux prooositions, l'une indépendante du sujet et l'autre 
le complétant, et toutes les deux avec la même image ; 

2° De ces deux propositions, G. en a pris l'une, et S. l'autre; 

3' L'original avait 173JOD (ce qui ne remédie à rien, d'ailleurs), et un copiste a 
lu à tort 172N3 p, et par le plus grand des hasards, S. avait sous les yeux déjà 
cette faute, bien qu'il n'eût pas le même texte que G. 

£• *I73MD signifierait « confident, gardien de barem » , sens inconnu absolument à 
la Bible. 

Pour nous convaincre d'erreur, il faudra nous opposer des arguments plus solides. 



484 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« Le pauvre se fatigue pour les besoins (littéralement le manque) 
de sa maison, 
Et, s'il se repose, il devient indigent. 
Le pauvre travaille pour diminuer sa force, 
Et, s'il se repose, cela ne lui profite pas. 

Le premier verset est traduit de S., comme le démontrent suffi- 
samment : 1° un contre-sens ; 2° le maintien d'un mot de S. qui 
n'est pas usité en ce sens en hébreu. Après avoir dit : le riche tra- 
vaille pour amasser de la fortune et, lorsqu'il se repose, il en tire 
une jouissance, S. continue : 

« Le pauvre travaille pour les besoins (littér. le manque) de sa vie, 
Et s'il se repose, il devient indigent. » 

L'adjectif *pnst offre une ressemblance singulière avec ao^s ; 
seulement c'est uniquement en araméen que ce terme a le sens 
d* « indigent » ; en hébreu — et encore dans l'hébreu de la Mi- 
schna — il signifie « nécessaire, ayant besoin de ». Voilà 
pour le syriacisme , et voici pour le contre-sens. On remar- 
quera que l'hébreu dit maison là où S. met vie. C'est qu'en sy- 
riaque tx m ia m & signifie aussi bien maison que vie: la confusion était 
donc facile. Reste à prouver qu'en cette phrase le mot syriaque 
veut certainement dire vie. Il suffit, pour s'en assurer, de con- 
sulter G., qui porte: 

exo7Tiaffs 7TT(oybç Iv âXaTTuiffec jîtou. 

« Le pauvre travaille dans le manque de vivres (de moyens de 
vivre, de subsistances) l . » 

Tandis que, si S. voulait dire maison, on ne s'expliquerait pas 
la variante vie de G., il y a identité absolue entre G. et S., si 
le mot Nittv doit se traduire par vie. 

A correspondant à S., on est tenté de voir dans B le pendant de 
G. Mais comment vivre, ou vie, aurait-il pu devenir force ? De la 
façon la plus simple : le traducteur a pris pfou pour (Ji'aç. Cette con- 
fusion est des plus fréquentes. 

Pour qu'il ne reste pas le moindre doute sur cette méprise, de- 
mandons-nous si l'original hébreu n'était pas force et si ce n'est 
pas un copiste qui a lu fii'ou au lieu de pt'aç. S. répond surabondam- 

1 11 y avait sans doute dans l'original TlDfttt et ÏTTWi 



NOUVEAUX FRAGMENTS HÉBREUX DE L'ECCLÉSIASTIQUE 185 

ment à ce point d'interrogation : le mot iro, force, ne correspon- 
drait ni à maison, ni à vivre. 

Cet exemple nous fournira également la preuve que notre tra- 
ducteur — ou notre interpolateur — n'a pas utilisé la Syro-Hexa- 
plaris, car cette version a ici &rn, qu'il aurait sûrement rendu 
par vtï ou tpin. 

Voici une autre preuve analogue à la première, montrant que 
H. a suivi une recension de G. altérée. Nous la citons de préfé- 
rence à d'autres que nous pourrions encore invoquer, parce que 
M. G. Margoliouth veut justement y trouver un argument en fa- 
veur de sa thèse (xxxi, 21). 

nm imrn A 

^b ms-n rnp mp tPEJEtta inns^ uni B 

En S. on lit : 

rnanm an a n*awa \a ""posa *tt Knb^Naa ybann uni 

« Si tu as été forcé dans les mets (si tu as trop mangé), 
Eloigne-toi du milieu delà société et tu seras à ton aise ». 

G. : xat si sêiàffÔTjç sv loéc^aciv 
àvàcra jxedOTiopwv xaï àva7càu<rvj. 

« Si tu as été forcé dans les mets, 

Lève-toi marchant au milieu {sic)* et repose- toi. » 

La comparaison des deux versions atteste que le texte original 
comportait cette idée que le convive qui s'est laissé entraîner à 
trop manger doit quitter la société, la table. 

Or, le ms. 248 de G. a, à côté de ilego-koçûv, S^evov « vomis » ; 
pareillement le latin : surge e medio, evome et refrigerabit. 
M. Ryssel, à la suite d'autres commentateurs, suppose que ejjie<rov 
est une dittographie de ^earoiroptSv ; cette conjecture paraît ex- 
cellente. 

Or, il est visible que mp de H. doit ici se traduire « vomis » (de 
la racine 8ip) 2 . Vraisemblablement A. disait comme S. : « éloigne- 
toi du milieu de l'assemblée ». Notre hébreu proviendrait donc en- 
core une fois d'un mauvais texte de G. 

M. G. Margoliouth tire de ce passage une conclusion bien dif- 

1 C'ept-à-dire : lève-toi du milieu du festin. La Syro-Hexaplaris, qui reproduit 
servilement G., a : N15 n3>2£tt \1Z d^.p « lève-toi du milieu de la société », leçon 
qui est confirmée par le latin et S. 

* Le premier est probablement une faute de copiste pour fclp = àvàata. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

férente. Il traduit : « espère, espère (keep on hoping), et tu seras 
à l'aise o. Ce mot espère, ajoute-t-il, a été mal compris ; con- 
fondu avec ïittp, il a donné lieu à la version « vomis ». Voilà donc 
la preuve que H. représente bien l'original. 

Est-il nécessaire de dire que sûrement l'original ne parlait pas 
d'espoir ? M. G. Margoliouth nous en dispense, car, eri note, il dé- 
truit lui-même son argumentation : « It is, indeed, not impossible 
that mp actually represents a corrupt form of a word coming 
from the rootirp (vomir). » 

Les doublets que nous venons d'examiner sont donc bien, dans 
leur double forme, de doubles traductions, faites Tune sur le 
syriaque, l'autre sur le grec, et la conclusion que nous en avons 
tirée reste entière : celui qui en est l'auteur est probablement 
l'auteur de partie ou de la totalité du restant de l'ouvrage. 



PROCEDES DE REDACTION DU TRADUCTEUR JUIF. 

Nous pourrions insister, pour la défense de notre thèse, sur le 
grand nombre d'à peu près qui s'observent dans le texte hébreu 
et spécialement sur le vague de certaines expressions qui dans 
l'original devaient être plus précises et qui dans les versions 
grecque et syriaque le sont encore : un tel vague est assurément 
le fait d'un traducteur embarrassé qui ne trouve pas clans son 
vocabulaire le terme propre convenant à la situation. Peut-être 
reviendrons-nous sur ce point dans la suite. Mais dès à présent 
nous pourrons, à l'aide des doublets, saisir sur le vif un pro- 
cédé du traducteur qui éclairera d'un nouveau jour certaines 
particularités qui avaient fait illusion dans les chapitres édités 
en 1897. 

Un des indices qui ont fait croire tout d'abord à l'originalité du 
texte hébreu découvert dans la gueniza du Caire, c'est la présence, 
dans ces fragments, d'un grand nombre de centons bibliques, 
centons qui ne s* accordent pas toujours avec G. et S. Il parais- 
sait peu probable qu'un retraducteur eût retrouvé si heureuse- 
ment sous ces versions la citation biblique qui s'y cache. Ces cen- 
tons ont permis, en outre, de déterminer les livres bibliques dont 
Ben Sira s'était le mieux nourri ou qui étaient connus de son 
temps. 

Les doublets, qui nous ont déjà fourni tant de renseignements 
sur le caractère du texte hébreu, vont, à notre avis, modifier sen- 
siblement notre jugement sur ces centons. 



NOUVEAUX FRAGMENTS HEBREUX DE L'ECCLESIASTIQUE is1 

Reprenons le ch. xxxi, 13, qui a fait plus haut (p. 174) l'objet 
d'un commentaire. 

nnb 03 b:: ikÏÏ p b* ba pbn ab x*yn sn B 

« Dieu n'a rien créé de pire que l'œil, 

C'est pourquoi devant tout (ou à cause de tout) sa fraîcheur 
s'enfuit 1 . » 

Nous avons déjà dit que ce doublet correspond à G., tandis que 
les quatre hémistiches précédents, qui expriment la même idée, 
font pendant à S. Seulement, le second hémistiche de ce dou- 
blet, dans ses deux derniers mots, offre peu d'analogie avec 
G. Celui-ci dit simplement : pleure (Baxpuei), et cette version 
de G. est confirmée par S. Non seulement notre hébreu n'em- 
ploie pas ce verbe , mais encore il dit le contraire : l'œil de 
l'envieux ne pleure pas à tout propos, il perd sa fraîcheur, ou, 
plus exactement, son humidité. Si tel avait été l'original, à sup- 
poser que ni G. ni S. n'eussent jugé à propos de reproduire l'image, 
ils se seraient certainement inspirés de l'idée qu'elle exprime ; ils 
né se seraient pas concertés, à plusieurs siècles de distance, pour 
traduire « son humidité s'enfuit » par « verser des larmes » ; il est 
môme vraisemblable qu'ils auraient, l'un ou l'autre, conservé 
quelque vestige de la métaphore. Notre hébreu ne peut se com- 
prendre que d'une façon : le traducteur, pour faire montre d'élé- 
gance et ne point répéter les termes mêmes dont il s'était déjà 
servi (et c'est pour cela aussi, sans doute, qu'il met pbn, au lieu de 
Kin, déjà employé plus haut) a emprunté à ses souvenirs bibliques 
une métaphore qui lui paraissait s'appliquer à la circonstance, 
bien qu'en réalité, elle ait une tout autre signification. A propos 
de Moïse, le Deutéronome, xxxiv, Tf, dit : dd nVi wy rtfrrfë tfb 
ïinb « Son œil ne s'était pas affaibli, et sa fraîcheur n'avait pas 
fui. » Le procédé du rédacteur éclate ici dans toute sa naïveté, et 
c'est précisément celui de beaucoup de traducteurs juifs de nos 
jours qui, séduits par des réminiscences de la Bible, usent de l'Écri- 
ture per fas et nefas, sans crainte des à-peu-près et même des 
contre-sens 2 . 

Or, ce n'est pas seulement dans les doublets que nous voyons 
fleurir ce genre de traduction. Au ch. xxx, 22, on lit : 

1 M. G. Margoliouth traduit l'expression par « son humidité court » ; maison si- 
gnifie fuit, et non court. 

1 C'est pour une raison du même ordre qu'apparaissent en H. tant d'expressions 
bibliques rares ou même uniques . ainsi procédaient les païtanim, dont, d'ailleurs, 
nos fragments adoptent souvent la langue et certaines hardiesses grammaticales. Nous 
reviendrons sur ce point dans la suite. 



188 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« La joie du cœur, c'est la vie de l'homme, 
Et le plaisir de l'homme prolonge sa colère. » 

Sans recourir aux versions, on devine tout de suite qu'au lieu 
de « sa colère », il faut ici « ses jours » ou « sa vie ». Effective- 
ment les deux versions s'expriment ainsi. La faute est due à une 
réminiscence de Proverbes, xix, 11 : idk ^plfctfi ùïm bdtt « L'intel- 
ligence de l'homme prolonge sa colère (le rend longanime). » 



QUELQUES SYRIACISMES DANS LES DERNIERS CHAPITRES. 

Venons-en maintenant aux syriacismes qui se rencontrent dans 
dans les en. xxxix-xlix, Qu'on ne s'attende pas à en trouver une 
profusion, surtout si on néglige les gloses marginales. Ces deux 
chapitres, qui, pour notre confusion, ont été découverts les pre- 
miers, sont singulièrement mieux soignés que ceux que nous ve- 
nons d'étudier, et l'auteur n'y répète pas tous les termes emprun- 
tés, dans nos nouveaux fragments , directement au syriaque. C'est 
ainsi que le verbe « broncher, trébucher », n'y est plus rendu par 
bpn, mais par buîd; « pierre d'achoppement » par iibpn, mais par 
topi»; « chagrin » par yn ou in, mais par ro&n. Si donc l'auteur 
s'oublie parfois, il faut enregistrer ces défaillances de son atten- 
tion comme des aveux involontaires du rôle qu'il a joué. 

Nous ferons d'abord entrer sous cette rubrique un exemple qui 
n'est pas à proprement parler un syriacisme, mais — ce qui est 
plus probant — une fausse traduction d'un mot syriaque ou ara- 
méen mal lu. 

A la fin du en. xlvi, vers. 20, à propos du prophète Samuel, il 
est dit : 

totï -jbiïb wn lû^vrt ima "nriK dm 

« Et même après sa mort, ayant été consulté, 
Il révéla au roi ses voies. » 

Au lieu du mot souligné, on attendrait plutôt sa fin. C'est ce 

qu'on lit, en effet, en G. : xori U7rsû£i£ev fiaatXeT tt^v TeXeuxTjV aùxou. 

L'original portait donc irrnriN. 

Pour expliquer cette singularité, nous avions supposé que la le- 
çon originale était irm ou vmma « ses voies » (terme, il est vrai, 

1 Ce mot, qui choque ici, correspond à S. : *pïT!PN. 



NOUVEAUX FRAGMENTS HEBREUX DE L'ECCLESIASTIQUE 189 

impropre), leçon que remplaça un copiste étourdi par le syno- 
nyme wft. Et précisément on lit en S. nrnis. C'était un expédient 
désespéré. La solution est infiniment plus simple maintenant que 
nous sommes affranchis de l'idée préconçue que notre texte hébreu 
représente l'original : G. a conservé la version primitive, irmriK, 
qui convient au sens; S., confondant ce mot avec Tmma, Ta cor- 
rectement rendu par son équivalent syriaque nrmN, et H., tradui- 
sant S., Ta correctement rendu aussi par son équivalent hébreu 
ordinaire TWï. 

Nous passons maintenant aux syriacismes proprement dits. Nous 
ne tirons pas parti des racines verbales inconnues à l'hébreu et 
usitées en syriaque, et que notre auteur ne se fait pas scrupule 
d'employer. Tel, par exemple, le verbe rew, en hébreu « triom- 
pher », pris dans le sens de luire comme en syriaque (xliii, 5 
et 13) l . Si le doute était permis en 1897, il ne l'est plus aujour- 
d'hui, car au ch. xxxn, 9, dans deux doublets, ce verbe est em- 
ployé incontestablement dans ce sens de « luire » : pnn nSF T-û *izb 
« avant la grêle luit l'éclair ». L'exemple le plus probant de sy- 
riacisme nous est fourni par cet hémistiche, xlii, 12 : mu» mm 
Tnnon ba « Et qu'elle ne bavarde pas (ou n'entre pas en concilia- 
bule) au milieu des femmes. » G. a ici ev picto « au milieu » et S. 
nm, qui a le même sens. L'hébreu ma est donc sûrement le sy- 
riaque nro, qui se prononce mn. C'est ce que MM. Neubauer et 
Cowley ont reconnu, d'ailleurs. — Les mêmes éditeurs ont vu éga- 
lement que, xl, 16, ns^, bord, est le syriaque xtiï. 

Pour les gloses marginales, il ne peut y avoir le moindre doute : 
de même que dans les nouveaux fragments on trouve ms 
« bouche » pour r»D, dans les autres on lit, par exemple , rrcpo 
« trésor » pour ^is (xli, 12, 14). 



CONCLUSION PROVISOIRE. 

Il nous faut donc constater qu'en un chapitre — le morceau final 
— H. dépend étroitement de S. ; que dans les doublets H. s'inspire 
également de S. et même de G. ; que certains termes caractéris- 
tiques se rencontrent également dans les ch. xxxix-xlix et les pré- 
cédents ; que des syriacismes ne font pas complètement défaut 
dans les parties les mieux rédigées. Si, en de très nombreux pas- 
sages, H. n'était pas différent à la fois de G. et de S. et si, en 
d'autres, il ne représentait pas sûrement une version plus proche 

1 Tel aussi le verbe maTlïîrtb « pour raconter » (xliv, 8), de l'araméen ÊÔnON 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de l'original que G. et S., la solution serait toute simple. Mais le 
problème est bien plus complexe ; il faut, pour essayer d'en ve- 
nir à bout, l'examiner sous toutes ses faces, et nous ne pourrons 
le tenter qu'après avoir étudié les fragments qui proviennent d'un 
autre manuscrit, appelé A. par les éditeurs. C'est ce que nous 
ferons dans les chapitres qui vont suivre *. 

Israël Lévi. 
(A suivre.) 



1 Nous réservons pour la suite Fexamen de cette question : pourquoi les doublets 
ont-ils disparu dans les ch. xxxiv et suiv., s'il est vrai qu'ils aient disparu réelle- 
ment. — Revenant sur la première partie de cette étude, nous citerons encore 
l'exemple de deux versets — qui ne sont pas des doublets — et qui portent la marque 
indéniable de leur provenance de, S. 

Après avoir dit : Quel est l'homme qui a accompli cette merveille de résister aux 
dangers de la fortune, notre texte ajoute : 

...ûibi» ib mm -n prrwra nt airt *su 

« Quel est-il que nous nous attachions à lui ? 
Et il a eu la paix. . . » (xxxi, 10). 

La marge porte' p2TDÏt (solécisme) « Quel est celui qui s'est attaché à lui ». 
G. a sûrement ici la bonne leçon : « Quel est celui qui, éprouvé par lui (l'argent), 
s'en est tiré à son avantage? > Ce qui suppose pour l'original : p'iaSÏI !"TT ÎX1Ï1 "^12 

(ûbra i-pm ou) nbuD" 1 "! m. 

Le dernier mot fait exactement pendant à Û^72ï"i N2É733 du verset 8. C'est ce qui a 
été déjà observé par Edersheim et M. Ryssel. 
Or, en S., on lit : 

Nttbœ nb mm nb pmnsn wn na» 

t Quel est celui qui s'y est attaché et a eu la paix. » 

Notre hébreu a donc, à son insu, reproduit les deux contre-sens de S. 

xxxii, 12 : 

: bo nom abi btf na-pa "ptt-i ûbtti 



« ... fais ce qui te plait, 

[Mais] avec la crainte de Dieu et non avec le manque de tout. » 
G. et le contexte attestent qu'il faut « et non avec impiété ». Or, S. dit justement 
la même chose que notre hébreu : 

«anoira Nbi aïib&n nnbma 

S. a lu nom le mot 1Dm de l'original, ou un copiste a écrit fi«-)Dim au lieu 
de NIDim. Le traducteur hébreu a reproduit sans broncher ce nnn-sens et a ajouté 
le mot bo, d'après Deut., xxvm, 48 et 57, suivant le procédé dont nous avons 
parlé plus haut, p. 187. — Cet exemple est particulièrement instructif. 



« LES GENS SUBTILS DE POUMBEDITA » 



Ceux qui ont étudié le Talmud savent que parfois certaines dif- 
ficultés qu'on y rencontre proviennent de ce qu'on y trouve des 
variantes dont la divergence peut avoir au point de vue hala- 
chique des conséquences très importantes. C'est pourquoi Rabbè- 
nouTam et, avant lui, R. Guerschom, « la lumière de l'exil », ont 
menacé d'anathème celui qui, à la légère, sans avoir des preuves 
convaincantes, corrige les versions du Talmud en vertu d'un 
simple raisonnement 1 . Lorsque la contradiction de deux ver- 
sions peut amener une différence halachique, les rabbins s'ef- 
forcent, par une discussion très approfondie, de rétablir le texte 
véritable avec toutes les conséquences qui en découlent. On voit 
donc que la fixation exacte du texte est utile au point de vue de 
la Halacha. Quant à l'Aggada, on s'efforce moins d'établir un texte 
correct, parce que les variantes, dans ce domaine, sont indiffé- 
rents pour la pratique. 

On cherche, de même, à bien déterminer le nom du docteur 
auquel on attribue telle ou telle opinion. Le Talmud Babli surtout 
procède avec beaucoup de soin pour faire connaître avec exacti- 
tude les auteurs des diverses Halachot, et il va parfois jusqu'à ca- 
ractériser tel docteur par des signes distinctifs pour l'empêcher 
d'être confondu avec un homonyme*. Gomme nous l'avons déjà 
dit, on ne retrouve pas cette minutie et cette exactitude dans l'Ag- 

1 Voir la préface du Se fer Eayaschar. 

* Schabbat, 54 b: b^JTQT "pJTP '"1 '■■B'ibn ÉttlT "^H *0 ba TJltt "1*10 ^b"Da 

■jp3"n 'n; Bèça. 28 b : Hïbyi nbp» "idn r-n-nba "nrsbE an niaïai r-nnota 

»"bS*0 an; Pesahim, 113 ô : ib33H SpV K"IH pSIT! D"-N t|0"P K"lH 

•p pnr*- -»an rm .&«>bN p pnar ^an «m .«bpn p pn^ "an «in 
ttmafin on3D p pnr* B an ain Nn?53i2H an«. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gada ; là règne un certain désordre en ce qui concerne les noms 
des docteurs et les textes eux-mêmes. On sait que les différents 
Midraschim présentent de sérieuses variantes pour un même 
texte. La cause en est facile à comprendre : les docteurs qui ont 
achevé la rédaction du Talmud ont été, par suite du manque de 
temps, pressés de rédiger tout ce qui avait rapport aux nom- 
breuses Halachot sans pouvoir s'occuper de l'Aggada. La Hala- 
cha elle-même présente des parties inachevées, tels les traités qui 
s'occupent des semences (dviî tjd), de la pureté et de l'impureté 
(FTfflna Ttd) et d'autres traités qui ne sont que d'une importance 
secondaire. Si les docteurs ont commenté et rédigé le traité des 
sacrifices, qui paraît moins urgent (trttnp tid), c'est qu'après la 
catastrophe qui avait entraîné la destruction du temple, ils avaient 
conservé le secret espoir de voir la nationalité juive reconstituée * ; 
les Halachot contenues dans ce traité étaient donc pour eux de 
la plus haute valeur. 

Voici un exemple qui montre combien le Talmud s'applique à 
déterminer nettement la personnalité des auteurs des Halachot. 
Nous lisons dans Sanhédrin, 17 b : 153 wnan îts^ «ma^sn wm 
«am « Les gens subtils de Poumbedita sont Eïfa et Abimi, fils de 
Rehaba 2 », c'est-à-dire que chaque fois que le Talmud mentionne 
les « gens subtils de Poumbedita », il a en vue Eïfa et Abimi, fils 
de Rehaba 3 . Cette version est contraire à un autre passage du Tal- 
mud 4 , où il est dit : ynab rtnna ïibn* "pa Nrma^nsn wm "n^N 
...•prm '-n rrapb ïmrp m rrnbiD « Les gens subtils de Poumbedita 
disent que la défense faite par la Tora de ne pas manger les fruits 
d'un arbre avant trois ans, à partir du moment où il a été planté, 
ne s'applique qu'aux arbres de la Palestine; R. Juda a commu- 
niqué cette opinion à R: Yohanan. . . » Pour comprendre la con- 
tradiction existant entre ces deux passages, il est nécessaire d'en- 
trer dans quelques détails chronologiques. 

Après la mort de R. Houna (298 de l'ère vulgaire), chef de l'école 
de Sora, ses disciples se rendirent auprès de R. Juda, chef de 
l'école de Poumbedita 5 ; un de ces disciples était Rabbah (na rm 

1 Voir Schabbat, 12 b ; Taanit, 17 b ; Bèça, 5 b ; Bosch Haschana, 30 a, etc. 

s L'orthographe du nom d'Eïfa varie : on écrit fïB^K, ND^K, Ï"TD ,, :P, KD"^. De 
même, le nom de Nam se termine tantôt par un N, tantôt par un ft. 

* Nous devons faire remarquer que les c gens subtils de Poumbedita » ne sont 
mentionnés que deux fois dans le Talmud. Il est plus que probable que c'est à cause 
de leur subtilité même qu'on n'a pas pris leurs décisious en considération, de même 
qu'on n'a pas voulu accepter les décisions halachiqucs de R. Méïr à cause de sa trop 
grande finesse; cf. Eroubin, 13 b. 

4 Kiddouschin,3'è a. 

5 Voir Lettre de R. Scherira. 



LES GENS SUBTILS DE POUMBEDITA 193 

Tftjm) *. Quand R. Juda fut mort (300 de l'ère vulgaire), Rabbah 
lui succéda et eut pour disciple Eïfa, comme le prouve un passage 
du Talmud 8 . Rehaba (aorn), qui, d'après la version de Sanhédrin 
que nous avons rapportée, serait le père d'Eïfa et d'Abimi, a été, 
comme Rabbah, le disciple de R. Juda à Poumbedita, et un de ses 
disciples les plus attentifs, car il s'efforçait de répéter, sans y 
changer un mot, ce que son maître lui avait enseigné 3 . 

Or, s'il est vrai que Rehaba a été le disciple de R. Juda à Poum- 
bedita et son fils Eïfa celui de Rabbah à la même école, comment 
peut-on admettre que R. Juda ait communiqué à R. Yohanan, en 
Palestine, l'opinion d'Eïfa et d'Abimi, comme une opinion accré- 
ditée et méritant d'être soumise à l'approbation d'un des plus 
grands docteurs de ce temps, puisque, du vivant de R. Juda ils 
devaient encore être très jeunes? De plus, puisque R. Yohanan 
s'est élevé avec indignation contre « les gens subtils de Poumbedita » 
à cause de leurs opinions halachiques 4 , on peut en conclure que 
ce n'étaient pas de jeunes disciples sans autorité, mais des docteurs 
renommés, dont les décisions étaient acceptées par le public. D'ail- 
leurs, les fils de Rehaba qui sont toujours cités dans le Talmud 
sous le nom de aom "^n, « les fils de Rehaba », sont non seulement 
postérieurs à R. Juda, mais aussi à Rabbah et à R. Joseph, succes- 
seurs de R. Juda à l'école de Poumbedita 5 . 

Nous croyons donc que la leçon exacte de Sanhédrin est celle 
que donne R. Hananel 6 : mm ^n["i] wnan s&y arrHattisT ^"nn 
« Les gens subtils de Poumbedita sont Eïfa et Abimi et les fils de 
Rehaba. » D'après cette leçon, Eïfa et Abimi n'étaient nullement 
les fils de Rehaba ; ils vivaient en même temps que R. Juda à 
Poumbedita, et ce sont leurs décisions rituelles que R. Juda a fait 
connaître à R. Yohanan, en Palestine, et qui jouissaient d'une si 
grande autorité. A notre avis, ils sont différents des docteurs por- 
tant le même nom et qui furent élèves de Rabbah. 

D'autres textes talmudiques prouvent, d'ailleurs, l'existence de 
docteurs du nom d'Eïfa et d'Abimi et contemporains de R. Juda. 
Ainsi, un Abimi a eu des discussions halachiques avec Rab Hisda 
et R. Nahman ; ce dernier lui demanda même de résoudre une 

1 Cf. Eroubin, 40 b, où Rabbah dit : 13 "WnN "O NSIt"» D"| "»3 iN^lïl "O 

rrnrr m 

* Schebouot, 28 b. 
3 Berachot, 33 6. 

* Kiddouschin, 39 a. 

5 Sckabbat, 103 a : JENEiB "ODJ3 lïT"Tin "nttNÏ S|OV 311 !"im Ta3>p "WE 
«Dm ^3 m "liap "m n«; cf. Sanhédrin, 26 a. 

6 Voir la nouvelle édition de Vilna, ad. I. 

T. XXXIX, n° 78. 13 



]y4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Halacha 1 . Or, R. Hisda vivait à Gafri et R. Nahman était chef 
d'école à Néhardéa au temps où R. Juda dirigeait l'école de Poum- 
bedita 9, De même, il y avait à cette époque un autre docteur du 
nom d'Eïfa qui était en relations avec Rabba bar bar Hana. Ainsi 
le Talmud dit 3 : "prm 'ti #mbn "pria nsn in *o ttarb sne^l ïtâ "i»« 
ww ,m o Tn^a pa prm 'ns inm? 4 « Eïfa disait à Rabba bar bar 
Hana : « Vous, disciples de R. Yohanan, vous suivez l'opinion de 
R. Yohanan ; nous, nous suivons l'opinion de R. Hanina. » Fai- 
sons remarquer, en passant, que Raschi, s'appuyant sur la leçon 
inexacte de Sanhédrin, dit ici également qu'E'ifa est le fils de Re- 
haba de Poumbedita. 

Pour déterminer l'époque à laquelle vivait Eïfa, il faut tout 
d'abord déterminer la personnalité de Rabba bar bar Hana, car 
il semble y avoir eu deux docteurs de ce nom, l'un du temps 
de Rab (mort en 248 de l'ère vulgaire), et l'autre du temps de R. 
Juda, chef de l'école de Poumbedita (mort en 300 de l'ère vul- 
gaire). Ainsi, le Talmud dit : a Une fois Rabba bar bar Hana, se 
trouvant à Poumbedita, n'alla pas assister aux conférences de 
R. Juda ; celui-ci envoya son domestique pour le faire venir, 
même de force s . » Ce Rabba semble donc avoir été l'inférieur de 
R. Juda. Ailleurs le Talmud dit : « Rabba bar bar Hana étant tombé 
malade, R. Juda et les docteurs allèrent le visiter et lui deman- 
dèrent de leur résoudre une difficulté rituelle*. » Ici, il doit s'agir 
d'un autre Rabba ; on ne peut pas admettre qu'un docteur de la 
valeur de R. Juda, chef de l'école de Poumbedita, et d'autres 
docteurs considérables soient allés visiter et interroger sur une 
Halacha ce même Rabba bar bar Hana que R. Juda avait traité 
en inférieur en l'obligeant à assister à ses cours ? 

Le Séder Haddorot, sans avoir aperçu la difficulté que nous 
avons signalée, admet qu'il y avait deux docteurs du nom de 
Rabba bar bar Hana; l'un (celui qui reçut la visite de R. Juda) 
était le disciple de R. Juda le Saint, le rédacteur de la Mischna, 
et l'autre le disciple de R. Yohanan, qui jamais ne quitta la 
Palestine pour aller en Babylonie 7 . Nous ne voulons pas en- 

1 Menahot, 7 a. 

* Kiddouschin, 10 a. Voir Lettre de R. Scherira Gaon. 
J Schabbat, 60 6. 

* Le Séder Haddorot veut maintenir la leçon d'Abraham Zaccut, qui a NDb"^, 
leçon reproduite dans le Dikdouké Soferim de Rabbinovitz. Mais celui-ci fait remar- 
quer que la version imprimée est la plus exacte ; elle est, d'ailleurs, celle de R. 
Hananel (dans la nouvelle édition de Vilnaj. 

8 Schabbat, 1 48 a. 

6 Guittin, 16 a et 17 ô. 

7 Voir Séder Haddorot au nom de ^sb^N et au nom de ïisn 13 13 Ï13"1. 



LES GENS SUBTILS DE POUMBEDITA 195 

trer dans le détail des objections que l'on peut élever contre cette 
hypothèse du Séder Haddorot, parce que cela nous mènerait trop 
loin. Disons seulement que, si Ton peut admettre à la rigueur qu'il 
y ait eu deux docteurs homonymes, il est inadmissible que ces 
deux docteurs aient eu chacun un grand-père portant le même 
nom, ou alors le Talmud de Babylone, avec son exactitude bien 
connue, aurait certainement cherché à les distinguer d'une manière 
quelconque. D'autre part, on ne peut pas non plus admettre l'opi- 
nion du Youhasin, qui écrit le nom d'un de ces docteurs avec un 
k (nor\) et l'autre avec un n (nnn) l , ce qui est contredit par tous 
nos textes talmudiques, où ce nom est toujours écrit avec un rt 
(trn). Du reste, on ne peut pas tenir compte du changement de la 
lettre insensible qui termine un nom. Ce changement est très fré- 
quent dans le Talmud Babli et surtout dans le Yerouschalmi, 
comme on l'a vu plus haut pour mm et rwi» 2 . 

Nous proposons une autre solution delà difficulté. Le disciple 
de R. Juda le Saint qui reçut l'investiture, grâce à l'intervention 
de son oncle R. Hiyya, lorsqu'il alla en Babylonie, était nn^i 
rran la (Rabba fils de Hanah) 3 , connu dans le Talmud de Jérusa- 
lem sous le nom de tian *ùl anis ou ïiin *n ao. C'est à ce docteur 
que R. Juda et les autres rabbins sont allés rendre visite et à qui 
ils ont demandé de résoudre une Halacha. Donc, dans le passage 
où il est question de cette visite, il faut remplacer iisn *« na rm 
(Rabba bar bar Hana) par rnn *n nm (Rabba bar Hana) 4 . Quant 
au docteur qui portait le nom de Rabba bar bar Hana, il n'était 
nullement, comme les Tosafites l'ont dit et comme on l'a cru, le 
fils de nan *d &ok 5 , car, dans ce cas, pourquoi son nom est-il ac- 
compagné du nom de son grand-père et non de celui de son père, 
qui était cependant illustre et très connu 6 ? En réalité, il n'existe 
aucun lien de parenté entre ces deux docteurs ; ils n'étaient même 
pas compatriotes. Rabba bar Hana était né en Babylonie, dans la 
ville de Gafri 7 ; Rabba bar bar Hana était, au contraire, Palesti- 

* ibid. 

* Voir plus haut, p. 192, note 3. 

» Sanhédrin, 5 a. On voit par ce passage que Frankel, dans son Mabo Haye- 
rouschalmi, à l'article TàT1 *H N3N, se trompe en disant que ce docteur est toujours 
resté en Babylonie et n'a jamais été en Palestine. 

K Lorsqu'on trouve dans le Talmud un passage où Rabba b. b. Hana est men- 
tionné à côté de Rab et ses contemporains, il faut lire : Rabba b. Hana. 

5 Voir Sanhédrin, o à. 

6 L'explication de R. Méïr de Lublin Cpbmbtt Û"-|!"Itt) sur Tosafot, L c, est 
forcée, la question reste toujours : pourquoi le nom de Ttift *13 -|3 ^3*1 est-il 
accompagné du nom de son grand-père et non pas de celui de son père ? Voir Fran- 
kel, il. 

7 Sanhédrin, 5 a. 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nien * et c'est pourquoi, quand il fut en Babylonie, il suivait en 
cachette les us et coutumes palestiniens 2 . D'ailleurs, on ne lui 
connaît aucun maître babylonien. 

A l'arrivée de Rabba bar bar Hana à Poumbedita, R. Juda était 
déjà très âgé, car, lorsque le docteur palestinien, avant d'at- 
teindre cette ville, avait passé d'abord parSora 3 , il y avait ren- 
contré, non pas R. Houna, qui était déjà mort, mais son fils. Or l'on 
sait, d'une part, que R. Juda est mort deux ans après Houna 4 , et, 
d'autre part, que ce docteur a vécu jusqu'à un âge très avancé 5 . 
Il est donc de toute évidence que le chef de l'école de Poumbedita 
était très vieux lorsque Rabba bar bar Hana vint dans cette 
ville 6 , et c'est sans doute à cause de l'autorité que lui conférait 
son grand âge que R. Juda a obligé le docteur palestinien à suivre 
ses conférences. 

Revenons maintenant à Eïfa. Nous avons rapporté plus haut 
les paroles de ce docteur à Rabba bar bar Hana : « Vous, disciples 
de R. Yohanan, vous suivez l'opinion de votre maître, tandis que 
nous, nous suivons celle de R. Hanina. » Comme nous l'avons vu 
à propos des gens subtils de Poumbedita, l'autorité de R. Yoha- 
nan était très grande chez les docteurs babyloniens. Une fois, 
dans une discussion, R. Juda dit : « Je ne reviendrai sur ma dé- 
cision que lorsque tu m'auras apporté une lettre de la Palestine », 
c'est-à-dire de R. Yohanan 7 . De même, Rabba bar Nahmani, dis- 
ciple de R. Juda, quand il voulait faire accepter ses interdictions 
par le public, disait : « R. Yohanan a envoyé une lettre de la Pales- 
tine pour dire que c'est défendu s . » Peut-on alors admettre que 
le docteur du nom de Eïfa qui parla à Rabba bar bar Hana avec 
une certaine désinvolture de R. Yohanan fût le jeune Eïfa, disciple 
de Rabba bar Nahmani ? D'ailleurs, Rabba bar Nahmani et son col- 
lègue R. Joseph discutent, dans un passage du Talmud 9 , sur la fa- 
çon dont Rabba bar bar Hana avait rapporté une Halacha au nom 

1 Une anecdote racontée dans le Talmud semble, il est vrai, contredire cette asser- 
tion [Toma, 9 b). On y dit qu'une fois que Resch Lakisch se baignait dans le Jour- 
dain, Rabba b. b. Hana lui ayant tendu la main, il lui dit : Je vous déteste vous 
autres (Babyloniens, qui n'êtes pas revenus en Judée du temps d'Ezra). Mais le 
Talmud lui-même doute de l'autbencité de ce récit. Cf., Cant. Rabba, vin, 9, une 
apostrophe analogue adressée par un Palestinien à R. Zeira. 

* jPesahim, 51 a, et Rabbènou Ascher, ad. I. 

* Ibid. 

* Voir la Lettre de Scherira. 
5 Moed Katan, 28 a. 

« Guittin, 19 b. 

7 Baba Batra, 41 h 

» Schabbat,ii5a. 

* Baba Kamma, 51 b. 



LES GENS SUBTILS DE POUMBEDITA 197 

de R. Mani », ce qui ferait croire que Rabba bar bar Hana n'exis- 
tait plus lorsque cette discussion eut lieu. Donc Eïfa, le disciple de 
Rabba bar Nahraani, ne pouvait pas avoir eu d'entretien avec Rabba 
bar bar Hana. En admettant même que Rabba bar bar Hana ait 
vécu encore du temps de Eïfa, il aurait été déjà très avancé en âge, 
car Rabba bar bar Hana est arrivé en Babylonie du temps Rabba, 
fils de R. Houna 2 . Nous devons donc admettre que le Eïfa qui 
s'est entretenu avec Rabba bar bar Hana n'était pas le jeune Eïfa, 
disciple de Rabba bar Nahmani, mais un docteur du même nom, 
d'une renommée égale à celle de Rabba bar bar Hana et qui vivait 
à l'époque des deux grands docteurs babyloniens, R. Houna, chef 
de l'école de Sora, et R. Juda, chef de l'école de Poumbedita. Et, 
en effet, à cette époque l'autorité de R. Yohanan n'était pas encore 
reconnue en Babylonie, comme le prouve l'exemple suivant. Plu- 
sieurs docteurs, tant babyloniens que palestiniens, rapportaient au 
nom de R. Yohanan des Halachot devant R. Hisda ; ce docteur 
leur répondit en des termes peu flatteurs pour R. Yohanan : fa» 
*j:n prrr 'nbi ^b n^ï : « Qui t'écoutera, toi et ton maître R. Yoha- 
nan 3 ? » De même, quand Oula, docteur palestinien, rapportait un 
jour une halacha au nom de R. Yohanan devant R. Nahmann, doc- 
deur babylonien, contemporain de R. Hisda, ce docteur dit à Oula : 
rrb attvrwat ab rronss "prrp 'i ^b ïtien un trirbatt « Je jure par 
Dieu que si R. Yohanan m'avait dit lui-même cette halâcha, je ne 
l'aurais pas écouté 4 . » 

Il n'est donc pas étonnant que Eïfa se soit exprimé devant Rabba 
bar bar Hana au sujet de R. Yohanan de la même façon que 
R. Hisda et R. Nahman. 

En résumé, à l'époque de R. Juda, chef de l'école de Poumbe- 
dita, il y a eu deux docteurs du nom de Eïfa et Abimi, et la ver- 
sion de R. Hananel dans Sanhédrin, wnao ïiErtf armaaiDi "wn 
Nam ^[n], se trouve pleinement justifiée. D'après cette version, la 
périphrase arPTrtriDn wm « les subtils de Poumbedita » ne désigne 
nullement des docteurs contemporains des fils de Rehaba. Eïfa et 
Abimi vivaient, en effet, comme nous l'avons vu, du temps de 
R. Juda, chef de l'école de Poumbedita, qui a communiqué leur 

1 Ce R. Mani vivait du temps de R. Yohanan. Voir Menahot, 21 a. 

* Il faut remplacer Rabba b. b. Hana par Rabba b. Hanin dans les passages où ce 
docteur s'entretient avec Abbaï ; voir Eroubin, 45 a, et Pesahim, 51a, correction de 
Salomon Louria. 

3 Pesahim, 33 b ,■ Schebouot, iOb, et Meïla, Ma. Il se pourrait cependant que R. 
Hisda ait reconnu plus tard l'autorité de R. Yohanan, car il rapporte lui-même des 
halachot au nom de ce docteur. Cf. Pesahim, Ml a; Baba Batra, 120 3; Aboda 
Zara, 27 b ; Maccot, 23 a. 

'* Boullin, 124. 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

décision rituelle à R. Yohanan. Or, celui-ci est mort en 590 de l'ère 
des Séleucides (riro» •pïob) ou 280 de l'ère vulgaire. R. Juda est 
mort en 610 de l'ère des Séleucides ou 300 de l'ère vulgaire. R. Juda 
a eu pour successeur Rabba bar Nahmani, qui dirigea pendant 
vingt-deux ans l'école dePoumbedita. Après sa mort, son collègue 
R. Joseph lui succéda et fut chef d'école deux ans et demi, tandis 
que nous voyons les fils de Rehaba prendre part pour la première 
fois aux discussions de l'école après la mort de Rabba bar Nah- 
mani et de son collègue R. Joseph *. 

L. Bank. 

1 Voir plus haut, p. 193, note 5. 



UNE VIEILLE LISTE DE LIVRES ' 



Parmi ses manuscrits qui proviennent de la Gueniza du Caire, 
M. Elkan N. Àdler, de Londres, a trouvé une vieille feuille jaunie 
renfermant une liste de livres semblable à celle que j'ai publiée et 
étudiée dans la Revue [t. XXXII, p. 126 et suiv.). Cette feuille, que 
son obligeant possesseur a bien voulu m 'autoriser à reproduire, 
offre des particularités très intéressantes. Quelques-unes me sont 
demeurées incompréhensibles ; aussi je m'empresse d'appeler sur 
elles l'attention de nos collaborateurs, afin qu'ils exercent leur 
sagacité sur les parties que je n'ai pu déchiffrer et nous en ap- 
portent l'explication. 

La feuille, d'une largeur de 13 centimètres sur une longueur 
égale, est chargée d'écriture sur les deux côtés. La partie supé- 
rieure est intacte ; les deux marges sont un peu entamées, et le 
texte a eu à souffrir. Quant au bord inférieur, il a été sensible- 
ment atteint; probablement il en manque une bonne partie, si 
bien que certains numéros de la liste ont disparu et que d'autres 
sont devenus illisibles. Le texte est de l'arabe écrit en caractères 
hébreux au type oriental. Les points diacritiques manquent tout 
à fait pour b (= £) et h (= o) ; pour i {= ^), le point ne se trouve 
que rarement ; il se voit parfois pour i: (= ^b) et b (= Là). Quel- 
quefois le dhamma est indiqué, souvent le teschdîd; une fois le 
point-voyelle hébreu çèrè se trouve placé au-dessus de la lettre, 
selon le système babylonien (voir n°47). 

Je vais reproduire le texte exactement comme le donne la 
feuille, avec les signes ; je reproduis aussi l'aspect des lignes 
avec leur différence de longueur. Pour plus de commodité, j'ai 
numéroté les articles. 

Recto. 

wk X1212 ^bi (?) a-ifiO b« nan 
*[n]:p Nbi rrnso 

b^ab» aaro nn»iin ûbun m»™ ûb? ï-pd [in] l 

1 Les caractères arabes employés dans cet article viennent de l'Imprimerie Nationale. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

*pwi ransn r-D-ioi rron ©an ri^m ïtd iVik pn iT[ai] * 
hn]T * âNsba ûtt>s rrsn ï-ndbnbN ïtwhd p^b*n -jb}?3 iT[ai] 3 

SrmDft] riNiTNbK nsnd ï-na im 6 r-rman î-na nbâîo it[^i] 5 

•pn n-a na pibj>n a^aert nnbi ©*npîi inbiu: 
*a nui 9 lÉoyabio mswybN ^a taaba ma itm 8 ïrastn -itth] 7 

s-n^-nTD mi 10 î-rabbN 
crntt ■onatb tnna^p ma im 12 ^ann* n^ta ïts nt^[n] " 
^bn rai rntiaT rrajaiai ithei riNEarm a^ipb anaa» m["i] 13 
im 16 r^i^N nj>iD im 15 nfcnajbN -)j>tf;bb ^sisn aana im l * 

minbb j-in-ins-p nm 18 ©rrai nawrm trim» î-pd iwft] 17 
ina^bN rpe im 20 spaeetn rnan ]iyb aaba ma sn^» -inh] 19 

œiirn anmpi aamn 
mvinb» o&nb hK]ron moan vftn irah] 21 
ndj» [. . . .]3m Epban nriTNbwN nforo 173 muflana naa "1-1:73 -in|/i] 2 * 

T !Ta nw[i] ,3 

Verso. 

nsMû ma P*itn ^baa im 25 myin nrrofti *b]. yna^ matin iwi 24 

rnsm it^i 27 k-i.«arw3m r-nun'w d[--]b« mpsn ma nm 2 * 

ïwwi tn-DNb» ma« moam bam3bN nsna 173 a^a ma ntm 28 

[m Wo "ûTib d"n*iû 
■ûn-ib pnbx ^ mnn daopb» "ô* mba nos saro ma im a9 

b"T TPÏ90 

rnmbb im 31 rmna mariai ï-my'o lan-ib mbszba mai ma im 30 

mars tznïb 
ma nbatt msj miatt w»n dwr ÛNaba ini 33 mimntt im ' 3a 

pn -ibaa hïiïi 3 * tnoéi *wi?2tzjn 
15o maria» S^acn im 36 spNizn ï-n* ma jha nbs73 im 35 

spv S baonn 
nannb b^DTo mai n&nNmabK is nwn 38 n&na? n*ii3 ma im 37 

b"T îthjo 
mai n^n ï-ttNîn nnn 41 TONîn nm 40 p-10 ibà» n^ujNnn iwi 39 

tD^dpN d^nd ï— i^di ^D»"ipbb nbd» stdt nNnnNd73 rr-s iwn ,f8 

[...3] in b733> 173 rnN^ubN 
Y^nîbi mp^bN ïi^d im * 7 pia ibài -in^idni b^on yn73^73 irai w 

[^Ibn T»ai nasrm 
it:*i 30 «i^ nNTN-idN iT^n i9 ■©■'"iNnDbN ^by i-iwSTNndN rr»B im 48 

r-iNnnNd?3 



UNE VIEILLE LISTE DE LIVRES 201 

mNîn hm] M ...w ïtoi riNpsbx ib im 82 ra-na ïtd tpab irai 51 

a^a !"pbi Narpim™ 

iD im 56 

Pour ce qui concerne le titre de la liste, seule la deuxième partie 
en est compréhensible. En voici la transcription en caractères 

arabes : ^Uj ^ **=»-L> JW UU JJâ. Ce qui signifie : « Cela est 

de ce qui a été mis de 'côté et ne doit pas être vendu. » Il peut 
s'agir d'un stock en librairie dont une partie est objet de vente et 
dont l'autre, comprise dans la liste, doit être réservée. De ce que 
certains livres, notamment des rituels, se trouvent en nombreux 
exemplaires, nous sommes fondés à conclure que nous n'avons 
pas affaire à une collection privée, mais à des livres en magasin. 

Un seul mot de la première moitié est intelligible, c'est ov*3 ; 
toutefois il n'est pas bien clair, car son sens habituel, qui est celui 
de « preuve, argument », ne s'explique guère ici. Quant au mot 
suivant y-tttobtf, après lequel on peut encore distinguer les restes 
d'un a et d'un 1, je ne le comprends pas du tout. 

Les numéros de notre liste de livres sont désignés comme in. 

D'ordinaire, ce mot (Iji) signifie un « tome » (voyez, par exemple, 
la désignation des trois parties du Dalâlat - alhâïrin de Maï- 
monide). Ici ce mot marque le « volume ». Certains volumes 
portent chacun un titre, tels autres réunissent chacun différents 
ouvrages ; parfois ils renferment des morceaux de nature très 

diverse. Il arrive qu'au mot iw est ajouté le mot snttafc {gpjsz), 
afin d'indiquer que le volume est un recueil de pièces variées 
(13, 19, 44). 

Certains numéros sont affectés de signes extérieurs. Un volume 
est appelé oUkJ, « petit », ou « joli » (n° 51). De certains il est dit 

qu'ils sont £*£, « nus », probablement « non reliés » (n cs 21, 22, 

44) ; d'autres qu'ils sont ^Xsa, « reliés en cuir » (n os 3, 4, 5). Deux 

numéros sont dits §j> «xA£s, « reliés en fin parchemin » (n« s 35, 39), 

dont $j *x)csr (n° 34) est une variante, et peut-être aussi *xX2î (£ 

(n° 2) ; toutefois cette dernière expression peut signifier aussi que 
le livre même est en fin parchemin et qu'il est relié en cuir. Au 
sujet d'un volume contenant une poésie (25), nous lisons qu'il est 
\y\\ *xXs? « en cuir bleu ». 
Pour ce qui est des genres littéraires représentés dans notre 



202 REVUE DES ETUDES JUIVES 

liste, ce sont les ouvrages liturgiques qui prédominent. Le terme 
habituel pour désigner les ouvrages liturgiques est rtiNTti (&L^), 
substantif arabe formé de "jm, employé à la place de nmo ou de 
"mrra. Nous retrouvons ce mot dans le titre d'un ancien recueil 
liturgique des Karaïtes (voir Pinsker, Lihhouté Kadmordot, 
appendice, p. 137). Les numéros suivants de notre liste sont 
donnés comme î-ftStin : 7, 27, 40, 53, 54; pour d'autres (17, 20, 41, 
47), ttSNïn figure à côté d'autres morceaux. Pour deux numéros, 
on indique les fêtes auxquelles est destinée la liturgie du volume : 
n° 2 pour Rosch Haschana, Soukkot, Hanoukka et le 7 e jour de 
Pâque (désigné par wvn, parce que la péricope de ce jour com- 

mence par ce mot, Ex., xiv, 30) « ; n° 24, rmn nntttt £ <j*^ rfttfîrt, 
«liturgie spéciale à la fête de la réjouissance de la Loi 2 ». Un 
volume du recueil, n° 17, contient, outre fiiaîn, des mmiD, par 
où il faut entendre des hymnes religieuses (cf. dans la prière du 
matin — -ittatt -pin — l'expression rvmatai mmm ^bbrtt et dans 
mmD"> l'expression ï-ïrmn tid ; voir aussi dans le Siddour de 
Saadia (Steinschneider, Cat. Bodl., col. 2204) l'arabe rroNonba. 
Un autre volume (n°31) est composé de prières de pénitenee, de 
Selihot pour le Kippour 3 . Le 1"Wîd est nommé particulièrement 
dans un recueil (n° 47) sous la forme du pluriel arabe "p* 3 ^ 
(^jyoljj). Dans le même volume se trouvait aussi une akéda, poème 
liturgique sur le sacrifice d'Isaac appartenant aux Selihot. La poésie 
liturgique des soirs de fête, Maarib 4 , est également représentée 
(n° 55). — Le n° 12 renferme des lamentations (Kinot), non sur le 
9 d'Ab, mais tnntt -onsb, « sur les morts ». On ne savait pas jus- 
qu'ici, à ma connaissance du moins, qu'il existât des recueils par- 
ticuliers de lamentations funèbres. 

On trouve des pièces de poésie profane désignée sous le nom 
arabe Jiuû dans les n°" 11, 15, 25, 37. Dans deux d'entre eux 
(11, 37) la poésie est expressément appelée « poésie hébraïque » 
(^j+zjjiù). Il est probable que les deux autres numéros conte- 
naient des pièces de poésie arabe. Un recueil (13) renfermait des 

morceaux métriques, en arabe uW"* (^P'9 en hébreu). 
La littérature midraschique n'est représentée par aucune œuvre 

1 Cf. dans Zunz, Literaturgesch. d. synag. Poésie, p. 69, le Yocer de la Pâque : 
Ï"!3")73N bjtf 3^-p") ; le 3Wn 1251173 dans le Beth-Hamidrasch, I, 35-57, de Jellinek ; 
le 3Wn Ûimn dans Zunz, il., p. 22, note 1. 

* Cf. Zunz, ib., p. 82 et suiv. ; Ritus, p. 86 et suiv. 

3 Voir Zunz, Die synag. Poésie d. Mittelalters, p. 76, 

4 Voir Zunz, Literaturgesch. d. syn. Poésie, p. 73. 



UNE VIEILLE LISTE DE LIVRES 203 

marquée d'un nom spécial. Nous apprenons seulement que les 
n os 17 et 51 renferment du um», les n 03 10, 26, 32, des nwn». 
Ce pluriel, dans la langue de Maïmonide par exemple, désigne la 
totalité de la littérature midraschique (voir mon livre : Die Bibel- 
exegese Moses Maimûnïs, p. 35 et suiv.). Il ne faut pas con- 
fondre avec ces mizm» le pluriel arabe nawDfcm, que portent cinq 
numéros de notre liste (4, 13, 39, 42, 44). Ce pluriel arabe corres- 
pond au pluriel hébreu rvuzrri, que Maïmonide emploie constam- 
ment avec l'article arabe (voir ib., p. 33 et suiv., Revue, XXIII, 
312). Il semble que ces naiûN-n renfermaient des interprétations 
agadiques, vraisemblablement des extraits du Talmud et du 
Midrasch. 

Un volume comprenait des Halachol (43). Sagit-il des Halachot 
Guedolot? Nous ne saurions le dire. Même incertitude au sujet des 
rrobïijt *N>^* du n° 3. Le titre peut signifier « Remarques utiles 
sur les Halachot », et il serait question des Halachot Guedolot. 
Dans le même volume, il y avait encore une « Explication d'ex- 
pressions » (lâUJl ï)TTè). Ce mot vise peut-être des expressions 
des Halachot Guedolot ou du Talmud (voir Revue, XXXII, 128). 
Dans le n° 33, un écrit est désigné comme suit : « Expressions 
(LàliJî) des traités mischnaïques Zeraïm et Moëi »; c'étaient peut- 
être des articles empruntés aux glossaires sur la Mischna, comme 
en composèrent les Gaonim Scherira et Haï (voir Leben u. Werhe 
des Abuhvalid Merwân lbn Uanâh, p. 85 et suiv.) L n . n° 28 avait 
un commentaire sur les principaux travaux interdits le sabbat 
(n-oabtt mna j*mJû) t donc sur le vn e chapitre de la Mischna 
de Schabbat. Halacliique était probablement le contenu du mor- 
ceau dit trcapb qui occupe la première place dans le recueil n° 13 
(cf. articn )12 irwpb = maitt» mitt trtnpb, Revue, XXXII, 128). 
Quant aux n 03 6 et 30, qui portaient le titre « La table sacrée et 
les pains de proposition », « Les offrandes sacerdotales », je n'en 
saurai déterminer le contenu. Avaient un titre arabe et étaient 
probablement écrits en arabe les n os 38 et 34 : « Des témoignages » 

(eybl^ÂJî <j) et « Le livre sur les parties de l'impureté lévitique » 

( mKttaJÎ JJLïiï v' J ^)- Pour ce dernier écrit le nom de l'auteur 
était indiqué, mais sur notre feuille il est devenu illisible. Peut- 
être pourra- 1- on, par voie de conjecture, compléter le com- 
mencement qui nous a été conservé et qui est ...3 p. Les mmian 
du n° 5 sont-elles des Consultations de Gaonim? Impossible de 
l'affirmer ; aussi bien, ce peut être le titre d'un ouvrage de polé- 
mique. Par contre, on peut considérer comme des réponses le 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n° 36, « Lettres missives, extrait de l'ensemble des lettres missives 

de R. Joseph » (spv 'n JU^> <^* '^1^jJ> J5L;). Gomme notre liste 

a vu le jour très probablement avant le xii e siècle et en Orient, 
ce R. Joseph ne saurait être R. Joseph b. Migasch, disciple 
d'Alfasi, mais l'un des Gaonim du nom de Joseph (voir Mùller, 
Einleitung in die Responsen der baby Ionise lien Gaonen, p. 79). 
Le n° 50 renferme des lettres échangées probablement entre 

hommes savants (e^LolX*) ; dans les n os 26 et 45, il en est question 
également. 

Le n° 33 contient, outre le glossaire sur une partie de la Mischna 
dont nous avons déjà parlé, le « Rouleau de la maison des Asmo- 

néens » en traduction arabe (&jZJu> "Wittttîn mn nbstt). L'auteur 
des Halachot Guedolot (éd. Hildesheimer, p. 615) donne le même 
titre au Rouleau des Asmonéens. Dans les ms. yéménites il est 

souvent question d'une traduction arabe de ce Rouleau (car i^~À* 
ne signifie pas ici «. commenté », mais « traduit en arabe ») ; dans 
son Arabie Chrestomathy (voir Revue, XXV, 153), M. Hirschfeld 
a publié un de ces textes. Cf. Harkavy, Leben u. Werke Saadias 
(en hébr.), I, 205 et suiv. ; Gaster, The scroll of the Hasmo- 
neans, p. 9). 

Avant de parler des écrits de Saadia dont il est question dans 
notre liste, je citerai un ouvrage anonyme avec titre arabe qui est 
désigné expressément comme n'étant pas juif. C'est le premier 

numéro, qui est ainsi décrit : &JC.«.a»y> ûVi^ïi m^na te &*'* *y>» 

Ji^*>Q,î ou5"« Volume qui renferme de la science des non-juifs, 

avec le titre Kitâb-al-madhal (Livre de l'introduction) ». Il est 
probable qu'il s'agit de l'ouvrage astrologique d'Abou Maaschar 

(ix e siècle) j.aAjî Ju^jJI (Introductio major). Voir Steinschneider, 
Die hebr. Uebersetzungen d. Mittelalters , p. 567 et sqq. Le n°28 
renfermait un chapitre du même ouvrage (J^Jsil <Ju£ ^ oL). 
Je n'ai pu déterminer ce qui se trouve au n° 6 sous la rubrique 
^LiajiJi <_jLl^ « Livre de la claire explication ». Je connais un écrit 
d'un auteur postérieur à Maïmonide qui portait comme titre 
*XsîyiJÎ ^Làjî, ou plutôt âU^àJ! iXsiyiJî ^Lswî « Explication 

claire des fondements de la religion » (voir Neubauer, Catalogue 
de la Bodléienne, n os 626 et 1313). Il se pourrait que le n° 6 de 
notre liste offrît un contenu analogue. 

Parmi les écrits de Saadia, notre nomenclature cite principale- 
ment ceux qui ont trait à la Halacha. 



UNE VIEILLE LISTE DE LIVRES 205 

1. Le n° 28 signale comme dernière pièce les « quatre portes de 
Rabbènou Saadia >:. Le n° 41 parle des mêmes « quatre portes ». 
Nous ne connaissons pas d'ouvrage du Gaon portant ce nom; 
mais comme il existe un écrit halachique du Gaon Haï intitulé 
mynio ''lyïï S nous pouvons en inférer que nos « quatre portes » 
étaient un ouvrage similaire. Les mntttt "OT ^y® et les *n*iz) 
hvniû, qu'un ms.-de la Bibliothèque de Parme attribue à Saadia, 
ne sauraient être dues à sa plume, ainsi que l'a montré Stein- 
schneider (fiât. Bodl., col. 2161). 

2. Le n° 13 parle d'un écrit sur V « impureté et la pureté ». 
C'est évidemment le ïrtieo ïiKttca 'o, qu'on cite comme un ouvrage 
du Gaon (voir Rapoport, Bihkouré Haïttim, IX, 28, note 19 ; Stein- 
schneider, il)., col. 2162). 

3. Le n° 20 renferme, outre de la liturgie (naBîn), un écrit sur 
F « intercalation » et un autre sur « la fixation de la néoménie ». 
Le premier serait en arabe, attendu que le titre marque l'article 
arabe (mav Jï). Il s'agit sans aucun doute du iny^y Jî obL5"de 
Saadia, que le Fihriste mentionne parmi les écrits de ce Gaon 
(voir Poznanski, Jewish Quarterly Review,X,260). L'autre écrit, 
désigné par les mots de ttnnn ©TFp, avait vraisemblablement le 
même contenu que l'ouvrage de Saadia; il ne saurait donc être de 
lui. Joël Mùller, dans son introduction aux écrits halachiques de 
Saadia (Œuvres complètes de R. Saadia, t. IX, p. xvn de la 
partie hébraïque), cite aussi un livre du Gaon sur urinn UJTpp. 
Mais ce n'est pas le titre d'an ouvrage ; Mùller, qui à ce sujet 
renvoie à J. Q. R., V, 190, a rendu par pim ŒYrp l'anglais 
« Calendar », sans faire attention que ce terme s'appliquait au 
tdw 'o de Saadia. 

4. Le n° 8 est ainsi conçu : àLfiâMj iiya.Àj<.\\ & -S^, « Traité sur 
la Pentecôte et sur les fêtes ». Il est possible, quoique peu pro- 
bable, qu'il soit question de l'écrit de Saadia sur les fêtes. Cet écrit, 
que Saadia appelle 2>Lft5JI lJj& dans son Se fer Haggalouï (voir 
Harkavy, l. c., p. 153; ib. 212 et suiv.) était en hébreu et aurait 
porté un titre hébreu dans notre liste. La mention spéciale de la 
Pentecôte indique que dans l'écrit en question cette fête était l'objet 
d'une étude particulière et vraisemblablement d'une polémique. 
Il se pourrait que cet écrit intitulé -^5 fût une partie de l'ouvrage 
polémique de Saadia contre IbnSâqeveihi, ouvrage qui porte, entre 
autres, sur la Pentecôte (voir /. Q. R., IX, 435; X, 253). Le titre 
et le commencement manquaient probablement au n° 8, en sorte 
qu'au lieu du titre, on a donné une indication sur le contenu. 

1 Voir Steinschneider, Cat. Bodl., col. 1028. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

5. Le n° 28 signale expressément Saadia comme étant l'auteur 
d'un ouvrage d'ordre polémique. En voici la transcription arabe : 

Vt ïthjd imrrt <^2t Js. »^ -LiiJi J.s. ^j^fuhCS'. Parmi les 
écrits polémiques connus de Saadia, il n'y en a pas qui ait ce titre, 
dont la signification est la suivante : « Écartement de la réfutation 
du « Kiyâm » et sa réfutation selon la vérité ». Or, nous savons 
qu'un écrit de Saadia portait ce titre : xjÎ^J-JI Ji* pUiJî <->U5 
*+x4*+l), «Défense des lois religieuses révélées 1 ». Cet écrit est 
donc désigné au n° 28 par -La)!, et nous apprenons par le titre 
que le Gaon prit sa plume contre une réfutation caraïte de cet 
écrit et réfuta la réfutation. Peut-être cet ouvrage est-il identique 
à l'écrit polémique contre Ibn Sâqeveihi dont nous avons parlé 
plus haut. Dès lors nous devons admettre que ce dernier dans son 
œuvre polémique contre les Rabbanites et contre Saadia a eu par- 
ticulièrement en vue le « Kitâb alkiyâm » de Saadia. 

6. Le n° 38 parle de « Questions »(JjL**) de Saadia. Peut-être 
s'agit-il de questions halachiques et de réponses qui y furent faites. 

7. Le n° 30 renferme un écrit de Saadia sur « L'obligation de la 

s 

prière » (m^D "rtnnb ï^k^W v>>i)- C'est le titre de l'introduction 
du Siddour du Gaon (voir Steinsclineider, Cat. Bod.l., col. 2204 : 

8. Le n° 21 offrait un extrait du commentaire de la Bible de 
Saadia ; car c'est probablement ainsi qu'il faut entendre ces mots 
FDVifcJÎ { j»\j}j.AjL^Pjj>»*Â's i . Par conséquent «tafsir» ne signifie 

pas, comme d'ordinaire, la traduction arabe de Saadia, mais son 

•■ 

Commentaire sur le Pentateuque (habituellement ry&). 

9. Il est possible que le n° 22 ait contenu le commentaire de 
Saadia sur la Genèse. Il faudrait compléter a m par [ïttoo i]^ ; 
voir les n os 28 et 29. Les lettres qui se trouvent à la fin de la ligne 
sont inintelligibles. Il faut admettre que j&p\ <^\jS était le titre 
du commentaire de Saadia sur le Pentateuque (mus). Gela confir- 
merait l'indication qui se trouve dans Neubauer {Cat. Bodl., n° 626, 
col. 121), suivant laquelle le commentaire de Saadia sur le Penta- 
teuque est cité sous la dénomination de (lisez nnïtfba 3 ) ^inïit^n sans. 

K). Le livre sur le langage (iUXÎI i) du n° 9 était peut-être le 
iUXiî <_>LÂL5^de Saadia ou une partie de ce livre (voir mon ouvrage : 
Die Anfaenge d. hebr. Grammatik, p. 39). 

1 Voir Poznanski, J. Q. Eeview, X, 259. 

s Cf. le fc-ptt)fina TOsn -iXnb», deKirkisâni (Steinschneidcr-Festschrift, p. 214 ; 
Brody, Eebr. Bibliogr., II, 100). 
3 Dans l'index (col. 1063, eu haut), il y a ^N!-JTi*bN 3NZ"Û. 



UNE VIEILLE LISTE DE LIVRES 207 

11. Le n° 14, sans nommer le Gaon même, nous donne le titre 
arabe complet d'un de ses ouvrages philologiques, qu'il appelait 

en hébreu yn>txn %. Car jl^xJÎ^UJ Jj-ii c r >U5' n'est que le titre 

complet suppose par M. Harkavy (Leben u. Werhe des Gaon Saa- 
dia, p. 30), dont l'abrégé jl r .o«Jî J jt^Jî cJjS est employé par S. 
même dans l'introduction au Se fer Haggalouï, tandis que l'ad- 
versaire de Saadia,Mebasser, a l'abrégé jjuiJî iyo\ fJjSl Le titre 
entier tel qu'il se trouve dans notre catalogue porte ^j^XJ au lieu 
de j*jzJ\. Grâce à cette nuance, le titre prend un autre sens, car 

alors Jj-oî ne saurait signifier « racines » (fondements, principes) 
de la poésie, mais les racines de la langue, et le sens du titre 
serait : « Livre des racines pour la poésie hébraïque * ». Ce 
sens correspond mieux au contenu de l'ouvrage. L'Agron est un 
vocabulaire double, où les mots sont rangés par ordre alphabé- 
tique des initiales et des finales, et il a pour objet de faciliter leur 
tâche aux chercheurs d'acrostiches et de rimes. Saadia donne 
les racines, c'est-à-dire les formes verbales reconnues par lui 
comme telles ; donc le livre pouvait à bon droit s'appeler « Livre 
des racines ». Ainsi, le dictionnaire de rimes de Saadia aurait eu 
le même titre que plus tard le grand dictionnaire d'Abouhvalîd. 

Le fait que notre liste compte tant d'ouvrages de Saadia prouve 
qu'elle est d'une époque où on lisait beaucoup les œuvres du Gaon. 
Aux n os 29 et 38, on accole au nom de Saadia la formule usitée 
pour les défunts (V't = ronab "irrDï). Donc il y a apparence que 
notre liste date du siècle qui a suivi sa mort. Cette supposition 
est confirmée par la présence, dans notre liste, d'un auteur qui fut 
au nombre des plus éminents savants karaïtes et qui florissait vers 
la fin du ix e et le commencement du x e siècle, par conséquent peu 
avant Saadia, de Daniel al-Kumisi, sur qui nous sommes informés 
grâce à Kirkisâni mieux que ne l'était Pinsker (Likkouté Kadmo- 
niot, I, 48 ; II, 188). Voir Harkavy, VIII e vol. des Abhandlungen 
d. Russ. archaeol. Gesellschafl, pp. 280 et 316; /. Q. R., VII, 
692 et suiv. ; VIII, 681 et suiv. ; IX, 436. Le n° 45 contient un 
écrit de lui, qui porte comme titre le simple mot de « Question » 

(aJL**). Peut-être était-ce un chapitre de son msm '0 écrit en 
hébreu. Qu'au milieu d'une collection d'ouvrages essentiellement 
rabbanites nous rencontrions un écrit karaïte, cela n'a rien d'éton- 
nant pour qui sait l'ardeur de polémique où Karaïtes et Rabbanites 
étaient montés au temps dont date notre liste. Il semble, du reste, 

1 II faudra donc rectifier ma traduction « Livre des principes de la prosodie » [Die 
hebr. Sprachwissenschaft vom 10. lis 16. Jahrh., p. 16). 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que Daniel al-Kumisi n'était pas trop mal vu des Rabbanites, 
parce que, comme nous l'apprend Kirkisâni, il s'attaqua plus tard 
à Anan, le fondateur du Karaïsme, et l'appela û^Diïi tû^n. 

Le n° 19 renfermait aussi un écrit d'Anan (}3?b j»^), qui n'est 
pas plus clairement désigné. 

Si la petite feuille de papier, à laquelle cet article est consacré, 
offre maints détails intéressants pour l'histoire de la littérature 
juive du moyen âge, d'autre part, elle présente quelques énigmes 
dont je n'ai pu trouver la clé et que je signale à la sagacité de nos 
savants. 

Cl 

1. Que signifie fcnawDa (transcription arabe : ^)^j ou 

e^)jjiJ)? Ce mot revient dans deux numéros (16 et 49) et dans 

un troisième (48), il est accompagné d'une expression non moins 

énigmatique : um&nsbN *by (= j&^àJî Jl£). On pourrait consi- 
dérer dkwd» comme une arabisation de nïT-Dti, qui signifierait 
« Prédications ». Mais où ce mot a-t-il ce sens? Ce n'est qu'en 
néo- syriaque que ton et en arabe vulgaire que '^J> signifie 
« prêcher 1 ». Si uskLSI signifie « prédications », ra^ans peut 
passer pour le pluriel arabe de ï"NÇT$ « section, péricope ». Le 
n° 48 nous donnerait des « Prédications sur les péricopes hebdo- 
madaires ». Toutefois cette explication me paraît problématique. 

2. Que veut dire le titre du n° 18 : minbb s-ifin&aT ? Si nanfittrr 
était une arabisation de nin£i\ qui désignerait les poésies litur- 
giques de la prière du matin, que signifierait rmnbb? Dans les 
n os 23 et 55 on peut encore distinguer les premières lettres de notre 
mot énigmatique 2 . 

3. Que signifie altjJi, dont parle le n°52? 

4. Que signifie, dans le n° 6, ïh mn sa t>^*>'? Ce mot arabe 
peut avoir le sens « extrait » ; et l'œuvre signalée serait alors 
extraite de l'œuvre complète, dont l'auteur aurait été connu 
comme « Ab-Dêt-Dîn » (chef du tribunal). 

Enfin, mentionnons que pour le n° 35 et la deuxième moitié du 
du n° 19 le contenu n'est marqué que par ces termes généraux 

uuil£» »5v£ « une certaine quantité d'ouvrages ». 

W. Bâcher. 

1 Voir Krauss-Lôw, Griechische und lateinische Lehnwœrter, II, 297 b. 

» M. Steinschneider m'écrit qu'il ne se souvient pas d'avoir trouvé les pluriels 
Wn&nD et n«Fl&ttfcTi. Mais il m'indique le pluriel arabe -pTÊWtt de *nWH, cité 
dans son dernier catalogue [Verzeichniss der hebr. Handschriften der kôn. Bibliothek 
in Berlin, Zweite Abtheilung, p. 81 b, note 3), et le pluriel T1N10 de THO, qu'il a 
trouvé quelque part. 



LA GRANDE SYNAGOGUE DE SEGOVIE 



Le dernier Bolelin de la Real Academia de la Hlstoria de 
Madrid (octobre 1899) contient sur une antique synagogue de 
Ségovie un article extrêmement intéressant, que nos lecteurs 
nous sauront gré d'analyser en détail. 

L'église dite du Corpus Christi de Ségovie, qui fut, il y a 
quelques mois, la proie des flammes, était une ancienne synagogue 
dont l'origine se perd dans les premiers temps de l'histoire de 
la péninsule ibérique. Cet ancien monument judaïque passait à 
juste titre pour un des plus beaux joyaux architectoniques de la 
Vieille-Castille. Bien que transformé depuis le commencement 
du xv e siècle en un temple catholique, dépendant, en dernier lieu, 
de l'ordre des Sœurs Franciscaines, il gardait de sa destination 
première un caractère particulier que n'avaient pu effacer les 
changements apportés à son aménagement intérieur. Les clichés 
que l'on trouvera plus loin et qui ont été gracieusement prêtés 
à la Revue par l'Académie Royale d'histoire de Madrid suf- 
fisent à le montrer d'une façon saisissante. Le premier de ces 
clichés reproduit, d'après une photographie de M. Joaquim Maria 
Gastellarnau, l'aspect actuel de l'intérieur de l'ancienne synagogue 
avec ses arcades entourant la nef centrale et ses murs épais, 
noircis par l'incendie. Le second donne un plan de la construction, 
dans lequel les lignes pleines indiquent les murs de la primitive 
synagogue, et les autres ceux dont l'édification fut nécessitée ulté- 
rieurement par la nouvelle affectation de la bâtisse. Ce plan est 
une réduction du plan de l'église et du couvent du Corpus Chrisli 
levé par les soins de M. Odriozola, architecte municipal de la ville 
de Ségovie. 

Cet édifice existait déjà au moment où Alphonse VI entra dans 
la ville en conquérant. Une autre version cependant n'en ferait 
remonter la construction guère au delà du règne d'Alphonse X, 
dit le Sage. Ce qu'il y a de certain, c'est que les Israélites y ont 

T. XXXIX, n° 78. 14 



210 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



pratiqué le culte jusqu'en 1410. Ce fût cette année seulement que, 
prenant prétexte d'un sacrilège imputé à quelques rabbins par la 
clameur publique, la reine Catalina, mère de Jean II, chassa les 
Juifs de la ville et fit don de leur synagogue à l'évêque D. Juan de 
Tordesillas. Celui-ci l'affecta au culte catholique sous l'invocation 
du Corpus Chrisli et la donna aux moines Jérômes de Parraces. 




Fig. i. — Aspect actuel de l'intérieur de l'ancienne synagogue de Ségovie. 



Elle resta en leur pouvoir, et toujours consacrée au culte catho- 
lique, pendant plus d'un siècle et demi. En 1572, Manuel et Antonio 
del Sello et la femme de ce dernier, Dona Juana de ïapia, l'ac- 
quirent pour y installer les Sœurs Franciscaines, qui en demeu- 
rèrent maîtresses jusqu'à nos jours. 

De ce rapide historique on peut conclure que la synagogue a dû 
subir depuis l'expulsion des Juifs au moins deux transformations : 
la première quand les moines de Parraces s'y sont établis, et la 
seconde quand on en a fait la chapelle d'un couvent de Sœurs 
Franciscaines. Le problème qui se pose donc tout d'abord consiste 



LA GRANDE SYNAGOGUE DE SÉGOVIE 



211 



à déterminer la nature et l'étendue des travaux effectués pendant 
le séjour des moines. Or, dans ce qui a été la synagogue, M. Gastel- 




Fig. 2. — Plan de la construction. 



larnau n'a pas trouvé la moindre trace d'une modification pouvant 
être attribuée à cette période. Incontestablement, dit-il, l'affec- 
tation de l'ancienne synagogue au culte catholique n'a pu se faire 



212 REVUE; DES ÉTUDES JUIVES 

sans qu'on y introduisît quelques modifications ; seulement il n'en 
reste pas trace. Peut-être ces modifications se réduisirent-elles à 
l'érection d'un autel à la place du sanctuaire. Mais si on ne trouve 
pas le moindre vestige d'aucun travail des moines dans la syna- 
gogue, on peut affirmer, en revanche, que la construction du cou- 
vent actuel est presque entièrement leur œuvre. Il y avait autre- 
fois, à côté de la synagogue et y attenant, une maison qui devait 
servir d'habitation au grand-rabbin. C'est sur son emplacement 
que fut élevé le couvent. Celui-ci, d'après M. Castellarnau, ne 
saurait remonter au delà du xv e siècle, étant donnée la nature des 
matériaux employés à sa construction. Les portiques de la cour 
intérieure et la galerie supérieure du couvent qui se conservent 
encore debout avec leurs colonnes, leurs chapiteaux de granit et 
leurs voûtes surbaissées portent la marque de l'époque. On peut 
en dire autant du portique de l'église marqué en A (fig. 2). En 
effet, l'arc de cette entrée est en pierre granitique, comme les 
colonnes de la cour du couvent, et cette sorte de pierre ne se 
trouve pas employée dans les travaux incontestablement plus 
récents comme les murs désignés dans le plan que nous repro- 
duisons par les lettres BBB, GG et H (fig. 2). On conçoit, d'ail- 
leurs, que les moines aient voulu se ménager une entrée dans 
l'église en A, l'entrée du couvent donnant sur une cour de ce 
côté. Autrement ils eussent été obligés de faire un détour pour 
pénétrer dans l'église, soit par la grande porte NN sur la façade 
de la primitive synagogue, soit par la porte P ménagée sur l'un 
des côtés du temple. 

Dans son histoire de Ségovie, Colmenares a écrit quelque part 
que de son temps l'église du Corpus Cliristi « fut renouvelée » (en 
nuestros dias se renovo aquella fabrica), et M. Castellarnau, qui 
rapporte ces paroles, y voit une confirmation de l'avis qu'il émet 
sur les autres constructions ajoutées à la primitive synagogue en 
outre du couvent et de la porte A. Mais, en l'absence même de 
tout document contemporain, aujourd'hui que le feu a dépouillé 
les murs de ses revêtements, on distingue avec la plus grande faci- 
lité ce qui a été bâti presque vers le commencement du xv e siècle 
de ce qui est postérieur. Il suffit, dit M. Castellarnau, du plus léger 
examen pour être frappé par les différences qui existent entre le 
solide maçonnage ancien et les murs ajoutés depuis. On peut même 
fixer à peu près la date de quelques-unes de ces constructions. 
Le presbytère, par exemple, en forme de croix grecque, surmonté 
d'une coupole hémisphérique, a dû être bâti à une époque relati- 
vement récente, probablement vers le milieu du xvnr 3 siècle, 
comme l'indique son style néo-classique de l'ordre toscan. Peut- 



LA GRANDE SYNAGOGUE DK SÉGOVIE 213 

être môme est-ce plus particulièrement à son achèvement que fait 
allusion Golmenares dans le passage de l'histoire de Ségovie que 
nous avons cité. 

Il ne saurait être douteux pour quiconque examine le plan (fig. 2) 
que les parties au trait plein représentent bien les seuls vestiges 
de l'ancienne synagogue qui subsistent debout, comme le veut 
M. Castellarnau. En effet, les murs que l'on voit indiqués en BBB, 
GG et H constitueraient de véritables excroissances architec- 
toniques dans une synagogue. Ils se comprennent, au contraire, 
à merveille si Ton considère les nécessités créées par la présence 
de sœurs recluses. Ceux qui furent chargés d'aménager l'ancienne 
synagogue, de manière que les religieuses pussent assister aux 
offices sans communiquer avec la partie du temple accessible au 
public, ne pouvaient manquer d'imaginer la cloison BBB. La 
portion E de la nef centrale fut ensuite séparée des parties laté- 
rales pour former le chœur; mais, ses dimensions étant exiguës, 
on le prolongea au travers de l'ouverture NN, en construisant les 
murs GG et H. Ce qui le prouve, c'est que tous ces murs n'ont au- 
cune liaison avec les murs qui constituaient la primitive construc- 
tion et ne sont qu'adossés aux anciennes parois de la synagogue. 
On peut encore faire remarquer que les murs GG et II se trouvent 
trop rapprochés de la muraille d'enceinte de la ville pour avoir été 
bâtis par ceux qui élevèrent la synagogue. Cette construction 
remonte, en effet, comme nous l'avons dit, au règne d'Alphonse X, 
si ce n'est à une époque antérieure. Or, tout le monde sait quel 
rôle avaient dans les guerres de cette époque les murailles des 
villes. Peut-on dès lors admettre que l'on eût permis aux Juifs de 
Ségovie de construire leur synagogue adossée, pour ainsi dire, à 
la muraille de la ville? Même après que la synagogue fut affectée 
au culte catholique, en 1410, les moines de Parraces n'osèrent pas 
construire leur couvent aussi près de cette muraille. A la fin du 
xvi e siècle, alors qu'on ne faisait déjà plus la guerre de la même 
façon, c'était tout autre chose, et les architectes des Sœurs Fran- 
ciscaines n'avaient pas à se gêner. 

Dès lors, il devient loisible de reconstituer les dispositions pre- 
mières de l'antique synagogue de Ségovie, telle qu'elle devait être 
vers 1410, date de l'expulsion des Juifs. Elle occupait vraisembla- 
blement une surface rectangulaire limitée par quatre murs épais, 
dont trois subsistent encore (fig. 2, partie en traits pleins). Les 
murs latéraux dirigés dans le sens Nord-Sud (VV et PA), la façade 
JJ regardant le Sud, l'ouverture qu'on y remarque ayant dû ré- 
pondre évidemment à l'entrée principale. Le mur qui devait clore 
l'enceinte de la synagogue du côté Nord a dû être démoli lors de 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la construction du presbytère. C'est là que devaient se trouver le 
tabernacle et le sanctuaire. 

Nous avons dit que l'ouverture NN devait répondre à l'entrée 
principale de la synagogue. En effet, les pans de murs JJ n'en- 
closent que les deux nefs latérales de la construction, laissant 
ouverte la nef centrale. Leurs extrémités NN présentent, en outre, 
des particularités qui ne s'expliqueraient pas sans l'existence 
d'une porte à cet endroit. D'abord, dans une étendue de 2 m ,50 
environ, à partir de NN, les murs JJ sont formés par des blocs de 
pierre calcaire, et c'est le seul endroit où cette espèce de pierre se 
trouve employée. Ensuite, ils sont renforcés extérieurement par 
deux gros piliers carrés d'environ m ,*73 centimètres, également en 
pierre de taille. Finalement, de chaque côté de l'ouverture NN, 
en dedans, se trouvent deux demi-piliers d'où partent les arcades 
qui partageaient antérieurement l'ancienne synagogue en trois nefs, 
comme nous le montrerons tout à l'heure, et ces piliers, eux aussi» 
sont en pierre calcaire. Ne voit-on pas que tout cela n'a eu qu'un 
but, donner plus de solidité aux extrémités NN des murs qui 
ferment les nefs latérales, afin qu'ils pussent porter l'arc de la 
porte principale de la synagogue? On peut observer encore le 
point de départ de cet arc, qui aura été démoli au moment où, 
voulant élargir le chœur, on a élevé les murs GG- et H, comme 
nous l'avons expliqué. 

La synagogue devait avoir encore une autre entrée : celle que 
nous avons indiquée en P et qui a subsisté toujours. Il est visible, 
en effet, qu'elle n'a pas été pratiquée depuis la nouvelle affectation 
de la bâtisse. On peut supposer qu'elle desservait la nef réservée 
aux femmes, car on ne voit pas qu'il y eût dans la synagogue un 
autre endroit qui leur fût destiné. Là devaient se borner les 
ouvertures primitives, car les fenêtres qui existent aujourd'hui 
sur la paroi VV y ont été vraisemblablement pratiquées depuis. 
Tel est du moins l'avis de M. Gastellarnau. 

Si maintenant nous voulons nous faire une idée de la distribu- 
tion intérieure de la synagogue en nous aidant des vestiges qui en 
subsistent, voici la description qu'en donne M. Gastellarnau : 

« L'enceinte de la synagogue était partagée en trois nefs par 
deux majestueuses arcades dont les arcs, en fer à cheval, s'ap- 
puyaient sur des piliers octogones. Arcades et piliers se conservent 
encore debout (voyez le cliché fig. 1). Ces deux arcades se com- 
posent de cinq arcs chacune, mais il devait y en avoir sept primi- 
tivement. Les deux premiers s'appuient sur les demi-piliers octo- 
gones en pierre qui se trouvent de chaque côté de l'entrée princi- 
pale (NN fig. 2), et les derniers sur les pilastres qui soutiennent 



LA GRANDE SYNAGOGUE DE SÉGOVIE 215 

les arcs tores du presbytère. La hauteur de ces arcs est celle des 
nefs latérales, mais intérieurement, par-dessus ces arcs et jusqu'au 
toit de la nef centrale, se déroulait une précieuse suite de vingt- 
six arcs soutenus par vingt-sept colonnettes. Du côté Ouest, ces 
arcs se sont écroulés pendant l'incendie, et ceux qui restent 
debout menacent ruine, car la paroi qu'ils ornent n'était qu'une 
cloison reposant sur les cimaises qui supportaient les poutres de 
la nef latérale, lesquelles se sont carbonisées par l'action du feu et 
réduites en cendres par endroits. Ces arcades, qui de tout temps 
furent aveugles, n'avaient qu'un but ornemental et sont formées 
par des arcs en fer à cheval reposant sur des demi-colonnes 
géminées à fût cylindrique. La décoration des archivoltes est 
formée tantôt par cinq lobules qui altèrent un peu leur forme de 
fer à cheval, tantôt par un simple feston. Au point de rencontre 
des arcs, il y a une rosace. 

« Un bandeau décoratif se déroulait le long des arcades, au- 
dessous des arcatures de la corniche, et entre celle-ci et les arcs 
une frise composée de deux larges bandes séparées par une autre 
plus étroite dans l'arcature de l'Est. Ces bandeaux furent détruits 
à la suite de quelque ravalement. 

« L'ornementation des chapiteaux des piliers octogones qui 
soutiennent les arcades est extrêmement originale et délicate. Elle 
est constituée par des palmes gracieusement entre-croisées, de 
façon à former des losanges dont les extrémités,- réunies deux à 
deux en forme de volute, s'enroulent au-dessus d'une pomme 
de pin. Il y a vingt-quatre volutes à chaque chapiteau, deux à 
chacune des faces de la colonne et une à chaque arête. Les volutes 
se trouvent ainsi disposées, de façon à occuper le centre de chacun 
des vingt-quatre losanges dans lesquels l'entrecroisement de la 
tige des palmes partage le chapiteau. » L'ensemble de cette orne- 
mentation devait être d'un effet très heureux. 

Toute la décoration de la synagogue, tant celle de l'arcature 
supérieure que celle des chapiteaux, frises et rosaces, était en 
plâtre et se trouvait fortement détériorée à la suite des nombreux 
blanchissements qu'elle avait dû subir. Aujourd'hui que le feu a 
passé par là, il n'y a que de rares endroits où l'on peut voir 
encore des vestiges de cette ornementation. Aucun des chapiteaux 
dont nous venons de donner la description n'est intact, et ce n'est 
qu'en les complétant les uns par les autres que M. Gastellarnau a 
pu les reconstituer comme ils étaient aux beaux jours de l'antique 
monument judaïque. 

Même le revêtement à la chaux a disparu des piliers et des 
arcades sous l'action des flammes, mettant à nu les briques de la 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

construction. Elle fait honneur aux ouvriers qui l'ont édifiée en 
des temps lointains, car on n'y découvre pas la moindre fissure, 
et ces parois, vieilles de six siècles, paraissent inébranlables, tant 
leur aspect est solide. Rien n'a bougé ; pas une brique ne s'est 
ébranlée. Piliers et arcades se dressent d'aplomb comme au temps 
où les achevèrent les habiles artisans qui les bâtirent. 

En accomplissant son œuvre de destruction, le feu a ainsi, du 
même coup, mis à néant la légende du sacrilège imputé à quelques 
rabbins en 1410, et qui servit de prétexte à leur expulsion et à la 
confiscation de leur synagogue. Les briques, que les flammes ont 
mises à découvert, attestent qu'elles n'ont eu à subir aucune recons- 
truction à aucune époque. Que devient dès lors le récit du frère 
Alonzo de la Espina, disant qu'après que les rabbins eurent commis 
leur abominable crime, « la synagogue fut violemment secouée 
avec grand bruit et fracas, si bien que ses piliers et ses arcs se 
fendirent ». Et pourtant ce récit trouva créance jusqu'au xvn e 
siècle. Colmenares, dans son Histoire de la très ancienne, noble 
et loyale ville de Ségovie, publiée en 1637, dit en parlant du pré- 
tendu sacrilège : « Toute la synagogue trembla, les arcs et les 
piliers se fendirent et restèrent ainsi jusqu'à nos jours ». De 
sorte que, dit M. Gastellarnau, d'après Colmenares, les piliers et 
les arcades de la synagogue seraient restés dans ce triste état 
pendant environ deux siècles et demi, depuis 1410 jusqu'en 1037. 
Or, aujourd'hui nous pouvons constater que jamais aucune brisure 
ne s'y est produite, ni les piliers, ni les arcades ne portant la trace 
d'aucune restauration. C'est également à tort, dit encore M. Cas- 
tellarnau, que M. José Maria Cuadrado, dans son livre Souvenirs 
et beautés de l'Espagne (1865-1872), dit que l'on voit dans le mur 
du fond de la synagogue une fente qui remonte au moment où, 
par suite du sacrilège des rabbinsj la synagogue fut secouée dans 
ses fondements. On voit, en effet, sur le mur indiqué en H (fig. 2) 
une fente, mais, ainsi que l'a démontré M. Castellarnau, ce mur 
n'a jamais appartenu à la synagogue. Si M. Cuadrado pouvait la 
voir aujourd'hui, il s'en apercevrait tout le premier. 

La très érudite communication de M. Castellarnau, que nous 
venons d'analyser, présente donc le double intérêt de nous donner 
une reconstitution minutieuse d'un des plus anciens monuments 
judaïques de l'Espagne et de faire bonne justice d'une vieille 
légende que des auteurs, d'ordinaire plus circonspects, avaient 
rapportée jusque de nos jours sur la foi des chroniqueurs du 
xvn e siècle. 

Oscar d'Araujo. 



LETTRES DE SGHESGHET 

B. ISAAC B. JOSEPH BENVENISTE DE SABA.GOSSE 
AOX PRINCES KALONYMOS ET LÉVI DE NARBOME 

(suite et fin 1 ) 



aron bw 

ï-rnNi .*ïi53nN ^b ^ ^nnbn S"W«b vi3ît« y-iN3 ^bïinï-t Q^p 
•^ mba "«b nnîi ,^anrû 3aan y-)N "S i-D^s ^b nw 
mb ^brirtfi rtm .^manb ■rçjaa ï-rnbm îidd55 ixn ^ .^nainN 
4 tio33 w^n i-OT -»D35 p bs> /ttrnb n^^w "pai diNns 203 ^î-i 
ûTiNrn mm darj toibra 'ptaab ^b« vnna rp*b rwnbtû&n .tob^rr 
tps ispduît *ps -n«3 rmnb n-mbn la-w ^ ^T-mbi .minwi 
ïa^ïfio /"pims panb mwhD -irm ^nsun ^d piaab r-nabE ra3i 
pniroïi ^nariws intn ! dbizi 3^31»» ma ^mas» bip narcb *-vmiop 
.^DipcnNO 23 rp"p no pnar -Ta mata ^na ,*jmna:i 



. u ^ u . Mètre 



j -ppvan b* ia^ 33b T-irr^ pi /03b i-in *p*bn JJOty 1 ? 

rhMC^pa* ©en fin pTT: ■jmib ,np*n tin "psa "nassa 

: vpis?: torr m»! ^-pt* ,by *pbn pbm dbia m»tt 

iTpbn 5 mata w tn -«pbm ,pbnn ■jnaswa dpbn ->D3 

^nbrtn ptttn ptnnm /pnbia nattas 6 m^i mfcaw inabnn 

1 Voir plus haut, p. 62. 

* Gen., xni, 17. 

* Jos., xv, 19. 

4 Ps., lxviii, 14. 

5 Allusion à son nom Scheschet; nttîtii ip^n = d^p^fi mata. 

6 Ps., LI,10. 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Trama Sai /pusa ^^Dn^ii ^priN r:&o ,^3> ta^Tii imsi fr-nbîn 
prur» "Ta lapn r-iiauj anbia irrti DTnaaio niDama /ja s-mMai rtV^a 

^"JOlp^NO *3 tpV na 



rtpwi apur> t^bi ,î-mib nnba a:n Piaoaî tt^tt ^b tabtt Q^{y 
■i»* ami imnm /va mp^s» 3>at»n ^iuîn i* i-inpirom 
iNsnaii /inaiw *Q3n ^npwn ton ,t=nbta ï-hai d-wnn F-n:aia»a 
••■aopnp t|OV na pmr> na r-nûid i^wn japH -pria /îmnaa 



Mètre 



: "nbi ^pbai mi in» ^b 

iip" 1 Wpltt ïjrna ba pbs ttfih 

: w ^bbaai m* itn ^an 

: "np ^tnbia n*lb ^abi 

: nara ^-puji 'jroia d^ W 

: TiRnii ->tt nna brwb ^n^a 

■nnïi "jb -in[n]T 1 yib œisn ^b 

m ^-i^wSï-îb pian ni wm 

: 3 -n\D ->b ^p-iin in ^îasa itm 



,yna Tnnsn toç» ^TT 

,-naa iNttb nuîN voiiâ ■rçpja'i 

,mr)iaa "]bm ">ab rtaa "ja 

.y^juîb ^ann msrib ^* jt-n 

,**yï«» ba ^a a? ianp spoeD» 

,*pp©n lai^a -srjn viril 

/;rr raiin ^aab nsm a^i» m 

,pman nm.-ip^ ^a "jb in nwvBn 



jrhy ïvtwù ï-iyaiai ttusan bj> pian mbai i-iba arrt nfinrn* HIUD 
t-nanb wip /irb* to^it r-ipiian * ^piafctt rwaun 
ipmia yam ï^ib *pfin /j^n s**b un to-ibriN "pan /wbm ^naiîan 
t<73^ Nbi tanbb a*n t^b /juins pi ai" 1 baa bana ^n ^npn^n tonbn 
to-^a swnirn 'npao i»i»» rrnibi , 6 ^nai yfciob taa "«a ta^b 
ba na nia a i* iaab wpw ta» inan^rt ">n ."jm® byai ^mn^T 
•-nfinsc pr^arn rra inip^aai y ^a "îaiN r-ni^na r^bi ntntta ï-td 
n^-ia ûin3 tni /joe ^lauîn ^i n»p: dpsi ^^^ wim ïmin» 
"|naMN ^a ^■<U5"' "rnsai ^nbnn ^n^aî -niïîtt itanbiDîn rran^n 
ppn ^hn .imn«<a itjTrï Sy nnn^Tjrr /^npnion tna ^n» n-nT53i 

.^MOipno r|on-> na prof "Ta rnusuî 



1 Ex., xxxv, 25. 
* Ez., ix, 4. 

3 C'est la même chose pour moi, de voir ton visage ou mon Dieu, ma vie ou ta 
grâce. 

4 Zachar., iv, 2. 

5 Corn. II Rois, vi, 25 : d"n£, voisins. 

6 Amos, vin, il. 

7 ViviGant en éternuant (comp. II Rois, iv, 35 7 les morts entre les gens de ton 
amour. 



LETTRES DE SGHESCHET 



219 



.via îittto >«an 



: mTaaa t**b TTan imbu 

: rn7r*3i Tin ■p'flra ■£ 

imfr)wnott t<b ^n 'b^siûTàb 

: miss 3>a-)N isp^mn 
: tTlTaiBa ab ■b Û^N T3 

: mittibyn jtp Nb ^n 
: 2 map'na wtt "]b ba 



: 3 tin! rm ^ba *pi* ihTsn -wm 

: ^naaT: nnai ma itîn-in "frisa 

: ■nrna ^bbmai r::;r:a "fraisa 

: ^na3 "pit fin "jbnn nnbnai 

: ^na rm rpbn&o *w "nwi 

: * -W73 ibam ïi:W73 "wi 

: »^npb "p ^a ^3N aab na ■o mai 

îtittn imaa baa "jb^aiptti 

: birra.^ab ^ab nw Nb D'-itti&o 

: bin?3 by " )m ba ^sb ra baa 

: birra ©ipw jnw ans b^anb 

: 8 bina nan a-n nttaw "pbbîi 



Mètre 



,3-np» "]nan^ nat73 ^]J 

,ar:N "jbi pa™ ^jan 

,ma -itt&o a£*n ba 

,*TnM n-iT *]ni2 pma 

-n ivosai fcroy&a 

,d"wb swr* tzna 

-in *i* yara ta^mu *jb nïi 

u/ w : Mètre. 



/M-iN irm mpBM ■rça ^pn 

/■p3oa ^ab *pn ^^a* m mpa 

,rvaa viatti ^^ viaba 

# vim ^naittn stotm Is^m nsn 

^m»n "pptta ^"wn ^maa 

,r-n»fc ybnn "^m "jmM"iai 

/jTaia t-nsiaïab û"«i2m ■w pan 

,Sa73 -ina fa ba bj> an mba 

,naa -nia ba ">b:> -™ manb a^tan 
# 6 nana iittîi ras la ibv -o i*i 

/va» iw ^3a -nia a* n-pia rt&n 
-a ^a bbïinm Niasnn b« ar^s 



pn yaasw ■pa'nD» vrr unnb \mri73i tan^b hvn "ja-^i ^a "]^3 
tara^Tsi /pris b* ta^banon ,matb ^ma yn iï«îi inn 
iwiroK nrmTa D^p-TDa» na^îi "prtti jn»« ûraai ^rri^oi mns 
ia nuj« ypn n^ n^ nrt^na ^nn car n^N ^nn^ nny ^n 
«•nrtb ab b^ n»© sbi ^maai» •ws nnnx ^n» ^n^iuj^ naisn 
bai pii:^ tts^s ba lî^bs isapa nam ,^n?a m» tnT»ntibi f , sp« , n"ib 



1 Job., xxu, 29. 

2 Ps. XLV, 15. 

3 Mon âme est déposée chez toi, et ceux qui me voient sont étonnés comment je 
peux vivre sans âme. 

* Ps., cxvi, 8. 

5 Job, xi, 4. 

6 = na-M. 

7 = 13373. 

8 Ps., cxxxix, 18. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

/ftvrpba ^-pb^io B^paMaMm ta'maMaiTi /î^maum» -^a^n * iaaa *n» »•»» 
tà^ksa -tcîm ffl^Jîi ^a na-asb -lab^ ^-iudn ù^pbN isb nu:? nttNb 
/îapwi inp-i pri /ûb'bMfi *-n*ran artbn lab^n "p^n t^ï , a, iab*n 
*pna nna» ïinN ,ib. ïrtt ïiîa law Nb ,ïab3.a bMM "laana'n laiûnai 
&w ^-m bipb jeibi 3 tD^ns n&npb ta^sa a^aa "jbn bx ri 
la-w rarr ^a /"pw rmaTai ^a rm^n rsb-osi /fWB ^pib 
3>wuîb maittp la^aïMi /ps -pî i-nMibi /pw ta^aa mtnb t-iTnbn 
wn ^n&npb nasb 5 hib^i i-nbp îsibili 4 "p-oa fc-ïiOTO bip 
tana praab to^Biis nsa mNbtt îavnnBtti tamisé panb 5 ir-nttîins 
,ï-ianN maria na-mb-inai /piBttii s-rbmt "h» n\aab vmna /jtibid 
,r-nbnn vv» "Httb îynarci na^pn ,*pBb — ianabi ttsb in Sv»i 
/ÏTT 6 Jr— nariTa bab spME ■japn^riN ia&n /pbttna imaybi vnttb 
bNius ,ta"ibuin aia -puîa^ /pw ^b r^73£ himw '■pba.'i b* ï— ra^n 
^pian *pa naaarr $nanM *nûM ,aibra aibia tan b-ipa M-npi canbtûb 
"ttopio h vpv na pnit" 1 na ppï-T nizîto /^mMm ^itsnb no^aai 

.tonbia /ta npT "pon T praaîa *pa:? bNifct» 



maa ia *nb n ^aaa^ ntëîi t^fflan ïrnam ïnrottb nsi?3i niN 
a?3 rîM isai bran tsanrr M'rçaan 

— \j \j — w u -.Mètre 

■pttMn Mb ^a -»puîn .uni "pb mata £}|-| 

: "pENn nb^Mtti25M 1M .b^Mttran tty»nMM dm 

î "pE "p»i ba abi Ta» paM taïra^b ^i 

9 ^ntap '■p'im 8 ■'Dia^n TiariM tnnm tiim 7 pirasn "a ^b 3")^n 
TraM ,wbtt ï-naa iwa ,"'Wtt3n s-nsattb ^n»n ^nbi 

T«a yn^a ^ai ri irwm ^amn ^j^nia n^^bi ^s^aion ^npittsn 
^a^iN ^p^nifnKrDi ^a pa^r^ ,xrrpve\ «b a-ib^bi ^aat»n wi " , a[ir](T)y 
katt nn3a ^nu: -«b t**a ^Dn ^nn *hm &« b« .^M[au5](«3a)m ï-rana 
,T»bM 'jMnM N3 ï-iM^itiM ,ïnaiîaM n^u:n ûffii ,ï-ïa!-!M [nlCr^Nri 
p by ^a la'r t-ïta^n bx ^a^i ">abb pn # »]pava arja inb nu:^i 

1 Isaïe, xxxn, 2. 

2 Ex., xxxn, 1, 23. 

3 Nombres, xxiv, 1. 

4 Jér., XLvri, 1. 

5 Comp. la prière n^3\233. 

6 Nombres, x, 25. 

7 Job, x, 3. 

8 Ps., GXIX, 4. 

9 Jér., ix, 2. 

10 Lament., m, 12. 



LETTRES DE SCIIESCIIET 221 

■noea r-ram .^nana *-ma* TD3>b vmpnm lb ]rmp Ssa i«a 
b:> saaMa ■wam ,*w tfb nnaiyi nmaa p b? ,rra«b n;b ^nna*] 
■»n«ara uni .*"i taana "pan ma ■»m»brna Sa ^a anm 2 tobya ba 
m» ib inm , 3 la^nm OT*bnm /«Manari 'paibtt "nain /pw in 
/r»b« taliban bai rsn&o ,ta-ibttm fianfitti rrna mnb ,r\i2$ rma 
ppn T«nN "imsn va "©Ban ^narw na? .taibta *|w tarainm 

.*»aopno *3 rp-n na pmr-> na nuîu: 



^ 



: Mètre 



: ia pnaMfl -irai meas -paa pjsja ,^Ta *aab na*a Ta mca» 

: iab rrom ^bi npia ©sa rpnaan ^narss 173a ^aaa y»t ba> ca«b 

t^^arî p -nb n Tanarj np^n ruffian /laaina rma ta^pb» {^{W 
,>i373n-i waoa rus» n kMtdbïi 






: Mèli 



: t-iN-iaa nissm ^th* "panb : n^aa *o miapa "paaa "««sa 

: riNDUî nsiai mata? n;a -ima : W t^b insnaa cairy wi 1 «b 

matnn av» n;a ïi&nn np^ ba td : rnapa ^man 4 npaTa n«af« 

ïiattax tovab r**b ■© *]b wasn : i-raan ^pai ?OTbi aann 

: riNii -mm pi^n a^b dt-iïï : np&o n;b mbab (?ïttid; n;a npcn 

.1-13 "nb t^aan bnaïi B*r»oa?i 



Mètre 



: ï-iwN^ -«w -paia ^U5D2 ^ms ^narrai \nptu;n ans 

: mtstn b6i "p a-^n m rtMWh) .mma ^a*^ nano ;a3>a tn^an 

: i-tënpa marri pan nsia ta^rn .Wap naian ma? Ta nsia nan 

: G ï-wnaa rrçnn "wh v-ittao iv .î-iEapra ï-ra p«» ™ a ^® 

7 -wNann ïpiab «ba [rpaa]£p*w) ttaa .naaaa -ynatta nb mvi annpb 

,-na "**ib -1 T-nnar; np^r; aann Bnttbn ,todm mn / iaa , ')a"' ^3? la^^a 
Tù *nb n T^jnan np-<r! taaann t^^an ^as^ mi ^aN^a iaïaa 
a^anb laab d^ ^a *pna ^D7a " | n^73UJi .taibtt an ^"Oia N-ipn 
^72'ONi "^b^n b^ i3T»*m rm ^a >^am ^ana nnwci mas» taa^pbi 

.s^bM nan7Q bnp 

1 Gen., xtx, 6-7. 

2 Eccl, xu, 14. 

3 Isaïe, xxxvm, 16. 

* Il veut dire : iioss, d'après Cant., v, 6. 

5 Le jour que tu la trouves. 

6 Jér., xxxi, 22. 

7 Isaïe, xlii, 22. 

8 Ezécb., il, 2. 



222 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Mèlre 



: nprnnn m:iNii ^MOtti 

; ipann-> ^ni ->n^D -niss J-na 

: npmrn ^nni-iN r-nsa vb* 

: ipn»i n?:bi£a mtt ^"i puîn 

î ip*ï^ TlttN DN Ï1D3H IN -p 



.npans ir»û ^mn abn -n^ 

-nt pim»b !-ïNn"> i-iîb riT }ri 

,tni nrrp Nirti aipnnb nri73 

,-pbi niï'bit i-nnn "pja ■p* 

,tt3m t=N rwn ttpan 11*7*11 



?w ii»n n* nnNn nnNnna s-tt» ïit rrp-imrs ta^wrt wp ï-iNTa 
inNipb î-iN^b -pian lîi»ii mn 



: ' 5HN :n3N (lacune) 53 
3rtN iTH Û3> "O 3HN 



Mètre 



■nn inroa-n "O imos 
n mn vbs> rira -jy 



■■jb t^ '■pn no 

■pat inca ^ib 

^ba^ii "nro ib 

"■■ba n-nnnb mm» 

3h T>ip Ûi*31 Ï-TIN3 

^jban dj^i mpn 

■fb'n br r-nrab û^n 

■pas ibsia î-ttm 

■p* SaroN-i itose 

■fbbïTTa r-nba SaiN 

"■bai -iddn r-ir 11 

6fc ]ba d->bbïi72 td 



pima niï i.] (Tina p-rnN) ma 
7 *biN ifefc ï-iNbN] 

■»?* inïï maa inp-nan t ""jn 



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eni ■marâ mis by -o 

r**bi baiN *piN dn 

-ai n« ibon p b* 

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r>tbïi hN i» pi [fiai 1» 

w 1 u : Mètre 

TIN 13S fiNIN iblN mttlN UN 



-jn i3isti uiatn labrs iab 

nNT bpm U5-JN inbnsn ima 



1 Ps., gvii, 27. 
s Isaïe, xxvi, 19. 
3 Gant. 11, 14. 
* Nombres, 11, 2. 
8 Jér., 11, 20. 

6 = Car tu es tout louange. 

7 II m'est impossible de dire : peut-être verrai-je mon frère sans me mettre en che- 
min immédiatement. 



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LETTRES DE SCHESCHET 223 

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maïav Ma iba^ t-naaçna »b ^iuîn ïiarrn inrana yna< Sx 
vnaan t^huîi yna> % n -qtm wa nom im # ^n«a »*rta ba -nom t^bi 



1 Lévi b. Moïse. 
1 Juges, vi, 37. 
3 II Rois, xxi, 27. 
* Gen., iv, 16. 

5 Ps., vi, 7. 

6 Gen., xlvii, 11. 

7 Isaïe, xlii, 14. 

8 Job, xiv, 14. 

9 Ez., m, 24. 

10 Baba B., Ma. 

11 I?aïe, xliv, b\ 

12 C'est lui, l'ami sans pareil, qui dévore les frères, qui ne sont que des pièges, et 
les amis, qui ne s'avisent que du mal ; et si c'est moi qui rends ce témoignage, alors 
il est vrai. 

13 Mal., h, 4 : avec Lévi b. Moïse. 
u Deut., vin, 9. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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„rpq mb^ft la vinaa "n^N ■niï ^a ."«b a^ai-ib tamisi »b* Sn 
Sai «^b»* Sa j-in ^uîm ,vi»* ror» 12 viabfi nro« yiiïi Saai 
^ms^n Sas *nn 'iisn ^n tcn ny baa ^b imii) 13318 ï-it 
"ps 'nia anp» ms-ibi "jbvtt **pa *Jûb Sais r^bi pim» 
^d praabi TïNia: by Ssabi *p pmb 8 î-H3ïim nmnïïn ircea iban 
niaaE ^b snpb ^d ta^brra rpbnai r-iNTn ynarr %*uJ3i ."pa^an 
tarvûarr bafc ï-rai .^naï-is naa np^n ■o ï&ran iiaasi # tanaîi« 
ba*»^ msi ûin ^aa nt rt3ia«a nmsn /mm î-nbinan Sawi 
itn bnan ^nN G rrn« ^b ^wûa t*mp pirr.» ^m /mon» Sa-na-n 
saan d^e [n]m73 r^aan araan aaani-» ^naiTa "pas-i "wn ms ^nn 
T^as ribntt ^^n w ba ■pmttn 7 "pba nbi taibcm iiaari *ib 
in t<ar?3N p?ab ^anao /JW* 1 ^aaminbi /"ppbtt ma piata i.a^atb 
mtiN mpsa mpai 8 aibta:n ta^nn ^nN wia "«s i-r&m ■pva 
ironisa rwmi ^ba r-mba ,^nnaa p"nn»n nnanN na? , 9 taibiai 

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nttfcn # Qt3a n^* ta^taTa hj(n)n« p b* tarannb lN7a y 16 ta3\snpa naa 
n7aN-> n?ai .n^na obttîi pipa na^i f 17 nbi»o h^a^ ->aa bN tin ->a 

» Hos., xi, 7. 
1 Gen., xli, 51. 
3 Esth., v, 13. 

* Gen., xxxii, 26. 

5 Ps., xlii, 12. 

6 Isaïe, xliii, 1. 

7 Allusion à la pièce : ri3"iaa r»m353. 

8 Mal., n, 5. 

* Isaïe, lx, 17. 

10 Job, vi, 11. 

11 Lis. bDN; ibid., xxx, 26. 

12 Ibid., i,21. 

13 lbid. 

l '* 1 Chr., xui, 19. 
18 Jér., xi, 12. 
1G Jacob = Israël. 
17 Gen., xxxvn, 35. 



LETTRES DE SCHESCHET 225 

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iaaa a^a?ab ib wwjb aian ,ia3->aa niabia» w nriN ib ' — it<u53n 
.Trima ^jiam ^naia t^a r[n](a)ob taiNnsn ,*nna^ r-ia bababi 
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■n* laten ri» ia .Tipeanï-n ne instrm inïanann caïman "^aun 
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Va irn bar: " otot rnnn lann ba ^« 10 ^riN aa Sn 9 bNn rra* 
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bin» 'inbàb t^-^n?a "»b ï-ib^bn t:èo , 13 fcarraa b[N](a>) rtnaia a^baa 
l *iaâb rpm r^bn pimN[i](i) inpixa ia i-ia'aa tt aa ^a ia^n p-nsrsb 
*aïTM canao ."narp ^i»n "pana SapTan /nar b* "—13:1173 ^aan ia 
i-ra&TOn nn[a]Narr imnsi ,ïm»bai ï-îbnawîi va» i7ana 173113731 ina 
r-nnab ,naabn ins^i ■ , an^n i-inxi ,îrnymDn ^bnpbi aabnpb ta^T 
n^bi aab inb ïtt»ïw n 3wS # ûn^a«n tananbn ^rrac ba>7a î-ra»»T 
i3wN7a taa&o .^rpb» "Ji^na nas^T .p^a s^&n ^atwi [N](n)b73Ni pbi 
nam ,13 aitan ^cab nnaN 13N ^ab s-nn^"iuj i-inx naabm ananb 
natapnm tasa^i haptnri taa^r^ ^bxia anxi ^î-isipyn ^rrava aiarr 
# rtteiri **na 'o y^y 1731a pnio ay ainb ,înnT3>b pb Hrfrb ,aaba 
n^aa p^iai / 6 n^^ian taanna aaimaibm aanpyac bipi ,"ïmaw aia 
rwi i^nai aiia» y"ia tjov 'n t^iiaan b-nan in» "sa s-om 17 na>iia-irr 
"na pnif na ppn t-iiaia .taibia taa^Taïain inira^ iab asj^r 

.laaip^nNa i°3 niaaa p c]st> 

1 Eccl., 11, 23. 
» Ruth, îv, 15. 
3 Isaïe, xxx, 13 
* Eccl., xn, 1. 
5 Lament., iv, 18. 
e II Sam., xix, 29. 

7 I Sam., h, 3. 

8 laid., iv, 22. 

9 Isaïe, x, 23. 
10 Gen., xix, 7. 
ii Eccl.,1, 9. 

i* Ibid. t m, 20. 
13 Gen., xxxvn, 35. 
n Job, xxvn, 6. 
15 Ps.,xlvi, 9. 
te Isaac, lviii, 4. 
i7 Job, xxxiv, 17. 

T. XXXIX, n° 78. 15 



UN RECUEIL 

DE 

CONSULTATIONS INÉDITES DE RABBINS 

DE LA FRANCE MÉRIDIONALE 

(suite M 



VIII-IX. Samuel Sulami et David ben Saiïl Sali (^bo). — La 
Consultation qui occupe les f os 38a-44a fut envoyée au célèbre 
Samuel Sulami qui joua le rôle que l'on sait dans la lutte engagée 
dans le Midi de la France (1303-1306) contre les études philoso- 
phiques. L'homme qui provoqua cette levée de boucliers par les 
excès de son interprétation allégorique de l'Écriture était Lévi ben 
Abraham de Villefranche, et Samuel Sulami avait recueilli chez 
lui l'hérétique : conduite blâmable, qui lui attira la colère des sa- 
vants de Narbonne, ennemis de ces nouveautés subversives. On ne 
mettait pas en doute ses qualités, sa droiture et sa charité ; mais 
on lui reprochait d'avoir accordé son appui à ce révolutionnaire. 
C'est ce que lui écrivit en propres termes Salomon ben Adret, 
l'autorité rabbinique la plus vénérée dtv temps. Que n'imitait-il 
l'exemple de ses ancêtres, qui étaient les plus grands savants, en- 
tendez les plus grands talmudistes, du pays ! Ces remontrances 
finirent par avoir raison du courage de Samuel Sulami, qui 
engagea son hôte à quitter sa maison -. 

Sulami avait-il donné dans l'hérésie reprochée à son ami? Don 
Crescas Vidal a beau se porter garant de sa piété, il semble bien 
qu'il ait suivi le même courant. C'est ainsi qu'il avait admis avec 
empressement une doctrine de Salomon b. Adret, d'après laquelle 
la révélation du Sinaï fut uniquement une vision prophétique. 

1 Voir Revue, t. XXXVIII, p. 103, et plus haut, p. 76, ou, au lieu de VIII, il faut 
lire VII. 

2 Voir sur cet épisode Minhat Kenaot, lettres 12, 14, 15 et 17, p. 46-56, et Neu- 
bauer-RenaD, Rabbins français, p. 658. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 227 

Seulement il avait mal compris la pensée du maître, qui n'était 
pas si hardi et restait attaché à l'opinion traditionnelle 1 . 

On aimerait à pénétrer plus intimement dans la pensée de 
Sulami. Mais il ne nous est rien resté de ses écrits, bien qu'il 
ait cultivé la poésie en môme temps que la science talmudique. 
Force nous est, pour essayer de reconstituer sa physionomie, 
de nous en tenir aux Consultations qu'il sollicita de ses cor- 
respondants. On connaissait jusqu'ici, outre la lettre dont nous 
venons de parler, quatre réponses de Salomon b. Adret à ses ques- 
tions 2 . Je ne suis pas sûr qu'il faille y joindre une autre lettre du 
même Salomon à un certain Samuel résidant à Narbonne 3 . Grâce 
au compilateur de notre manuscrit, nous sommes maintenant en 
possession d'une nouvelle Consultation — et peut-être même de 
deux — à destination de notre rabbin, n'émanant plus uniquement 
de Salomon b. Adret. Il s'en est même fallu de peu que la lettre de 
Samuel Sulami nous fût conservée : le copiste malheureusement 
l'a trouvée trop longue et dénuée d'intérêt au point de vue rabbi- 
nique, en dépit — ou à cause — - de son mérite littéraire \ 

Les qualités poétiques de notre auteur sont vantées par son cor- 
respondant ; dans le fatras de compliments hyperboliques dont il 
l'accable, il relève surtout son talent de versificateur et note que 
la question de Sulami était rédigée dans une langue imagée qui 
évidemment n'était pas d'usage courant dans ces sortes d'écrits. 
Effectivement plusieurs passages de la lettre de Samuel Sulami, 
bien qu'écourtés, sont en prose rimée. La matière prêtait peu cepen- 
dant à des tours de force littéraires. Samuel Sulami rapportait un 
cas qui avait provoqué dans sa ville des discussions et il reprodui- 
sait les arguments des deux partis, avec une impartialité qui n'était 
peut-être qu'apparente. Sa lettre est certainement antérieure à 
l'année 1303, qui vit le commencement de la lutte dont il a été 
question plus haut, car, s'il s'était déjà signalé aux foudres des 
rabbins attachés à la tradition, son correspondant ne lui décer- 
nerait pas les éloges pompeux qu'on lit en tête de sa réponse. Il 
ne semble pas qu'il habitât déjà Narbonne, oîi nous le trouvons en 
cette année, — il était vraisemblablement à Perpignan 5 , — car 

1 N» 234 de la collection de Salouique, rapproché de Dibré Héfeç, d'Edelmann, p. S. 

2 En ms. à la Bibliothèque Bodléienne, Mich. 46, f» 81 b-S2a. 

3 Ed. de Salonique, n° 182. Quand toutes les Consultations de Salomon b. Adret 
auront enfin vu le jour, peut-être y trouvera-t-ou encore d'autres documents relatifs 
à Samuel Sulami. 

4 t Cette Consultation a été envoyée à Samuel Sulami, mais je n'ai pas trouvé le 
nom de l'envoyeur. La réponse (il faudrait plutôt : la questioo; dudit Samuel étaut trop 
longue, à mon humble avis, malgré son élégance poétique, a cause du peu de raisons 
et de preuves invoquées par les deux partis, je ne l'ai pas copiée. . 

5 C'est là que Salomon hen Adret lui adresse sa lettre sur !a Révélation du Sinai. 



228 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



le rabbin consultant lui écrit : « Tel n'était pas l'usage dans notre 
ville de Narbonne, métropole en Israël pour sa science, ni à 
Béziers, ni à Montpellier, ni à Lunel ». 

De notre lettre il y a donc peu de renseignements à tirer sur le 
caractère de Sulami ; mais peut-être serons-nous plus heureux en 
la comparant avec celle qui suit. 

La Consultation qui dans notre ms. occupe les f 08 44a-57#, à la 
différence de celle qui la précède, est revêtue de la signature de 
son auteur, qui est David ben Saùl Sali (vbat) ; par contre, le nom 
du destinataire manque. Or, l'envoyeur de la première, dont nous 
ignorons l'identité, invoque le témoignage de son maître et rap- 
porte un fait qui se passa dans la maison de celui-ci ; précisé- 
ment témoignage et fait se retrouvent exactement dans la seconde: 
c'est donc un disciple de David ben Saùl. C'est même un disciple 
trop fidèle, car, non content de suivre la doctrine de son maître, il 
copie sans vergogne de longs passages de la Consultation de ce 
dernier, qui était mort et ne pouvait plus se plaindre du larcin *, 
Mais ce ne sont pas seulement les arguments du correspondant 
anonyme de Samuel Sulami qui se rencontrent dans la Con- 
sultation de David b. Saùl, on y revoit aussi un morceau ca- 
ractéristique de la lettre de Sulami. Qu'on confronte les deux 
morceaux : 



Lettre anonyme. 

•pa*a p^na tw -prn&n ï-»n 
ta-bbara nanai 2 p^ tano tion 

""llûfiO trotta OH3D TN73 DW7P 

-imn b* tn-inm irao a^aa ino 
niiDbizîb anp ïiï rrmaniB imst 
maNiû 'TjnbN '-n ^p-isa naia iau:i 
lus 'i^n^i ■wian 'T^bat 'n 
Tnn« nùaïaDnau) irata p^îi wiab 
-jba odidw wa "n™ mvmb 
«b y**iy bNnuî"> ^ba aanso ïttiït 
ra-na rbima aa^ Dno *->Daa 
isb ^nana ta:n yibin r-iaTna 
,„SHmn naraan ^aan r-iapnia 



iNun niafio ^n nai t-ibnn 
Ta* nai tar^-j^a Qiaa a-^aN 
ba Sbp bN ûttîan Sbs-n onas 
ia« pyns 'iai aa^tt ï-rni»"» ^n 
.ï-ït N3t» p"»n *3mab 



1 11 joint, d'ailleurs, à la mention de son maître, la formule employée pour les défunts. 

J Comparez à ces paroles p, 239, ligne 28. 

» PirkéR. Eltizer, xlvii : t3"nnm Dnaa 1tt5> naiN VllMrt WÔN '"I 

■fa tanna mmbn b* anaaw anai «meart ûta moa Sk-hït b* 
anasn bra oa^a ba-iu^a an« ïinuî^ ab;a yinnnrt Ta û-inai "j-pbyn 
aban oona an «. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 229 

On remarque même dans la phrase amputée par David b. Saùl 
le style de Sulami, qui emploie la prose rimée dans des questions 
de casuistique. 

Les deux Consultations auraient-elles donc eu un même destina- 
taire? Ce n'est pas impossible, car voici d'autres raisons qui cor- 
roborent l'hypothèse suggérée par le rapprochement que nous ve- 
nons d'instituer. Dans sa lettre, David b. Saùl reproche à son cor- 
respondant d'avoir emprunté ses opinions erronées au Se fer 
Halerouma, parfois tronqué ou mal compris, et d'avoir trop sou- 
vent préféré l'avis de l'auteur de ce livre (Baruch b. Isaac) à celui 
des autorités les plus compétentes; il consacre même tout un mé- 
moire à la réfutation de ses thèses. Or, l'élève de David b. Saùl 
dit à Samuel Sulami : « Le grand maître, l'auteur du S. Haie' 
rouma, Ion ami, a décidé d'une façon moins rigoureuse *. » L'iro- 
nie est transparente, surtout si on se rappelle que Baruch b. 
Isaac était mort depuis nombre d'années ; elle vise la préférence 
de Sulami pour les opinions de ce dernier, préférence qu'il avait 
probablement affichée dans sa lettre. Le ton de la réponse de Da- 
vid b. Saùl ne contredit aucunement cette supposition : c'est celui 
d'un homme d'âge parlant à un homme instruit, assurément, mais 
qui demande à s'instruire encore. Aussi bien est-ce un véritable 
questionnaire que Sulami soumettait à David b. Saùl, pour un 
traité qu'il avait déjà composé ou qu'il se proposait de rédiger à 
l'usage de ses élèves. 

S'il en était ainsi, la surprise de Sulami n'a pas dû être mince 
en retrouvant sous la plume du disciple les paroles qu'il avait déjà 
lues dans la réponse du maître ! Mais voici qui sera plus intéres- 
sant : les thèses rabbiniques soutenues par Samuel Sulami — à 
supposer, comme il vient d'être dit, son identité avec le corres- 
pondant de David b. Saùl — sont d'une hardiesse telle que le rab- 
bin consultant ne peut retenir sa stupéfaction, et rien de plus 
instructif que les remontrances sévères qu'il lui adresse. Pour 
l'amour de Dieu, qu'il renonce à de telles opinions qui seraient 
mortelles pour le Judaïsme ; qu'il se garde bien d'enseigner ces 
nouveautés dangereuses ! De grands savants, des hommes saints 
ont illustré son pays, tels Abraham Ab Bet Din, Abraham b. Da- 
vid de Posquières, Zerahia Halévi : aucun d'eux n'a jamais admis 
les licences que Sulami considère comme acquises. Et à plusieurs 
reprises, David bsn Saùl fait entendre les objurgations les plus 
solennelles, suppliant son ami d'avoir plus de respect pour des 
principes qui s'imposent. 

1 On lit une fois, il est vrai, Pépithète « mon père», "ON; mais c'est probablement 
un lapsus calami du copiste pour "^TN, employé constamment dans le reste de Pépître. 



230 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Ces principes ont trait, il est vrai, à des questions qui n'ont rien 
de philosophique ; mais l'attitude qu'aurait prise Samuel Sulami 
dans l'interprétation de la jurisprudence rabbinique s'accor- 
derait fort bien avec l'empressement qu'il met à se rallier au 
rationalisme apparent de Salomon ben Adret et avec sa con- 
duite envers Lévi b. Abraham. Gomme il avait accepté la pré- 
tendue thèse du savant espagnol, qui souriait à ses idées, il fait 
sienne la jurisprudence des rabbins septentrionaux, moins sévère 
que celle de ses compatriotes, car ce qui fait pousser ces cris de 
terreur à David b. Saùl, c'est, en fait, la doctrine de R. Tam et des 
rabbins de la France du Nord. Les représentations de David b. 
Saùl ne l'auront pas complètement converti, car, s'adressant plus 
tard au disciple de ce dernier, il ne craint pas de mettre en avant 
des arguments qu'il avait déjà entendus condamner. Il est vrai 
qu'il les place dans la bouche de ses compatriotes qui inclinaient 
à une solution favorable aux intérêts en cause. 

Quel était ce David b. Saùl Sali ? Le nom de Sali a été porté 
par plusieurs personnes et semble la traduction de Laroque. La 
Roche, Roque. .., terme géographique qui s'applique à de nom- 
breuses localités. Mais parmi ceux qui ont pris ce nom qualifi- 
catif et qui nous étaient connus jusqu'ici aucun ne s'appelait David 
b. Saùl 1 . 

David b. Saùl est le nom d'un disciple du célèbre Salomon de 
Montpellier 2 , qui prêcha en 1239 une sorte de croisade contre les 
écrits de Maïmonide ; il s'associa à la campagne entreprise par son 
maître. C'est vraisemblablement le même que consulta Samuel 
Sulami. Il s'était alors écoulé quelques années depuis cette lutte, 
car David b. Saùl parle de Moïse de Coucy, dont l'ouvrage ne fut 
terminé qu'en 1250 3 ou même, d'après Isaac de Lattes, en 1282*. 

David b. Saùl, suivant son propre témoignage a composé des 
Novelles talmudiques, irwnh (f°44&). Il semble s'être livré au 
commerce des vins, car il raconte un incident qui se produisit 
dans sa maison, lors d'un achat de cette boisson qu'y vinrent 
faire des Juifs d'Espagne. En un autre passage il rapporte que 
souvent il a fait cuire le vin. 

Israël Lévi. 
{A suivre.) 



1 Gross, Gallia judaica, p. 271 . 

* Meïri, introduction, Set Eabehira ; Isaac de Lattes, SaaréCion, p. 41. 

* Gross, Gallia judaica, p. 558, d'après Zunz. 

* Schaaré Cion, éd. Buber, p. 43. Voir cependant ci-après, p. 240, note 1, 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 231 



APPENDICE 



VIII-IX 

.roboin b&nata n"nnb i-inb-j-tD i-muîn (38 «) 

&15 arranab &w< fca^soa "py ^n© *pa ^b ■«■ni ii»H ^iviat 
jsb *ro N3 ^aai-r rtns f&arj s-mn&M mnenb (*'«) !-n«aa *"i 
s>aun y« «nMo fca*ma 'na ^a&m masi ^nti b« ib (sic) ^b ibaia 
swan wiatri mYiaaa murn wib YvnnwD ï-iïaïun i— tca iiasa 
,ta"n©ab ^rrb ^bin nron pa tarri Éa*wn Mroa ûba ta'n^sa 
•*b* r-ian:? nariN i-iaN ^-ni ïm*n biboaa pn r-na b« ^aanan 
te^aao ta^a^n •prifio vm a-'bnsa ta^bna ff^roai ea*»» iba© nbai 
ba©n *p*ab Tinan nra ^a aiNiab v^n iia-n a^n hinns minsT 
r-iNt naan imam "nm 1121"* tn n»aa nnao taba abon mb*»a 
•p^&nrr a^a-n in a-n -^n ^n na^a n«baa t^^rr ^ hN» nn^n 
tass*a ^aiairt anaa dîînii ï— ria'nN aiti73 ta"bo mam tbr tait* 
fn-n^a b^bVTtti Frmaatt ana ta^prnaa »*in Ttt'a nittsb ta^ataî^ 
an: Hxaiaa» ipnttt n^aa Tuaia "pia ^a« bai s-ranaNî-n nnr: 
Iîw qni£72a i-raari ïto^ai irrma na© Sibaa hbiba s-wnb 
t-mb ^m [38 6] ta^n^aiû ppir?: b*ab t-osfcn -o:;n "jbaia naa ^n 
imaa tpain nmpa ar anT nin ^pn-nsnab ta*»pa$i "païna 'jn 
irrin» i-nbnna mabaa *n-iaa m»an tniar î-iiiib srrrnpia r-r^ba 
paab ïrna mmua ba '■nffin t-nan^p rrnsa mbïr&o ma ï-rmàn 
prmat irnsiN mxN inatp s**b nirp-i na ^t naam i-rmabia 
n©Na ï-iîbrî nsrs ba y&ri 'pia rma a an miffl 1 ' rna-iam t-i^?-* 
Tpy rm anbpb ^©na ^n ■pa*în J^a '■pata "p^n babia-> jnaoa 
■nia isp n* ^«ia a'nsaa nn^n np^n ba t^aNi in^i ana^oti nriN 
'ptrarî ^ma ^n-ji ^ba«3 r-naT ■•a ^n^r "n^aa ^n3»*j^ inn fna 
tnnaarn Niparr di< n^n b^ ^N*»aN ï-inyy ïib^n ca^ania T^isb 
pm ^nb^uja ^ïiirn p^srîb -nai nna ^aiaa o^a^a npin pa ^icn 
Sen©^ l^^a "ijna^ba mra: ^ma oparwn pian ^sb i-ibNiarr 
y*n n?:©i cz-> ^m na^bnnbi ^n^a ^ nnpb ^naïi ta? t]nn©a© 
ta^apsr;"! îibjaba tniaiann tanan i^^Nna a^iaba yy rn^ana 
p"ina nTa inaîn by ti©i rns; an^by ^nm irnînaa a^br»aa nm 
■«acrri T^aa h^m» ^i:n mnTia "j-na nbita n©a tofnb» anai 
taTN 1"^° "i^naa -na©b ûma* î^irj ^bm r-n^ann -asia t-ivmN 
ta- 1 aba nraorr rta^bam "na mana p© ba inan i^aia ïna na©a 
inws bxaab c^m ail ^sb ipaa ^ anb ^b^-i©^ i^a n^ii t<bi 
ï-iabm ï-T3^on naa rr^ban ï-ra^aob ai©b nm^an H12 nb nnpb 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nana nt ban a^ ha»© "ibî-iE ÏTtZ3:p ^*vi ^"tfw ï^Nxb -pxïi-n hb 

D*bh fn^nja »ii \^n *p-iaiN ui^a ma iw i»an nb pbnia w 
Bmn "pria amn amn f«mD nnN bentti bra "psa» b^ non î-mnïi 
«bta nnttïra ba> on iia îana© maoïnn iba>a S:s> -mou: r-ianan 
t-ion ïtnnnn taro ia ïnTaNi ftaimai haob n^^m 'iai ^pa>n 

m.i^i ban ^"D s**b b&niûi btt Tpi»& ba> 
■nx ina^b pNtt a'ata yip ib a»i aai iwi snanaia s— 17m [40 a] 
ï-ranntt ba>n Stoitî anrt ï-ian 'ian t>mafi t*-*53to ■pttttS'in ^a 
iposarba» lanapin larnan ta^N t^bipb a^ian t^nn paa ^a-iba 
fcaan tano tidn paa»a paîtra iw ^man ï-ian ;iabia hiciû 
Sa* tannn *nûN3 tarama orna îwa Ja^a'ftp ta*>bba\a *-ianan 
"-vi ip-iaa s-iaia iaiai anabrab anp ht inrorwiiB ktoi ^aift 
irxia pin 13m» b 13N ^a^xi wittin 'î3>->bN 'n mttwa 'îauba 
a&m&n i-nnrp ^b» taaiaw ^^a i-ima mmnb -p-inN snaïaanaia 
ï-tj'TO ffl^na nan^ia aan tana now t^b pv taNTa^ *jbta 
•pa î-7T la-n rimn i-iara»n ^an Mpntt iab 'nana taan 'pbin 
f-nainain fiiman ax>axb vranm nanata ï-iTai (?) ta^ab ^*nx 
pipib "pnx "ja ^a r-iTaa -^bart tpaa pixm tainaa pixn naîn 
...t-nbrra imiana bas* tams ^tt pin ta^p^ra ppnapaa 
bai rnabia t-nn^iai v^nw ricana ma ^sab nmau) m^^t... 
pconra Emnin bxn piaao païai imainp aan t-natTO Hywbîi 
...tomn *pna tamn ia ffluaa t^b&t nai« ï-it ba Jaanaaaq 
">^aa bia w« ■— iïro»tt 'isan b"T SaiES) 'iai 'na ntfc i-rbii^T 
isrj^n 13 Ma«i n72iui i»a tanin ^ina aamna iao im^^a lansi 
nuî^a «naarr ïhnî n^i^r: b3> ï-no ij^a^i ***b ta"ib\ai an ba« vby 
^iwai ïi^n72pb \an ><b it j^naa b3>a t^inp (en marge ^im*n] tnurt 
i?:a rtî — nnn b"T apy^ ^ai aa^i in^a nsa^ tsisrt nnpîpa m» ib 

...bvb inanatt) 
btt) t-nian Ta "ppbntt (?) ^a^a mn isbw tmianrna t-iana^a m?:t 
aa^i b"T ï-i»btt) '^an S^a rnian aauja wana pia y^ S^ab a^n 
aan^n pmb ina\an ^nyn "ja ^anao ea"n ^a-173 rrfin r-iaart rtn» 
ea^pi aa->naa buî r-i-pnna !-iraaa i^n r<^anb ^ni^a "-na^a 
S^pmb laimantt ï— tt ^d^ labap rtsn aa^arr ^a b^ a-op n^rtb 
p'ia in apa i^a bpbpnnb taimai a^p^i tai^osïittî nna^a ^a 'na^a 
y'": i2an a^in ana "jn^b^ irrm Bjutbi aipsb t^ni i^n naïi 

s nbNUî tnairana 
Taniauî ta^\a n?:a tavn ^a y^ a"n 'n^j rti^n naama n^T (4i «) 
...t-niann -pa^ra i» a^a yjs^a n"n inai yosTm nanxa inirt 
l^noa tni n"n paa^a rt!a baa ppitritti yaam fna-^a ia ar*n 
inp^ «b rs?2 in^T b"T a"a?2-ir: 'rna\a nanauî n^3 a^i /ma*«a ^nn^ 

1 Houllin t 4 J. 

2 Ici vient la citation d'un passage de la Consultation de David b. Saûl, qui se 
trouve au f° 53 b. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 233 

■wn tai^a nbyî-n ta^aa nbbat ^a i&n ra nanara mai „. l nattE 
a?a na^a avaria naa ^a -iaNi baroa*^ ■*» "nprt n'maïa. fca^apap 
ûii:i bra t*nn *a qNi ■pwfia ïafi« ihn ia> "O haw (4t a) oai 
■^■na trbnan tonnrr dnt „.a"a> anoa npïna Skw Sa 15 
SPBflrf? ïtwdïi a-ina DTitt fnbnb Tïrn aansiab t^aia *paa ta? 
t^mnataa nnnn la mtnb nn^a taair? -ua:n t— i^aiiONnt^ fcana^a 
Satanb esa*" np-ib ta^-wan "natta an^N ta*aa nbban nanm 
abi?a n a *n« pbm ab 'pnttrrra -n^\a is 'ttan a?aa ^oa mo^ 
*pj ttrnïiffi i-manaa lan^a t**b ara 'aa^i b^aïaa -imn ana N*b 
ta a» a *nM t**bi sma -pa>a t^bi rrmnbi i-mnb b&rna^a ta&n 
îiacatt nana û'natarj fnanpan ^?aania naasa taaa&ttt m-p na>pai 
anrr ^aa inraujtt ^mDï fcaai anyan ^aiNa ta^aiNan nai b* 
•p-> tapi nnoD'Ta tanmo anaa* ta*«JaN îan nnN ara ia b"T ^an 
■»bai r?a Saa iaia *p '-in&n aVan^a fca^ba iaaa iNba^i imaa 
■nn b"T nran anm an3aïi ^ai&o nana ^a a>aaa b^nb "oan rrna 
Sa* 111m ^ntttt ^aam Trnan ^asb ta'nann ninrn s-wnan ba> 
t^bttî a^Tnsoïi tywïti naaipaa p ïitaa^ s*ô "naao (42a) ^nanrj 
pia ba Tiaa *vidn nan^ ^a fcanpa a-naa î-jî naia »*n r-nbp lanai 
^naa ma» b"T na^mana nabaip pi mo^ ia iana\a bî<r: r-narwa 
T^ni ia naa ttan aa>a t-Drun "proa yw nwaa t^irr nï-îra i-na 
8<bta naib torw dnt ^oab» ya»^ uîa'i ia an^nau) ■nan ia n^a^ 
ta^an nana\a TOa ^oannb ^iNnn V" b^ t^bN -»ia 3>573 ^y inTa 
3iDD N^an dnu: ujai a^a b^auja ^aoo^ naT72 ^asbi "jb t^i^b isan 
l^ayb baa msapti ^aa»b t<b« uîa^n mwa ND^nn •— ion Nb r<m 
^ioab i"iN"i na^irpri ai s^ïti ia an^naizî i^ïi ia boa"» s-wab ^laa 
^-i^jai baaT a^a t^in *,bNa im« i^sm rrarsa a^a ana>na ta m 
-i?:a pbffl î"3>3 ^^^n?a ta^inuî 'aib 12b iw ivi „, 3 ï-rp^îb 
now naT?: ^asb ^-ioèw© niDNîi Sa abia naT72 ^aab ^n^ana *i2n^ 
pis Sa fiib i\s i^ 2 ^ 5 VP'n ï^b ©^ ^na» ^loina nrra tarrb 
^naa i\st qbxa in** t<yrfQ vii a^a b-«a\aa ^oabtt ns>aa- s^b» 
nKïsa t^in nm ^a S^aïaa in^nan na^a s-iamaa «bT Sba ia 
bao n»N*«i t-iT hN n^a"» e<bi rr Nb ï-T^-inrt^ nvn (42 4) /mia^ 

...îT^niaa ima iab\a tnia^a ^na ^^a 
>:^an rnn^Ni ^ïnai 5 ï-na ^^a ^^nm ->a-i ann ta:n (43 3) 

1 Ililchot Maachalot Asourot, xm, 3. 

s C'est l'opinion que Maïmonide rapporte au nom des 2*i3>a ^^TN^ {Bilchot Maa- 
chalot Asourot, xi, 10J. Cette opinion a, d'ailleurs, été repoussée presque universelle- 
ment, entre autres par Nahmanide, R. Jona, Salomon b. Adret, Ascher b. Yehiel. 

3 Ce sont presque textuellement les arguments de David b. Saul qu'on lira plus 
loin, p. 237. 

k Ce paragraphe est un mélange curieux des paroles textuelles de David b. Saùl 
et de celles de Salomon b. Adret citées en marge par le copiste, voir plus loin, p. 237, 
note 3. L'auteur avait-il sous les yeux la Consultation de ce dernier, bien qu'il n'en 
parle pas, ou serait-ce Salomon b. Adret qui l'aurait pillé ? 

3 II oublie de dire que c'est à son maître qu'il a emprunté toute cette discussion. 



634 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mas7373 nn« mmma ib ■h *p N mfcbna maîati bsnatt ^ i-nan 
marr pn in mabb bpia» i^bi rnnnrab ma^ia l^b ^mal "pan-ra? 
l^a ■na a?afc ■prnnEii nmb aniapb v** pb ^paia r^wanbi 
,Hïa bba •p-mn» an*?: ^isa mai *pNia ©a*? ba?73 mamyna iDbu? 
Trots i» p*\m )n «bi rnsp-iEft i» t<frTP p»i Sai pia Sa 
nmma iri&bo mrma moN ia narra© mnfcip»a nab nt aa'tatt T» 
a?an&<b amp r^m© mm «ma pus ba wna» tasa-isar naita 
,a?"3 "laiaTOtp mia ovirta nab *pN© mjswn rww i» bbvo • mn-m 
©■» miaia mb tamaoi tamn ^ina dmn taaa?:a73 "imm a&* taa^N 
mra aw î^ib amao ana ta* nantie© ^73 ba? a^aan marp anb 
©m taa?Ea "pi mnnb baa ,namr tô mb^n aman ^a nna momn 
C3a??3 ^©1 -mai iriN Sa *a i-naa p«© nbYis ît-td^^ï-t ■wn mî 
rwnobi biaaô *m« ta y Tîrn "natt ta a? inntt*i iibiia tocasa ©an 
©an aaw B*nn ja tamnana a en ,fcarpn©ïa "p^i aa:a ns» an»* 
ta"»» fcn©b n'a'N'nrr ^d Sa? iraianp *i3pn©a "na 3*37373 S^as» 
"<sk S-'amb r-pana ©an ^^73 nam© ïaprp p-iaca» b^nb irwarraa 
XV t^atinb mnmwïi wvmDiDi ta^iaM wa* nbam a?37a pn» 
marna "nh î-nr wi wb» "ihn *jnb© ba? 1373a? min©b"i 15b aiî^bi 
,ta3^ ano mnra s*bY« *wm aa?a?3 mnTa sbt« ^an mmîan mna 
t^tba iia 23.73 mnn h?a©a t^b© 'ehk© rtîae mma m^n lia* 
£^73133© pvj "jb '73^p t^rn abm» Sba la^îra ^oab ■nsntt l^a 
toai a^73^ tavrt ia\-na^ ba -wn na^na '^cn nnT73 ■♦aab biaa 
173U5 Nb rit ba aa>i yiwxb rtarina ^««a "nn ùîrnw an ann a^^a 
Sioan i^ni ■nat» s^-iriua nai baa n^uja mnnno nwbb mT3 ïiaibn 
Ï1W3VJÎ-; ^p 173 a naa ia\x nb-na m^ana ^aan ^a>?3 biaa ^a ia n^a 
mnTan r^^^D K*b ^103 ma i»bn baai 1-1733^ x^sn (44 «) .mnaa 
mai-irn ^"> ba? t^in ^a —iaa t^bb biosn naa i^a pnbnb iab i\\73 
labapT laanaus 173a "parn ^11 t^b« ma-inm ■»r> Sa? ia^b 

.m"a? na^man» 

■»nNar73 Ntb ^3bari bNi?3\a 'n taartn b« innbita maiienîn m^t 
TN73 ma*™ 'iDn Smao 'iTa maiiann mnvm nbiian au5 ma 
inrfini maa?£a ^a?»a inatbrt mnnasa nffiibnîn ^na?n ^b ^-nas t<bb 
mana ib "m mNn rtrn» ^npna?n Nb tanaiNr: ^-îaïai ^n^ntjn -«lana 

.1730 naT3 Nbus uni taann mr 

muîtt aanrs êp ^bi ribrort aia ma nata ^oa v ^la haiwi 

.^b« mnb'îP 

•»3TNa mbaai yn^a 3*73031 rina ^a ^b mnbptt \xia ^a\x "vd** 
^bipb ^na?)3ï5 t^s ^ ma-rn nyi mm m©im mTaan *\ny -ion 
^narw •'ba? mnao ^a ^nbwa irn^btb ^-maniai "jma^ia TiNai 

1 Voir plus loin également, p. 237. 1. 4 d'en bas. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 238 

■•asmTaa i-iba* '-ion fis -o^ai wns 21-13 •«aab ■naripa nnssi 
na&o "oia iai fibnn ^naviab ni&n tii^i -wai "na* i-pït ^inbsi 
Sbp ïk fcaiDai bba-n anaa iTaaf- '151 traça ta*ao la^ca» itfrjn 
■pasbi ,» jit Na:73 p^rs wab ia« v»s , nx 'iai aa^Ta snn«^ nias ba 
iiaaîi taïTnran mb ï-tt iTaaza' "pii ■w* ba '-pTaob s-raia "-niofi 
•pn taan ma ana ,tai--pb lo^aata nai î-ïî ••&* ■niran ta^ban 
rnaa wa©mn rtbanab ■nàii a>asi t— ib^^b û^xtrtîn rttanb ^733 

532N1 1^T3 I^Da "pi TNUJ ÏT»n«3 'imtiffl '131 1"W73 "finTa [44 i] 

imea nni7a Iêwîîti y^^rr t-na-oo "pbtDnb "pis iri3£îi73 wann r>*b 
pwû fca^aïaa la^in pis ta» '♦fci wi *ita mpnb «-n a"*» 
nd^ pnb ïïi rsan ,*irvtia ^a va» taipn '""b» naiû ï-ip\a7a pa 
*-nari rpsoiib ttaia fr^m '-iion baîi \xn rfBaïib naita ro-ttl 
rrsaïib nsia »■■ taw» V'î i"a8 I, -îîi 's-o pi ,î-rN»it3 V3a*b '-Ba 
maib b'^i ,s-moN i-iati ba *aB ba» rpsaiib naïai ia*a73 taaipTo ba* 
■n*7tt*7 Kim irrmîa mas Tnaa'Ta 1,1:173 irnaa macrra '""sni 
,S"t i"aNi"n r^naïro vamx anît ■narra pioab -pan tarai ,ï-i3pa 
t^bi imro ■nWïri 12373 tDip73 "pbwatt t^ba ana «b r>titi ï-raïi 

'7353 ^173^1 ^73 ba> n37aD "'blNI ,:tt7aï1 m^30 -pbttïlb fci J , nSÏ1 

tM^nïTi y ïiii5irj nba ï-iaïi bai "pawaa Tma-«ao Sai Sac» 
bai '"nttN imbiattî» parlai taiœwi ■n'^a p*a tnibraiTo irnbiattsa 
•«tanna -«nana pi ^oa V Vaa'b '^ro^ -roa "om ï-mnta r-iart 
ta^aaaina pa ta an /•nsia* ain ba» b"T i"3^"nïi riTan^ ï-773 yinb 
anau: ^ncnac a^n ■naia "h ï-iina **nii r^na lab nsira ta» ^a 
r.73ib nazi ^a i73aza* tsifn y ' — im?û iwam ia*a7a r>ïbN ybvm V&Q 
Srjiaîii nana na* .mstaïib nsiab -npi r>iin ï-7p^7a tzipTai 
taa^îi rraann tnbnnab bia^b ^-nat Sibit ffl ûw^î msib oiaa 
Sibsz Nin tas oiaauî ï-i7ai ^^733 »pïi r<np^ t^b'U -«la pa-na*» 
ï-rai ia^3 la**»© nab ii^nn uni n^nnb ^-iidn "»na ia 3>aa fzaN 

.„' a"a* ibrjra73i i"»ba* 
nro -«a "••^lai ba b* mana rtnn "-a ^aisb 3*^1173 ^aaïii [4S<] 
inbu:b oiiaipïi -ripnami San "»ana ■'"inNi Tibap -«sb ^a^a ï-rsiauî 
TiTm V" 12 ' 1 ^* 1 2 lamnnb ï-iTaiinn -nao fflpab Tiabyaa "pb» 
aiaa baiarj ï-tt rnnpb £3073 ■•a ^r^a:73 ïiam ,îit nx \nanai 
txain an r>în nnn r^irn ^^13*173 \npip*r*a nro aina tao tzaai 

...tnab ^amana innïm 
iTa ûmm nnD73i iiaïi va npb© npipa nai nana n^i 
ï-7rjia»a na npibïi ^ab nniTa ï-757373 T , a- | a* a-ôa'îi xbv in ï-rrja'aa^a 
ï-tt ba> iwH73 \iNbsa ,a"a> ï-i73\nr;ïibi pio ï-r^ba* ï-inb ^naz ^ian iro 
Nb« naan p ï-ipipa ntaia»a na np^b i\-i73 ï-rnN'sU ïiraaiiaa n^ba 
.iTamna r-raaav^ in 5-137373 ia^a* ta^ba^ t<b*a ï-Tnpbv: nna ^T2V 

1 Voir plus haut, p. 228. 

2 Nous passons la réponse, qui n'oifre rien de particulièrement intéressant. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-naa ■naii rtbiTOa îTnaa "ja» t^bTKn *v$ *rra -^a rtam 
ba> ïWWtBa £*<bN ï-ttm aï-!372i-: imn t^bia i72ip72a n:i» laai 
■nn&o s-Hannïi nso mini tma Tard ï-ît (45 j) „. Sanuii ^n 
inaoiiTi É -imiTîi ^t fttftb fcatt?2 ->a ^nNiitt mis ^nisn 
toiïD ûu;a ïiï "-wirt «b t^in^ t^bei r^bars ^pba* t**b&rb 
■pi "jisnp© i-n»np7a r»ïflB attatott aa^pb imaoïa rrnaia ***ba an 
s-nrï niîi taai êw taw ywtt pa rtîrow maiiirr inwaïi i» 
p "naïi t^mrr wasto raina &*b ii7:bi mm ann anafc ba» m?2n 
nioN 13W52 13^ ta^bam ta^n 'brarpn N^fii ï-noan rwaara ywn 
r^bo "n^ab rnnn nn^i ,rtt*b?aa Tnttb ffl^io "nuaMn n?2N psoai 
ba> Kittpi 'ian ,î-ï5ttfc firèrtfi t=N w* i» i-i^b^n 'is&o 8-TKbna 
cira s-pntoa iidwd r<pia^ Ninm i-naa*53 î-narinn nao ba>a ann 
pN 1»pb nana ■niro ^ba> nittnb ©•» nnYn ^nri # ba*n ^102 
b>Mnu)"> ioti ■natt ^-n uni 1 n-nsa iT*n "iwn naa ^aan &y "pann 
■jaa nana nar> ,Mpn»a "ïioa ir-pana ban»** id3di -n-»n ^^a Kbra 
^idn ÏTa ■jnaîi tara a>aa r**îbra b«ma"> -uarara in rnsa i-r?n '^s«\o 
p»b tnana ^n 'ma 'h^a bam '■paa tairai t^tin inn ,i-i\-iraa 
rnn r-n nra ^n wwBa ban^i -poa i-psttt *<bra b"T r-ira?3 'n anïi 
nriNi /nan 1)2 Hta.wa na npr? r-nnrraj ^-w n-rrno p uni "-yaib 
anara r:72 ainaab t-inan nfcb b"T s-na» 'n mn "piab i^a fc-ianaia 
l^ïi ywjjo a"a'Ni STûim ma 1272^2 ^npib ^ni ^17202 ï-iba»)ab 
snn np^b idin^î ^n , tfc -nab nv ssbi ^atm a^irnnïi eaa* a-na*5a 
ûbia* ^3iNa72 bapuî riTri bi^n ann ^na^i mnsrr Hn^î /nar^ p nan^n 
t^ïb-i fflnn^sa '»aa moiwa m^a n^ntib ntoinnM nso i*iai tnnpbi 
î-!»n ^2N na^ !qio (46 a) MI »Mt tiN nT d^mo ^na^rttî t^bx ma> 
^7272 wm smîti ,p i^ia^rî "r^a bba pimrt ^^wN -idoïi bra ann ba» 
^ujn iiatîTi ^pi?2b *]b s-rrr la ^"iQD7a r:: nan mnnab ^pa?2"i ^n« 

r inai "j^a istii nna n^a^a 
Sd ïWttîîfti ^«1^» ^n^a i^n ^ina bo tso ta^i tnana ^na» 
ï-i72 l^a T^i bar: mnntt n» ta^a2a>a a^aa fawST ï-iauîTan ^ip» n^aa 
t— it aa ^a tmzk p ^nnNi ,„a"a^ nm» riba^abia i-r?2"i ,maNi ^naaïa 

».i3TOb r-mpi inainnrï ^5072 inNirin 
yaisîi ^nno nnia in^n^ïi© i^a^ Swia72 •j^i nana 'ia*i (46 jj 
irr^nnn^ ^wi inpaai nanau: !-;ti ,.,a"a» ima nabîû t-iviaib«a 
•j^nïî ^ava ï-itsrù b3N b"T ^^r: '^a-i au:a p i33na ^a tn?a&< nn-172 
Nbm 1^ bba?2 N2i"« nm ï-irpnna^ nca« ^^rn p hVflrtb "iNn 
ïianwa &<b ^ataathtt nn^n i^n snN v 1 " 1 " 111 " 1 ' 3 i.a^'W t^mi fnnan a^a^s 
...mmntt bba -n na3 ït^ïi t-^bi n?aa>Lûi iinis 
12^-1 b^Nnrt ^nstt) in vil uyn na ana'n^ i^i narai (47 «j 
Tiniwi ^asnTa "îrjsn nauîan S\ai372a t^nn ^nrj naT?a ^aab ^ni 

1 Paroles de Maïmonide, ibid., xi, 11. 

» Ibid. 

1 Vient ensuite la discussion de l'opinion de l'auteur du S. Eaterouma. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 237 

t^tb ■nài "in a>aau: nabra bionn» *p*ta fit» rianan ••naïi ta y imrnab 
S-ttDE 'n ain /pfbb a"j> vipsnoa ?-prnûn by qtn iswaa ^na^a 
pi tnia^a tci Tmb^a ^a ■rç-nati anyjatt ^«a taaiaa ï-jt i-in 'ma 
-1*6721 p-> i^a ^P" 1 tavmso anay ta*nma û^aa tartan lan^an 
\nbatai «bai ^ba baa rwa la»» tanai \aaT -inpb *p irifio drma taa^ba 
Wim "na a>a72a iv naio nîb nb^rrb "ntt&n p lia? nttb tanb 
Svran nrpïin ninttfi torr ï-id^n ^53 vn>a&n rrb'na rmn ïht b* 
ma» Y'n ^a ->b ruaKi S"t ^ma-naab •nan watnîii "tts-n (47 4) ï-nri 
Sa 1-iTON pT ïht nai pnoiN "pan ^wan ba fcaajaa p ana b"T 
■nniû ann Traa maan "wa nain ^-ina ^aa taai / tjH i»an 
■nan ia Ta-» fwi Sba ia naa iaai ^^^ nan^n •pas; p-» nwaa Nin 
■nta r^bœ -wib fcarw caN"i /joabn swm vn na an^nais 
"i72a n;oan!-îb ii&ntt p^rt b* >*ba nn «b "na 3>a73 ban ba*" ano ba> 
S^aïaa boa*» ^?aa naîtt "qabi p KB^b ifioai 3 b"T Jnffla 'nfi anaia 
£^a?am noN r^b NW bioa t**ïr r^an taNO Ta 3-)3>na;a ©ai U272 
■pïï biosa i-rnb npaa paa>b bas ï-nsapn paa>b t<b« ttam maui 
"jb s-i\n rnapnb "paa pa 'a^abs» «bn ,***»vi i^ban 'i^i ,*pa 
np^-ir paaô '■nasos npaab niaan Saa na awnïi aan —)7aw 
***ïn ûtib t^in ibao nmN p&on rrn taia rpana tai an^na tan 
Sua ^arr '">dni ©ana ïrb r<im bba înp^iTb ^iNn "wm rm taT 
mna^a pn^na tmamo naib iab p^ ma?i (48a) ...ï-rp^îb noan 
S^a^a ^laab im« ibaa^ naîa ^aab ta-«n^n7a iaNU5 n?ja aarrbus 
l^n D3>a narnaa ^bn Sba ia naa "pan rjb^Ta ihn t^in^ wan uy?a 

4.. 4 p-> nNïîb nmn rnaraa 
■»nan ia yaau) iabiD biana» p^ ï-5î72 ï-r^nai ^aiN nanata n»T 
?n?a ■'sb ^aN fi?ûn .a"^ ^npanaD ï-î^nu;r: b^ C|îo ny^7aa na^a r^b 
f" r-pTiia by t-ipsnoa irrob iiîan U3>?3 ia anyna*»D p"< ba> mpaaia 
^aab ^in-i na^T ta^nn^ lammi ^ai rrann na a-ia>nau: b^iaa 
ï^t^i aan ûn^b p« ^n t ym ny itinniab nm?: armai icb ^n 
taanab ana t^bn uîai a^?2 na an^nauî pi «bn ïht k? Tvinb a* 1 »^ 
d^attîa nn^n pa annab "una ^buî mn^n^m mbn*ra f-nbip rrmnbi 
ba hy p b^ n^i^ n^a-iNb ai-ipn ï-tth mna p^ .ba mnaun 
nnT"iaT -i^ht -prnrib ^n-iu: i?:a ^Tnta ^a^ s-inth nn^Nr: "nai 
nana^ t-nnn» aan rib^n irnbinan m-irr'rîrr aaïab r>*bra i"i^a 
da^Ntt) d^«53N iNa^ «bra rjmaa ^asb a-inab pi^n^ 13x12: iwa ^pasa 

1 Maïmonide, ibid., ix, 10. 

> Voir plus haut, p. 233. 

3 En marge, le compilateur ajoute : ^J3T 13 pa\a t^"ia N"aUÎ"1ïl ana pT 

"jaa p"> C21UJ72 ia uî^ ©an a^Ta ia ^na a» bax iw^a i-ian\iîa;a -\y 
^aa ^aabTa p^a?aa fra a^ian naTTars ^aa b^ mis paaaa p.\w 's'y 's 
Vpn pb ^ na« noin7a p« pb naa» naTTab naxarj ba t^b^a 
a"? pb pN pra«j. 

* lb. n 9. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n»K nfcWi ^"wwta iwi t^bnprï i-nïrn ^^nan» *r>»bb to-wn 

a"3> i8*ïfl a"-» *i3> m on y^m Mbas tana^n "pria nana iv 
a"i ito^i» ny :n*oa nofcrb "pi 'pi ib ©iuj n?:nb '■jrtfn •pis s-jînD 
S™:-! Dann p -\nbap •piabr: ma tssroN ...y^-in r-nttffijo lain 
nïriaîan nnan nspT b"ir.î , rp»bi3 **i ann a\aa ^"»y btn»iB '-i 
Sn-in yisa y^ina ■pman biara lanfe is^j^a ynaw frnnrnab» "»*}»:& 
id-'nu: ^03 yw yarb ywin NipD »*ei *pa Mamyi amaïa-p in 
«nn a'^a *nbn ï"Tf yw ,fcamn ^ina taamrt "pn:* pan jaroa noî« 
bapn^r; -m nn unn in tar^a mrw* ia nu;N tarur: ^ab r>6« 
...nanatt 173a anaia b"t apn '"on û©a watt *]n ,tt-«rn ^p? ia Nit7aai 
s-maa Nb© ib^DN bantD^ bœ y "Wi -p: iaaNi naron (49 a) 
ana S"t ■fran'rn ../a? î-wi ma*»» '■■bn Ea"»»na np^b tion 
nannai w*n -irm naa-i rrwnra 'praena -ma anm nw -ora ma 
aat» Di»bpïTB abs *paba FnSBX nbN «b"iNi b"T t"im ^b b* ••arca 
niDin-ï irWÉ pb fmai '"Oi innaïab n^-ib nmai nanai /prcrraa 

...a"? 'pa y« -isp^-i ir^Tia m: 
ynantt -o^wa nnao ...'ay nantanb» ^ab p3 p->a nsmaïib -nota narûi 
■»D^a 'p-iNïib *p rrti s-rostob rrabn nt-mî: -nfcbbi mi-.nrrâi b^iï-îb 
rruab tn» bai"» t^bu: tion mriTD ïhto nêobi ■pwibi mabm 
trayon ainab "n^p?: rxinuj 'o'3'N nnoôttri ns -pnfib im-oba 

... S-lVNntT' 

ûï-raj û-^ujaa i^a ir-naroa nrna a-ir^n^T ^Danata y^ r-ianai (49 j) 

„/a^ riN^na ■p'-nDa ^Tiosra 
13^éwd "«b r-i^nwa nmroi i^d^n a^?:a anyna*a y^ ^^721 nanan 
rsïb ï>i"ir;"i b"T Va'aan 'nac: n*o*o r-iNirir; nr 'a"* ï-rntab '♦■wi 
rn-i*oNi r-iDDirr ïinNi taa^ab ûrrj inia Nirr -o nb riN-isu: rNïbwS ana 

...mniab ^wN-i iï"wd 
ya mpbm nmn b« ^inb "jdî ^ sn^fca nanaïs ï-ito bai 

.,►* babnaîa ^sntûb ai\an nan pp m^ns 
a"3? tabw i^mDN anw fvôs jm »b» ta^-i73\ai ïnanai (S0«) 
nis-j bnis ï*B3m .rrbiii «nrom "Mim b"t apr^ '^ai naia r-ira nosn 
T«n î-rtn 'jrûTa yao2?3 y^a ■•ôb i*oisr jrt tasno br Sp-*»^ ^ 
Vfcrua ^n p ta^ i72\aa i^ana "ûnaai ^"naattn b» ^a ba n^Tona 
13N yN"i / Q-'?a73 ta'han pa its^ 8<b a.\ taïasb b'uti tsrsatnna 
•nwna ya r-rta ipbn r>*b tD^piosn (î50ô) -tara a=^ inaib ts^iti 

,1*773^2 r>îbb 
^n© "-itiNTo dïrrinmnra ta^^rs ^ np^b yi^nt] ci r-anai 

1 Probablement = '"n Û3*7a "HT^. 

• C'est peut-être celui qui vivait à Lunel vers 1 1 05, voir Gros.% p. 28). 
3 Jusvinet. 

* Nous passons plusieurs paragraphes où l'auteur reprend son correspoudunl <!e 
n'avoir pas été assez complet ou d'avoir mal opiné. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 23'J 

r-marra — imata *ta piavi a>saa 6aa*i s-rtn jata yaoaa y^ia 
8-wna?i ba fcaavrtBfin -pana \-n»3> !-ït nai bs> p"y a-yi t^a"»b« 
nanab rnatam *paba mt oaaa "»n *ro»na rnnai cavaiea wm 
•paoaa T N ^ TP 0Ea t-nanpa nasa riT aa'aa nTn&o ia p^nr-ib-i 
bai D"»mnnm aa^an irmr viai nipa>bi ynabi omb nin pîa 
■naa* aa->aa-n apaisa ï-ttddi b'x'T ta-oïKan ba nam nposuî n» 
•jaT ni aaa ,p «rosi «bi Sa^attfi ya J-iNtrr ïiaiaNn ï-iattDiaa 
amas 'n «YTpsi anrï arma tapaam a^np r-iaîn y-wa vn anp 
Sa^bvu a^aan r-iaai rnaai S"t rrrnT 'nm Ya'tfn'm Y'a a« 
■nn ■hwm ^ai ^ nm nanb aanan ba> r-ib* *ôi aa-WN ^a«baa 
">a tavw-i idn nm ta^aoaa Dr» rsnan yaaaa troan wi karritraD 
■ma bwi tarrupaa ft^nw tanraa pTnb Banjsnraa aav» ban 
Diras anaïaa ana^bna taa-n ban ammaa aaia ba> arpTa anan 
nraain na>a an?: cro èp_5»*« ^sa na^aia *a ijn lanaxai banaa 
■rçob naosb amaann rvaa 137273 tawia Dr*wa ï*si tstrorera 
irhpn aaa .arw woob aanvan baa 127272 •parw ynnm T"a> 
fcsvfcab taanb abaxa t'>n "»»b a^a a^Tpn a^a -o «wm 
hnm eaa^oai taaba -naa aip7aa anbii rwnb ta© njiiD» &ia«b 
ya> nnb aanna r— ia"0 baa in** bs ytaia» pi apa^oa jvi yigyi nan 
yaia rȔr TW taais anb-, aau)aa> y yroim ynpib aaai* ba* 

...s-nn aip7aa yaaaa 
n*bn h? -pbN na*r nwaa a*o n&n as ï-ï&n "on ï-into ... (51 «) 
n72s mai p pas xb nanaia rw ^nwxata STarjnn "iaaa t]N -o 
tan^manna' a^isr; m;^ np^b yb^m ona ^^dtwd sb» ^.n^nb 
nota n^n*C3 b"- pmf 'n anrr ian bniati a-in au:a -1721^ ^a nran 
l^ttj pa i:*t ,n aî<i in^nnb nn^ paa "jns yiaaia naiT !-it a^ûTa 
as i-ïia aa iiawb rrinnai rrnaa ïrm ^irr "jiaa aran yaa;72 
a*s7:i aa^ aana ^■nvvan "naia p^n72 i^n^n ^a«i .a^arr r-nrasa 
(i. ripaai 1 npaai t]ia w ^Nn72 nana© r-raïaa ib^a« ^a 
•i^'r: ri72"nnn nsa Sa>a ann t^arii # nYna ar^ s^ba amaia 
a»aaia naX5> ^lan p «ba ca^T bn-j^b run ït 1 »^ J^b ap^-> "»anw 
vnb« mvn iaba ûwm mNi" 1 np« «^ bab nb^bn . rrb^bm ,ia 
^an NbD ^a imaa r^ab-, nms n^aînbi nm nann ainab lanpa 

,-it» by ïnbpn 
"w^i ,r-rnu:a nmai ta^i»i»a baa aa^ ano nainrn nana *ny 
—ipy rrruaa ta"nviBn nai n^iai» p"y nai nab rr^Naïia ^hà 
bai ta^aiNsn Saa ia«a:72 «b rjTa aan miibua aanoiNr: ^naii 
-in^nb y^aa:72i ïid naaia aau:r; ^a» tamaan a^bnarr ta^aann 
finstin t^ta ta^iaa tSV* tana TttTto ■'a ba> nan ^dn 'r^ai (5U) 
^n n"aa nain^a mai tnt< nnmon nr^-in ba amab wti 
^bïan a-nabi rnnab "vibis*» Nb t-nriN t^naaaa vnBaa» nwa "•asa 
^naccn ^aia:-i r-nwyb *]N rtT r-)N aa ama *nm xb ^jnarjN 
aa^ca '72^1 bNiu:^ yn^sa ï-rr; pm-> 'n nno nanac nai 



2i0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

î-it na^i \nNir7a c^b *a i-it nan -pn-p n"a p">n wiTim ^bara» 
t^bi p^ Ttàbna ab t^-n^an «an ûniub s^bi ■prm 'nb Nib '7:^3 
t^b 13 ton-Ti^n nvan r-nanbi ^i72ii:b ïrfcn 11WJ tntsi ■wiaiTa 
ï-na vritvo i-novi b-pts n^rrr y-iaa nn^^u5 irman baa wtsib 
'ponn anrr wn cas C]Ni /imnb r-ianaia yfy* ^riKbsai ^nmïib 
^imi i-irpri rr^w t-iÈmrr ib"iN i^nsa iTnma l 'isp r-iu:7û 'n i33^n 
^ittao ibiDNi * msia Sa in "iiwo Sa rnn e^tbi Tft -pm 

Î-JT ba Dy TP3ÎNa 133>73ia ï^bUÎ rî73 tD£-UN3 1T i-ttmtt FttHDDtt 

tam-n trbvw ^a br TïO'W in laïiata nam yna*a ^-pnïib *pN 
trwD TO273 S"t irma-i raara iman ^a* ta:n /TPb* -«tzHp 
■mari p nnan jî-ïavinîi nso wania a-np inana ï-it ba rma-i 
Saa inaàianrn ,b"T apy i3an taïaa p aroia i-ia'VYritt naoa 
■nanai it by -nia tpao" 1 tjjn ns atrob ^by *ab ^b^ri -pian 
M. 3 rîbs "nai rpoa *pbN ainab wix r»3m iaaba nbr ien h» 
Y'atf'-iîiiD vtfBtttt 'd'^n ,'iai * «b^p «naa izp aao nana 'i* 
ban r-pani-n ab-^p™ p y-nTa vn s^b b"T 'vna"i p ana S"t 
ta y rrpîna npa-nTa-i r-nairtTa ab^pm (52 a) bwn ^na -^baa aums 

.♦.Tisn ^întj nrtao kiïi "nîTi r-panrj 
/a? i-in* i^piiN p*w» ta?-j73 "natt 3^73 Tiattb îaïiïi nanai 
aittîNi id ^'iîns >*b ^3N aaY ; — tt a^aa p^nnb rpaizn maa- 1 nsn 
Tnïib a^ao73 ^rpan niBNa -i73 ^b iTai ^abb y^3 "tnt: ^a nTaiNT 
td tsai ,wtom anan73!i ban ta^i^n bai i3^ma-i tidnï: r:» 
riTa n^nTa ïn^n apy^ isan ^a n^rn nTsmnn naa bya *a r-1^-1 
la y^s'û ^an p taN *»a n^i nnpb tb y^Taa Sp^Ta n^rj xbus 
ûyab nais t-î^n rnN bNi»© isano ^'d'^ni '?2sa 'rr»éna naba 
'iy ^bi nn^rr nT nana nn&o ,î-tth pTa yao373 i^u3 *»ifin i-ît 
13^72^ t<bi i3\x-i >ib ynn :rî373n nn snaTaa mis n^apuj «b« 
twan bai ^man ba t^ni ^a ejn s-mn ^3a ûip73a p isrrsu; ûbv» 
Tiy ">a yi73u:73 ^n">3^3 p bi> ,„"nD\s ia ^!-i3^ tza^j^s riTaa wïi 
rrTrt V 2T3 "^ 1 " 1?2wX n,:îN nnx îTvi»a 'idk D3^ 1-in i-i^n^ a^T: 
drpma» i©3» n^w^a ûrp^oe ^ab ^03 ^nbab tarï-aii» û^i^rj iau: 
■PI72N ittîN ^inx aa^os i^ mnpb aanna Nabi n«xb an^^a nNT bp3i 
-n72N naai arri»»» "HTab-n n^aa lan^irn tarpaoa imm rm ^a 

...ûrrmaa ai^a» taa^ bsn "rna*i 
Sd3 inaban aiTaa ïiNbtt n-»^a *j^ nujis ^a un nanai [Wa) 

1 Dans le Semag, f° 55 a de l'édition de Venise, Moïse de Coucy se borne à rap- 
porter l'opinion bien connue de Rabbénou Tara. Peut-être est-ce en se rendant en 
Espagne, où il nous dit lui-même avoir prêché sur cette question, que Moïse de 
Coucy a fait connaître aux rabbins du Midi de la France la jurisprudence adoptée 
dans le Nord. 

a Voir Guittin, 76 b. 

3 Ce mémoire additionnel occupe les f oï 54 £-57 a de notre ms. 

* « Cannelle », robinet, généralement en bois, qu'on met aux tonneaux ou aux 
Cuves pour tirer les liquides. 



UN RECUEIL DE CONSULTATIONS DE RABBINS 241 

r-mm 'a* "pisai! ^nsi» ot boiaa '■'dn mmaa nmn V"inb F* 1 * 1 I 73 
ta^wiaîi -pia T" s-iaba l b«wB trfiWtt û^ia rju; vn usa? ^nai» 

••.trôna "Wa 
'nai "paon ainniD bn^ffl 's'aw yy bv ù^pmpm nanai(53£) 
ta p" , J rtnN ripa ws ï-rnan ,a"y i-iTri pta TWaa T^ ^b ^ n ^ 
nhyab TnTawz} -naa rpnttJa '^dn ■»•« att» -pnnb naa nnj© ï-wn 
r-iT D*a *a ■pb» Tn7aN p hy •••ï-ïtn pra paoatt pwB taa>ïa>a 
ï-it ûyaTo nw o&n S&w^ bab lapn^-i ns bnujatt mari qaa ptf 
-flba ï-rb'aa nnsptt rtbaaia rnwi rrmaa nw p ina rtttttta 
sîp:n p s-iTn D^an nwib iapaN nmn "WN ns» Tibàffl i-raïn 
TTabb ■pr n:rr MTa warvoai fma oai î-tTa nn«b a-ia »b ra 
rram ."pp b* nain bbsnn ï»<bu: ■pio noaKb mrnnbi ^pTiïbnb 
p S* ^a vibaKi *i»pa ma ^ni "pria to-wiaai *p* D^ttiaa 
■*aïaa rm pb^a TNbfc ^ "naK ^ab -iot "nan waisn ^nb&m 
iba r-ïb? nam tvin aiaa iitîi ■'maria ^anma rtna ïiaem '«anp'iaKi 
rrnnn pi rsa-iaar: "pin p no û^iïï û^ban a->bai a^an -pba ûmmap 
■win m" 1 mvn Ywabnn po?» ^a ejn Tiabm ao J-iaiaNt-n 
b* r-n*wa r.ïNn "nm ina-i ©^«b îrm B*JtBton ^a rrajnb 
m» avpb ^a c|s r-nawab r-naran -nab -via mmb "pnat p 
r-)N maaas ^ fam ■'biN rwiam a^on a^aanr; mapn C|pin Sa 
n-iNan rrraafcbi ^as srnsayb yns nwb mm m&«3an nnsian 
anan r-npa>b "in?:wsa laa^nT VDab na^rna» labnnn ^-iusn tyjïibairn 
T^am?^ laiTn vnnyï rmpm T^ascTa vmata ni73u:bi rz^a naj^ni 
*]rmm aiba: nnwSi ^irvnat ba7û ^-aNiaî^ ïi*t^ «im rnimKa nabsi 
issipa aman ^an^a p«an aabi 'pato d"ibua ^b i©n bai tanbra 

•^bat biN« 'na "in ab 



1 « Semai, semau, assemal, benne servant au transport de la vendange en Lan- 
guedoc » (Dictionnaire de Mistral). Dans du Cange on trouva semalis, semalum, 
* vasis genus • avec des exemples du Midi. 



T. XXXIX, H° 78. 10 



L'INYENTAIRE DU MOBILIER 

ET DE LA BIBLIOTHÈQUE 

D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 

AU XIV e SIÈCLE 



Le document que nous publions plus loin nous a été remis par 
M. Estanislas Aguilo, archiviste de Majorque, qui Ta copié du 
registre d'un notaire de cette ville. C'est l'inventaire, après 
décès, des biens mobiliers de la femme d'un médecin juif de Ma- 
jorque, nommé Léon (en hébreu Juda) Masconi. La femme, Muna, 
était morte laissant pour héritier le fils qu'elle avait eu de son 
premier mariage avec Davin (David) Xulelli. En l'absence de 
ce fils, Maymon Xulelli, la bru, Gracettia, intervint pour faire 
dresser un état des meubles trouvés après le décès de sa belle- 
mère. Signèrent comme témoins : Moxin (Moïse ?) Bonanin, Ayhon- 
nagar, Joseph ben Maimon Alatzar (Eléazar), Abrafim (Abraham) 
ben Maimon Alatzar et Issachu (Isaac) ben Gabis. 

Cet inventaire se divise en deux parties; la première formée 
par les meubles, ustensiles de ménage, instruments de médecine, 
vêtements etc., la seconde par la bibliothèque de Léon Masconi. 
Ce document est intéressant à plus d'un titre. Par la première 
partie, nous pouvons pénétrer dans l'intérieur d'un Juif aisé; par 
la seconde, il nous est permis de constater les livres dont se 
servait un médecin juif instruit. 

Pour le tableau n° 1, nous avons demandé à M. Hildenfinger, 
ancien élève de l'Ecole des Chartes, d'identifier les différents 
objets qui s'y trouvent catalogués. C'est son travail que nous 
publions ici. Les chiffres mis entre parenthèses renvoient aux 
lignes du document A. 



LNVKNÏAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE W6 



I. 



Voici d'abord deux lits complets (1), avec leurs matelas (2), 
leurs traversins (3), une courte-pointe de bouracan bordée (13), 
trois courtines (9-11), dont une ornée d'un dessin en damier et 
brodée de fils de laiton (10), et cinq couvertures (4,5, 12, 64, 129), 
dont une d'étamine à raies rouges, et une autre jaune et rouge, 
doublée de vert. La literie comporte encore deux sacs de couchage 
que l'on devait bourrer de paille ou de feuilles (14). A côté, deux 
tables, une longue (39) et une ronde (40), et cinq armoires ou 
coffres (32, 33, 105, 109, 139), couverts de cuirs ou d'étoffes » 
(15, 38). Ces huches servent aussi de sièges -. Mais le mobilier 
compte, en outre, trois bancs (34, 60), et ces sièges peuvent être 
rendus moins durs par des coussins (63), dont quelques-uns, ou- 
vrés de soie (104), ou ornés de nœuds de rubans (68), ne sont pas 
sans élégance. Des tapis (8), des candélabres ou des lampes (28, 36), 
un cadran (135), un écritoire (44), des œufs d'oiseau, d'autruche, 
décorés (25, 26), contribuent encore à l'ornement de la salle. 

La batterie de cuisine comprend trois bassines (21,108), dont 
une de cuivre étamé ; deux petits chaudrons (27), une terrine 
verte (46), une casserole à couvercle (76), une poêle (56), sept 
pots (53-57), et trois broches (52). La ménagère a à sa disposition 
de nombreux récipients: un pot où elle met sa farine (45), une 
cruche de cuir à col de laiton (134), une aiguière de terre blanche 
(41), deux amphores et un flacon de verre (140), une bouteille (132), 
un barrillet de cuir (79), et six tonnelets (43). Ajoutons-y un en- 
tonnoir de laiton (77). Deux mortiers de pierre (55), et de cuivre (19), 
peuvent servir soit à des usages domestiques, soit à des usages 
médicaux. Le couvert comporte neuf plats de terre (37), des gobe- 
lets de fer (51), une tasse (138), une cuiller ou plutôt une écu- 
moire (86), un couteau de table et deux tranchoirs de bois (54). 
Enfin, deux tamis (50), et une corbeille (83?) de jonc, différentes 
mesures de laiton (22? 23), deux cadenas (29), des sacs (58), des 
planches (59), complètent ce matériel. 

La garde-robe est bien garnie : on y trouve jusqu'à quatre tu- 
niques d'homme ou de femme(69, 70, 71, 118), et cinq de ces larges 
vêtements appelés à Majorque gramasia ou gramaila (71, 103), 
et tovallola (94-99). A côté, un surplis d'étamine (100), et un bur- 



1 Voy. aussi 73, pièce de cuir ronde munie d'anneaux. 
1 C'est le sens littéral de arquibanchum (33), arche- banc. 



244 REVUE DES ETUDES JUIVES 

nous blanc (110 ?), deux cottes de laine, dont une doublée de jaune 
("72, 91), deux jupes (107, 127), une cotte-hardie de dame, de cou- 
leur sombre (125), un far set, sorte de pourpoint ouaté que l'on 
portait sous la cuirasse (96). Le costume peut être complété par 
une capuche (71), des bonnets de laine noirs et blancs (75), des 
souliers jaunes à la mode arabe (136), et différents menus objets 
de cuir, tels que ceinture avec ou sans boucle (88, 101), sacs 
rouges (20), bourses longues à deux anneaux (82). 

Gomme linge, à la mort de Muna, il reste dans les armoires trois 
chemises de femme (67, 92), deux serviettes, dont une à franges 
(106, 131), et deux nappes (93). 

On peut encore mentionner les armes : écu (49), lance (48), fer 
de lance (24?) un carnier (47), et des rênes (81), — et des objets 
précieux d'or (111), et d'argent (112, 113), auxquels on joindra des 
écheveaux de filet de soie teints, dont le poids est scrupuleusement 
noté (114-117). 

11 faut ajouter à cette énumération différents objets, tapis, bi- 
joux, livres (128), vêtements (35), qui avaient été soit donnés en 
gage à Masconi ou à sa femme (35), soit inversement remis par 
Masconi ou sa femme à des débiteurs (128, 130) l . 

Deux catégories d'objets sont particulièrement intéressantes à 
signaler dans cet inventaire : ceux qui indiquent que l'on se trouve 
dans un intérieur israélite, — le sceau de laiton qui sert à mar- 
quer les azymes de Paque (78), et les tafellim où l'on peut recon- 
naître les tephilin (137), — et, d'autre part, ceux qui devaient être 
plus particulièrement utiles au médecin et au savant: les forces 
(31), les instruments de fer et les flacons de laiton (84), les tubes à 
eau chaude (85?), l'astrolabe (126) et les trébuchets (80?), le réci- 
pient à onguent (30), les poudres médicinales (87), et enfin la 
grande collection de pierres aux couleurs variées que renferment 
plusieurs vases ou sacs de cuir et d'étoffe (120-124). 

Par inadvertance, dans le premier tableau s'est glissée la men- 
tion de deux manuscrits ; l'un est le fameux Yosiphon ; le nom de 
l'autre doit être mal orthographié. Ce n'est vraisemblablement pas 
un traité d'Avicenne, comme on pourrait le croire au premier 
abord, car nous verrons par la suite que le nom du philosophe 
arabe s'écrit autrement dans ce document. 



» L'inventaire comprend de plus sous les n°» 90, 95, 112, 120, 130, 133 un certain 
nombre d'objets que nous n'avons pu identifier. 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 243 



II. 



Le second chapitre de l'inventaire se lit, en général, avec faci- 
lité, malgré les erreurs nombreuses commises par le scribe. Nous 
avons pu identifier à première vue les ouvrages suivants : 

6. Marahot atseten = ïniarr man» « Les couleurs de l'urine ». 

Il existe plusieurs traités de ce nom. 

7. Dicliduch = pvrpX Grammaire, terme générique, ou titre de 

l'ouvrage de Moïse Kimhi. 
9. Abenroet (à lire Abenrost) = wi *p« « Averroes », sans 
doute le commentaire de ce philosophe sur Aristote. 

11 . Aamet ben abrahim == Amet ben Ibrahim [ibn al-Djezzar]. 

12. Beuratlora = rtWffi -naa « Commentaire du Pentateuque». 

14. Beur abu nasser = -otanns Tiao « Commentaire [sur Aristote] 

d'Abou Nazar [Al Farabi] ». 

15. Marahot eloym = tmba marra, Explication des visions pro- 

phétiques, par Hanoch, fils de Salomon el Konstantini. 

16. Aayjuncta = "pp* 1 p "»n, Roman philosophique d'Abou Bekr 

Mohammed ibn Tofaïl, trad. par Moïse de Narbonne. 

17. Boaran leben tamlius = OTttbaab. . ., « . . .de Ptolémée ». 

18. Retuguot (à lire Retuqaot) = [qDD] mpim, traité de gram- 

maire de Joseph Cas pi. 

19. Butsot quesep = tps nmp, Nomenclature des ouvrages de 

Joseph Caspi faite par lui-même. 
21. Mispar = -idoïï, Traité d'arithmétique, probablement d'A- 
braham ibn Ezra. 

23. Geremies = Jérémie. 

24. Alatsenderos == DTVttDsba, Commentaire d'Alexandre d'A- 

phrodisias sur Aristote, ou Roman d'Alexandre. 

25. Arbaneueym = û"WM*a^K « Les quatre prophètes » (?) 

28. Arguzer lebenrost = Y'un psb anrna « Ardjouza », traité de 

médecine en vers d'Averroes, ou plutôt commentaire de cet 
auteur sur TArdjouza, traduit par Moïse ibn Tibbon. 

29. Perus joonatan = inmuîYVD « Commentaire de Jonathan ». 

30. Gauia quosef = sp3 yna, Explication de certains mystères 

du Pentateuque, par Joseph Caspi. 

32. Perus albunasser = -uw ini* ibwd « Commentaire d'Abou 
Nasar [al Farabi] ». 

34. Agorat quesef vaatnel quesef — rpa ^81 rpa rrmn, Com- 
mentaire sur Ëzra et les Chroniques, et Explication des 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mystères des livres des Prophètes et des Hagiographes, par 
Joseph Caspi. 

35. E endeel (à lire eudeel) ben attora vaauchma = "pa Vmïift 
îittDHi-n rmm, Traité sur l'accord de la religion avec la 
philosophie, par Averroes. 

37. Aasiet aaslurlau — abraaïfctti m©* « La confection de l'as- 
trolabe », peut-être d'Aboul Kasim ibn Alsafar traduit par 
Jacob b. Makhir. 

39. A sente = inrarr « Traité de l'urine », par Isaac Israéli. 

42. Mttua = mn3 « Traité de dissection » (?). 

43. Elmendhac = Almanach, peut-être celui de Jacob b. Makhir. 
45. Messiaa vetesboret = mnaiarn iimiûfc, Traité de géométrie 

d'Abraham b. Hiyya. 

48. Asamaayim vaaolam = ùbvi-n trtttfîtt. Probablement le 

commentaire d'Averroes sur le traité du ciel d'Aristote, 
traduit par Salomon ibn Ayoub, ou le traité du ciel et du 
monde, traduit par Zacharia b. Isaac et aussi par Calo- 
nymos b. Calonymos. 

49. Laquotot == mtfïpb. 

51. Omse tora = rmn ^mn [twati] « Pentateuque ». 

52. Pirque rabi elielzer = w^n 'n V"®» le Midrasch bien connu. 

53. Adene guère f (à lire Adenequesef) ben neueym = tpD ^"la 

ûwa^n de Joseph Caspi ; voir n° 34. 

54. Terguz = ûnann (?). 

55. iten siwa = aw^o pN, Avicenne. 

56. Natzir vbenachmela = -jb^ii pi wart « Le prince et le der- 

viche », traduction hébraïque du roman de Barlaam et 
Joasaph, par Abraham b. Hasdaï. 

59. Tamealloot = mbJTsn (?), Traité théologique de Schem Tob 

Falaquéra (?). 

60. Hit cabu ammahim = ùwt inp^ [nfcKfc], de Samuel ibn 

Tibbon. 

61. Ototasamaym = tPEtutt mm». Traité des météores d'Aris- 

tote, trad. par Samuel ibn Tibbon. 

62. Itguerret baaleaym = d^n ^a maa « Chapitre sur les ani- 

maux », extrait de l'Encyclopédie Les frères de la pureté, 
trad. de l'arabe par Calonymos b. Calonymos. 

64. Vtlin = 'pb'irj, Traité du Talmud. 

65. Perech Elech = pbn p*©, Chapitre du traité talmudique San- 

hédrin. 
6*7. Seferaamunot = manfcaïi -so, Livre des croyances de 

Saadia. 
68. Baleaym= to^n ^b*n Si ce n'est pas un double du n° 62, c'est 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 247 

peut-être le commentaire d'Averroes sur le Traité des Ani- 
maux d'Aristote, trad. par Juda b. Jacob, ou par Jacob b. 
Machir. 

69. Adenegaesef = cpa "«yifii, voir n os 34 et 53. 

70. Se fer abmîsnot (à lire peut-être abmisuot) == mron iso (?). 

Livre des préceptes de Moïse Maïmonide ou de Moïse de 
Goucy. Le mot 1DD n'irait pas avec mwjttï-r, pluriel de 
Mischna. 

71. Maguilla = Site», Traité du Taimud. Pour le rouleau d'Es- 

ther, voir plus loin. 

72. &zzw£ mos nahim = a^Tawa mmr, Deux petits traités gram- 

maticaux d'Abraham ibn Ezra. 

73. Tergu — tPon[\. 

74. Peruix azarot = nmTK idvpd, Commentaire du poème de 

Salomon ibn Gabirol, par Isaac b. Todros. 

75. Surataares = •pan rrm « La forme de la terre », par Abra- 

ham b. Hiyya. 

77. Alaritzi = ipTObà, Makames d'Al Harizi. 

78. Melmat = %btt. Probablement le tTTttbnîi %btt de Jacob 

Anatoli. 

82. Nessin = trtt» (?). Est-ce l'ordre Naschim de la Mischna? 

83. 5£#o£ = nimba, Poésies synagogales. 

84. Perus coelet = nbnp iûytd « Commentaire de l'Ecclésiaste ». 

85. Feras miœle = ^btf5tt tbvfd « Commentaire des Proverbes ». 

86. Asnequesef = epa lyra. Encore l'ouvrage de Joseph Caspi 

(voir n os 34, 53 et 69). 

87. Huhuc mataes'bon= "pa^m mnn « Science du calcul ». 

88. Elmensori = Almançouri de Rhazés. 

91. Tergum neueym = a^a^ ûi:nn, Traduction araméenne des 

Prophètes. Les précédents sont vraisemblablement ceux du 
Pentateuque (voir n 08 54 et 73). 

92. Maquillant (à lire Maguillam) = inbaTa « Rouleau » d'Esther. 

93. Jasquel treaasar = -ne* -nn bapîm « Ezéchiel et les douze 

petits Prophètes ». 

94. Medraix Atzita = mm «51%, Midrasch du Cantique des Can- 

tiques. 

95 . Ta f sir xera tora — !Tfln mizj mocn (?) Traduction et commen- 

taire de Saadia sur le Pentateuque, en arabe. Conjecture 
très aventureuse. 

96. Perus Rabi Salamo = înttbia 'n idïtd « Commentaire de Ras- 

chi ». 

98. Seferasamim = tnaott 'o « Traité des ingrédients ». 

99. Mitlal = bbatt d'Averroes. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

100. Se fer ammidot = nvitttt "fîD, Ethique d'Aristote, ou com- 

mentaire d'Averroes sur cet ouvrage. 

101 . Sedermoet = w» no « Ordre des fêtes » de la Mischna. 

102. Mispar, voir n°21. 

103. Mosue (lire mosne) ay junim = traiwi ^t»» « Les balances 

des spéculations », traduit en hébreu par Jacob b. Makhir 
ibn Tibbon, alias Don Prophiat. 

104. Magnifiât setarim = cmno nba», Traité d'astronomie ano- 

nyme, ou peut-être explication du commentaire d'Tbn Ezra 
par Samuel Motot. 

105. Sefermnsarim = ûnDfc'o « Livre de morale ». 

106. Mosnesedech = pTO *3ï&M3 « Les balances de la vérité » de 

Gazzali, trad. par Abraham b. Samuel ibn Hasdaï. 

108. Perus abenrost = nioi "pa ioyvd « Commentaire d'Aver- 

roes » . 

109. Cozar = "nna, Théologie de Juda Halévi. 

110. Elmegisci = Almageste. Probablement le sommaire d'A- 

verroes, trad. par Jacob Anatoli. 

111. Hicgayen lebenrost == 'lion pab TïWï, Commentaire d'A- 

verroes sur la logique d'Aristote, trad. par Jacob b. Abba 
Mari. 

115. Ruaen = )n rm, Introduction au Guide des Egarés de Maï- 

monide attribué à Jacob Anatoli. 

116. Parasiot = rivions. 

117. Petiat annuis nayot = nvaiofcn nrpno a Introduction à la 

Mischna « (?). 

118. Jairnatiu = nvo *v»\ 

119. Josua, Livre de Josué. 

120. Dichduch e Rabbijazuda = ïtvtv 'n ^mp^i, Titre général des 

ouvrages grammaticaux de Juda Hayyoudj (?) 

122. Mispatim = û^bdioe. 

123. Olaucaian — "pp ûbv a Microcosme » de Joseph ibn Çaddik, 

trad. en hébreu. 

124. Perus Sir asiri = D^TiOrt *vio iotvd a Commentaire du Can- 

tique des Cantiques ». 

125. Perus Izop — ava ioi"PD « Commentaire de Job ».* 

126. AtzarauhU Alzahravi. Sur les saignées, ou les manipula- 

tions.. . ? 

130. Ariuza lebensina = ao^D pab ann», Traité de médecine en 

vers d'Avicenne. 

131. Aybenjiichdan, double du n° 16. 

132. Se fer arnmisnot, double du n° ^0. 

133. Hic dusi = ûnorpn (?), Noveiles talmudiques (?), 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 249 

134. Sone amiassim = tru»rj aonia « L'ennemi des femmes » de 

Juda b. Schabbetaï Lévi de Barcelone. 

135. Dinin = ûti « Décisions rituelles ». 

144. Moceannebu qidm == a^iaan mi», Traduction du Guide des 

Egarés de Maïmonide. 

145. Dest abpiloso/îm = a^no-ibon nw « Les opinions des Philo- 

sophes », encyclopédie extraite des ouvrages d'Averroes 
par Samuel ibn Tibbon. 

146. Seferabperaqinm = ^^ii 'o « Les traités » d'Hippocrate, 

ou les Huit chapitres de Maïmonide (?) 

147. Tafillot, rituel de prières. 

Nos identifications sont le fruit d'un examen rapide; elles se- 
ront complétées et rectifiées dans le prochain numéro par M. Stein- 
schneider, l'éminent bibliographe, qui a bien voulu, sur notre 
prière, se charger de cette tâche *. 

On remarquera, dans notre inventaire, le grand nombre d'ou- 
vrages de Joseph Caspi. On s'étonnera moins de cette particularité 
quand on se rappellera que ce savant, qui avait l'humeur voya- 
geuse, séjourna pendant six mois à Majorque. Il y fut sans doute 
en relations avec Léon Masconi. 

On remarquera également la longue liste d'ouvrages d'Averroes 
qui garnissaient la bibliothèque de ce médecin. C'est un témoi- 
gnage de plus de la faveur que l'Averroïsme avait rencontrée chez 
les Juifs méridionaux au xiv e siècle. 

Israël Lévi. 



APPENDICE 



Die martis sexta mensis noverabris anno a nativitate 
Domini millesimo CGC l xx quinto. 

Noverint universi quod cum Muna, uxor Magistri Leonis Masconi 
alias Jahuda Masconi cognominati, judei.fisici Majoricarum,pronunc 
et diu est a terra Majoricarum absentis, que in ejus ultimo testa- 

1 M. Steinschneider nous prie d'appeler l'attention des lecteurs sur les n°s 1, 3, 4, 
o, 13, 20, 22, 26, 44, 57, 107 et 121, dont le déchiffrement est très difficile. 



250 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mento heredem suum sibi instituit universalem Maymonum Xulelli, 
filium comuoem sibi et Davino Xulelli primo viro suo quondam, 
die presenti viam universe carnis fuerit iDgressa, et spatio orule 
unius nondum lapso solite sépulture more judayco fuerit tradita ; et 
in Majoricis nulla persoua sit seu reperiatur de consanguinitate vel 
affinitate dicti Magistri que de bonis ipsius valeat ordinare nec ipsa 
manutenere seu deffendere, ob quod de facili ipsa bona possent 
deperdi vel alias occultari, maxime cum ipsa bona tantum steut in 
bonis mobilibus, puta libris et utensilibus domus ; propterea ego 
Gracieta, uxor dicti Maymoni Xulelli, pro nunc etiam a terra Majori- 
carum absentis, qui bona predicta hereditario nomine dicte Mune 
matris sue, habet obligata pro magnis pecunie quantitatibus, volens 
providere ut bona predicta salva fiant dicto Magistro et suis, taliter 
quod ex ipsis bonis dictus Maymonetus maritus meus possit jus sibi 
et super ipsis bonis pertinens consequi et habere, bona ipsa sub mea 
custodia retinendo, de bonis ipsis propter doli maculam evitandam 
omnemque fraudis suspitionem tollendam, et ut bona ipsa periciitari 
seu modo aliquo deperdi non possint per excursum temporis, obli- 
vionem vel alias qualitercumque, prout ipsa bona per me inventa 
fuerunt in quodam hospitio Samuelis de Malicha judei intus callum 
judaycum Majoricarum scituato, in quo dicta Muna dum in humanis 
agebat ex conducto morabatur, et alibi, presens inventarium seu 
repertorium facere procuravi prout sequitur» signo laudabili sancte 
cru * cis presedente : 

— A — 

1 Primo enim confiteor invenisse in dictis bonis duos lectos enca- 

xiatos 
Item duo matalafia modica 
Item duo traverseria plumbe 
Item duo coopertoria rupta 
5 Item unum coopertorium lividum de burdo 
Item unam confessam sive catifiam novam 
Item aliam califiam modici valoris 
Item duos tapits, alterum novum et alterum vêtus 
Item unam cortinam aliter vocatam quella panni de lino 
10 Item unam cortinam duarum telarum scacatam garnitam de 

auripello 
Item aliam cortinam modicam modice valoris 
Item unam flassiatam, aliter vocatum alquissem, staminis, cum 

barris virmiliis in quolibet capite 
Item unum barraganum listatum vêtus et ruptum 
Item duas marficas canamassii vacuas 
45 Item unum trocietum barragani listatum, modicum, oldanum, 

abtum ad cooperiendum techam 
Item unum storium album primum de Alacanto 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MEDECIN JUIF DE MAJORQUE 251 

Item quatuor linteamina raodica panni de stupa et de brimo 
Item quasdam oras vitreas encaxiatas 
Item unura morterium cum sua manu de cupro 
20 Item duos sachos corii virmilii 

Item duas bassinetas modicas de lautono 
Item unam conquetam de lautono modicam 
Item quinque selres de lautono 
Item unum vomerollum modicum de lautono 
25 Item tria ova de strurcio cum earum garnimentis 
Item duo ova anatarum cum earum garnimentis 
Item duos calderonos modicos 
Item unum candelabrum modicum de lautono 
Item duo cadenata ferri cum earum clavibus 
30 Item unam capsietam modicam de lautono tenendi unguentum 
Item duas forflces modici valoris 
Item unum armarium plice 
Item unum arquibanchum trium caxiarum 
Item duo bauchalia longa 
35 Item unum epitogium panni lane de burello, forratum panni albi, 
et unam tunicam lividam hominis, que stant in pignore pro. . . 
Item duas lampades vitreas albas 
Item novem perapsides terre de Malicha 
Item unum corium vêtus cooperiendi caxiam 
Item unam mensam longam 
40 Item unam mesiam votundam 

Item quandam alfabiam terre aygaderiam albam 
Item unum storium pilosum depictum 
Item sex carratellos 
Item unum scriptorium fustis 
45 Item unam alfabiam terre farineriam vacuam 
Item unum librellum viridum modicum 
Item unum carnerium corii 
Item unam lanceam 
Item unum scutum 
50 Item duos garbellos sparti 
Item quasdam craticulas ferri 
Item très asts de ferro 
Item sex ollas terre novas 
Item duo cissoria fustis 
55 Item unum morterium lapidis 
Item unam sartaginem modicam 
Item unam ollam terre magnam 
Item duos sacbos canamacii modicos 
Item très postes 
60 Item unum scannum modicum 
Item duo coopertoria rupta 
Item unum almutum fustis 



252 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Item quatuor coxinos lini repletos de melxino 

Item unum coopertorium sindonis croceiet virmilii coloris barra- 
tum, forratum forratura colons viride 
05 Item unum... barraganum 

Item unum linteamen abrigandi 

Item unam camisiam domiue 

Item uuum pulvinar sive coxinum operatum de sirico virmilio 
cum flochs 

Item unam tunicam hominis panni morati 
70 Item unam tunicam domine moratam 

Item gramasiam, tunicam et capucium, panni de borrogonato 

Item unam cotam hominis panni lane viridi coloris cum forratura 
sindonis crocei coloris 

Item unum corium rotundum virmilium cum anulis circumcirca 

Item unum troceum corii albi de servo 
75 Item quasdam bonetas laneas albas et nigras 

Item unam cassollam magnam de lautono cum ejus coopertorio 

Item unum ambutum de lautono 

Item unum sigillum de lautono, abtum ad signandum panes festi 
pasche 

Item unum barrallum de corio 
80 Item unam capsiam miganatam cum duabus balansietis modicis 

Item duas régnas corii 

Item unum marsupium sive bursa corii longa cum duobus anulis 

Item unum servitorium sparti depictum 

Item unam bursam de corio scacatam cum aliquibus ferramentis 
et aliis frasquis de lautono oificii de sirorgia, et cum uno règle de 
lautono 
85 Item unam senalliam cum aliquibus canonibus de lautono faciendi 
aquam ardentem 

Item unam cuylleriam de lautono perforatam 

Item unum sarronum cum quodam saculo panni in quo sunt 
alique pulvure médicinales 

Item unam corrigiam corii 

Item unum par caligarum domine panni virmilii 
90 Item unam melafiam domine abrigandi 

Item unam cotam panni lane coloris lividi 

Item duas camisias domine 

Item duas mapas 

Item quandam tovaliollam 
95 Item unum sospeale de noguerio 

Item unum farcietum de sindone crocea et duo paria manicarum 
ejusdem farcieti 

Iîem unam captiam albam 

Item unam aliam captiam de sindone crocei coloris 

Item duas tovalliolas operatas de sirico 
100 Item unum superpellicium,vocatum sisit, destamenya 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 253 

Item uoam corrigiam corii absque sivella 
Item quandam gramasiam virmiliam de stamenya 
Item unam capcietam depictam cum quatuor compassés 
Item duo pulvinaria operata de sirico 
105 Item unam caxiam modicam cum suis pedibus 
Item unam savanam oldanam 
Item unam aljubam albam modici valoris 
Item unam bassinam de cupro stagneatam 
Item unam techam modicam 
110 Item unum albarnus album destamenya 
Item quandam camissam auri modicam 
Item duas zabegias garnitas argenti 
Item unam tabularn argeuteam parvam scn'ptam 
Item quindecim gansayas de fîladissio tincto diversis coloribus, 
pondérantes très libras 
115 Item quinque libras et decem oncias de sirico colorato diversis 
coloribus 
Item très gansayas de sirico crudo torto, ponderis sex unciarum 
Item duodecim uncias et mediam de sirico miganato fluxio 

colorato et crudo 
Item quandam lunicam domine panni lane coloris lividi obscuri 
Item aliara tunicam domine panni lane viridam 
120 Item unam matracam corii virmilii et uuam serpeyeriam cum 
aliquibus lapidibus coloris albi moradegants, ponderantibus 
cum dictis matraca et serpeylleria viginti novem libras 
Item unum sarronum corii album cum aliquibus lapidibus 
quasi similibus lapidibus supradictis, ponderantibus viginti 
novem libras et mediam 
Item quiuque sarronos corii modicos cum lapidibus quasi vir- 

miliis ponderantibus viginti libras et sex uucias 
Item duos saculos panni lini cum aliquibus lapidibus quasi 

albis ponderantibus triginta quatuor libras 
Item unam senalliam et duos pitalfos sive cadafets corii cum 
aliquibus lapidibus coloris cineris quasi similibus ad copinnes, 
ponderantibus triginta libras et sex oncias 
125 Item unam cotam ardidam domine panni lane coloris lividi 
obscuri 
Item duos estorlaus de lautono 
Item unam aljubam de sindone 

Item unam quellam de sindone, unam savanam, unum batem 
sive ligar domine, unum anulum auri, unum librum papireum 
vocatum Visenna et unum librum papireum vocatum Jucifon, 
que omnia supra proxime dicta tenet in pignore Ayhon Natgar 
judeus pro triginta tribus libris et undecim solidis, sibi restan- 
tibus ut asseritur ad solvendum ex majori pecunie summa 
Item unam vanovam 
130 Item très carcins de sindone, que stant pênes Septahum uxorem 



254 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dicti Ayhon Natgar, pro decem et novem libris que sibi ut 
asseritur debentur 

Item unam savanam cum voriis lividis 

Item mediam butam 

Item unum stoig de corio abtum ad tenendum ferraturas 

Item unam çerriam corii enseratam a parte interiori, cum buca 
sive collo de lautono 
135 Item unum quadrant fustis cum suo estoig 

Item duo socolares crocei coloris sarracenicas 

Item unum tafellim in quodam stogio virmilio 

Item unum manile 

Item unam techam modicam 
440 Item duas amphoras vitreas modicas 

Item unum barrale vitrei 

Item unum cultellum taular 

Item unam rexacham fustis 

— B — 

Item unum armarium aliter vocatum alguetzena fustis, intus quod 
inveni libros sequentes : 

Et primo inveni unum librum papireum cum coopertis viridis 
vocatum aimatar 

Item alium librum papireum vocatum tacuna adassa cum coo- 
pertis albis 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocantum^/^- 
rat sedech 

Item unum librum papireum vocatum maseaarecena cum coo- 
perta virida 
5 Item unum librum papireum cum cooperta alba vocantum Biur 
ter quêta des 

Item unum librum pergameneum cum coopertis albis vocatum 
Marahot atseten 

Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis vir- 
miliis vocatus dichduch 

Item unum librum papireum vocatum oja x amarim cum cooper- 
tis albis. 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 
abenroet. 
40 Item unum librum papireum vocatum zoliha enahin cum coo- 
pertis albis. 

Item unum librum papireum vocatum aamet ben abrahim cum coo- 
pertis albis 

Item unum librum papireum vocatum Beurattora cum coopertis 
albis 

1 Ou «a. 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 2Î>5 

Item uaum librum papireum cum coopertis albis vocatum zeguer 

annef 
Item uaum librum papireum cum coopertis albis vocatum Beu- 

rabunasser 
15 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum ma- 

rahot eloym 
Item unum librum papireum coopertum coopertis viridis vocatum 

aayjuncta. 
Item unum librum papireum cum coopertis lividis vocatum 

Boaran lében tamlius 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum 

retuguot 
Item unum librum unum papireum cum coopertis virmiliis vo- 
catum But sot quesep 
20 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Sefer an muça 
Item unum librum papireum vocatum Mispar cum coopertis vir- 
miliis 
Item unum librum papireum vocatum Sefer aatalra cum coopertis 

albis 
Item unum librum pergameneum coopertum cum coopertis virmi- 
liis vocatum geremies 
Item unum librum papireum cum oopertis albis vocatum alat 

senderos 
Vi Item unum librum pergameneum cum coopertis virmiliis vocatum 

arbanemym 
Item unum librum papireum vocatum Quitep alguide 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Quitep 

elbeege 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum arguzer 

leben rost 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum perus 

joonatan 
30 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

gauia quosef 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum aena- 

rim paazemamuim 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum perus 

albunasser 
Item unum librum papireum coopertum de albo vocatum Eunaa- 

refe laabuerat 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum Ago- 

rat quesef vaatnet quesef 
35 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

E endeel ben altora vaauchma 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum sefer 

âmes sadin 



2S6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 

bel enus 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vccatum aasiet 

aasturlau 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum asente 

(aseten) 
40 Item unum librum papireum volutum in uno coreo virido vocatum 

sefer aagues 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum Quitep 

elbul be Issach 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Nittua 
Item unum librum papireum vocatum Elmenahac cum coopertis 

virmiliis 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Asela 

etduye 
45 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Messiaa vêtes boret 
Item unum librum papireum cum coopertis albis de Medissina 
Item unum librum papireum cum coopertis albis de medessina 
Item unum librum papireum cum coopertis pergameneis vocatum 

asamaaym vaaolam. 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum laqvotot 
50 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum axi 

mateix 1 
Item quinque libros pergameneos cum coopertis virmiliis, cum 

clavibus et tancadors* de lautono, vocatos Omse tora 
Item unum librum papireum cum coopertis pergameneis vocatum 

Pirque rabi elietzer 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum ade- 

negueref ben neueym 
Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis virmi- 
liis vocatum Terguz 
55 Item unum librum papireum cum copertis albis vocatum ban sina 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum natzir 

vbenachmela 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Beur 

aegues 
Item unum librum papireum cum coopertis lividis vocatum Beur- 

benatzere 
Item unum librum cum coopertis albis vocatum tamealloot 
60 Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum hit 

cabu ammahim 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum otota* 

samaym 

1 « Ainsi même •, mots catalans. 
8 Agrafes, fermoirs. 



INVENTAIRE DU MulULIEK D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORQUE 257 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Quelisbe 

vdepne 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum itguer- 

ret baaleaym 
Item unum librum papireum et pergameneum coopertum cum 

postibus vocatum vtlin 
65 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Perech 

Elech 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Sadot Abuiorre 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Seferaamunot 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Balearjrn 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum adene- 

guesef 
70 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Se fer 

abmisnot 
Item unum librum papireum vocatum Maguilla cum coopertis albis 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Sazut 

mos nahim 
Item unum librum papireum et pergameneum cum coopertis albis 

vocatum Tergu 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

pp.ruix azarot 
75 Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum Surat . 

a ares 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum Se- 

ferlison liissach aessiraeli 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum alaritzi 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum melmat 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Ellon 

annefes 
80 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Quilep 

elahim 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum Quitep 

elahim belarbi 
Item unum librum papireum etpergdmeneum cum coopertis albis 

vocatum nessin 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Seliot 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Perus 

coelet 
85 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Perus mixle 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

asuequesef 

T. XXXIX, n° 78. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Item unum librum papireum cum cbopertis albis vocatum hukuc 

metaesbon 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum El- 

mensori 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocantum onis 
algarip 
90 Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum Sefer- 
aafla 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum Ter- 

gum neueym 
Item unam maquillam pergamenei 
Item unum librum pergameneum cum coopertis virmiliis vocatum 

Jasquel treaasar 
Item unum libram papireum eum coopertis croceis vocatum Me- 
draix Atzita 
95 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
tafsir xera tora 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Perus Rabi salamo 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

ffaraïg alculup 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Sefarasamïm 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Mitlal 
100 Item unum librum papireum cum coopertis croceis vocatum Sefer 
ammidot 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum seder- 

moet 
Item unum librum pergameneum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Mispar 
Item unum librnm papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Mosue ay junim 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Ma- 
guitlat setarim 
405 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum sefer 
musarim 
Item unum librum papireum cum coopertis croceis vocatum Mos- 

nesedech 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Sefer apanaguim ben ueoat 
Item unum librum papireum cum coopertis croceis vocatum Pe- 
rus abenrost 
Item unum librum pergameneum vocatum cozar cum coopertis 
virmiliis 
410 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
Elmegisci 



INVENTAIRE DU MOBILIER D'UN MÉDECIN JUIF DE MAJORoUE 2B8 

Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum hic- 

gayen, lebenrost 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

abaacauanot Daniel 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Perus 

lifematiuy 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Ce- 

lesnus 
1 1 5 Item unum librum pergameneum cum coopertis virmiliis vocatum 

Ruaen 
Item unum librum pergameneum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Parasiot 
Item unum librum papireum vocatum petiat annuis nayot cum 

coopertis albis 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

jairnatiu 
Item unum librum pergameneum cum coopertis virmiliis voca- 
tum Josua 
120 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Dichduch e Rabbi jazuda 
Item unum librum pergameneum cum postibus vocatum Sefer 

annuore 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Mis- 

patim 
Item unum librum papireum cum coopertis viridis vocatum 

olaucatan 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum preus 

Sirasiri 
425 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Perus 

Izop 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Atzarauhi 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 
vchmei annigum 

Item unum librum cum coopertis albis vocatum aleotgucdarim 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Mocatïl 
430 Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Ariuza 

lebensina 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum ayben- 

juchdan 
Iten unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Sefer 

ammis not 
Item unum librum papireum vocatum hic dusi 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Sone 

annassim 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

135 Item unum librum papireum cum coopertis pergameneis voca- 

tum Dinin 
Item unum librum papireum cum postibus de medessina 
Item unum librum papireum cum coopertis albis vocatum Sefer 

attanon 
Item unum librum papireum cum coopertis albis de medessina 
Item cayranos 1 pergameneos Biblie 
440 Item unum librum papireum cum coopertis lividis vocatum Sefer 

isdot 
Item decem et septem libros papireos scriptos in algaravia 
Item triginta duos libros papireos seriptos littera morischa 
Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Siuha enaym 
Item unum iibrum pergameneum cum coopertis virmiliis Mocean- 

nebuquim 
145 Item unum librum papireum cum coopertis virmiliis vocatum 

Dest abpilosofîm 
Item unum librum papireum vocatum Seferabperaqnim cum coo- 
pertis virmiliis 
447 Item unum papireum croceum vocatum taftllot. 

Hec et non alia bona etc. 

Testes inde sunt : Moxinus bonanin, Aynonnatgar, Jucefus ben 

maymon alatzar, Abrafim ben maymon alatzar et Issachu ben 

cabis, judei. 

[Archives notariales de Majorque, Cahier des testaments et 
inventaires du notaire Nicolas Prohom, années 4375 

à 4377.) 



LES JUIFS DE TARASCON 

AU MOYEN AGE 

(SUITE ET FIN *) 

IX. 

Quartier des Juifs. — Synagogue, — Population. 

A Tarascon les Juifs occupaient un quartier spécial. Ce quar- 
tier s'appelait, en général, la Carrière des Juifs, « Carriera » ou 
« Carrieyra dels Jusieus », ou tout simplement la Carrière. On 
trouve quelquefois aussi le nom de Universitas Judeorum (1378), 
de Juzataria ou Jussataria (1441), de Juateria (1488). Il embrassait, 
d'un côté, la partie de la rue du château comprise entre la Cour 
royale, aujourd'hui Maison Philippe, et le château, et de l'autre, 
celle qui séparait la Traverse, aujourd'hui rue des Juifs, du cou- 
vent des Bénédictines de Saint-Honorat 2 . En 1378, il devint un 
véritable ghetto. A cette époque, en effet, sur les réclamations 
des habitants, qui les accusaient d'avoir franchi les limites qui 
leur étaient de tout temps assignées, on les obligea, suivant la 
convention conclue entre les syndics et leurs bayions, Rocel 
Ferrier et Crégut de Capestang, d'établir leurs demeures à partir 
des maisons du notaire Pierre Marcelhani et de Gaufridi Bar- 
berii jusqu'au couvent des religieuses, d'un côté, et depuis la 
maison de Barthicholi jusqu'au monastère et au four exclusive- 
ment, de l'autre. On leur permit toutefois de s'étendre, en cas de 
nécessité, jusqu'à la rue Ponce Truqui (rue des Baptêmes), à la 
condition de ne faire ni porte ni ouverture quelconque sur cette 
rue, qui conduit vers l'Eglise Sainte-Marthe 3 . 

1 Voir le dernier numéro, p. 95. 
* Pièces justificatives, n° il. 
3 lôid., n° 111. 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous n'avons trouvé aux archives municipales aucun document 
qui nous permette de préciser l'emplacement de la synagogue ou 
Ecole, « Esquola ». Une note de clavaire de 1368 nous fait con- 
naître qu'à cette époque la communauté payait au fisc un impôt 
de 10 oboles d'or pour la possession de la synagogue et du cime- 
tière qui, en 1487, figurent à l'avèrement pour la somme de 
37 florins et 6 gros ». 

Dans la viguerie de Tarascon, le rapport ordinaire de l'affoua- 
gement à la population était de deux cents âmes par feu. Au 
xiv e siècle, Tarascon comptait 95 feux et 19,000 habitants, y 
compris ceux des hameaux circonvoisins. La communauté juive 
s'élevait alors au chiffre de 35 propriétaires, dont le revenu ap- 
proximatif porté à l'avèrement était de 10,000 florins. On ne 
saurait nous taxer d'exagération en évaluant au double ceux qui 
ne possédaient ni maisons, ni champs, ni vignes, soit en tout 
105 familles. En 1400, le nombre des propriétaires juifs s'élevait à 
42, avec un revenu de 3,880 florins; en y ajoutant les membres 
qui ne figurent pas sur les registres cadastraux, nous trouvons, 
d'après le calcul ci-dessus, 126 familles. En 1442, la communauté 
possédait 44 propriétaires et 132 familles ; elle en comptait 40 en 
1459 et 61 en 14S7, soit 120 et 183 familles. 

Cimetière. 

Les Juifs avaient, au moyen âge, deux cimetières à Tarascon. 
L'un était situé dans l'île de Jarnègue, près de l'ancienne Gom- 
manderie de Saint-Antoine ; l'autre se trouvait en dehors de la 
porte Gondamine, entre la route de Maillane (Gamin de nostra 
Dona de Most) et le chemin de Saint-Georges (Gamin de Virles). 
Ce dernier est désigné, dans un document du 13 mars 1426 *, sous 
le nom de « simienterium Judeorum », ou « sumenterium antiquum 
magnum », et dans un autre, daté du 10 mars 1526-27, sous celui 
de « Gementeri des Jusioux » . Il devint, à cette époque, la propriété 
de la ville, qui l'acheta pour le prix de 10 écus au soleil, que lui 
avait avancés noble Johan de Lobières. Elle fit construire sur son 
emplacement un hôpital pour les pestiférés 3 . 

• 

1 Archives municipales, CC, 29. 

* Pièces justificatives, n° VIII. 

3 t ...Et primo es ordennat que sian ramboursatz per lo tresaurier S r Michellet 
Bochet à noble Joban de Lobières dexs escuz au soleilb que el a prestat a la villa 
per comprar au nom de la villa ios enfrucbs del Jardin que l'on solie appellar lo ce- 
menteri des Jusioux per fayre ung bospital per mectre los malades et ensessitz dô la 
peste, etc. » Arch. municip., BB. 14. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 263 



BOUCHERIE. 

Les Juifs possédaient également une boucherie spéciale. En 
vertu des articles 106 et 107 des Coutumes 1 , ils devaient avoir, 
sous peine d'une amende de 10 sous, un étal en dehors de la bou- 
cherie des Chrétiens, auxquels il était défendu, sous la même 
peine, d'acheter ou de vendre les viandes des Juifs. Une amende 
de 50 sous était infligée à tout boucher qui aurait fait abattre ses 
animaux par un Juif. Voici, d'autre part, les statuts de la boucherie 
israélite, trouvés dans les minutes du notaire Jean Muratoris 
(1441) et publiés par M. Charles Mourret dans le journal Le Con- 
ciliateur, de Beaucaire (n° du 21 avril 1895) : 

Segun si los capitolz de la gabella de la carn de la Juzatarie ' de 
Tharascon, per dos ans acomensant a Sant Miquel, mil IIIIc. XLI. 

Premierament, que tota carn de buou, vaca, moutun, feda, cabra 
ho boc que si sagate 3 al luoc de Tharascon ho en son terrador, 
deia i pagar lo masellador de aquelas carns, fossan per vendre a 
menut ho per son hus ho en calque maniera que fossan que saga- 
tessan, de tan[t] que fossan que si sagatessan de tant que fossan de 
ley, so es asaber, j denier per lieura de so que pesarien una cascuna 
de las dichas carns; et aquo sie tengut de pagar lo masellador tantost 
quant seran passadas, davant que ause spessar las dichas carns, et 
aquo sus pena de dos florins applicant la mictat al senhor et l'autra 
al comprador* de la gabella, donant tôt empero al pes de las dichas 
carns l'avantage que dona la villa a rason de quintal. 

Item, que tôt cabrit ho anhel, entre lo près de dos gros, pague très 
dénies, et, entre lo près de quatre gros, deia pagar VI deniers, et 
quant sera a major près, deia pagar XVIII deniers, et aysso fins a la 
festa de Pandegostas et d'aqui anavant 6 , si dejan pesar et pagar j. d. 
per lieura. 

Item, tôt anhel, cabrit que si sagate de nengun jusieu per sa pro- 
vesion, sie tengut de pagar, de mens de dos gros, ren; et de dos gros 
entre quatre, VI den., et d'aqui en avant XII deniers, mais que non 
o fassa per revendre. 

Item, qui tôt frachan 7 de buou, de vaca, de vedel, déjà pagar lo 

1 Bondurand, ouvrage cité, p. 64 et 65. 
1 La communauté des Juifs. 

* On sait que les Juifs tuent les bêtes de boucherie suivant un procédé particulier. 
Ce procédé qui consiste à couper, par une large incision dans le cou, les grosses 
artères qui s ; y trouvent, s'appelle en hébreu ïl^niU, mot d° nt 1 & racine £371125 a 
formé le verbe sagater. 

* Deia, du verbe dever, devoir. 

5 L'acheteur, l'adjudicataire de la gabelle * delà carn ». 

6 En avant. 

r Frachan, frechan, fressure. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moselador d'aquelas carns a rason de III den., per gros, et lo frachan 
de feda, moutun, boc et cabra, per la testa, j. patac, de la levada, 
j. patac, et de lo ventre, j. patac. 

Item, que totas carns de aquelas sobrenomadas, frescas ho saladas, 
que porte jusieu ho jusieva, extranhi ho privât, d'autra part en 
aquesta villa, ho que fossa tramessa, ho en qualque maniera que 
pervengues a nengun juzieu, la déjà arasonar ' et pagar al culhidor 
ho al comprador de la dicha gabella, j. d. per lieura de so que pesara, 
et de las carns que non si aparten de pesar, déjà pagar en la ma- 
niera que desus si conten ; et eysso sus la pena sobre deia " aplica- 
doyra coma desus et de perdement de la carn, et que la déjà ara- 
sonar dedins j. jourt natural. 

Item, que nengun juzieu, strani ho privât, non ause sagatar ni 
baycar 3 en aquesta villa si non aquelz que seram comesses per la 
part dels bailons et del gabellier et aysso sus la pena sobre dicha 
aplicadoyra coma desus. 

Item, que nengun juzieu non ause far comprar carn a nengun 
crestiau a fin de si desaquitar de la susdicha gabella sus la pena 
sobra dicha aplicadoyra coma desus. 

Item, es de pati 4 que la carriera an lo comprador, que Jadicha 
carriera sie tenguda de aver masellier per los dichs dos ans, et, al 
cas que la dicha carriera non aurie masellier, que fossan tengutz de 
pagar al comprador, per semana, huech gros. 

Il n'était pas rare de voir les Juifs affermer à des Chrétiens le 
revenu de leur boucherie et la gabelle de leur vin 5 . C'est ainsi que 
le 26 avril 1441, maître Salves Avieudor, Rossel Ferrier, Cassin 
Bonjues, bayions, Ferrier et Boniaquet du Pont, auditeurs des 
comptes, et Bonjues Nathan, cèdent la gabelle de la viande et du 
vin à M e Michaël Guiberti pour une durée de deux ans au prix de 
200 florins 6 . Cette vente fut confirmée le 10 mai par Jacob Bonet 
Avieudor, qui, en prenant l'engagement de se conformer aux 
clauses du contrat, jure « per quiniam 7 ». 

On sait qu'il était défendu aux Juifs de vendre la chair de leurs 
animaux dans la boucherie des Chrétiens. Ce règlement ne fut pas 
toujours exactement observé, et les Juifs eurent, de temps en temps, 
la faculté devoir, à la boucherie même, des établis où leur viande 
était débitée aux clients. Mais des réclamations ne tardèrent pas 
à se produire, probablement de la part des bouchers chrétiens 

1 Déclarer. — Culhidor = agent chargé de percevoir, culkir, la gabelle. 

* Lire sobre dicha. 

3 Probablement de la racine "ipD, examiner. 

*• Il est convenu que 

5 Voir aux Pièce* justificatives les statuts relatifs à la gabelle du vin, 

6 Pièces justificatives, u° XYi. 

7 lèid., n° XV11. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 268 

désireux de supprimer la concurrence que leur faisaient les Juifs, 
et les syndics se virent obligés, le 27 avril 1461, de demander au 
viguier de la Cour royale d'interdire à Carcassonne ou à tout 
autre Juif de vendre ni poisson, ni viande à la poissonnerie et 
à la boucherie des Chrétiens *. 



Liste des Juifs de Tarascon. 

1350-1487. 

Ces listes sont extraites des registres cadastraux (CC. 25, 26, 27, 
28 et 29) et des minutes des notaires Antoine Chapati et Pierre 
Margot (vol. 96, f°77). Celles des registres nous font connaître le 
revenu approximatif de la fortune des Juifs, suivant la déclaration 
(avèrement) faite par chacun d'eux sous la foi du serment. En 
1350-1400, ce revenu, provenant de maisons, champs, vignes, 
créances et marchandises, s'élevait à 10,000 florins, ainsi que 
l'indique la note ci-jointe du registre CC. 25 : 

Summa totalis dicti avarementi ipsorum Judeorum de rébus, tam 
mobilibus quam immobilibus supra descriptis, est florenorum très 
milia ducentorum quinquaginta quinque et médium. 

Item pro ipsorum debitis pro quibus et de eorum mercaturis et 
pecuniis concordaverunt cum universitate loci Tharascouis de 
eorum voluntate; quorum debitorum et mercaturarum restarent in 
summa florenorum sex millia septingenti quadraginta quatuor cum 
dimidio. 

Et sic ascendit universaliter averameotum dictorum Judeorum 
concorditer factum ad florenos decem milia. 

Liste de 1550-1400. 

Maystre Bellant, Bellant, surgiant 2 , Juzieu. . . 385 florins 3 . 

Durant SoiTe[r] 35 1 2 — 

Durant de Carpentras, Juzieu 15 — 

Astruga, molber (femme) de Couprat Soff'er . . 11 1/2— 

1 « Quod sindici et accessor requirant dominum vicarium vel judicem curie 

régie presentis ville quatenus babeant prohibere Carcassone ac: quibusvis aliisJudeis 
ne de cetero habeant vendere pisces neque carnes in piscaria nec macello chnstiano- 
runi, propter quam plurima scandala hujusmodi racione oriri possiut christianis, cum 
Judei sint inimici christiane religionis. » Arch. municip., BB. 9. — 27 avril 1461. 

* Surgiant = chirurgien. Un médecin de ce nom, Dollan Bellant, vivait à Car- 
cassonne au xiv° siècle, Depping, ouvrage cite', p. 181. Un Juif de Carpentras portait 
également ce nom en 1357, Revue, XII, p. 193. 

* Le florin vaut 12 gros et le gros S patacs. 



: • 



266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Maystre Rocel Vivas 25 

Vidal Profach 70 

Maystre Rossel Conprat 76 

Ferron Bonafos 4 8 

Bonafilha, molher de Macip de Montelhs 1 ... 51 

Astruc Rossel 262 

Mosson Vidal de Tarascon 91 

Garacausa *, Juzieu 10 

Cresquet de Draguinham (Draguignan) .... 4 51/2- 

Astruc de Salves, encantayre 3 341/2- 

Gregat de Gabestanh 4 193 

Vidal Bonafos 1441/2- 

Rossel de Perpignan 42 

Salamitas Asser 541/2- 

Vidon Vidon, Juzieu 100 

Jacob Bedos, Juzieu 127 

Maystre Rossel Ferrier 5 219 

Vidal Bonfilh de Avinhon e Bonaon 6 . . 

Filh sieu, Comprat Bon non 

Vivon Mosse Gerondin (de Girone) 30 — 

Salomon de Masselha 7 137 — 

Bonafos Vidal 137 — 

Sammiel Bonjuzas 301 — 

Juffet de Clarmont 8 791/2— 

Vidal d'Alès 9 et Durand Talvian, Juzieus ... 40 — 

Asser Meyr, Juzieu 55 — 

Samiel Josep[h] 55 

Durantet de Malguer 10 , telier " 134 4/2— 

Crescas de Gadenet 16 — 

BoDjuzas Cassin, Juzieu 48 — 

Liste de 1400. 

Ferrier Bonafos 146 — 

Maystre Bellant 14 160 — 

I Monteux, Vaucluse. Voir Revue, XII, p. 196. 

* Ou Carcause, Bévue, XII, p. 141 et 194; ibid., XVI, p. 74. 

* Vendeur à l'encan. Un Astruc de Sauves ou de Salvis demeurait à Montpellier, 
en 1293-94, Revue, t. XXII, p. 265. Cf. XII, p. 193. 

*-* Bayions, en 1378. 

* Ou Bouan, Revue, Xll, p. 193. 

7 Salomon de Marseille peut être identifié avec Salomon ben Joseph qui signa une 

lettre de protestation contre Abba Mari et qui, de Montpellier où il était fixé en 1306, 
s'était retiré à Tarascon. Les Rabbins français, p. 693. 

8 Clermont, Hérault. 

9 Alais, Gard. 

10 Melgueii ou Mauguio, Hérault. 

II Tisserand. 

11 Probablement le fils de Maystre Bellant, chirurgien. Voir liste précédente. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 267 

Bonet Rossel 100 — 

Mondina, molher de Asser Mehyr 

Maystre Conprat Asser 170 — 

Maystre Bon Juhas Quassin 60 — 

Cresquas de Draguinhan 

Astruc de Largentière 10 — 

Los hères (les hoirs) de Durant Soffe[r] 

Stela de la Roche * 

Bonafîlha de Montelhs 

Salamonet Jacob 72 — 

Salamitas Asser 103 — 

Astruc Bouicien, encantayre * 

Vidal destela ■ 8 — 

Léon Vidas, filh de Vidon ,. 

Astruc de Tolon * 102 — 

L'esquola dels Juzieus 

Rossel de Perpinhan 50 — 

Jufet de Clermont - 

Compradet de Milhau 5 

Bonet del Pont « 64 — 

Astruguet de Nemze ' 

Vidai Bonafos 140 — 

Los hères (les hoirs) de Samiel Jossea/ïàsquodon 103 — 

Vidal Proffach 12 — 

Samiel Bonjuhas 4301/2- 

Mosson Vidal 34 — 

Bonjuhas Salomon 128 — 

Maystre Boûjuhas Asser 100 — 

Vivas Mosse 50 — 

Riqueta, molher de Cresquas Proffach 50 — 

Grégut de Quabestainh 8 192 — 

Salamonet et Davinet, hères de Durant de Melguer 9 131 1/2— 

Mayrona, molher de Astruc Rossel 304 — 

Gavet ou Gonet Bedos 152 — 

Abraam Proffach 

Maystre Rossel Vivas 131 — 

1 Pour Estelle. La Roche ou La Roque est un nom de famille encore aujourd'hui 
en usage chez les Juifs et les Chrétiens du midi de la France. 
« Voir p. 266, note 3. 

* D'Estelle ou Étoile, près de Valence, Drôme. 

* Toulon. 

8 Ou Milhaud, Gard. 

* Hameau faisant partie de la commune du Ganet, Hérault. 

7 Nîmes. 11 s'agit probablement du rabbin don Astruc Salomon Abigdor. Voir 
Gross, O allia judaica^ p. 334 et 398. 

8 Ctpestang, Hérault. 

» Voir Revue, XII, p. 194, 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dieus lo sal, peirier * 7 — 

Maystre Rossel Ferrier 7461/2— 

Habrahamet, filh de Dieulosal 

A la suite, cette note : « Summa ho?piciorum, terrarum et vinearum 
Judeorum IIP 1 VIII LXXX flor. » 



Liste des Juif s de Tarascon, tirée d'un acte ayant pour titre : 

Empcio capagiorum carerie Judayce pro Rostagna Corpe, uxore 
nobilis Johaonis Lambertini, ucerii armarum domini nostri Régis 
Sicilie, de Tharascoae. 

(Antoine Chapat, notaire, acte du 29 novembre 1424; 
Étendues, vol. 20.) 

Magister Compratus Asser. Astruc Macipi. 

Natan Boujuzas'. Abram Aym. 

Garavido 3 . Cassini Bonjuzas. 

Botimus ou BotiDius 4 . Josep de Sancto-Gervasio ,0 . 

Jacob Bonet Avieusor 5 . José de Castris. 

Vitalis de Sostal 6 . Clara Orgiera. 

Isaac dAgde et Aaron, son parent. Jacob Aym. 

Abram Levi. Salamo de Malguer I! . 

Abramet du Pont. Isaac de Lattes ". 

Astruc de Largentière. Boniac du Pont. 

Mosse Aym 7 . Roget ,3 . 

Comprat Salomon. Salamonet Sofle [r], 

Isaac de Posquières. Ferrier de la Roche. 

Cresquet Revel. Jacob du Pont. 

Mosse Duram. Bonjuzas de Malguer et Mayrone. 

Tholo. Abram Soffe [r]. 

Isaac de Tritis 8 . Juiïet Jamelis. 

Samuel de Castris 9 . Léo Cohen. 

I Maître-maçon. 

' Peut-être le même que le médecin Bonjues Nathan, mentionné par Bayle, Les 
médecins d'Avignon, p. 68. 

3 Ou Caravida, nom fort répandu dans le midi de la France. 

k Voir sur ce nom Loeb, Un procès dans la famille des Ibn Tilbon, p. 15, et Revue, 
XII, p. 196, et XVI, p. 82. 

5 Pour Avi^dor. Un des bayions en 1441. 

6 Léon Vidal de Sostal, un des membres du collège rabbinique de Montpellier 
chargé de recueillir des témoignages relativement à un procès qui eut lieu, en 
1385-88, à Arles pour une question de mariage. Gross, ouvrage cité, p. 334. 

7 Pour Hayyim. 

8 Trets, Bouches-du-Rhône. 

9 Castries, Hérault. 

10 Saint-Gervais, près de Bagnols, Gard. 

II Melgueil ou Mauguio, Hérault. 

11 On trouve un isaac de Lattes dans le Dauphiné en U47, Revue, IX, p. 237, 
18 Ou Rouget. 



LES JUIFS DE TARASCON AU M< )YEN AGE 269 

Samuel Abram. Ferrier Vidas Rocell. 

Magister Jacob de Lunel. Salomon Boniac et son fils. 

Bonet du Pcmt. 



Liste de 1442. 

(Registre CC. 27.) 
Siec si Taverament des Jusuoz. 

Maystre Bonjuzas Nathan ' 593 florins. Gros. 

Cassin Bonjuzas 78 — » 

Jacob Haym 91 — » 

Ferrier de la Roche 155 — » 

Maystre Jacob de Lunel 61 — 6 

Clara Orgiera 25 — » 

Abram Levi 41/2 — » 

Abraham Sofler 2 71 — » 

Ferrier Vidas 281 — » 

Meyr Comprat 58 — 9 

Jozept Hayn 30 — » 

Abraham du Pont 10 — >> 

SamieldeTolon 3 110 — » 

Bonjuzas de Castries 91 — 6 

Vidon du Pont 32 — 6 

Salamias de Lunel 4 57 — 6 

Dieulosal de Largentière 80 — » 

Isaac de Carcassonne 47 — 6 

Dieulosal SofTer 60 — » 

Boniaquet du Pont 5 253 — » 

Boniaquet Cohen 10 — » 

Dieulosal de Sam Paul 6 29 — » 

Salves Avigdor 3 — 9 

Bonnizas de Malguel r 60 — » 

Mordacays de Nantris 8 1â — » 

Samiel Bonafos 60 — » 

Abraham Ilayn 9 — 6 

1 Bonjuzas Nathan appartenait à la célèbre famille Nathan dont l'activité littéraire 
et scientifique remplit le xiv« et le xv 8 siècles. Voir sur cette famille, Neubauer, Les 
écrivains juifs français, p. 573 et suivantes ; cf. Gross, ouvr. cité, p. 9 et 10. 

* Les huit premiers noms de cette liste figurent déjà sur la précédente. 
3 Toulon. 

* S'agit-il de Salamias, fils de David de Lunel, auteur d'un Traité sur les fièvres? 
Voir Neubauer, ouvrage cité, p. 733. 

5 Auditeur des comptes en 1441. 

6 Saint-Paul, Drôme. 

T Malguel = Mauguio. 

8 Peut-être Nant, Aveyron? 



270 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Samiel Habran 24 — 6 

Vidon Josse 54 — » 

Mordacays Astruc 29 — 6 

Lunella 420 — • » 

Mosse Salomon * 35 — » 

Salvet du Pont 53 — » 

Mordacays Maximin s 18 — » 

Astruc Parus 4 — » 

Maystre Aaron 42 — » 

Posquièras 9 — » 

Astruc de Milhau 2 — » 

Cara Vidon 42 — » 

Maystre Rossel Vidas 24 — » 

Cresquet Revel 73 — » 

Josse de Gastries 43 — 6 

La molher de Servais 40 -— » 

Vidal Astruc 38 — » 

Liste de W>9. 

(Registre CC. 28.) 

Salamias Ferrier . 466 4 » 

Aron Levi 476 4/2» » 

Abram Aym 278 10 » 

Rossel Ferrier 471 6 » 

Meyr Comprat 69 4 4 » 

Durand Natan 482 6 » 

Crescas Ferrier 487 » » 

Salamias de Lunel * 149 4 » 

Bonjues de Malgue (Melgueil) 92 6 » 

Mosse Meyr* 68 8 2 

Jacop de Lunel 85 6 » 

Crescas de Tholon (Toulon) 49 » » 

Dieulosal de Largentière 74 » » 

Samiel Bonafos 55 6 » 

Comprat Soffer 50 » » 

Bonjues de Castries 98 9 4/2 

Blanqueta et Arsiela, sœurs, filles de 

Crescas Revel 50 » » 

1 Voir sur Mosse Salomon, plus haut, p. 108. 

a Probablement de Saint-Maximin, Var. 

* Voir liste précédente. 

4 Un document que nous publions aux Pièces justificatives nous apprend que Mosse 

Meyr était médecin à Tarascon. Au mois d'août 1456, il maria son fils, Comprat 
Mosse de Valabrègue, avec Regina, fille du médecin Toros Nathan. Mosson Salomon 
Soffer, Juif de Tarascon, servit d'intermédiaire pour ce mariage et reçut, à cet effet, 
5 florins. Pièces justificatives, n° XV. 



LÈS JUIFS DK TARASCON AU MOYEN AGE «tfl 

Vidon Samuel 44 9 » 

Salvon du Pont 198 1 1/2 

Boniaquet Cohen 187 10 » 

BoniacduPont 413 10 » 

Vidal Baron 61 » » 

Rossel Israël 2 » » 

Josse du Gaylar 14 4 » 

Vidon de Cassin 217 6 » 

Vidal Cohen 4 6 » 

Samillon Botin 12 » » 

Menasse Tonian 54 6 » 

Margalia 1 00 » » 

Astruc de Milhau 56 6 » 

Bonafos Falco 64 » » 

Salves Avigdor 58 2 » 

Maystre Bonjues, juzieu deMarcelha * . .50 » » 

Bon nom Mordocays 35 9 » 

Vidalon Astruc 42 3 » 

Ysaac de Carcassonne 73 6 » 

Isaac Samiel 28 6 » 

Stireta \ molher de Mosse Salomon ... 35 » » 
L'amorna'de la carriera dels jusieus de 
Tharascon que pren très barraux de vin 

que son taxas a quinze florins 15 » » 



Liste de 1487. 

(Registre CC. 29.) 

Florins. 

Boniaquet Cohent 3 

Maystre Salves Anguidor (Avigdor). . . » 

Maystre Bonjues Orgier* 10 

Salves de Narbonne » 

Salamias Ferrier 120 

Aron Lévy 27 

Abram Aym 54 

Salomon de la Roche 5 13 



1 Sans doute le même que Maystre Bonjudas ou Bonjues Orgier qui figure sur la 
liste de 1487. 

* Pour Esther. 

* Amorna ou Armona = Aumorne ou Aumône, c'est-à-dire la caisse de bien- 
faisance. 

4 II s'agit probablement ici de Bonjues Orgies ou Orgier qui figure sur la liste des 
médecins de Marseille. Voir Revue, VII, p. 294. 

5 Un médecin juif d'Avignon portait le nom de Salomon de la Roche, Revu*, 
V, 307. 



Groi. 


Pata 


6 


» 


» 


» 


» 


x> 


» 


» 


11 


4 


1 


4 


» 


6 


6 


4 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Florins. 

Rossel Ferrier 39 

Durant Nathan 8 

Maystre Nathan Nathan 56 

Jacob Nathan 56 

Crescas Ferrier 34 

Salamias Lunel 42 

Vidal de Lattes 4 

Astruc de Beaucaire 1 

Bonjues de Melgre (Melgueil) 33 

Jacob de Marguel (id.) 44 

Mosse Meyer 29 

Crescas de Toulon 9 

Dieulosal de Largentière 1 4 

Samuel Bonafos 44 

Bonafos de Castries 42 

Sauvon du Pont 31 

Boniat du Pont 44 

Profach du Pont. 26 

"Vidal Baron 4 4 

Menasse Thomam 2 40 

Astruc de Milhau 4 

Josse de Milhau » 

Bonaffos Falco 18 

Bon non Mordecays 13 

Vidalon Astruc 1 

Ysaac de Garcassonne 44 

Ysaac Samuel 3 1 

Jacob du Caylar 44 

Jesse Aym, alias Pape de Château-Re- 
nard, (nom effacé le 4 er septembre 4 487 
et remplacé par Mosse et Durant Aym, 

frères) 3 3 4 

Gonet Sanoch » » » 

Isaac Nathan 43 4 » 

Les hoirs de Meyr Comprat 8 9 » 

Jacob de Lunel k 4 2 10 4/2» 

Blanqueta et Arselia, sœurs 8 6 » 

Rossel Israël . » 3 » 

Josse de Caylat (du Caylar) 1 9 4 

Vidon Cassin 22 4 3 

Vidal Cassin » » » 

1 La liste des Juifs de Carpentras en 1522 contient le uom de Dieulosaut de Lar- 
gentière. Revue, XII, p. 197, 

* Peut-être pour Taman? Voir Revue, XII, p. 194. 

a Voir liste des Juifs de Carpentras, Revue, ibid., p. 197. 

* Revue, ibid.^ p. 198. 



Gros. 


Patacs. 


5 


2 


6 


6 


6 


» 


40 


» 


40 


4 


404 


/2» 


» 


» 


7 


» 


9 


9 


1 


3 


9 


3 


4 


5 


4 


2 


8 


2 


8 


6 


6 


4 


44 


2 


8 


2 


4 


4 


6 


6 


6 


6 


6 


6 


» 


» 


4 


4 


4 


4 


40 


» 


8 


4 


9 


» 





273 


Groi. 


Patâcs. 


6 


6 


13 


» 


» 


» 


» 


9 


» 


» 


B 


» 


1 


6 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 

Florins. 

Vidal Cohen » 

Samillon Botin » 

Margalia 20 

Lo Moro, jusieu ' » 

Ferrier et Mosse fauco (Faleo) , frères, 

jusyeus 45 

Abram et Salomon Isaac, frères 3 

Jesse Mosse, fils de Johan de Grimaut. . 4 3 
Starta (Stareta) * , femme de Johan de 

Grimaut 9 6 » 

Ayssernida, femme de Maystre Nathan, 

juive de Pertuis 3 17 1 4 

Vidon du Pont, habitant des Baux. ... 2 6 » 
L'armona de la carriera dels Jusieux de 

Tharaseon que prent très barraux de 

vin tauxat a très florins, gros, non, an 

agut la mucha 4 » » 

Lostal en que si ten la signagoga et lo 

cemeteri dels Jusieux es tauxat a trente 

set florins, gros sieis 4 37 6 » 

Nous possédons une autre liste de Juifs, dressée vers 1475 et 
insérée dans un accord intervenu, à cette époque, entre la Com- 
munauté juive et Antoine Camot, marchand d'Avignon, au sujet 
du paiement, par voie de taille et de capage, d'une somme de 
2,700 florins 5 . Cette liste contient, outre les trente-sept premiers 
noms qui figurent sur celle de 1487, ceux de : 

Maystre Comprat Mosse. Eligon, fils d'Habram Haym. 

Israël Mosse. Isaac, fils de Manasses Thoman. 

Haron Orgier $ . Astruc Cohen. 

Bonjues Rossel. Mosse Haron Lévi. 

Ismaël Samuel. Vidon Jesse. 

Vital Astruc. Boniaquet, fils de Salomon de la 

Bonjues de Castries. Roche. 

1 Est-ce un sobriquet ou s'agit-il d'un Juif originaire soit de Murs (Vaucluse) ou 
de La Mure, dans le Dauphiné? 

» Pour Esther. 

3 Astruc Nathan était médecin à Pertuis, Bardinet, Revue Historique année 1880 
p. 43. 

* N. B. Il est fait observer que les chiffres ci-dessus sont les plus élevés qui soient 
portés à l'avèrement et qu'ils ont été successivement réduits à la suite des ventes 
forcées imposées aux Juifs. 

1 Pierre Margoti, notaire, Étendues, vol. 96, f° 77. 

6 Peut-être le même que Aron Orgerii que l'on trouve à Marseille vers 1492 
Revue, IX, 67. 

T. XXXIX, n° 78. lg 



274 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Maystre Mordecays Cohen. Davin de Perpignan. 

Habram Isaac. Bencion Parât. 

Josse Soffer. Mancip Cohen. 

Mancip, fils de Boniac du Pont. Josse Salamias. 

Boniac de Milhau. Mordecays de Nanthoan(?). 

Josse de Lunel. Habram Caravidas. 

Les hoirs de Maystre Dieulosal de Salves Samuel de Lunel. 
Largentière. 

Salomon Kahn. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



Charte de Charles II défendant aux Juifs l'exercice des 
fonctions publiques. 

— 9 février 1308 ». — 

Karolus secundus, Dei gratia rex Iherusalem et Sicilie, ducatus 
Apulie et prineipatus Capue, Provincie et Forcalquerii ac Pedimontis 
cornes, vicariis et judicibus Tharasconis presentibus videlicet et 
futuris fidelibus suis, gratiam suam et bonam voluntatem. Pro parte 
consilii ac universitatis hominum Tharasconis, fuit nobis noviter 
supplicatum quod cum Judei, christiane persecutores fidei et hostes 
etiam crueifixi, passim admitantur in dicto Castro ad gerendum 
officia aliqua, puta ad ponderandum bladum et farinam necnon ad 
subastandum publiée seu faciendum incantum; per quos equidem 
fraudes comituntur et multe malicie; propter id quod viri catholici 
zelo christianitatis non leviter indignantur; exinde providere beni- 
gniter dignaremur circa abusum hujusmodi, presertim cum ad of- 
ficiorum gestionem ipsorum orthodoxi sufficientes inibi valeant 
reperiri. Quia igitur Judei non sunt atollendi favoribus set tanquam 
blasphemi nominis christiani potius depravendi (?), fidelitati vestre 
districte precipiendo, mandamus quatenus ex nunc Judeis aliqua 
publica non comitatis officia; quin imo a jam comissis, eos prorsus 
amovere curelis, assumpturi ad illa christianos ydoneos atque pro- 
bos. Sufficit enim quod Judeos ipsos juxta tolerantiam humanitatis 
causa, sic pietas christiana sustineat, ut tamen eos in aliquo non 

1 Archives municipales, GG, 40. 



LES JUIFS DE TARASGON AU MOYEN AGE 275 

extollat. Présentes autem litteras, post convenientem • pré- 
sentant efficaciter in antea volituras. Data Massilie, anno Domini 
M°CCCVIII<> die IX° februarii VI indictionis, regnorum nostrorum 
anno XXIIIR 

Cote : Quod Judei non audeantexercere aliquod publicum oficium. 
Privilegi que los Juzieus non deian exercir offici public. 



IL 
Lettres patentes de la Reine Jeanne du 28 octobre 4377 l . 

Johanna, Dei gracia regina Iherusalem et Sicilie, ducatus Apulie et 
principatus Gapue, Provincie et Forcalquerii ac Pedimontis comi- 
tissa, senescallis comitatuum nostrorum Provincie et Forcalquerii ac 
vicariis loci Tarasconis de comitatibus antedictis vel eorum alteri, 
presentibus et futuris, fidelibus nostris, graciam et bonam volun- 
tatem. Nuper pro parte universitas hominum loci Tarasconis nostro- 
rum fîdelium, per eorum spéciales ambassiatores seu syndicos ad 
Guriam nostram missos, continuit exposicio reverens facta nobis 
quod in dicto loco Tarasconis est magna quantitas Judeorum ini- 
micorum fidei christiane, qui licet morari consueverint ab antiquo 
in aquantono seu gradivio curie versus occidentem eundo versus 
castrum, recto tramite, et redeundo per traversiam versus ecclesiam 
monialium sancti Honorati; quodque in edomada sancta, scilicet a 
die mercurii sancta usque ad festum Resurrectionis exclusive, in car- 
rerias exire causa aliqua, nisi esset medicus et pro expressa neces- 
sitate, aliquateuusnonsolebant; nunc tamen non verentur inhabitare 
cum eorum nephanda familia mixtim cum Ghristianis eisdem, et multi 
eorum conversari in hospiciis propriis Christianorum ipsorum, mer- 
cantes ibidem et alia pro libito excercentes ipsorum; quo sequitur 
quod nedum rancores et odia in Ghristianos eosdem surrepunt,immo 
Christiani ipsi consciencie morsum ipsorum perniciosa actione cau- 
sante consequenter incurrunt; super quo, pro ipsorum exponencium 
parte provisionis nostre remedio suppliciter implorato, nos super 
mis observari volentes penitus quod est fieri antiquitus consuetum, 
volumus, et fidelitati vestre de certa sciencia nostra presencium 
tenore comictimus et mandamus quatenus, si ita est, ut exponitur, 
et veritas concordet assertis, quod dicti Judei habitare consueverint 
separati a Ghristianis in loco predicto et non alibi, vos et vestrum 
quilibet, prout ad vos spectaverit, morem hujusmodi solitum et anti- 
quum, inhabitando in loco predicto separatim a Christianis eisdem 
et honestestando, per Judeos eosdem in dicta sancta edomata obser- 
vari mandetis ac eciam faciatis per oportuna juris remédia, prout 
vobis vedebitur expedire. Présentes autem licteras, postquam eas 

1 Archives municipales, GG, 40. 



276 REVUE DES ETUDES JUIVES 

inspexeritis, quantum et quaudo fuerit oportunum, pro cautela resti- 
tui volumus présentant^ premisso modo vim et efficaciam habituras. 
Datum Neapoli per virum magnificum Ligorium Surulum de Nea- 
•poli, militem, logothetam et prothonotarium regni Sicilie, collatera- 
lem consiliarium et fidelem nostrum dilectum. Anno Domini mille- 
simo GCGLXXVII die XXVIII mensis Octobris prime indictioais, 
reguorum nostrorum anno XXXV . 

G. Petrillus de Americo. 

Privalage contra los jussieus. 



III. 

In nomine Domini nostri Jhesu Christi, amen. Anno incarnacionis 
ejusdem millesimo GGGLXXVIII , die ultimo mensis januarii, se- 
cunde indictionis, régnante serenissima principissa domina nostra 
domina Johanna, Dei gracia Jérusalem et Sicilie regina, existente 
féliciter amen. Ex série hujus presentis publici instrumenti cunctis 
pateat evidenter quod constituti nobilis Guillermus Raynerii et dis- 
crettus vir Raymundus Corderii, sindici et sindicariis nominibus 
universitatis hominum Tharasconis, in presencia viri egregii Georgii 
de Montemalo, vicarii et capitauei curie reginalis Tharasconis, in 
nostra curia more majorum pro tribunali sedentis, et presentibus 
ibidem magistro Rocello Ferrerii, surgico, Gregudeto de Gapdesta- 
gno, judeis, baylonis universitatis Judeorum dicti loci, exhibuerunt 
et presentaverunt eidem quasdam patentes litteras, emanatas a viro 
magnifico domino Fulcone de Agouto, Vallium Rellanie Lucique 
domino, comitatum Provincie et Forcalquerii senescallo, a tergo 
ipsarum magno senescallie sigillo in cera rubea solito more, ut 
primo facie apparebat sigillatas ; quas execucioni débite juxta conti- 
nenciam earumdem in singulis capitulis petierunt demandari et con- 
tinenciam inipsis mandare observari, prout in ipsis litteris scribitur, 
precipitur et mandatur; quorum litterarum ténor de verbo ad verbum 
sequitur et est talis : 

Fulco de Agouto, miles, Vallium Rellanie Lucique dominus, comi- 
tatuum Provincie et Forcalquerii senescallus, officialibus reginalis 
curie loci Tharasconis ad quos spectat et présentes pervenerint cUi- 
libet vel locatenentibus eorumdem, presentibus et futuris, salutem et 
dilectionem sinceram. Pro parte universitatis hominum dicti loci 
presentate fuerunt nobis noviter quedam reginales patentes littere 
majestatis suae sigillo magno pendenti in cera rubea more solito 

[sigillate], tenorem qui sequitur per omnia continentes 1 : 

Supplicato nobis itaque pro parte qua supra, ut ad exequtionem 
prescriptarum litterarum procedere benignius dignaremur. Nos 
mandata dominica exequi cum débita reverencia, ut convenit, cu- 

1 Suit la transcription des lettres patentes de la reine Jeanne du 28 octobre 1377. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 277 

pientes et facere quod est justum, volumus et vobis auctoritate 
reginali qua fungimur tenore presencium precipiendo mandamus, 
quatenus si dicti Judei predicti loci de Tharascone infra confines in 
ipsis litteris reginalibus expressos habent et habere possunt man- 
siones débitas ad sufficientiam eorumdem, Judeos ipsos infra illos et. 
non alibi eorum mansiones facere et tenere faciatis, et aliàs in pre- 
dictis litteris reginalibus expressata, sicut justum convenit, obser- 
vari. Datum Aquis per virum nobilem dominum Veranum Sclaponi, 
magne reginalis Curie magistrum rationalem, locumtenentem ma- 
joris judicis comitatuum predictorum, anno Domini CCCLXXVIII 
die XVII e decerabris, secunde indictionis. 

Et dictus dominus vicarius et capitaneus cum quanta decuit 
reverentia et honore receptis prescriptis litteris, sibi per dictos sin- 
dicos presentatis, mandata dicti domini Senescalli prout tenetur, 
exequcioni demandare cupiens, visis et inspectis ac diligenter 
examinatis litteris prescriptis ac tenore ipsarum in singulis suis 
capitulis attento, in dicta curia more majorum pro tribunali sedens, 
presentibus sindicis prelibatis, et exequcionem fîeri de contentis in 
eisdem postulantibus juxta continenciam earumdem, citatis et evo- 
catis ad ipsius domini vicarii et capitanei presenciam Cregudeto de 
Capdestagno et magistro Rocello Ferrerii, judeis, baylonis universi- 
tatis Judeorum dicti loci de Tharascone, ibidem etiam presentibus, 
audientibus et intelligentibus, exequendo ordinavit et declaravit et 
in preceptum dédit, quod Judei prelibati omnes universaliter ab hac 
die in antea stent et stare debeant et mansionem faciant perpetuam 
a domibus magistrorum Pétri Marcelhani, notarii, et Gaufridi Bar- 
berii exclusive, ab ipsis domibus citra, videlicet versus castrum et 
usque domos conventus dominarum monialium dicti loci eundo 
versus dictum castrum et usque domum Barthicholi eundo percar- 
reriam versus monasterium predictum et usque furnum, excludendo 
furnum. Et nichilominus cognovit et ordinavit et declaravit quod, eo 
casu quo nécessitas adesset et hoc facere v.oluerint, Judei ipsi possint 
se relargare et edifficare rétro hospitia eorumdem usque carreriam 
Poncii Truqui,per quam progreditur ad ecclesiam sancte Marthe, cum 
hac condicione quod Judei januas seu portas nec exitum facere possint 
rétro in carreria predicta prefati Poncii Truqui. Et predicta omnia 
superius declarata prefatus dominus vicarius et capitaneus ordinavit 
perpetuo tenaciter observari, juxta continenciam et tenorem litte- 
rarum prescriptarum, jubens nichilominus et mandans quod Judei 
omnes comorantes extra limites predictos se reduxerint hinc per 
totum futurum mensem febroarii, sub pena librarum centum coro- 
natorum, sic quod de cetero extra limites ipsorum tabulas [et] botigas 
conducere et merchemoniam vendere in mansioûibus ipsis non 
présumant, nisi in diebus martis, que est dies fori, et in nundinis 
quibus sit licitum tabulas et botigas conducere, quantum durabunt 
dies nundinarum et dies fori predicti, excludendo illos qui ad collum 
vel aliter res vénales per locum ipsum defferunt; q[u]inymo licitum 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sit eisdem res ipsas, ut consueverunt, portare vénales per locum 
ipsum. De quibus omnibus dicti syndici publicum instrumentum 
sibi fieri nominibus quibus supra postularunt, jubens idem do- 
minus capitaneus fieri instrumentum pro parte universitatis Judeo- 
rum predictorum. ActumTharascone, ubi supra, in presencia nobilis 
Mercuroni Mercuerii senioris, magistri Bernardi Doati notarii, Fir- 
mini Grarenci, dicti loci, et magistri Lombardi de Pinhano, notarii, 
dicte curie, testium ad premissa vocatorum et rogatorum. Et me 
Stephani Brocherii, notarii publici de Sancto-Vincentio, dyocesis 
Ebredunensis, iu comitatibus Provincie et Forcalquerii auctoritate 
reginali constitua et nunc dicte curie reginaiis Tharasconis vice- 
notarii, qui requisitus et rogatus hanc cartam publicam scripsi et 
signo meo solito signavi. 



IV. 

Action intentée par la Communauté de Tarascon contre les Juifs habitant 
la même ville afin de les contraindre à contribuer aux tailles et impo- 
sitions; arrêt rendu en leur faveur et fondé sur un privilège accordé 
aux Juifs par Louis II, comte de Provence 1 . 

— 9 décembre 1400 — 

Ludovicus secundus, Dei gratia rex Jérusalem et Sicilie, Ducatus 
Apulie, Dux Andegavie, comictatuum Provincie et Forcalquerii, 
Genomanie ac Pedemontis cornes, vicariis et officialibus aliis curiarum 
nostrarum civitatum Massilie, Arelatensis et Aquensis, necnon ville 
Tharasconis, ceterisque tam officialibus quam comissariis per alias 
civitates, loca et castra dictorum comitatuum nostrorum Provincie et 
Forcalquerii, ad quem spectare poterit, presentibus et futuris et cui- 
libet vel locatenentibus ipsorum, fidelibusnostris dilectis, graciam et 
bonam voluntatem. Licet ex capitulis in diversis consiliis genera- 
libus trium statuum dictorum comitatuum nostrorum Provincie et 
Forcalquerii factis, capitulatum et ordinatum extiterit, quod omnes 
et quecumque persone locorum dictorum comitatuum, cujuscumque 
status seu condictionis existant, teneantur et debeant pro bonis et 
rébus quibuscumque ipsorum et facultate illorum, cum nominibus et 
personis universitatum locorum in quibus et ipsorum territoriis ipsa 
bona possident, contribuere et solvere in taillis et impositionibus 
pro solucione donorum majestati nostre concessorum, ut in ipsis 
capitulis lacius continetur ; quia tamen Judei dictorum comitatuum 
nostrorum Provincie et Forcalquerii et terrarum eis adjacentium, 
majestati nostre multa donaria obtulerunt et offerunt et per nostram 
curiam exhiguntur ab eis, que multo plus ascendunt quam ea que 
solverant seu solvere possent pro bonis et rébus ipsorum cum uni- 

1 Archives municipales, FF, 5. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 279 

versitatibus ipsorum locorum in talliis et oneribus incumbentibus 
eis, ex quo non debent racionabiliter dupplici onere agravari, nec 
umquam fuit intencio nostra talis ; ea propter, iD hiis merito provi- 
dentes, volumus et vobis harum série de nostra certa scienlia preci- 
pimus et mandamus quathenus Judeos ipsos utriusque sexus, qui 
nunc sunt et pro tempore fuerint in ipsis comitatibus et terris adja- 
centibus eis, ad solveudum pro bonis et rébus ipsorum que habent 
seu ipsos habere continget in illis cum universitatibus terrarum, 
civitatum et locorum ipsorum comittatuum et terrarum eis adjacen- 
tium, et in talliis et imposicionibus ac oneribus pro premissis donis 
nobis factis seu in futurum faciendis, indictis et indicendis ac illorum 
solucionibus de cetero in personis vel bonis ad cujusvis instanciam 
nullathenus molestetis vel agravestis aut molestari seu agravari 
parciamini quoquomodo, quantum indignacionem nostram et penam 
nostro vobis iufulgendam arbitrio cupitis non subire. Quinymo, si 
quid fortasse contra formam presencium fieri contingeret aut quomo- 
dolibet actemptari contra eos, in génère vel specie, illud revocetis et 
redducatis statui premitivo capitulis specialibus seu generalibus ac 
ordinacionibus, et litteris in contrarium factis et concessis ac forsitan 
faciendis et concedendis, nonobstantibus quibuscumque, presentibus 
opportunis inspectis remanentibus présentante Datum in civitate 
nostra Massilhie per egregium et nobilem virum Johannem Loveti, 
militem consiliarium et ûdelem nostrum dilectum, mandato nostro 
locumtenentem majoris judicis comitatuum predictorum. Anuo 
Domini millesimo quadringentesimo nono, die prima mensis decem- 
bris, tercie indictionis, regnorum vero nostrorum anno vicesimo sexto. 
Per regem, Matbeo de Bellavalle, milite présente. P. de Rosseto. 
gratis registrata. 



V. 

Lettres patentes du roi Louis II par lesquelles il est spécifié que la 
sauvegarde accordée aux Juifs ne doit pas porter préjudice aux privi- 
lèges de la Communauté *. 

— 43 avril 4 404 - 

Ludovicus secundus, Dei gracia rex Jérusalem et Sicilie, ducatus 
Apulie, principatus Gapue, dux Andegavie, comitatuum Provincie 
et Forcalquerii, Genomanie, Pedimontis et Ronciacii cornes, vicario 
et judici ville nostre curie Tharascouis ac ceteris officialibus nostris 
presentibus et futuris in dictis comitatibus nostris Provincie et For- 
calquerii constitutis, quacumque preminencia notentur, quibus 
présentes littere pervenerint eorumque cuilibet vel locateneniibus 
eorumdem fidelibus nostris, graciam et bonam voluntatem. Cum per 

1 Archiver municiptles, AA, 5. 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

majestatem nostram, Judei omnes in dictis comitatibus nostris habi- 
tantes, positi et retenti noviter extiterint sub salvagardia et protec- 
tione nostra, et propterea per sindicos et consilium dicte ville nostre 
Tharasconis supplicatum querelando exititerit eidem majestati nostre 
quod ipsa salvagardia de directo redundat contra eorum privilégia et 
libertates tam per majestatem nostram quam predecessores nostros 
eisdem bénigne concessa ; Nos cupientesque ipsos supplicantes sub- 
ditos nostros in eorum privilegiis et libertatibus manutenere cum 
deliberatione nostri existentis consilii, tenorepresencium declaramus, 
quod propter ipsam salvamgardiam non intendimus nec intencio 
majestatis nostre fuit nec est derrogare nec prejudicare in aliquo 
directe vel indirecte, libertatibus et privilegiis dictorum subdictorum 
nostrorum ville nostre Tharasconis, premisso modo concessis, sed 
ipsa privilégia et libertates observare intendimus, Quocirca vobis 
antedictis officialibus nostris, tenore presentium precipimus et man- 
damus expresse quatenus formam declarationis hujusmodi per 
majestatem nostram i"actam temporibus vestrorum officiorum invio- 
labiliter observetis et observari faciatis, si indignationem majestatis 
nostre cupitis evitare, presentibus débite exequtis remanentibus ad 
cautelam presentanti. Datum in villa nostra predicta Tharasconis per 
nobilem et egregium virum Poncius Gayssii, licenciatum, primarum 
appellationum et nullitatum dictorum comitatuum judicem, man- 
dato nostro munc vacante officio majoris judicis locumtenentem, 
consiliarium nostrum fidelem dilectum, die tercia décima aprilis, 
anno Domini millesimo quadringentesimo quarto, xii e indictionis. 



VI. 

Lettres patentes du roi René données à Tarascon le 20 septembre 4â60 ! . 

(extrait.) 

Item pariter supplicant dicti sindici [ville Tharasconis] 

dicte sacre Régie Majestati quathenus E. S. R. M. dignetur con- 
firmare eidem universitati quodam privilegium per bone memorie 
tune dominum Jherusalem et Sicilie regem Robertum concessum, ne 
Judey, christiane prosequtores fidey, hostes etiam Grucifixi, in antèa 
admictantur ad gerendum officia publica inlocopredicto Tharasconis, 
puta ad ponderandum bladum vel farinam, neenon ad subastandum 
publiée seu faciendum iuquantum vel quodeumque aliud publicum 
officium ; et de novo etiam, si placet, dicte universitati concedere, ne 
in anlea contra quemeumque christianum portare habeant quascumque 
licteras a curia camere rationum civitatis Aquensis aut quacumque 
alia curia emanandas, nec illas exequi facere, nisi esset pro eorum 
propriis debitis, cum multos fraudes dietim in premissis fiendis 
ipsi Judey comictant et multas malicias et dolozitates ac extortiones 

1 Archives municipales, AA, 5. 



LES JUIFS DE TAKASCON AU MOYEN ACE 281 

illicitas et maxime contra orthodoxos seu christianos ; et hoc, si 
placet, sub formidabili pena, ut illius metu a premissis fiendis om- 
nino désistant. — Ténor responsionis : Viso per gentes sui consilii 
privilegio premencionato, Regia M. jubet ipsum privilegium inviola- 
biliter et ad unguem observari, et in illius observacionem prohibet 
omnibus et singulis Judeys ne quevis officia publica in eadem villa 
Tharasconis directe vel indirecte assumere vel exercere présumant, 
et sub pena quinquaginta marcharum argenti pro quolibet et vice 
qualibet qua contra factum fuerit incurrenda. Et preterea ipsa R. M. 
variis atque plurimis justis respectibus mota,eisdem Judeys et cui- 
libet ipsorum, ut coinissariis, portum licterarum sue curie camere 
sub pena predicta interdicit et prohibet suis officialibus presentibus 
et futuris, etiam sub eadem pena, inhibendo ne Judeos ipsos contra 
formam dicti privilegii aut presentis responsionis seu concessionis 
ullo modo de cetero admictant, licteris quibuscumque contrariis non 
obstantibus in hac parte. 

VII. 

Pro regia curia Tharasconis. 

Anno quo supra et die décima noua septembris. Mosse Salamo, 
judeus de Tharascone, ex certis de causis animum suum juste mo- 
ventibus, promisit non ludere ad taxillos nec aliquo alio ludo quo- 
cumque in quo currat argentum, hinc ad sanctum Michaellum nec 
a festo sancti Michaellis proxime futuro in unum annum. 

Et casu quo contrarium faceret, se submisit ad penam decem 
florenorum, aplicandorum medietatem curie Tharasconis et aliam 
denuncianti. 

Quam penam in se liberaliter et voluntarie assumpsit et com- 
missam esse voluit, me notario stipulanti pro fisco. 

Obligavit bona sua curie Tharasconis. 
Juravit. 
Renunciavit. 

Actum Tharascone in domo mei nostarii, presentibus Trophimo 
Bernardi et Merigono AufTandi. 

(Notes brèves du notaire Antoine Chapati. Vol. 18, i° 4G1 ,e .) [1438]. 
VIII. 

— 13 mars 1425 (Nouveau style 1426) — 

Pro Franqua, uxore magistri Comprati Asser, judei phisici de Tha- 
rascone, testamentum ultimum. 

Anno et indictione quibus supra et die décima tercia mensis 
mardi. Noverint universi etc. quod cum nil morte cercius sit ni- 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chilque incercius hora inortis et omnia sint hominum tenui pen- 
dencia philo et subito casu que valuere ruuntetc. 

Idcirco ego Franca, uxor magistri Gompratri Asser, Judei phisici 
de Tharascone, sana meute per Dei graciam, licet lauguens et debilis 
corpore etc. in mea bona et saua coufitens memoria, si me permiserit 
divina potencia etc. meum testamentum ultimum nuncupativum et 
mea ultima voluntas ac novissimum elogium facio in modum qui 
sequitur infrascriptum. 

Inprimis quandocumque viam universe carnis ad mandatum divi- 
num me ingredi contingerit etc. animam meam seu spiritum meum 
recommendo in manibus altissimi Greatoris, Dei vivi etc. et pre- 
cibus profetarum Abram, Ysac et Jacob, Moysi, Aron, Danielis et 
Elie at Ennoc, servitorum Dei etc. Et eligo sepulturam corpori meo 
in simienterio Judeorum dicti loci TharascoDis, situato extra portale 
Gondamine, vocatum sumenterium antiquum magnum. 

Et primo lego et dari jubeo de bonis meis illustrissimo principi et 
domino, domino régis Ludovico tercio, Dei gracia Jherusalem et 
Sicilie etc. unum florenum monete currentis semel tantum solven- 
dum. 

Et pro forefactis meis sertis et incertis esmandandis [et] resti- 
tuendis, accipio de bonis meis michi a Deo collatis florenos auri 
quinque, valoris cujuslibet illorum XXIIII 01 ' solidorum monete cur- 
rentis in Tharascone, dandos et distribuendos amore Dei pro salute 
anime mee et in redempcione meorum pecaminum. 

Et primo lego de dictis quinque llorenis, amore Dei, luminarie 
scole seu sinagogue presentis loci Tharasconis duos florenos cum di- 
midio. 

Item lego de dictis quiDque florenis, amore Dei, in reparacioue 
sumenterii antiqui Judeorum Tharasconis alios duos florenos cum 
dimidio. 

Item lego de aliis bonis meis Vitalo Meyr, judeo de Tharascone, 
phelezeno meo, filio Meyr Comprati, filii, mei, amore Dei, vigiuti 
quinque florenos monete currentis in Tharascone. 

Item lego de aliis bonis meis magistro Salamono Dieulosal, fratri 
meo, jure institucionis pro omni jure sibi competenti in et super 
bonis meis, quinque florenos. 

Item lego de aliis bonis meis Dieulosal, filio magistri Salamonis 
Dieulosal, pro omni jure competenti in et superomnibus bonis meis, 
quinque florenos. 

Item lego de aliis bonis meis Vitalo, filio Astrugii de Largentiera 
affini meo, quinque florenos. 

Item lego de aliis bonis Reginete, filie Astrugii de Largentiera, 
unara meam rampam i de griso. 

Item lego Sterete, uxori Meyr Comprati, filii mei, unum ex meis 
mantellis, illurn quem placibit gadiatoribus meis infrascriptis. 

1 Pour raupam. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 283 

Item lego, amore Dei, Mondete, consobrine mee de Avinione, 
omnes raupas measde sobre semana, excepte unam quam dari jubeo 
Blanquette, uxori Vitalis Vidas de Sostal,arbitrio gadiatorum meorum 
infrascriptorum. 

Item lego, jure institucionis, Meyr Comprat, filio meo, quinque 
solidos, et quod plus in bonis meis petere non possit, quacumque 
racione sive causa, in quibus ipsum Meyr heredem particularem 
instituo. 

Item de aliis bonis meis cuilibetex gadiatoribus meis infrascriptis 
unum florenum semel dumtaxat solvendum. 

Item lego de aliis bonis meis, amore Dei, Cresqueto, filio magistri 
Dieulosal de Largentiera, très florenos semel dumtaxat solvendos. 

Et quia heredis institucio est capud et fundamentum etc. igitur in 
omnibus autem aliis bonis meis, mobilibus et immobilibus seseque 
moventibus, juribus, actionibus et racionibus quibuscumque, pre- 
sentibus et futuris, ubicumque sint et qualiacumque fuerint aut 
quoeumque nomine noncupeniur seu eciam censeantur et in quibus- 
cumque locis consistant, michi heredes meos universales instituo et 
ore meo proprio nomino et esse volo, videlicet, magistrum Bonda- 
vinum Comprati, filium meum communem et magistri Comprati As- 
seris, mariti mei, in medietatebonorum meorum ; in aiia vero medie- 
tate Mosse et Vitalem Meyr, f'ratres, phelezenos meos, filios Meyr 
Comprati, filii mei communis et dicti magistri Comprati Asser, ma- 
riti mei ; in alia medietate bonorum meorum predictorum, substi- 
tuendo dictos phelezenos meos ad invicem, ita quod pars primi mo- 
rientis sine liberis legitimis, a suo corpore procreatis, perveniat ad 
superstitem eorumdem, ordinando quod omnia bona mea vendi de- 
beant et distrahi, ita quod ipsis distractis vel non distraclis, fructus 
pecuniarum ex bonis distratrendis habendarum, vel bonis meis, si 
non distrahantur, pervenianteommuniter tantum modo ad utilitatem 
omnimodam dictorum heredum meorum supra descriptorum, et non 
alias neque aliter; declarando quod licet de jure quilquid filius ac- 
quirit, aquiritur patri ; quo ad fructus volo et ordino magistrum 
Compratum Asser, maritum meum, esse exempturn a percepeione 
dictorum fructuum et eciam predictum Meyr Comprat, filium meum, 
patrem dictorum Mosse et Vitalis, phelezenorum meorum, heredes 
institutorum,in medietate quorumeumque bonorum meorum. 

{blanc dans le texte). 
Executores facio. 

{blanc dans le texte). 
Acta fuerunt hec in domo dicti magistri Comprati Asser, presen- 
tibus nobili Ferario de Tharascone, Stephano Vianesii, Stephano 
Porterii, Stephano Duranti, et Philipoto de Sancto Genesio, Gui- 
goneto Fabri, et Bernardo Garneri, tam de Tharascone quam habi- 
tatoribus. 

(Chapati, N. B. 1425, f 388). 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

IX. 
Cieutadanagium pro Mordacays Vital Cohen, judeo de Salone l . 

In nomme Domini nostri Jhesu Christi, amen. Anno Incarnationis 
ejusdem Domini millesimo quadringentesimo sexagesimo septimo et 
die vicesima secunda mensis aprilis, régnante triumphaliter victo- 
riosissimo etc. Noverint universi seriem hujus presentis publici ins- 
trumenti inspecluri quod existens et personaliter constitutus ante 
preserjciam nobilis viri Geronimi de Manellis, locumtenentis nobilis 
viri Jacobi de MaDellis, ejus fratris. Curie Régie ville Tharasconis 
viguerii, Mordacays Vidal Cohen, judaeus de Salone, presentibus no- 
bili et honorabili viris Francisco Genoyni et Petro Aycardi, sindicis 
dicte ville Tharasconis, dicens scire et ex sui certa sciencia tenere 
firma instructione condigna, Tharasconenses cives, tam infra pre- 
sentem villam quam extra, fulgere in pluribus et diversis locis pa- 
trie Provincie et pairie Lingue Occitane privilegiis, franchesiis, liber- 
tatibus, immunitatibus et prerogativis pluribus, quadam digna ho- 
noris preferencia nobilitate decorari ; ex quibus decus, comodi- 
tatem et presidia siDgulariter consequntur; et ipsarum libertatum, 
privilegiorum et franquesiarum quibus seu quarum suffragiis deco- 
rari merito postulat velut ipsius ville cives, pari preferentia honora- 
biliter valeant prefulgeri, cum sit presto ipse Mordacays Vidal Cohen 
pro suorum facultate bonorum, ut cives dicte ville prout et alii cives 
ejusdem onera equidem tollerare; ea propter prefato domino vice-vi- 
guerio humiliter supplicavit, quatenus ipse Mordacays Vidal Cohen 
in civem dicte ville Tharasconis graciose dignetur admictere, cum 
libertatum munimine quibus ubilibet freti sunt tam in personis 
quam bonis cives ipsius ville ; qui quidem dominus viguerius dicte 
prebens requisicioni assensum, prius dicto supplicante in domini 
vice-viguerii manibus ad aquineam, more judayco, prestito jura- 
mento, quod fieri premissa nullathenus requirit in fraudem, dolum 
et lezionem curie régie vel alicujus persone cujuspiam, ïpsum Mor- 
dacays Vidal Cohen aliorum ejusdem ville civium cetui aggregando 
in civem presentis ville Tharasconis recepit cum libertatibus et im- 
munitatibus aliis civibus dicte ville attributis ab antiquo cum pactis 
sequentibus. Et primo fuit de pacto inter dictum Mordacays, ju- 
deum, novum civem et ipsos dominos sindicos, videlicet quod dictus 
Mordacays Cohen tenebitur et prout dicta facere promisit majorem 
partem bonorum suorum couvertere in bonis mobilibus et immobi- 
libus infra presentem villam Tharasconis seu ejus territorium infra 
très annos a die presenti in antea computandos. Quibus sic peractis, 
dictus Mordacays Vidal Cohen, judeus, novus civis, ipsi domino 
vice-viguerio vice et nomine prefati domini nostri Régis et suorum 

1 Pierre Margoti, notaire, vol. 07, f° 30. Etendues. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 285 

successorum ac ofQcialium suorum et per ipsum dominum viguerium 
et cuilibet eoruradem, promisit et sollemniter coavenit fore eis per 
imperpetuum contiuuatis actibus obediens et fidelis, dampna et mala 
quecumque et discriminosa pericula si que, quod absit, e longius, 
meditarentur seu possent quovismodo intueri pretextu adversus 
dictam Regiam Excelleuciam ac officiarios seu Guriam ejus, palam 
generari, publiée vel occulte, totis suis viribus evictare vel manifes- 
tare confestim et eorum compendia ultroneo animo procurare. Rur- 
sum etiam ipse civis novus noviter receptus promisit et efficaciter 
couveuit dictis domiuis siudicis et michi notario subscripto nomine, 
loco et vice universitatis homiuum presentis ville Tbarasconis et 
singularium personarum ejusdem quorum interest et poterit inte- 
resse, ac predictis dominis siudicis ac michi notario ipsis et cuilibet 
eorum, solvere et contribuere pro valore et modo facultatum suarum 
sine perpendicionis obstaculo in taliis, questis, mutuis, daticiis et 
adempris dicte ville, in cavalcatis et excubiis pro dicta villa, cum 
casus contingent accedendi, ac etiam angaria et perangaria ac cetera 
alia omnia onera dicte ville pro suorum facultate bonorum suppor- 
tare, prout dicte ville cives alii supportabunt, necnon ubilibet etiam 
Tharasconenses consulatui ville Tbarasconis assistere et subesse 
promisit et nichilominus cum uxore, liberis et familia, si quas 
habet, infra presentem villam Tharascoois facere stagiam et fovere 
larem lumenque ac omnia et quecumque ad honorem et fîdelitatem 
ac comodum dicte ville pertinentia vel pertinere videbuntur, trac- 
tabit, faciet et complebit pro posse suo, et quod nunquam erit in 
consilio vel in facto quod dicta villa Tharasconis et cives ipsius 
amictant seu perdant honorem suum aut jura sua vel bonum sta- 
tum eorum, nec erit aliquo tempore dicte ville in dampnum de suis 
secretis vel juribus aut aliis que ad honorem et utilitatem ac como- 
dum ipsorum videbuntur pertinere. Que omnia prefatus Mordacays 
Vidal Coben, civis novus noviter receptus, actendere, complere et 
inviolabiter observare promisit et juravit ad aquineam, more judayco, 
una cum reffectione omnium dampnorum et interesse propterea 
quoquomodo fiendorum et substinendorum. Pro quibus omnibus te- 
nendis, actendendis, complendis, prefatus Mordacays, judeus, novus 
civis, obligavit, yppothecavit et submisit se ipsum ac omnia bona 
sua, mobilia et immobilia, presencia ac futura, viribus curiarum 
presentis ville Tharasconis, Gamere Rationum Aquensis et episcopalis 
Avinionis et generaliter cujuslibet alterius secularis Curie infra co- 
mictatus Provincie constitute, sub omni juris et facti renunciacione 
ad bec necessaria pariter et cautella. De quibus omnibus premissis 
tenendis, dicti domini sindici et novus civis pecierunt eis fieri pu- 
blicum instrumentum per me notarium subscriptum. 

Actum Tharascone in domo heredum Anthonii de Vivariis, presen- 
tibus ibidem nobili Elziario Albe, filio condam domini de Ruppemar- 
tina, etMichaelle Lipassi de Tharascone, testibus ad premissa vocatis. 

Et me petro Margoti notario. 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



X. 



Obligacio pro eodem reverendo in Ohristo pâtre domino Leodegario, 
Dei gracia Vapincensi episcopo '« 

Anno et indictione quibus supra et die vèneris prima inensis junii. 
Sit notum etc. quod Mayronus de Meyrarguis judeus de Tharascone, 
gratis et ex ejus certa sciencia, bona fide ac sine omni dolo, per se et 
suos etc. promisit solempniter etconvenit et se locavit cum reverendo 
in Christo pâtre domino et domino Leodegario, Dei gracia Vapincensi 
episcopo, ibidem presenti, stipulanti et recipienti pro se et suis etc., 
videlicet a die lune proxime veoienti in duos menses et médium 
proxime futuros, adfaciendum suas dicti domini episcopi opéras etc. 
pro precio seu salario dictorum duorum mensium cum dimidio trium 
florenorum auri, valoris cujuslibet illorum vigiuti quatuor solidorum 
etc., quos realiter habuit reali et continuua numeracione precedenti 
in meris grossis. 

Pactum etc. 

Excepcioni etc. 

Promisit servire legaliter etc. 

Pro quibus obligavit se et personam suam realiter et personaliter 
curiis camere racionum Aquensis et presentis loci Tharasconis, curie 
parvi sigilli Montispessulani et Cabeolis, curie camere apostolice 
domini nostri Pape ejusque auditoris et vice-auditoris etc. 

Ita actendere etc. 

Juravit etc. 

Renunciavit etc. 

De quibus etc. 

Actum Tharascone, presentibus nobili Eymerico de Tharascone, 
nobili Petro de Gardenis et domino Anthonio Robaudi, presbitero, 
habita toribus Tharasconis. 



XI. 

Pro curia i . 

Anno quo supra et die tercia mensis januarii. Cum magister Jacob 
Jacob de Lunello. judeus presentis ville Tharasconis, assueverit 
ludere ad tacillos, que fuerunt sibi multum dampnosa et inhonesta; 
eterat sibi diffamacio, dicens se non posse aslinere a premissis, nisi 
mediantibus infrascriptis. 

Hinc fuit et est quod anno et die supra proxime descriptis, prefatus 
magister Jacob Jacob de Lunello, scienter et sponte et ex motu suo 

1 Notes brèves du notaire Antoine Ghapati, vol. 2, i° 62, 1«» juin 1425. 
8 Notes brèves du notaire Jean Mur»jre 9 vol. 59, f» 13 1441). 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 28*7 

proprio, gratis promisit et solempniter convenit michi notario publico 
infrascripto, ut et tanquam communi et publiée persone, presenli, 
stipulami et recipieuti nomine et vice omaium et singulorum quorum 
interest et intéressé poterit iu futurum, quod ipse non ludet ad 
ludum tacillorum Dec ad aliquem alium ludum ad argentum nec 
valorem argenti, et hoc sub peua pro vice qualibet trigenta quinque 
florenorum, aplicaudorura decem tlor. h'seo illius loci in quo depre- 
heuderetur ludentem, quinque Uor. vicario, quinque tlor. judici, 
quinque flor. accusanti et quinque Qor. luminarie Judée et quinque 
tlor. elemosine, quam penam in se gratis assu[m]psit et voluit quod 
domini vicarius nec judex nec aliqua alia persona possint illam sibi 
remictere ; et casu quo aliquis remicteret partem suam, quod illa 
pars illius remictentis perveniat et pervenire debeat medietatem fisco 
et aliam denuncianti. 

Et predicta actendere promisit 



Actum Taarascone in apotheca mei notarii, presentibus Anthonio 
de Balma, Jacobo Laugerii. 
Et me Johanne Muratoris. 



XII. 

Délibérations du Conseil. 

Item fuit ordinatum quod omnes judei teneantur solvere pro 

eorum mercaturis et denariis in gabella universitatis Tharasconis ad 
racionem ad quam levantur '. 

Item fuit ordinatum quod judei non debeant tenere viueas 

vel terras in territorio Tharasconis, prout contiuetur in privilegio 
nobis super hoc concesso, nec exercere alia que per privilégia nostra 
seu statuta Provincialia sunt eis totaliler interdicta ; nec quod aliquis 
christianus audeat vel présumât laborare seu recipere vineas seu 
terras ad facheriam seu aiiàs \ 

..... Item fuit ordinatum, volente et consenciente domino vicario 
predicto, quod ipse precipiat judeis quod in tempus debitum per 
eundem eisdem prefixum vendant et vendere teneantur terras, vineas 
et possessiones quascumque quas tenent in enervacionem seu lesio- 
nem ac prejudicium statutorum seu privilegiorum nostrorum. Et de 
precepto ad nostri cautelam inde conficiatur inibi instrumentum. 

Et inhiberi eisdem ne ' tenere averia nec alia contenta in privilegio 
dicte universitati concesso \ 

1 BB, 1, f<> 188", 11 décembre 1381. 

* Ibid., t'o 222, 30 octobre 1382. 
a Pour non. 

* Ibid., {• 224, 11 novembre 1382. 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Item, quod judei hujus universitatis habeant de eorum 

pecuniis lucrum competens et non ultra l . 

Item, quod predicti ambaxiatores conentur obtinere licteras 

a domino vice-senescallo quod Judei nullos vexare habeant qui eisdem 
reperia[n]tur obligati, donec et quousque pax et Iranquillitas in 
Provincia evenerit super insultu et guerris in Provincia nunc exis- 
tentibus ; ad que fuerunt electi Guillermus Raenerii et Rostagnus 
Raduiphi ». 

Àmàaœiata super salvagardia Judeorum. 

Ipsi inquam consiliarii unanimiter et concorditer ordinaverunt et 
expresse concluserunt quod, juxta assignationem factam per dominum 
nostrum Regem dominis sindicis et nonnullis consilariis ipsius uni- 
versitatis, ad accedendum Aquis [et] ejusdem domini nostri Régis ae 
sui consilii deliberationem audiendum super salvagardia Judeorum 
comitatuum Provincie et Forcalquerii per eundem dominum nostrum 
Regem noviter concessa, accedere debeant duo probi homines ipsius 
consilii ; et ad hoc eligerunt nobilem Guimetum de Grota et magistrum 
Poncium Ghaberti, notarium*. 

Quod mutuentur sive manuleventur a Judeis hujus loci 

floreni auri centum pro expensis exercitus antedicti faciendis tam 
per terras quam per aquam. Et quod doininus vicarius et judex 
hujus loci pro premissis dictos Judeos non astringant nisi de hiis 
quibus requisiti extiterint per dictos sindicos 4 . 

Quod habeantur litière super salvagardia Judeorum. 

Quod, quia dominus noster Rex per suas patentes litteras 

posuit in sua salvagardia omnes Judeos comitatuum Provincie et 
Forcalquerii; et super hoc fuit preconizatio facta; prefatusque do- 
minus noster Rex ad supplicationem ipsius universitatis concessit 
litteras universitati eidem , per quas voluit propter salvagardiam 
hujusmodi non prejudicari libertatibus, privilegiis, statutis et immu- 
nitatibus ipsius universitatis ; littere ipse habeantur et obtineantur 
ut in futurum et perpetuo constare valeat de premissis 5 . 

Pro Judeis presentis ville. 

Item, in quo quidem consilio fuit ordinatum quod, viso mandate 
regio et manda to domini magni Provincie senescalli super salvagar- 
dia Judeorum, quod parendo dictis mandatis regiis et in exequtio- 

» BB, 2, f°23, 19 juillet 1384. 
1 Ibid., t" 2 v°, 3 décembre 1383. 
3 BB, 3, 21 mars 1403-1404. 
* BB, 4, 22 octobre 1393. 
5 BB, 5, t° 1, 1" avril 1404. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 289 

nem eorum et ut provideatur indempnitati habitancium presentis 
ville et etiam dictis Judeis provideatur, ita quod dicti Judei manu- 
teneantur sub dicta salvagardia regia, absque aliqua infrinctione 
ejusdem; fuit ordinatum quod dicti Judei vadant ad castrum pre- 
sentis ville, ut thucius custodiantur,cum eorum familia, et in eodem 
permaneant durante tempore messium; et quod non aperiantur nisi 
duo portalia in diebus festivis, in quibus ponantur custodes sumpti- 
bus dictorum Judeorum ; et etiam provideatur eisdem Judeis de certo 
numéro hominum armatorum ad custodiendum domus dictorum 
Judeorum ; et in eadem carreria fiant cancelli in quibus affigatur 
salvagardia domini nostri Régis. Et omne boc fiât sumptibus dic- 
torum Judeorum '. 

In quo quidem consilio fuit ordinatum quod visa lictera advisa- 
menti transmissa presenti consilio per dominos Arelatenses super 
ceditione et manipolio ac congregatione gencium, factis in dicta civi- 
tate arelatis, ad veniendum ad presentem villam ïharascouis ad 
destruhendum et abotinandum Judeos ville Tharasconis ; quod per- 
sistendo ordinationi supra facte, eligatur unus nobilis de presenti 
consilio qui ponatur in locum cappitaney presentis et cui comictatur 
quod babeat onus custodire et visitare carreriam dictorum Judeorum 
cum gentibus armatis sibi necessariis, sicut sincanteneriis et aliis; 
et omnia predicta fient sumptibus dictorum Judeorum. 

Et ad hoc faciendum fuit electus nobilis Petrus Peytavini'. 

Pro eisdem. 

Item fuit ordinatum quod eligantur duo de presenti consilio qui 
accedere debeant Bellicadrum ad conferendum et comunicandum 
cum dominis de Bellicadro et eis notifficandum mandata domini nos- 
tri Régis et domini magni Senescalli super custodia dictorum Judeo- 
rum et licteram missoriam dominorum Arelatensium ad fines ut ri- 
bayrerii et alii gentes dicte ville Bellicadri sint advisati quod, si 
requirerentur per dominos de presenti consilio, quod pro servicio dicti 
domini nostri Régis sint presto et parati eumdem consilium juvare ; 
et fuerunt electi, 

Dominus Poncii, sindicus, 

Et dominus Johannes Salellas 3 . 

Pro eisdem. 

Item fuit ordinatum in dicto consilio quod lictera missoria trans- 
missa presenti consilio per dominos de Arelate, et responcio eisdem 
dominis Arelatensibus facta per presentem universitalem mandetur 

1 BB, 12, f° 142, 29 mai 1485. 
1 BB, 12, f° 142 v°, 8 juin 1485. 
3 BB, 12, fo 142 v, 8 juin 1485. 

T. XXXIX, n° 78. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

apud dominum magnum Senescallum, ut ipse dignetur et vellit man- 
dare comodo (quomodo) provideri voluerit ; et hoc sumptibus dicto- 
rum Judeorum K 

Pro éisdem Judeis. 

la quo quidem consilio primo fuit ordiaatum quod, intellecto 
tenore processus facti iu civitate Arelatis contra illos cappitaneos 
tumulti facti in eadem civitate, vocentur et appellentur Judei pre- 
sentis ville Tharasconis in présente consilio et notifficetur eis ténor 
dicti processus et multa alia que remostrari debent eis. Qui quidem 
Judei vocati fuerunt. Et ipsis vocatis et presenlibus et de eorum 
concensu et beneplacito, intellecto per eos tenore dicti processus, fuit 
ordinatum quod ipsi Judei, cum eorum familia et bonis, si eis videa- 
tur, redducantur infra castrum regium presentis ville Tharasconis, 
ut tute custodiantur, tantum quantum durabunt messes in presenti 
villa et ejus territorio. Et pro custodia domorum et bonorum qui in 
eis domibus dimictere voluerint, conducantur per cappitaneum, vi- 
delicet nobilem Petrum Peytavini, viginti quinque homines, cum 
stipendiis taxatis ad grossos quatuor pro singulo homine et pro quo- 
libet die ac nocle et etiam victu prestando eisdem hominibus, ultra 
dicta stipendia, et hoc tam diebus festivis quam non festivis ; et 
omnia fiant sumptibus et expensis dictorum Judeorum. Et ultra hoc 
ponantur custodes in portalibus presentis ville, etiam sumptibus 
eorum 1 . 

Pro dictis Jiuleis. 

Item, plus fuit ordinatum quod pro parle dictorum Judeorum 
mandetur apud dominum nostrum Regem cum copia processus facti 
contra dictos cappitaneos dicti tumulti facti in dicta civitate Arelatis 
et copia lictere missive et transmisse presenti consilio per dominos 
de Arelati, ad advisandum nos de dicto tumultu ; et [ad] hoc facien- 
dum fuit electus Raymonetus de Vite, de concensu dictorum Judeo- 
rum, et sibi ordinatum exsolvi pro suo viagio sexdecim floreni per 
dictos Judeos. 

Item, plus fuit ordinatum, actento quod consilium non potest con- 
gregari nisi cum magna et maxima pena et difficultate, quod eli- 
ganlur quatuor in comitiva domini viguerii, domini de Lupperiis 
et sindicorum, qui habeant potestatem providendi super hiis que ne- 
cessaria fuerint pro comuni utilitate et custodia dictorum Judeo- 
rum. Et fueruut electidominus accessor Genoyni, dominus Johannes 
Salellas et Guilhermus Bernardi 3 . 

* BB, 12, fo 142 v», 8 juin 1485. 
2 BB, 12, f° 143, IU juin 1485. 
8 BB, 12, i° 143, 10 juin 1485. 



LES JUIFS DE ÏARASCON AU MOYEN AGE 20 i 

Ordinatio contra Judeos. 

Item, plus fuit ordinatum quia juxta tenorem lictere nobis trans- 
misse per serenissimum dominum nostrum Regem et secundum 
quod ex ea potest percipi, Judei exposuerunt multa falsa dicte régie 
Majestati contra presentem universitatem, dicentes aliquos ex majo- 
ribus presentis universitatis fecisse multa mala dictis Judeis et sal- 
vagardias eis datas in terram projesserunt, et multa alia crimina 
presenti universitati imponenda.Et quia dicta universitas non débet 
talia pati neque substinere, fuit ordinatum quod mandetur unus 
homo pedester ad dominum Jacobum de Angelo, embassiatorem 
transmissum apud dominum nostrum Regem cum licteris scribendis 
per dictam universitatem, quathenus debeat remostrare régie Majes- 
tati quod Judei false et injuste [dixerunt] et quod contrarium est 
veritas, quoniam nunquam fuimus neque erimus nisi boni et fidèles 
subdicli et subjecti dicto domino nostro Régi. Et quod per thesau- 
rarium presentis uuiversitatis exsolvantur dicto nuncio, dicto domino 
Jacobo destinando et missuro, quindecim floreui '. 

Pro universUate, ad causant custodîc Judeorum. 

In quo quidem consilio fuerunt lecte lictere magnifficorum domi- 
norum de magno consilio regio super facto custodie Judeorum, et 
intellecto tenore earum, omnes unanimiter, nemine discrepante, 
concluserunt et ordinaverunt quod dicti Judei conserventur ab omni 
offensa ; et quod omnia portalia claudantur in diebus festivis, excepto 
portali sancti Johannis et de Madama, et dictis diebus apparietur 
soium guichetum; et deputetur certus numerus armatorum ad cus- 
todiam dictorum portalium, arbitrio dominorum viguerii et capita- 
nei, et, si eis videatur totaliter claudere portalia, quod claudentur. 
Item quod custodes intendant et prohibeant ne messores intrent vil- 
lam presentem cum armis nec baculis ferratis, sed illa faciant dep- 
ponere in proxima domo dictorum portalium 2 . 

Pro UniversUate et Judeis. 

Item fuit ordinatum quod domini sindici et dominus assessor pre^ 
sentis ville Tharasconis debeant intimari baylonis Juatarie presentis 
ville, quod debeant edifficari facere de bono pariele cancellos, cons- 
tructos de fustalliia in locis jam edifûcatis, bene et débite; et quod 
debeant facere fieri portas in introytu Juaterie et in cancello versus 
castrum, fila] quod quadrige onerate vel non onerate possint ire et 
redire ; et hoc pro conservatione ipsorum Judeorum et dicte Juaterie, 
tam personarum quam bonorum suorum \ 

1 BB, 12, f° 151 v», 16 décembre 1485. 

» BB, 12, f° 211, 11 juin 1488. 

» BB, 12, f- 219, 8 janvier 1488-89. 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XIII. 



Pro Durant a ciel Barri, filia Abraham del Barri, judei de Arelate, 
recognicio dotis l . 

Anno a nativitate Domini millesimo quadringentesimo quadrage- 
simo sexto et die vicesitna quarta mensis oetobris. Gum in contractu 
matrimonii inter Josse del Caylar, judeum, filium Gresqueti del 
Gaylar, judei hujus ville Tharasconis, ex una,et Durantam del Barri, 
judeam, filiam Abraham del Barri, judei civitatis Arelatis, ex altéra 
partibus, et juxta ritum Judeorum celebrato, dictus Abraham del 
Barri promiserit et constituerit dicte Durante, filie sue, in dotem, pro 
dote, nomine et ex causa dotis ipsius Durante, videlicet centum 
florenos solvendos in raupis, jocalibus et bendaribus ad extimam 
communium per partes predictas eligendorum die celebracionis dicti 
matrimonii, ut laciùs de premissis partes ipse constare dixerunt 
quadam quarta judayca, nuncupata inter Judeos ebrayceQuessuba ', 
sumpta et scripta in illa dicitur contineri juxta compotum Judeorum, 
scilicet a creacione mundi sub anno quinque millia ducentesimo sep- 
timo et die quarta mensis nuncupati inter Judeos ebrayce Marche- 
suan 3 , et incipit dicta quarta judayca juxta lecturammichipariparus 
factam in sua secunda linea Houlan k et finit in eadem Borbi 5 , et in 
penultima sui linea incipit Quesmalta 6 , et finit in eadem Entefe 7 . 

Hinc siquidem fuit et est quod anno et die supra in principio 
hujus note descriptis, personaliter constituti dictus Gresquetus del 
Caylar, judeus, et Bonafilia, dicti Gresqueti uxor, dicta bonafilia cum 
auctoritate et licencia dicti Gresqueti, mariti sui, ibidem presentis, 
suamque auctoritatem et licenciam maritalem dicte Bonefilie, uxori 
sue ibidem presenti, ad omnia et singula infrascripta dantis, pre- 
bentis et concedentis, ambo ipse Gresquetus del Gaylar et Bonafilia 
conjuges,bona fide etc., per se et suos heredes etc., confessi fuerunt 
et in veritate recognoverunt dicto Abraham del Barri et Durante, 
patri et filie ibidem presentibus, stipulantibus etc., pro se et suis 
etc., se dictos Gresquetum del Gaylar et Bonamfiliam, coûjuges, 
habuisse et realiter récépissé a dicto Abraham del Barri, videlicet 
centum florenos per dictum Abraham dicte Durante, filie sue, ut pre- 
missum est, in dotem constitutos, et hoc in raupis, bendaribus et 
jocalibus, ad quos centum florenos partes predicte dicta jocalia, 
raupas et bendaria dixerunt fuisse extimata ; de quibus etc. quicta- 

1 Notes brèves de Jean Muratoris, vol. 17. 24 octobre 1446. 
» Pour Ketouba. 

3 Pour Mar'beswan. 

4 Pour Olam. 

5 Pour Barbi = im "D. 

6 Probablement pour NrOfaûNS. 

7 Ou Intefe. Mot mal compris par le notaire et correspondant aux mots hébreux 
!-P3 É«p»b. 



LES JUIFS DE TARASCON AU MOYEN AGE 293 

verunt etc. excepcioni etc. Et si dicte dotis restitucio locum sibi 
vendicaret per mortem dicte Durante, eo tune dicti Cresquetus del 
Caylar et Bonafilia promiserunt dictam dotem restituere illi seu illis, 
cui seu quibus de jure venerit restituenda, scilicet octuagiuta quinque 
florenos in raupis et jocalibus extimandis etquindecim florenos infra 
duosannosa die vendicacionis dicte dotis computandos, scilicet anno 
quolibet dictorum duoram annoruni septem florenos cum dimidio.Et 
si contingeret dictam restitucionem dicte dotis habere locum per mor- 
tem dicti Josse del Caylar, eo tune dicti Cresquetus et Bonafilia pro- 
miserunt dictam dotem restituere incontinenti mortuo dicto filio, 
scilicet in bendaribus, jocalibus et raupis, si starent, ad extimam 
duorum communiter eligendorum et residuum in peccunia. 

Fuit de pacto inter ipsas partes habito et convento, quod dictus 
Cresquetus teneatur et debeat, et quod facere promisit, dictos Josse, 
filium suum, et dictam Durantam, ejusdem Josse uxorem, nutrire et 
alimentare sanos etintirmos in domo sua et facere jassinas et liberos 
ex eisdem proveniendos per spacium decem annorum, a die presenti 
in antea computandorum et numerandorum. 

Pro quibus omnibus et singulis supradictis, dicti Cresquetus del 
Caylar et Bonafilia, conjuges, obligaverunt et ypothecaverunt dictis 
Abraham et Durante, presentibus ut supra etc., omnia et singula 
bona sua mobilia et immobilia, prescencia et futura, curiis presentis 
ville Tharasconis,Gamere Racionum civitatis Aquensis et spiritualis 
Avinionis et cujuslibet alterius curie, etc. 

Juraverunt, etc. 

Renunciaverunt, etc. 

De quibus omnibus. 

Actum Tharascone in domo heredum Dieulosal Abraham Soffer 
condam, judei, presentibus Moneto Dapiera, aliàs Borgarel, Stephano 
Margot, iaboratoribus ejusdem ville Tharasconis. 

Et me Johanne Muratoris. 



XIV. 

Lettres patentes de Charles VIII, roi de France, ordonnant V expulsion 

des Juifs. 

— 22 mai 1496* — 

Charles par la grâce de Dieu, roy de France, Sicille et Jherusalem, 
conte de Prouvence, Forcalquier et terres adjacentes. A noz amez et 
feaulx les gouverneur, grant seneschal de Prouvence ou son lieu- 
tenent et gens de nostie conseil, maistres racionnaulx de nostre 
.Chambre d'Aix, aux juge mage de Prouvence, des appeaulx, viguier 
et juge deTharascon et a tous noz autres justiciers et officiers pro- 
vensaulx ou a leurs lieuxtenens, salut et dillection. Comme puis 



1 Archives municipales de Tarascon, GG, 40. 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aucun temps a l'occasion des grans abbuz, usures, rapines et autres 
tromperies que faisoient et commectoyent les Juifz en nostre ville 
d'Arle, nous eussions fait vuider et dechasser lesdits Juifz de ladite 
ville ; lesquelz ou aucun d'eulz se soient retirez en nostre ville de 
Tharascon avec les autres qui y estoyent et sont encores a présent, 
et combien qu'ilz deussent estre tenuz en servitude sans privilleige, 
comme esclaves, sans souffrir faire dommaige ni injure aux Crestiens ; 
toutesvoyes par la grant liberté en laquelle ilz sont tenuz en ladite 
ville de Tharascon et soubz couleur des lettres, provisions et respitz 
que leur avons par cy devant baillez de non vuider, ilz ayent prins et 
prenent faculté de faire marchandise et toutes manières de contratz, 
commectans usures, rapines et autres maulx innumérables, et que 
pis est, provocquent a ce faire les Chrestiens riches a leur dampna- 
cion ; au moyen de quoy par lesdites usures, les pouvres Chrestiens 
sont grandement endommaigez et est leur destruction ; et oultre, 
pour ce que grant multitude de peuple vient et habonde souvant en 
ladite ville du temps des moyssons, plusieurs questions et debbaz se 
sont meuz entre ledit peuple eslrangier et lesditz Juifz, iceux Juifz 
afin d'estre a seureté ont trouvé moyen qu'il a esté enjoingt ausditz 
habitans de les garder et préserver de toutes oppressions et dom- 
maiges dont inconvénient pourroit avenir a ladite ville, parceque 
ceux de ladite ville se mectent souvant en dangier de leurs personnes 
pour les garder, qui est grant subjection ausditz habitans; aussi se 
sont meuz et subsistez plusieurs procès a cause des abbuz et maulx 
faiz et commis en ladite ville par lesditz Juifz entre iceulx Juifz et 
lesditz habitans, lesquelz Juifz par lesditz procès et appellations 
qu'ils font par chascun jour, a quoy ilz ne doyent estre receuz ne a 
plaider avec les Chrestiens, et les autres choses dessusdites, donnent 
ausditz habitans et autres noz — subjectz qui soubz nostre tiltre de 
très chrestien Roy veullent vivre et mourir, plusieurs grans vexa- 
tions et travaulx ; en quoy la chose publicque est grandement inté- 
ressée et plus pourroit estre, se prompte et convenable provision ny 
estoit donnée, savoir vous faisons que nous, ces choses considérées, 
et que en toutes les villes et lieux de nostre Royaume et autres noz 
pais, fors oudit conté de Prouvence, ny a aucuns infidèles ne mes- 
creans, mais en ont esté par noz prédécesseurs roys très chrestiens 
dechassez et expulsez, voulans en ce les ensuir * et tousjours garder 
et augmenter la foy catholicque et nostre dit tiltre de Roy très chres- 
tien, et apresque avons fait mectre ceste matière en conseil par 
l'advis et deliberacion de plusieurs princes et seigneurs de nostre 
sang et gens de nostre grant conseil, vous mandons, commandons et 
expressément enjoignons par ces présentes et a chascun de vous sur 
ce requis, que dedens le quinziesme jour de juillet prochainement 
venent, et sans plus de terme ou respit, vous faicles vuider et de- 
chasser lesditz Juifz et Juisves de ladite ville de Tharascon, ressort et 

1 Pour ensuivre ou ensivre. 



LES JUIFS DE TAHASCON AU .MOYEN AGE 295 

viguerat d'icelle, sans plus les souffrir y demourer, habituer, aller, 
venir, passer, séjourner, ne résider en aucune manière ; lesquelles 
ville et viguerat, demourance, résidence, aller et venir, nous leur 
avons ledit temps et terme escheu et passe, interdict et defïendu, in- 
terdisons et deftendons par ces présentes en contraignant a ce faire 
et obéir lesditz Juifz et Juisves par prinse de corps et de biens et pro- 
céder a la confiscation de ceulx que trouverez faire ou avoir fait le 
contraire, nonobstant oppositions ou appellations et autres faictes ou 
a faire, relevées ou à relever, et tous lesditz procès et procedeures 
meuz ou autres qui se pourroyent mouvoir, pour retarder le partement 
desditz Juifz de ladite ville, ausquelz ne voulons doresennavant les- 
ditz Juifs estre admis, oyz ne receuz, nonobstant aussi quelzconques 
usances, statuz, ordonnances, provisions, mandemens, respitz, de- 
laiz et libertez qui pourroyent avoir esté octroyez ausditz Juifz de 
non vuider ne estre dechassez ; lesquelz procès et procedeures, pro- 
visions, libertez, mandemens, respiz et delaiz de vuider et quelz- 
conques autres provisions données ou à donner en faveur desditz 
Juifz, a cause que dessus, nous de nostre plaine puissance et aucto- 
rité royal, avons revocquez, cassez et adnullez, revocquons, cassons 
et adnullons et mectons du tout au néant par cesdites présentes, et 
a iceulx ne voulons qu'efn] vous arrestez ayez aucun regard ne que 
différez à l'execucion de ces présentes en quelque manière que ce soit, 
car ainsi nous plaist-il estre fait. Mandons et commandons a tous noz 
justiciers, officiers et subgectz que a vous et a chascun de vous, voz 
commis et depputez en ce faisant soit obey et nous prestent et donnent 
conseil, confort, ayde et prisons, se mestier est et requis en sont. 
Donné à Lyon le xxn e jour de may, Tan de grâce mil GCGG quatre 
viugs et seize et de noz règnes de France le treziesme et de Sicille le 
second. 

Par le Roy, monseigneur le Cardinal de Saint -Malo, les S es de 
Prennes, du Moulin et autres presens. 

J. Bohier. 

XV. 

Pro magistro Mosse Meyr, judeode Tharascone, quicîancia. 1456, 

Anno incarnationis Domini millesimo IIIK L. sexto et die se- 
cunda mensis augusti. Notum etc. quod Mossonus Salamonis Soffer, 
judeus Tharasconis, gratis, per se et suos, confessus fuit sehabuisse 
a magistro Mosse Meyr, judeo de Tharascone, presenle, stipulante 
pro se et suis etc., videlicet florenos quinque valoris etc. et hoc pro 
labore suo impenso in tractando matrimonium factum inter Gomprat 
Mosse de Volabrica, filium dicti Mosse Meyr, et Reginam, judeam, 
filiam condam magistri Toros Nathan de Tharascone. De quibus flo- 
renis quinque et labore suo dicti malrimonii et pro parte dicti Mosse 
Gomprat de Volabrica, dictus Mossonus tenenssecontentumeumdem 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

magistrum Mosse Meyr et suos bonaque sua quictavit, cum pacto etc. 

Sub etc. Renuncians etc. Jurans etc. De quibus. Actum Tharascooe 
in apotheca mei riotarii infrascripti domus habitationis Guimonis 
Giboyni, presentibus ibidem Guilhelmo Lieuthaudi et Guilhelmo 
Castellani, de Tharascone, testibus. 

Et me Petro Margoti notario *. 



XVI. 

Pro discreto viro magisiro Michaele Guiberti presentis tille, 
empcio gabellarum masselli et vini carrerie Judée. 

Anno quo supra (1441) et die vicesima sexta mensis aprilis. Per- 
sonaliter constitua magister Salves Avieudo[r], Rossellus Ferrarii, 
Cassinus Bonjues, bailoni carrerie Judée preseutis ville Tharasconis, 
Ferrarius et Boniaquetus de Ponte, auditores compotorum, magister 
Bonjues Nathan, 

(Blanc de deux lignes.) 

ipsi inquam bailoni, auditores compotorum et alii Judei supranomi- 
nati, omnes simul et quilibet ipsorum in solidum tam nominibus 
ipsorum propriorum quam nomine et vice omnium aliorum Judeo- 
rum dicte carrerie Judée, per se et suos in dicta carreria successores, 
nominibus quibus supra, vendiderunt et titulo pure, peri'ecte, 
simplicis et irrevocabilis vendicionis tradiderunt et concesserunt 
discreto viro magistro Michaeli Guiberti, habitatori presentis ville, 
presenti, stipulanti etc. pro se et suis heredibus etc. videlicet jus 
gabelle masselli carnium dicte Judée pro duobus annis proxime 
sequentibus, computandis et incipiendis in festo sancti Michaelis 

o c 
anni presentis; et finietur anno M. IIII. XL tercio, dictis duobus 

annis revolutis; item, jus gabelle vini similiter pro duobus gauditis 
incipiendis in vindemiis proxime venientibus et hiis inclusis. 

Vendiderunt inquam dicti venditores nominibus quibus supra 
dictas gabellas liinc, ad et per tempus et tempora predicla dictorum 
duorum annorum prout et quemadmodum infra particulariter sunt 
descripta, precio et nomine precii hujusmodi vendicionis dictarum 
imposicionum pro dictis duobus annis, videlicet ducentorum 
florenorum, de quibus ducentis florenis predicti venditores nominibus 
quibus supra confessi fuerunt habuisse et récépissé centumflorenos. 

De quibus, etc. 

Excepcioni, etc. 

Et si plus valent, etc. 

Dantes et concedentes, etc. 

Cedentes et remictentes, etc. 

Disvestiverunt, etc. 

1 Pierre Margoti, notaire, anno 1456. 



LES JUIFS DE TAKASCON AU MOYEN AGE 297 

Investiverunt, etc. pertactum manuum. 

Constituerunt procura torem, etc. 

Promiserunt facere habere et paciffice possidere dicto durante 
tempore. 

Et si tractus in causam, etc. 

Pro quibus omnibus dicti venditores et ipsorum quilibet in solidum 
nominibus quibus supra obligaverunt, ypothecaverunt etsubmiserunt 
se ipsos et bona sua quecumque eorum et cujuslibet ipsorum et 
aliorum Judeorum dicte carrerie mobilia et immobilia, presencia et 
futura, curiis presentis ville Tharasconis, camere racionum civi- 
tatis Aquensis, domini auditoris, viceauditoris, locumtenentis et 
comissarii et spiritualis Avinionis, statutorum novi et veteri 
Massillie et cujuslibet alterius curie etc. Jurantes etc. Renun- 
cianles etc. 

Dictus vero magister Michael promisit dictos centos florenos 
restantes solvere predictis venditoribus aut suis, hinc ad festum 
sancte Marthe proxime futurum, unà cum reffectione omnium 
dampnorum etc. 

Juravit etc. Renunciavit etc. 

De quibus etc. 

Actum Tharascone in apotheca mei notarii, presentibus discretis 
viris magistro Artaudo Fabri, aliàs de Blacha, notario, Ludovico de 
Valencia, de Tholono, habitatoribus Tharasconis 1 . 



XVII. 

Segun si los capitolz de la gahella del vin per doas gausidas acomensant 
a vindimias prodanament venens m. iiij. xlj. 

Premierament, que tôt Juzieu ho Juzieva, estranis ho privatz, que 
fassa vin ho fassa fayre en la vila de Tharascon ho en son destrehc 
per beure, per vendre ho per donar, sie blanc ho roge, de grès ho de 
plan, muscadel, vin bolit 2 et generalment qualque vin que sie, fassa 
lo de sas vinhas ho que compres la frucha ho li fos douada, en 
qualque maniera que sie ho de calque part que veuga en aquesta 
vila los dihcz vins, losditz Juzieus deian et sien tengutz de pagar als 
deputalz comprados ho culhidos 3 a rason de j gros per barrai; 
acomensant lo terme d'aquesta gabella lo jourt de sant Gili pro- 
chanament venent et durant doas gausida[sj; exceptada la baila 4 de 
la carriera que es franqua jusques a la soma de viij barrais de vin. 

Item, que tota tempra 8 que si fassa ho si fassa fayre per los sobre 

1 Notes brèves de Jeau Muratoris, vol. 12, anno 1441. 

2 Vin cuit. 

* Les agents chargés de recevoir la gabelle. 

4 La sage-femme de la Communauté. 

5 La piquette. 



298 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dihcz Juzieus en lo dihc destrehc per beure, per vendre ho per 
donar, aquel de qui sera deia pagar miehc gros per barrai. 

Item, que si deia pagar la gabella del[s] vins ho de las tempras 
en la forma et maniera desus expressada, so es asaber denfra très 
pagas, lo permier ters de so que hun cascun deurie de la gabella, 
segun le vin ho la tempra que universalment si atrobarie en son 
sellier a la festa de Tossans prochanament venent 

(Inachevé. l ) 

Ratifficacio Jacob Bonet Avieudor, 

Anno quo supra et die décima mensis maii. Jacob Bonet Avieudor, 
judeus, certificatus de vendicione gabellarum maselli et vini Garrerie 
Judée presentis ville per suprà nominatos venditarum, dictam 
vendicionem laudavit, aprobavit, emologavit et confirmavit, obligando 
et ypothecando personam et bona curiis in instrumento vendicionis 
descriptis, promitendo omnia et singula in dicta vendicione contenta 
tenere et observare; et ita juravit per quiniam. 

Renunciavit etc. 

De quibus. 

Actum Tharascone, in apotheca mei notarii infrascripti, presentibus 
venerabili et discretis viris Johanne Radulphi, presbitero, magistro 
Petro de Tamenayo, notario, jurisperito. 

Et me Johanne Muratoris 2 . 



1 Suite de l'acte précédent. 

* Notes brèves de Jean Muratoris, vol. 12, anno 1441. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



I. TOrtn (Genèse, v, 29). 

Tous les exégètes, anciens et modernes, ont remarqué que le 
nom de Noé ne cadre pas avec l'explication de ce nom par le verbe 
Dru, car ie d manque dans na. Mais je ne crois pas qu'on ait, en 
outre, relevé que le verbe driï ne se construit jamais avec la prépo- 
sition \a et que le mot « consoler » ne s'emploie pas plus en hébreu 
qu'en français pour dire : soulager de la fatigue. Il me paraît ré- 
sulter forcément de cette triple difficulté que "îattnr est une faute 
pour wb rpp\ Le verbe rrsn veut bien dire : donner du repos après 
une fatigue, et il se construit avec la préposition )n. Il nous suffit 
de rappeler le verset d'Isaïe, xiv, 3 : "p^tt "jb 'h mn dvn ÏW1 
^n la* lia» fiiDpn ni3*n 1*n ^tjtmi. La similitude de ce passage 
avec celui de la Genèse est saisissante. Si notre correction est 
juste, l'écrivain biblique a donné une explication étymologique, 
qui, cette fois tout au moins, s'accorde avec la grammaire. 

IL ^b (Gen., xx, 5). 

Abimélech, roi de Guerar, s'excuse d'avoir enlevé Sara, er allé- 
guant qu'Abraham lui avait dit que Sara était sa sœur. Mais le 
texte ne parle pas d'une conversation qu'Abraham aurait eue avec 
Abimélech. Aussi croyons-nous que le mot ^b a été substitué par 
mégarde à Mb : « Abraham a dit d'elle : elle est ma sœur. » La 
faute se trouve également dans la Septante. Notons, à ce propos, 
que dans le verset 2, il vaudrait mieux lire miab « au sujet de 
Sara » que mi» btf. La préposition b est employée ainsi au ver- 
set 13 : ^b "nttK « Dis à mon sujet ». C'est cette acception peu fré- 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quente du b qui a vraisemblablement amené au verset 5 le chan- 
gement de ï-rb en *b. 

III. Exode, i, 10, et Osée, ii, 2. 

La traduction ordinaire de yia(n *po ï-frsn par « et (le peuple 
d'Israël) se retirera du pays » est peu satisfaisante, car ces mots 
sont précédés de « il se joindra à nos ennemis et nous com- 
battra » ; or, ce n'est généralement pas quand on attaque un pays 
qu'on le quitte, c'est quand on y soutfre. Un talmudiste (Sota, 
lia) l'a si bien senti qu'il prétend que ïibn est pour laTwn : les 
Egyptiens se verraient obligés de quitter l'Egypte. M. Wogue 
propose de traduire : « Il s'élèvera plus que le pays. » Nous ne 
croyons pas que ))2 signifie ici plus que ; mais ce qui nous paraît 
certain, c'est que l'expression doit signifier « devenir maître du 
pays ». Le sens littéral serait : « s'élever par rapport au pays ». 
De la sorte, le passage devient très clair. 

Cette même locution se retrouve, Osée, n, 2, dans un passage 
auquel l'interprétation que nous proposons s'adapte parfaitement. 
Le prophète dit qu'Israël et Juda se réuniront et qu'^s deviendront 
les maîtres du pays. Jusqu'ici on a traduit ; « ils reviendront du 
pays », ce pays étant la Babylonie ; mais le prophète, dans cet en- 
droit, ne parle pas de l'exil, et, s'il en avait parlé, il se serait servi 
de termes moins obscurs. Quelques commentateurs ont bien vu que 
Y^iXTi désigne forcément la Palestine, mais ils prennent ïib? dans 
le sens de déborder, sens que ce mot n'a pas. Ce que le prophète 
veut dire, d'après nous, c'est que la Palestine appartiendra aux 
Israélites et aux Judéens réunis, et non plus aux étrangers. 

IV. iniSNi (Exode, xv, 2). 

Ce mot n'a pas encore été expliqué ; on le traduit, d'après le con- 
texte, par « célébrer », mais sans fournir d'étymologie satisfai- 
sante. Si l'on remarque que le mot parallèle ilrfcttfc-iNl a un 3 de- 
vant le suffixe, on est porté à croire que ïmxn est pour wwn, 
qui serait lui-même une altération de iîwiki « et je lui rendrai 
grâces ». Les mots imn et dfcn sont réunis dans Is., xxv, 1. 

V. to> (Lév., i, 8, 12; vin, 20). 

Ce mot a été traduit dans les anciennes versions par « graisse » ; 
mais cette interprétation laisse à désirer, car on ne voit pas pour- 
quoi, dans un holocauste, la graisse serait mise à part. Saadia et 
Ibn Djanah voient dans -ns la réunion des organes respiratoires 



NOTES ET MELANGES 301 

avec l'œsophage et le foie ; mais nous ignorons sur quoi cette 
explication est fondée. Les traducteurs et exégètes sont partis de 
cette idée que la tête et le vjd sont autre chose que les trnns, et, 
en effet, dans Lév., vin, 20, il est dit : nan îu&nn r« toïï Tjp^n 
Tïbîi nan dWûït, « Moïse fit fumer la tête, les morceaux et le ttb ». 
Cependant on remarque que dans Lév., i, 8, il n'y a pas de con- 
jonction vav devant ttîKTl rus. Or, si le vav manque parfois dans 
de longues énumérations, il est plus rare qu'il soit omis dans une 
série de trois noms. On serait donc porté à croire que man et T7D 
donnent le détail du terme général dTirû, et, en ce cas, tjd dési- 
gnerait les morceaux du corps en dehors de la tête. Dans le second 
passage (v. 12), on lit : iTïfi n&o Tfiwn nao Vfirûb ina nnnar La 
construction de cette phrase est assez singulière, car grammati- 
calement "itjd nan -nu an ntri devrait être la suite, non de vrinib, 
mais de via ; or, dans l'explication ordinaire, c'est impossible. 
Mais si l'on retranche le vav de nuitri n&o, qui peut être une ditto- 
graphie du vav final de vnrûb, alors wret Ttd sont le détail de 
vnrùb in« nrûl, et la phrase devient correcte et claire : « Il le cou- 
pera en morceaux, à savoir sa tête et ses membres. » 

Reste le passage de Lévit., vin, 20. Dillmann [ad l.) observe que 
le mot Ttd manque dans le passage correspondant d'Exode, xxix, 
1*7, et a été ajouté d'après Lév., i, 8. Mais ce n'est pas seulement 
le mot Ttd qui manque dans l'Exode, c'est la proposition entière ; 
car, dans l'Exode, c'est après vsndi "ûTp imm qu'il y a b? nnsi 
■iiû&n ban vnn: ; il ne s'y trouve donc rien qui corresponde à Tjp"n 
ÏTO2. Or, cette proposition est superflue, car, dans le verset sui- 
vant, on lit : Vwi bs na maïï nap'n. On est obligé de dire que 
V»fitfl bd signifie « le reste du bélier » ; mais que reste-t-ii après 
que la tête, les membres et le pédèr sont brûlés ? Donc la phrase 
?TO2 "flapil, etc. 1 , paraît avoir été intercalée par quelqu'un qui ne 
comprenait déjà plus le sens du mot ttd dans Lév., i, 8, et qui a 
cru que les DTiro étaient autre chose que le i»fin et le ttd, parce 
que dans l'Exode, xxix, 17 b, le mot DTirû est coordonné avec ttjan. 
Dans ce passage, en effet, le mot dTins est pris dans un sens res- 
treint ; mais ce mot peut avoir aussi un sens large, et désigner 
tous les morceaux du corps, la tête comprise, et c'est alors le mot 
Ttb qui désigne les membres sans la tête. C'est peut-être cette 
interprétation qu'Ibn Ezra a en vue, quand il dit que de nombreux 
savants contemporains expliquent Ttd par tpa « corps ». Nous 
ignorons qui sont ces savants, et Ibn Ezra lui-même s'en tient à 



1 11 est possible cependant qu'il faille lire Hp^l au lieu de n^p^l, et alors l'inter- 
polation pourrait se réduire au mot '"H S. 



302 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la traduction du Targoum. Chose curieuse, le mot ÉVina, en arabe, 
veut dire morceau (de viande ou de rocher) ; mais nous attachons 
plus d'importance au sens qui se dégage du texte lui-même, qu'aux 
comparaisons étymologiques les plus séduisantes. 

VI. *xm na "nn* (Soph , ni, 10). 

« D'au delà des fleuves de l'Ethiopie, ijmq na "nh* apporteront 
mon offrande. » Les mots que nous avons laissés en hébreu ont 
suscité une foule d'interprétations plus étranges les unes que les 
autres et que nous croyons inutile de reproduire *. Mais, à notre 
connaissance, personne n'a pensé à une explication très simple et 
qui consiste à voir dans ma na inn*, les noms des fleuves d'Ethio- 
pie. Le verbe yhzv aurait tout naturellement pour sujet d"W, qui 
se trouve dans le verset précédent. Sans doute l'accentuation mas- 
sorétique est contraire à notre interprétation, mais c'est précisé- 
ment cette fausse coupe du verset qui aura égaré les exégètes. Les 
noms propres des fleuves, étant inconnus des copistes, auront été 
altérés, et les accentuateurs, entendant par latTD les dispersés 
d'Israël, auront fait des mots Ws na "nn?, le sujet du verbe "pbar. 

Maintenant est-il possible de retrouver les noms des fleuves qui 
se cachent dans "«ns na "nn*? C'est justement en lisant les noms 
des principaux fleuves de l'Ethiopie, l'Atbar et le Takazé que nous 
avons pensé à les rapprocher de WS na "nn* et à voir dans ces 
mots énigmatiques des noms propres. En caractères hébraïques 
la transcription exacte d'Atbar et Takazé serait nsni *nna. Si 
l'identification de ces fleuves avec ■»*« na *nn* ne s'impose pas, 
elle paraît néanmoins possible quand on pense à la manière dont 
les noms propres sont défigurés par les copistes. Mais que cette 
identification soit juste ou non, il n'en est pas moins très admis- 
sible que les mots "ws na *nn* soient l'apposition de una "nrw, et 
non le sujet de ï"toi\ 

VII. îittîiey (Ps., vi, 7). 

On rattache ce mot à w « teigne, mite », et Ton traduit nbi&9 
■»3V &3>a?3, m mon œil est rongé par le chagrin ». Mais le chagrin 
ne ronge pas les yeux, il les gonfle, au contraire. On arrive à un 

1 En dernier lieu, M. Hommel (Eœpository Times, xi, p. 93) a expliqué "Hn^ par 
-)Z*I3> « encens », d'après Ex., vin, 11, et a vu dans "i£1D l'arabe favfat ou faughat 
« odeur d'encens », en même temps que le mi née n ">bQN, qui signifierait « encens ». 
Mais "in^, qui correspond à l'araméen "JC33>, veut dire « fumée », et non € encens », 
et, en admettant les étymologies douteuses que fournit M. Hommel pour ^StlS, la 
construction de la phrase serait des plus embarrassées. 



NOTES ET MÉLANGES 303 

sens plus naturel en rapprochant iu©* de l'arabe ha (avec ghaïn), 
qui veut dire « se gâter, devenir purulent ». On comprend que les 
larmes finissent par gâter les yeux. 

VIII. DlTTOGRAPHIES VERTICALES 1 . 

La forme anormale 'bntxn (Josué, vu, 21) s'explique si Ton con- 
sidère que ce mot est au-dessus de îibrîNïi (v. 22). Le ïi de *bn$n 
doit simplement être retranché. Dans II Sam., xxm, 8, mun vient 
du verset suivant, à une ligne de distance (Kennicott, cité par 
Thenius). Enfin, le mot p^fit après tpnbtt (Ps., vu, 10) embarrasse 
la phrase, d'autant plus qu'il se trouve déjà dans le verset. Il est 
probable qu'il provient du v. 12, où il est à sa place. 

Mayer Lambert. 



TRAITS APOLOGETIQUES 

DANS LA AGADA DE SAMUEL B. NAHMANI 

Voici sommairement quelques notices qui, à mon avis, sont in- 
téressantes pour l'époque du célèbre agadiste Samuel b. Nahmani 2 
(ïTOrt ^>3 ; voir Ber. Rabba, ch. ni et xn, Vay. R., c. xxxi). Une 
étude plus approfondie permettrait peut-être de multiplier les 
exemples et confirmerait ceux que nous allons citer. 

I. Si Samuel b. Nahmani s'efforce, au nom de son maître Jona- 
than 3 , de présenter les fautes de certains personnages bibliques 
comme n'existant pas (cf. Sabbat, 55&), et s'il déclare que celui-là 

» Voir Revue, t. XXXIII, p. 305 ; XXXIV, p. 204 ; XXXVI, p. 101 ; XXXVII, 
p. 207. 

* Il était aussi halachiste, comme nous rapprennent ses biographes. Voir parti- 
culièrement Houllin, 98 a : ©"m vpa ~]3 v 'n "THÏI ibYW "OU5 11122 "DD 
W"PD N^l "^TûrC ""D, et Berachot, Ma, d'où il semble résulter qu'il était chef 
d'une école. — I.-H. Weiss (Beth-Talmud, I, cf. Bâcher, Agada d. pal. Amor., I, 
p. 480, note 3) explique le passage de Ber., ix, 2 : 13K «p;o 'T\ mina bbtt" 1 "*tt 
"H 3 m « qui racontera les merveilles de Dieu, comme moi et mes collègues? » en 
disant qu'il entendait que t lui et ses collègues étaient aussi bien des agadistes que 
des halachistes ». Mais le passage parallèle du Midr. Tehil. (éd. Buber), 19, § 2, 
porte : TiVT 'Wm'Qn "J13"»N 1NE1 ■'ÉTDm N3K fl*3- 

3 On ne sait pas au juste qui était ce Jonathan (cf. les biographes). Il est aussi 
désigné comme ÏTVI3Ï1 U^N JrOT, cf. Midr. Tehil, 10 : ^K 'jnj"P ntf N^731 
ÏTF3Ï1. Dans Ber. R., c. xcv, Samuel rapporte une parole de l jr)3"p '") et dans 
Midr. Teh., I, § 13, elle se trouve rapportée au nom de ÎTVart TO 'iniT 1 '-). Il y 
a aussi un ï-pT^ÏT 'yO NflN 'H Ketoubot, 22 a, et ailleurs. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se trompe qui accuse de péché David, Salomon, Joas, etc., l'on ne 
saurait douter que sous ces paroles ne se cache une intention polé- 
mique. Certains adversaires ont dû à ce moment essayer d'ex- 
ploiter les fautes et les défauts des personnages bibliques. 

On trouve déjà quelque chose de semblable dans la généalogie 
de Jésus, Mathieu, ch. i, où toute naissance de légalité douteuse 
est mise en relief. 

II. C'est probablement dans le même esprit qu'il faut entendre 
les mots de Baba Batra, 15 b : ira i-imn ïTBtf anu) n^btt -ittnKtt b3 
arum arobtt sera rûb» "W wj isba « Quiconque dit que an© nbb?a 
(I Rois, x, 1) était une femme, se trompe ; ces mots signifient [non 
la reine de Saba] mais le royaume de Saba. » Comme on sait, la 
légende dans différentes versions (dont celle de Balkis, Coran, 
Soura, 27, est une des plus caractéristiques) raconte que Salomon 
entretint des relations intimes avec la reine de Saba et que ces 
relations ne furent pas sans avoir des suites (de même dans le 
Midrasch juif postérieur ; cf. le passage cité dans Luzzatto, Oçar 
ha- Si front y II, p. 204 : "p înVn nnb-ûft rro^nu ssnu: robïï). C'est 
sans doute contre les déductions que la polémique tirait de ce 
verset qu'est dirigée l'explication artificielle de Samuel au nom 
de Jonathan. 

III. La parole suivante me semble aussi digne d'attention {Ber. 
R., c. lxxxviii) : i-pïma tzp-nin ïh"i« rn »b "oana *n »"n n^a 
bamiî' 1 na ■piia w abu: to tam »i rrabi tnaun nom tam 
mfcn» ïwiafcTa biû iinïN fcaiib "pnE-ian «Les non-juifs n'auraient 
pas dû compter parmi eux de lépreux ;• toutefois ils sont atteints 
de la lèpre, afin qu'ils ne tourmentent pas les Juifs et les appellent 
un peuple de lépreux. » Ce singulier passage s'explique, à mon 
sens, par le reproche que les antisémites de l'antiquité adressaient 
aux Juifs de descendre de lépreux égyptiens (cf. Josèphe, Contre 
Apion, I, xxvi, 2 1 ). 

H. -P. Chajes. 



R. TANHOUM A HATHAR 

Le Talmud de Babylone (Sanhédrin, 5 &), en traitant de la 
défense faite à un élève de se prononcer sur des questions rituelles 

1 Cf. Bâcher, l. c, p. 497 et suiv. ; Th. Reinach, Textes d'auteurs grecs et romains 
relatifs au Judaïsme, p. 29, 57 et 118. 



NOTES ET MELANGES 305 

ou juridiques en présence ou dans le voisinage de son maître, rap- 
porte que R. Tanhoum bar Ammi, de passage à Hathar, déclara 
qu'il était permis pendant la Pâque de tremper du froment dans de 
l'eau et de le concasser ensuite, car il n'y a pas à craindre qu'il 
fermente. Gomme on lui objectait qu'il n'avait pas le droit d'en- 
seigner à Hathar, puisque son maître R. Mani s'y trouvait, il ré- 
pondit qu'il ignorait la présence de son maître, 'nn rmn Dinsn 'n 
^373 'n i«b ib -n?2w\ ,noD3 i^n mnbb in» nïib uî-n .nnhb ^bp\N ^73** 
r-pn 3"kk -on mp?3a nsbn m-p bx "rrabn aosm ?aon kd^« to i»i 
.•wij'W iNb inb "noa .ban» 1 i-ï3rn3 *w» s-hno-id œbizj 137373 pim 
S'appuyant sur ce passage, MM. Neubauer [Géographie du Tal- 
mud, p. 392), Kohut {Aruch completum, III, fin) et Hirschensohn 
[Méhherè Éreç, p. 117) affirment qu'il existait une localité du 
nom de Hathar, que les deux premiers identifient avec Hatra, 
en Mésopotamie, et le dernier avec Hatra, dans le voisinage 
de Nehardéa. A mon avis, ces trois savants se trompent. Voici 
pourquoi. Le Talmud de Jérusalem [ScheUit, vi, 1, 36c) rap- 
porte la môme discussion qu'il illustre du même exemple, mais 
les noms du docteur et de la localité sont différents, il dit : R. 
Tanhoum b. Hiyya était «à Héfér... Dans le Tanhouma (éd. 
Buber, Ahrè, 6), le docteur s'appelle R. Nahoum b. Yirmiya ; 
dans j. Guittin, 1, 2, p. 43c, dans la Pesihta de R. Kahana (éd. 
Buber, 112 a) et dans le Lévltique R., en. xx, le nom du docteur 
est R. Tanhoum b. Yirmiya et celui de la localité Héfer. A re- 
marquer que le maître s'appelle partout Mani. Ces divers passages 
nomment donc deux endroits différents, Hathar et Héfer, dont le 
premier est nommé une fois et l'autre cinq fois, et quatre person- 
nages différents : Nahoum b. Yirmiya, une fois ; Tanhoum b. 
Ammi, une fois; Tanhoum b. Hiyya, une fois, et Tanhoum b. 
Yirmiya, trois fois. On peut admettre hardiment que R. Mani n'a 
pas vu son autorité méconnue par quatre élèves et dans deux en- 
droits différents, et que, par conséquent, ces différences de nom 
sont dues à des erreurs de copiste. Il n'est pas non plus trop témé- 
raire de supposer que, dans le Tanhouma, une lettre (n) a été 
omise accidentellement et que dnnan est devenu ûtd, d'autant plus 
que ce passage seul mentionne un amora du nom de Nahoum b. 
Y. (cf. Heilprin, Seder Haddorot, s. v. i"a dîna). Or, comme le 
nom de Tanhoum b. Yirmiya revient trois fois et ceux de Tanhoum 
b. Ammi et de Tanhoum b. Hiyya seulement une fois, on peut 
conclure avec M. Buber [Tanhouma, l. c, note 93) que notre 
docteur s'appelait en réalité Tanhoum b. Yirmiya. Nous ferons 
remarquer en passant que Tanhoum b. Ammi et Nahoum b. 
Y. ne sont mentionnés, à notre connaissance, qu'une seule fois 
T. XXXIX. n° 78. 20 



306 LlIiVUE DES ETUDES JUIVES 

dans ces passages ; il n'est donc pas certain qu'ils aient existé. 

Nous pouvons faire le même raisonnement à propos du nom de 
la localité et dire que Hathar n'étant mentionné que dans le seul 
passage de Sanhédrin, il est vraisemblable qu'il y a là une erreur 
et que le vrai nom est Héfer, mentionné dans cinq passages. 
D'autres raisons viennent encore à l'appui de notre hypothèse et 
nous font croire que inn n'est pas le nom exact. Raschi dit bien 
(ad L) que c'est « un nom de lieu * », mais Rabbinovicz, dans son 
DikduJiè Soferim, ad l., note 80, et Kohut {L c.) citent d'anciennes 
versions qui ont l'adverbe dnnb, au lieu du nom propre nnnb, et 
dans les Tosafot iïEroubin (62 fr, s. v. ^non ^), qui rapportent 
littéralement le passage de Sanhédrin, il y a la leçon Ninab. Ces 
variantes nous permettent d'affirmer que notre texte a été altéré 
et qu'en tenant compte des passages parallèles, il faut corriger 
*innb en ^snb. 

Pourtant, j'hésite à adopter cette correction, d'abord à cause de 
la leçon des Tosafot, qui ont Nlnab, mot qu'il est difficile de consi- 
dérer comme une corruption de ^snb et ensuite parce que fcnnab 
comme la variante dnttb, si ce sont vraiment des corruptions, se 
rapprochent plus de la leçon ^inrtb du Talmud de Babylone que du 
mot *Dnb. Je crois donc qu'en réalité le mot innb est correct ; seu- 
lement, il ne faut pas y voir un nom géographique, mais un ad- 
verbe formé par contraction des mots "inà nnb « en un certain 
endroit », comme -loin est formé de no? ^n (Rosch Haschana, 
21 a ; Jastrow, Dictionnaire, s. v.). D'après cette hypothèse, toutes 
les variantes du Talmud de Babylone auraient le même sens : 
tannb, annab et ^ina "inb, et ensuite le texte de ce passage serait 
bien conforme aux habitudes du Talmud babylonien qui a pour 
caractéristique d'omettre les noms géographiques dans les récils 
d'origine palestinienne 2 . Or, cette anecdote vient certainement de 



1 Dans j. Berakhot, 6 a, nous trouvons ces mots : Ï"mn2 STlïl '"Il !"P*"D pM^ '"!• 
Une note marginale dit à propos du dernier mot que c'est « un nom de lieu ». Cett ■ 
explication a été acceptée par les commentateurs, depuis Syrleio (éd. Lehmann) jus- 
qu'à Frankel. Mais nous ne pensons pas qu'il y ait eu une localité de ce nom, pas- 
plus qu'un amora du nom de '"H ÏT^S pn^" 1 '"V Toute la citation est simplement 
le nom du docteur, ï"mrO H""n '"Il 7Tn3 pn^" 1 '"F, et les mots mim MlM sont 
une corruption de nsirO TT^n- Ce docteur est, mentionné à plusieurs reprises dans 
le Yerouschalmi {Megmlla, 71 c ; Yebamot, 14«); l'édition de Venise a une leçon 
presque correcte ïltnrO ÏTlft 'Tl T^ll ">"-]. Dans j. Teroumot, vin, 9, p 46 £, 
le nom de Insirù esl changé en n""pri2. 

8 Voici quelques exemples de cette habitude. Où lit dans j. Schebiit, vi, 1 , p. 37 b : 
'"Ol "pD^n 123>3 ÎTin ^yi « Rabbi était à Acco ». Le même l'ait est ainsi raconte 
dans b. Sanhédrin, 5 b : ^nN D1p?ûb ">2n ^bn nr,N D*B « Un jour, Rabbi se 
rendit dans un endroit ». Dans j. Eroubm, 1, p. 19c, et j. Soucca, i, 1, p. fi2« : 
I^DSjb y^") b^N p"^"l "ïbïltf} ÏTIZ53>?3 « R- Josué b. Korha se rendit auprès 
de R. Yohanan à ISagninar ». Le Talmud babli ne donne pas le nom de la loca- 



NOIES ET MELANGES 307 

la Palestine, puisque les docteurs qui y sont mentionnés sont Pales- 
tiniens, et bien qu'ils aient émigré, nous sommes obligés d'ad- 
mettre que l'incident en question s'est passé sur le sol de la Pales- 
tine. Quand cet épisode est venu de ce pays en Babylonie, le nom 
de la localité où il a eu lieu a été oublié et remplacé par l'adverbe 
de lieu nnnb = nna irh. 



Wilmington, N. C, octobre 18Q9. 



S. Mendelsohn. 



RESTAURATION D'UNE PESIKTA 

Dans la Pesikla Rabbati, ch. xxxm (éd. Friedmann, p. 155a), 
à propos des mots trr^ba de I Rois, x, 12, et de cnia'ttbK de 
lî Chron., n, 1, on lit ces mots : 

N2N n"« fcïWBba k"t .rsrrï m^a w n^asb Sam» tzrtnTa ît*to 
&n*ttb t\ov 'i tziun "p 2 ** P P 3 * t^mn n"a rbaa ta^rab» 

iTaMi nanaa 

On s'est déjà donné beaucoup de mal pour expliquer ce passage, 
mais tous les efforts ont été vains. Que signifient ces mots : wbaa 
et jpbaa? L'Arouch ne le dit pas; bien plus, il ne les mentionne 
même pas. L'auteur du Zèra Ephraïm (cité par Friedmann, ad 
loc, note 96) corrige ïtnbaa en rwbas, correction adoptée par 
M. Gudemann (ib., p. 203 b) : ce serait alors le grec ebeainos ou 
ebelinos (bois d'ébène). M. Friedmann, après avoir cité quelques 
variantes, émet l'hypothèse que ce mot est une altération de 
N^ba», qui est lui-même une leçon corrompue (cf. Jastrow, Dic- 
tionnaire, s. v. artat ; Kohut, Aruch, s. v. mat). Mais, à supposer 
que le problème étymologique soit résolu, nous n'apercevons pour- 
tant pas encore le rapport entre le sens représenté, d'après ces 
diverses définitions, par nos termes et le sujet même de notre 
Pesikta. Voici ce que dit le Dictionnaire de Jastrow de nos 

lité. Dans j. Eroubin, iv, 4, p. 23 c : "ftï^ Nnttflb *ppbo. . ., et dans b. Eroubin, 
653 : pljlD NljTFlb lS'bp'W. Enfin, dans j. Yebamot, xn, p. 13 a, et Genèse It., 
ch. lxxxi, on raconte une visite faite à Lévi bar Sisi par « des habitants de Khécuo- 
nia », tandis que dans b. Yebamot, 105 a, aucun nom géographique n'est mentionné : 
on parle simplement d'une « certaine ville ». 



oU6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

termes, dont tous les deux désignent, pour tout le monde, un seul 
et même objet : « rnbaa, ïmbntf, n. pr. m., dans Pesihta R., 33 
[j. Ber., m, 6 a, i-jb-'dttD ;,j. Naz., vu, 56 a, J-ib 1 ^] ». Essayons 
maintenant, d'après cet article^de M. Jastrow, de débrouiller le 
mystère qui enveloppe notre Pesikta. Et d'abord quel but poursuit- 
elle? Est-ce la définition de almouggim et de algoummim? Il 
suffit de jeter un regard sur le contexte pour nous convaincre que 
ce n'est pas le cas. Notre passage est précédé par ces mots que le 
■afin « a été créé pour cette occasion [pour le décor du sanctuaire] 
et qu'il a ensuite disparu ». Puis suivent les textes de la Bible cités 
par les docteurs pour confirmer cette assertion. Chacun de ces 
textes est introduit par l'adverbe p"i « et de même », pour indiquer 
qu'il est en connexité avec ce qui précède. En recherchant le point 
de ressemblance entre le passage précédent et le nôtre, qui com- 
mence aussi par pi, nous trouvons que les d'Wàbtf, comme le ttînn, 
ont été créés pour un but déterminé et ont ensuite disparu : ûnsnab 
1TW31 lanaa. Ce fait est indiqué par la diversité de la forme du nom, 
qui tantôt est d">:nttbN, tantôt d'WsbK, diversité qui, d'après les doc- 
teurs, ne provient pas d'une transposition de lettres due au hasard, 
comme uns et sud, mais est voulue, préméditée. Considérant donc 
comme particulièrement importantes les syllabes du milieu, ils 
disent que d^nttba contient la racine y\a (cf. Jastrow, Diction- 
naire, s. v.), et que « des blocs de pierre très durs de leur nature 
[•^ibi, cf. ïb. 9 s. v. ûVtt] deviennent mous et comme fondus dès 
qu'ils sont exposés à l'action du -nttUJ (cf. Sota, 48 b) ». Mais la 
forme de û^uba renferme la racine dis, couper, retrancher (Jas- 
trow, s. v.) et cette forme nous apprend que ces matériaux furent 
retranchés, c'est-à-dire disparurent dès qu'il n'en fut plus besoin 
pour le temple. C'est ce que dit notre Pesikta : ^ttnba ,,/ trmttba 
ï^"t ,wn aupD vrs -p»iab tama ts^sn» [vtfp] ï-pîiid froi v- 
■uwn nanaa tan*iab ...[ta^-iabN] tzprnttbN. 

La Pesikta ne s'occupe donc pas de l'espèce des matériaux em- 
ployés, mais des particularités que présentèrent ces matériaux, 
et, par conséquent, nous pouvons admettre avec M. Jastrow que 
n^bna ou rpbnN n'est pas le nom d'un genre de bois, mais désigne 
un docteur qui est identique avec le docteur appelé ailleurs riV^tt 
(j. Berakhot, m, 6 a) ou nb^na (j. Nazi^, vu, 56 a). 

1 Dans son édition de la Pesikta, M. Friedmann a ajouté après ce mot la fin du 
verset des Kois : rjTH torn 12 mt-ft NDT tD^bN ■*£* p N3 «b, comme si 
l'explication de la Pesikta T"3^3T 1IS132 tDD^Uîb avait pour fondement cette tin de 
verset. La vérité est que cette addition rend encore le passage de la Pesikta plus 
obscur et que le commentaire de la Pesikta ne s'applique qu'à la forme même du mot 
Î3 ,, ?2 , ttbfc<. Dans le texte original, la citation finit avec tD^faibNn, et alors com- 
mencent les explications, » 



NOTES ET MÉLANGES 309 

Comme ce docteur est mentionné très rarement dans la littéra- 
ture rabbinique — je ne crois pas qu'il soit nommé autre part — , 
il me semble nécessaire de prouver qu'il est possible chronologi- 
quement qu'il ait formé un anneau de la chaîne de rabbins qui se 
sont transmis les explications de notre Pesikta. 

D'après le Yerouschalmi (l. c), ^Vo-to ou ii^m est le frère de 
TAmora bien connu R. Abba on Ba b. Cohen, élève de R. Yosé II. 
Lui-même communique à R. Yosé une décision qu'il rapporte au 
nom de R. Aha et dont ce dernier refuse d'accepter la paternité. 
Ce passage montre donc que notre docteur faisait partie de la cin- 
quième génération des Amoraïm ; il en ressort également que R. 
Houna qui rapporte une opinion de R. Joseph (de la troisième 
génération) et est représenté ailleurs (Nombres R., en. xiv) comme 
le maître du célèbre agadiste de la cinquième génération Tanhouma 
b. Abba, était plus âgé que Magbila. Les mots fcOTï i"s îrV^Jifc sont 
donc chronologiquement exacts. 

Mais qui est le R. Abba de notre Pesikta ? Ce ne peut être un 
contemporain plus jeune de Magbila, car dans la cinquième géné- 
ration des Amoraïm nous ne trouvons pas de docteur de ce nom. 
A mon avis, fcON'l est ici une faute de copiste. On lisait probable- 
ment à l'origine dans la Pesikta : *i"8 "ji-D *n aatf 'in "nna jnVnstà 
'■©1 "pas p Min. Un copiste, ayant pris Magbila pour un terme 
de botanique, a cherché à rendre le passage plus intelligible en 
transposant le nom aaa 'n et en le .plaçant au commencement de la 
phrase. Peut-être aussi les mots f ni "nns étaient-ils écrits par abré- 
viation i"», que le copiste a lu : 'n htttf ; de là notre leçon 'n TttK 
K3K. Et comme Houna b. Abbin est aussi surnommé fi-Dli (cf. Seder 
Haddorot, s. v. ; Buber, Midrasch Tehillim, p. 15), le copiste a 
rapporté à ce docteur une partie des noms appartenant à Magbila, 
et, au lieu de "p-ûn ana, il a mis ^r&n Êttitt *. 

Donc, en tenant compte également de la correction suggérée par 
M. Jastrow, nous lisons ainsi le passage de la Pesikta : 

isaiba yna p au-in '-in ptt na toa '-h -nn» ïfV»aa5a ,tn:n&bK!i 

1 Bien que ceux qui sont familiarisés avec la littérature rabbinique n'ignorent pas 
que les textes sont parfois très altérés, je veux quand même citer un exemple carac- 
téristique de ces corruptions. Dans j. Pèa, vi, 1, 1 9 £, nous lisons : "1735* '") N2 1J1 
'iDI Wyb p U3"n ^Tûlp 13m*» '"H &nn. Ce texte est certainement altéré et ■jafinïl 
[Edouyot, iv, 3) le corrige ainsi : Wph lB'n "Wp *lttN "O-D ÊHN- Frankel a 
adopté cette correction (Mebo ha- Yerouschalmi, 61 b). Mais, en réalité, il n'existe 
pas d'Amora du nom de vjia ÊHN, et il faut lire 'pf-pP ÊH" *M2& "ma Ht! (cf. j. 
Moed Kalon, m, 5, p. 82c; j. Nazir, vu, 3, p. 56 c). Ailleurs (j. Meguilla, 1, 6, 
p. 70 d) le mot 'pïT'in f tous les deux », par suite de l'omission du nom de "HS 
que l'imprimeur a oublié, devient un nom propre, et on a ces mots p SUBIÏT^ '"1 

•pirnn ! 



310 RKVUK DliS ETUDES JUIVES 

Dnarob Sjov 'n D-^n "pas p wmn n'a fna N2N " 1 '" 1 ^ nN ïwaaia 

S. Mendelsohn. 



L'EXÉGÈSE BIBLIQUE DE NAHSCHON GAON 

Nahschon, qui fut gaon à Sora de 876 à 884, était fils de 
Sadoc 1 et père du futur gaon Haï 2 . Lorsqu'il fut nommé gaon, il 
était dans un âge avancé 3 . 

Il ne nous est pas parvenu grand' chose de ses écrits 4 . On en 
trouve des citations chez des auteurs du xi e siècle et postérieu- 
rement. On a reproduit aussi de ses Consultations juridiques dans 
le pis -n*© 5 , par exemple, surtout dans les ù"W7p amas mmian 
(Berlin, n'n'n). 

Nahschon a-t-il été cabbaliste et l'a-t-il été à la manière des 
nouveaux représentants de cette doctrine? Rien ne le prouve 6 . 
Mais il semble avoir cultivé avec prédilection l'explication de la 
Bible au moyen des nombres. Voyez, par exemple, l'A.rouch, s. v., 
bsn III, et n'a 1^0 '"Min 7 dans le recueil de ses Réponses, où j'ap- 
pelle particulièrement l'attention sur cette phrase : imp û^io* 
^n^nn iras) tr-n»* *b HT n^NUi np*i *m*a. 

Enfin, un manuscrit du Yémen s , que j'ai acquis récemment, 

1 Cf. la Lettre de Scherira, édit. Goldberg, p. 43, et Isaac Halévi, Dorot Hari- 
schonim, III, p. 246 et suiv. 

* Ne pas le confondre avec son homonyme Haï Gaon, fils de Scherira Gaon. 

3 Sadoc Gaon est mort en 823; même si Nahschon a perdu son père enfant, il n'a 
occupé le gaonat que vers sa soixantième année. 

* Dans le ni 5 "1*1 3? '0 il est question du b'MP* de Nahschon. Cf. encore Rapo- 
port, Bikkouré Haïttim, X, 37. 

5 Cf. Rapoport, iforf., XI, 82-83. 

6 Cf. Rapoport, l. c, et Steinschneider, Catal. Bodl., p. 2020. 

7 Dans sa lettre (p. 9 a), qui précède ce recueil, Rapoport ne tranche pas la ques- 
tion de savoir si cette Réponse est de Nahschon. Cependant, si l'on considère que 
celte .^orte d'interprétation est tout à fait conforme à l'esprit de Nahschon, que l'on 
compare cette Réponse avec celle que nous donnons ci-après, j'estime qu'on est reçu 
a attribuer également la première à notre Gaon. 

8 Ce ms. est en écriture carrée sur une feuille de papier épais. Aucune date ni 
ai.cun nom d'auteur ne sont indiqués; mais vraisemblablement le ms. n'est pas 
postérieur au xvn 8 siècle, à en juger d'après les caractères et les autres signes. Cer- 
taines lettres diffèrent essentiellement des nôtres. Le zaïn et le noun final se res- 
semblent tout à fait; seule la longueur les distingue l'un de l'autre. Le tout se com- 



NOTES ET MELANGES 311 

nous présente une explication analogue. En réalité, ce qui s'y 
trouve de Nahschon n'est pas considérable : cela prend dix lignes 
dans notre manuscrit et s'arrête aux mots b"T yvnnî 'n b"aa> ; ce 
qui suit en est le commentaire et a été rédigé par une autre 
main. Mais pour nous l'un et l'autre passage sont intéressants ; 
le premier parce que nous y saisissons la manière de penser du 
Gaon ; le reste, parce que nous y sommes renseignés sur ce qui a 
pu faire naître l'idée que Ç. Nahschon était cabbaliste. Car, tandis 
que celui-ci parle simplement de "paian ^aan « les sages suppu- 
tateurs » (qu'il ne faut pas identifier avec les mathématiciens), le 
commentateur y voit de la cabbale (voyez ci-dessous). Or il res- 
sort clairement de notre ms. que telle n'est pas la pensée de R. 
Nahschon. C'est probablement à de semblables interprétations — 
si môme il ne s'agit pas de véritables interpolations — qu'il faut 
rattacher l'assertion de R. Méir ibn Gabbaï, auteur de l'ouvrage 
cabbaliste wpï: nmaa% que Nahschon aurait professé la cabbale. 

Voici le texte du ms., dont je corrige les fautes et dont j'ex- 
plique en note les points obscurs. 

■pan i:p::k apan .iniabrï ht "psu "piana '-i taon mna innata hnsfiia) 
mob riTH *paan ,'a 'a^m 'n û^t* rns 10*3 nna.a naan "pia 
my na» *pb oaaa man mnottb Q^na taaaa ûnaa> anan 2 -inaa 
■>aan ^a an ,nDm .[-n* "pai "î* 7 ^ r^ won] anbari 3 mm "nab -na> 
'a tan 13 ,—iti *anî«[n] "paa r<-ipD "paa «i ia a-naix 4, paiûnn 

pose de vingt-sept lignes et demie qui occupent un espace de 20 centimètres de long 
sur 16 de large. A la huitième ligne, la feuille, à force d'avoir été pliée, est coupée; 
toutefois l'écriture est restée lisible. Les deux parties sont rattachées par des fils. 

1 Gen , xxxii, 15. 

1 II ne faut pas se méprendre sur le sens de cette expression, vu qu'il dit dans 
la suite que le « mystère » repose sur un « calcul ». Voir plus loin. 

3 Gen., ib. y 17. 

* Je ne sais de quels sages il est question. Si un nombre quelconque peut attirer 
une grâce, on peut parler de ï"ïbiaOj de « chose singulière », mais il n'y a pas là 
de naan. Peut-être est-on fondé ici à se rappeler la parole de Scherira Gaon : 

bsn rmnab mrmp tan ^a ,aan [trsœa] ib« a*nan vn «ma na^ai 

Iiatanaïaa mm, citée par A. Epstein mipa "Haï, p. 8. Étrange parait la 
raison, quoique ce ne soit que pour t calm?r les quesliouueurs », comme dit Rapo- 
port [l. c, p. 83), au moyen de laquelle Nahschon explique l'usage d'après leuuel 
ou circoncit l'enfant mort deux ou trois jours après sa naissance : *p-)72ro pb" , a h ] "OH 

imb *ppaai nb^an b* "pa-na &*bi m-ap ba> rpb ^bnai moca na "»a 
■pttaai Kp^a «anm -nn û^nan mnn -nm •pâma n^ïï la n an aao 

Nmaxa» mb. On pourrait comparer à Sanh., WOb, où il est dit : biKT>Z5^ "'"Lîp 

'arc ibwo nswn ,aîri"*n "«nb traa via^sa mna ana ; cf. aussi Mi- 

drasch caOn (mmpbn '0, I| P« 5). Mais si l'on examine attentivement ces pas- 
sages, ou se rend compte qu'il ne s'agit pas d'un enfant de deix du trois jjurs, 
mais d'un enfant soumis à l'obligation de la circoncision, c'est-i-dire âgé de nuit 
jours. Donc l'usage dout parle Nahschon ne se trouve pas dans le Talmud. 
5 Voir ce qui précède. 



312 KEVUK DES ETUDES JUIVES 

&\-in» tam ."wn iia;arrt paxû ïarra •paa ba ipbm ,* ta^aTa 
tzpnNft tan "jdh ipbm San tari amœsn taiTiNE ^pbm .aman 
aiî-i» srrnrn mbnao anmim .•pasmn ma iva m5?â apam .tainioan 
aranmpn imoa naai .'np^i in nss'n nja^ab irrnp'' s-ratmiz) ^b 
t-mnb s-ism nmb im Tûao î-in .ta^^m ta^sbttti naï-no 
no» pafcrt ■♦pbn nam ^«n ^ann ira^b nr»m ,nnNrr "pm lama 
tas? tvnn ocn -rasa "pann ">pbm ,DE>n -iiok "pan ^^^ ^"^ 1 n3 
anrm 'n &î3> i©^b snna riatà apan na? j-it îpim .pa nias "pam 
, 3 ï-jna7aa vas ï-nea» ™n3 s-it ram ."«n f»a» 17322b 02m ,'a 
ma nbTaTa ua>En Tiîaai sa^îab ^n mbw ^a jiti ï-né ^n mbTab 
'n b"aa> .np*n in n±s^ 'vo *pb mon inaiia inn nàn ikïji ina 

.b"T "piana 
aman taipbnrttsm» tavmta ta^pbnb napbnaia TaTa ba ï*aa>n a ^d 
"•a "ppbm rmujn ■passri by inana *p N1 . ansan 'paà ta*anpan tari 
a^nsn maiy»a . man3>73 baa ins s^ba ira rpbna ïrran "paran 
^âp ta^sbN 'n ta^abab lâri ni&ttaa Y'a tan m-io^a ï-mdtû r^in 
tairai ar>bi3> ia\a aa^pb n " -^ ,"npbna i-nian 'paran tart ï-ibN 
baa pi , ï-hû© tabiai mnïïi ©•'bon " | 2tt ib ©ro ï-ï©© 172a : im?aa 
t>npan r^m ia ta\N£7a:n T»pbn© V :7 - 2 5 Manama >n . ria-ir» 
cnia ia trwMaaii trpbnn nin "paMi .nanrr as? tam anaan paTa 
6 '*r /a /« 115-» Tan paa . an^an "païa sm am an ta^bi* jfcyn© 
ta^an&o î-wt» ï-rbi^rr m^rwa u;^ .ï-r^a© ta^p^nr: rib« ta^bi^n 
Dîiu3 ca^pbnn t-rbN ba qn^irria ^nN*i ta^aia !-rbi3> 3^a-i ïî^ .aa^^i 
ta^iian ta-'pbnm . [ta-nujyi] cn^anNi) ta^nN;û ib^ "îïh V 3733 ^"^ 
7 /n /i /a ,'n ©1 an V 3 ^ 2 n2 kiîti /^àn ta^bi^ crno^i aa^nN7j ^122 
iD ^^i :n"a ^"'an y ia ia^i înrî^i it-in» / t— i^^n?^ la tt^i ,a"i ta^bi^ 
13 ©"n : tjnujy ,"noy in» ia ^i :ââ / nn^y ia ia*n ^73 / n" , c^73n 
ba ta"«bi^ ,itf53> /ta^^ai tsn^a^ ia ^i :-iid? nn^ (inNi) # .p*ntD^ 
Èa^pbnm an tarr tdS bus ta^i^a a^pbrrna ^iri ,13-1 ta"»pbnn ï-ibs 
iw^b taanai an^aïi ^aa t:n tapnam .nsn aaa rn b© ta-nian 
/rtitts» nbraa twiu: 172a isn t^iïin i^aan Saa^y i?aatyb aasn 5-î cars 
mm nba 9 -»a 'iTa^n mm i^a^b mi^: pbi .nana nns"à« 

1 C'est-à-dire un nombre qui en donne un « second », à savoir le nombre voulu. 
1 Gen., xxxiii, 11. 
* lb., xxxn, 21. 

4 C'est à cet endroit que commence le commentaire ; on n'en indique pas l'auteur. 
s II faut lire comme plus haut (ligne 2) lamia» attendu que ce n'est pas Nahschon 
qui parle. 

6 'j< signifie le tout, 'a la moitié, et "l le quart. 284 ainsi divisé donne la valeur 
'1 '3 'N = 7 y compris, 220. 7 + 142 + 71 = 220. 

7 Le nombre 220 est divisible par 2, 4, S (284 ne l'est pas), 10, 11, 20 et 22. 
de n'Va'N = 12+110+55+44+22 + 11 + 10 =284. 

8 S'il ne poursuit pas : un 44 m0 c'est 5, c'est que Tun et l'autre sont déjà men- 
tionnés, le dernier en 55. 

9 Ce qui suit est ajouté par le commentateur. 



NOTES ET MELANGES 313 

^jjb pa TT^s "n* T 3 ^"i 3 ^ WW3 trrttb ,bn nbw it» non 
=5 » l taTirrb Tray ï-rbatm mi i?:s r^in ■îi'i non rm rs ,T3»b 
imao isnon t3"»pbnn trbi* B , n«»3!n no ïrn« dH isHe pbnona 
■ib im» bm .mrwtt» vam rvsrnai *('n /a /«) ''T/a/« un ,a"3 -j"o 
son r r-m 'rv in» fca-ip^ bwS ne bam nnara "pn anxsn p» arr 
n»am .mbpttn n?jan 3H" 1 noao it niz^n jt r-ii'N apj^i •.nrta 
,rvra ta™ ba n^nDi ,we 'ma &n ">a rmo np">* "p:r r**b it 

A considérer les dernières lignes et sans tenir compte de ce 
que .. .nbtt "tt est une addition, on remarque qu'ici déjà la nou- 
velle cabbale a pénétré. C'est ce que décèlent ces mots : ara bam 
nriaaiptt ba, ainsi que cette phrase : . . .*pa* ab ima np^n it ïtoam. 
Sans doute, Nahschon se sert déjà de l'expression -inos ma, mais 
cela signifie simplement que l'effet est un t mystère », que le 
nombre cherché découvert par (?) est capable de produire. Mais 
la raison de cet effet demeure un secret pour chacun, d'autant 
qu'on ne saurait donner la raison d'une nbiao. Notre commenta- 
teur, lui, ajoute: « Il est peu d' hommes qui saisissent le secret 
de cette sagesse »; c'est ainsi que parlent les cabbalistes. 

L. Grunhut. 



L'ORDRE DE CALATRAVA ET LES JUIFS 



M. Samuel Berger a fait connaître dernièrement un manus- 
crit espagnol de la Bible qui nous intéresse d'une façon spé- 
ciale, psrce qu'il renferme la copie de la correspondance échangée 
entre Don Luis de Guzman, grand-maître de l'ordre de Galatrava, 
et un savant juif, R. Mose Arraguel 4 . 

L'antique ordre de Calatrava et son grand-maître (on ne l'avait 
pas remarqué jusqu'ici) entretenaient toute sorte de relations avec 
les Juifs, et ils occupent une certaine place dans l'histoire des Juifs 
d'Espagne. Cela ressort des documents qui se sont conservés à 

1 Esther, iv,14. 

* C'est une faute de copie, car 7 + 32 + 16 + 8 = 63. 

3 De tout cela, il n'y a pas trace dans Nahschon. Ainsi la cabbale commence quand 
les Gaonim finissent. 

* Voir Revue, XXX VIII, 309 et suiv. - 



314 11EYUL DES ETUDES JUIVES 

Ciudad-Real et dans les archives de l'État espagnol, et qui viennent, 
en partie seulement il est vrai, d'être publiés pour la première fois 
par les soins de M. F.-R. de Uhâgon de Madrid l . 

Parmi les grandes richesses et les vastes domaines que l'ordre 
reçut des rois de Castille et d'Aragon, à partir d'Alphonse VI 
de Castille et d'Alphonse II d'Aragon, étaient compris aussi les 
perceptions et impôts de plusieurs Aljamas, ou communautés 
juives, perceptions et impôts dont les rois firent cadeau à l'ordre. 
En 1179, Alphonse II lui donna la ville d'Alcafïiz et son domaine. 
En 1304, Jayme II conféra à l'ordre le droit de recevoir dans cette 
ville trente « Judios casatos », Juifs mariés ou familles juives, pri- 
vilège confirmé le 23 avril 1336 par Pedro IV 2 . 

De même, la ville de Maqueda et son Aljama étaient propriété 
de l'ordre ; de là vient que D. Luis de Guzraan, en tant que maître 
de Galatrava, appelle R. Mose Arraguel a notre vassal de notre 
ville de Maqueda ». Cette communauté paraît avoir été assez im- 
portante ; en 1474, elle payait encore au roi un tribut annuel de 
2,500 maravédis. Sur la représentation du grand-maître D. Garcia 
Lopez et en faveur de l'ordre, Alphonse XI, « pour empêcher la 
dépopulation de la ville », dispose, à la date du 20 novembre 1316, 
que les Juifs de Maqueda, écrasés d'un grand impôt de capitation, 
n'auront plus à acquitter qu'un impôt de 5,000 maravédis 3 . En 
1371, Henri II consentit au grand-maître et à l'ordre de Calatrava 
500 maravédis des contributions payées par les communautés 
juives situées entre Guadalfeisa et Muladar, y compris Villa-Real 4 . 

Ce n'est pas seulement par les impôts que l'ordre et le grand- 
maître étaient en rapport avec les Juifs, mais encore pour des af- 
faires commerciales. En 1310, l'ordre vendit au prix de 15,000 ma- 
ravédis d'or un moulin appelé Batanejo, moulin à cylindre en 
Guadiana, qui jadis avait appartenu à « D. Çulema aben Albagal » 
de Villa-Real (Ciudad-Real) et à sa femme \ C'est le même Salomon 
ib£ Albagal de Villa-Real qui, pour une créance de 12,000 doublons 
d'or qu'il avait sur son peu honnête compagnon Israël Alhadad et 
sur sa femme Clara, s'engagea dans un long procès. Après avoir 
été ballotté des tribunaux juifs aux tribunaux chrétiens, le litige 
fut soumis par la reine D. Maria de Molina à l'arbitrage de R. 

1 Boletin de la r. Academia de la historia, XXXV, cuad. 1-3. 

» Boletin, p. 5i, n° 272; p. 52, n° 278 ; voir aussi Bévue, XXVII, 149. 

* Boletin, p. 36, n° 187 : « Que la Aljama de Judios de Maqueda solo pagne 
5,000 maravédis de pecho à tin de evitar su despoblaciou « por la grau cabeça do 
pechos que daban ». 

* Boletin, p. 45, n<> 235. 

8 Venta de un molino llamado Batanejo, otorgada par D. Çulema Abenalbagal y 
su mujer Donna Joanila, judios moradores en Villa Real, Boletin, p. 126, n° 193. 



NOTKS ET MELANGKS 315 

Ascher b. Yehiel l . Saloraon ibn Àlbagal était fermier d'impôts et 
avait ainsi accès à la cour 2 . Sa femme s'appelait Joanila, ainsi 
que nous l'apprend le document en question. Son fils Samuel habi- 
tait également à Villa-Real 3 . Sa fille Dina, épouse de D. Abraham 
aben Xuxen, mourut à Tolède dans la fatale année 1349 4 . 

Le Juif D. Abraham aben Çaçen de Villa-Real avait en sa pos- 
session d'autres moulins appartenant à l'ordre, les moulins hydrau- 
liques de Telada. Le grand-maître D. Garcia Lopez, dont nous 
avons parlé plus haut, les avait donnés en viager à D. Abraham, 
et en nantissement il lui avait garanti par écrit tout son avoir. 
En 1315, l'ordre rentra en possession des moulins 3 . Or, ce D. 
Abraham aben Çaçen est le même que le fameux fermier d'impôts 
D. Abraham aben Xuxen (Susan), ledit gendre de Salomon ibn 
Albalag et petit-fils de D. Gag (Isaac), l'Almoxarife mayor d'Al- 
phonse X le Sage. 

En terminant, disons encore que Alphonse VII, D. Berenguela, 
sa femme, et ses fils Sancho et Fernando, donnèrent la ville d'Otos 
aux frères Avenzadech et Aleazar. L'acte de donation est daté de 

l'année 1170 (1132) 6 . 

M. Kayserling. 



UNE PERSÉCUTION DES JUIFS A FEZ 

« Dans la grande ville de Fez une terrible persécution eut lieu ; 
mais comme je n'ai trouvé là-dessus rien de précis, je ne l'ai pas 
décrite plus amplement », dit Salomon ibn Verga dans sa Chro- 
nique 7 . Il s'agit, semble-t-il, de la persécution qui s'exerça peu 

* Ascher b. Yehiel, Consultations, p. 107, n° 6 : 173X3*n3tt3 m: 1 "! "H 31 milN 53» 

iDbmm trsizn d^ ïit iNinb» p b«"iu:"« 'm baaba p fflabrc 'n am 

wb ûbir- mfciN TH531 Dbi3»n mwiN yHb btnw ^va dédits rros 

...nDb»!t nsm^a ^mn ûibn in3tzj nmn b^banî nrun bÊrw 

Étant donné que le procès fut remis par la reine Maria de Molina entre les mains 
de R. Ascher, il faut reporter la sentence de ce dernier après 1310. Peut-être sont- 
ce le 15,000 maravédis d'or reçus pour les moulins qui faisaient l'objet du procès. 

* II dit lui-même : iDJatt liinb ^b ^nmaTIÏTI. 
a Zikhron Yehouda, .Consultât., n° 70. 

4 Abnè Zikharon, n° 43. 

5 Boletin, p. 127, n« 200. 

8 Boletin, p. 8, n° 4. David Avenzadach (ibn Zadoc), dans Jacobs, Sources of the 
htstory of the Jcms in Spain, p. 37, n° 603. 

7 Schébet Yehouia (éd. Wiener), p. 64 : isbl bl*T3 173 «5 ÏTfi O^S ttbYtt "P3>3 

nan vmro «b airo vpxst: abtz). 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de temps après l'expulsion des Juifs d'Espagne, et sur laquelle 
Andréas Bernaldez donne quelques détails dans sa chronique pu- 
bliée il y a une dizaine d'années l . 

Fez, une des plus grandes et plus belles villes d'Afrique, a eu de 
tout temps nombre d'habitants juifs. Beaucoup d'exilés espagnols 
y cherchèrent asile, en sorte qu'au commencement du xvi e siècle 
la population juive était très considérable. Suivant Bernaldes, il y 
avait 10,000 Juifs ; ce chiffre est exagéré ; Hieronymo de Mendoça 
ne parle que de 1,000 habitants juifs 2 . La Juderia de Fez, ainsi qu'on 
appelait le quartier qui leur était réservé, avec ses hautes maisons 
n'avait qu'une porte, à l'entrée de laquelle les fonctionnaires du 
roi montaient perpétuellement la garde et se faisaient payer les 
tributs 3 . 

Quelques années après l'expulsion d'Espagne, il y eut à Fez une 
grande persécution. Le peuple surexcité tomba sur les Juifs, pilla 
à cœur joie et fit de nombreux massacres. A Fez vivait alors un 
Juif nommé Aron qui était très savant et très sage, et qui jouissait 
auprès du roi d'une telle faveur, qu'il parvint à exercer une grande 
influence sur les affaires de l'Etat. D'où haine des Maures nobles, 
aussi bien contre le roi que contre le Juif. En un seul et même 
jour, la foule soulevée égorgea le roi et son favori, pénétra dans le 
quartier juif, démolit les maisons, pilla et tua les Juifs; ceux-là 
seuls furent épargnés qui embrassèrent l'islamisme. 

Cette émeute se répandit avec la rapidité de l'éclair dans les 
autres villes du pays; partout on mit les Juifs au pillage et on les 
massacra. Cependant ceux qui avaient été violemment convertis ne 
devinrent pas plus des mahométans sincères que les Juifs d'Es- 
pagne n'étaient devenus bons chrétiens. Cela n'échappa point au 
successeur du roi assassiné. Il ordonna donc à tous les Juifs de Fez, 
qui avaient été convertis de force de se réunir en plein champ; là 
il leur laissa le choix entre le retour à la religion de leurs pères 
ou l'adhésion de plein gré à l'islamisme. Dans ce dernier cas, ils 
seraient traités sur le même pied que les Maures; ceux qui reste- 
raient juifs seraient soumis à certaines lois d'exception. Ils n'a- 
vaient pas le droit de porter comme les Maures des chaussures en 
cuir, mais des chaussures tissées d'un chanvre grossier; il leur 
était interdit d'avoir un cheval sellé, de monter à cheval par la 
ville, de porter des armes; ils devaient revêtir des manteaux 
noirs, etc. Quant aux Juives, défense leur était faite de porter un 
voile et des manteaux couleur olive. 

1 Bernaldez, Historia de los Reyes Catolicos (Séville, 1870), I. 

s Hieronymo de Mendoça, Jornada de Africa (Lisbonne, 1H071, p. 69. 

3 Mendoça, l.c. y p. 69 f. 



NOTES ET MELANGES 317 

Malgré ces lois oppressives, la plupart revinrent avec joie au 
judaïsme et rendirent ainsi un éclatant témoignage de la fer- 
meté de leur foi. Dans une autre circonstance encore, en 1532, ils 
fournirent la preuve de leur constance. Le franciscain André de 
Spolète vint en janvier 1532 à Fez et obtint du roi Muley Ibrahim 
l'autorisation de disputer publiquement avec les Juifs. Il organisa 
donc des controverses publiques, mais il ne réussit pas dans son 
entreprise de conversion. Désespéré de son échec, le zélé francis- 
cain se donna la mort 1 . 

M. Kayserling. 



SUR LES POESIES DE MOÏSE HAYYIM LUZZATTO 



En Italie, terre classique de la poésie, chaque événement de la 
communauté juive ou de la famille, joie ou peine, était chanté. 
On faisait imprimer des pièces de vers sur des feuilles détachées 
lors de l'inauguration d'une synagogue, d'une donation de rou- 
leaux de la Loi, à l'occasion d'un mariage, d'un deuil, à la suite 
d'une promotion au grade de docteur en médecine ou en philoso- 
phie, etc. 

Peu de ces feuilles volantes sont parvenues jusqu'à nous. Notre 
inoubliable ami David Kaufmann possédait une collection de ces 
feuilles, dont il a publié quelques spécimens, entre autres deux 
poésies de M. H. Luzzatto sur la promotion de deux de ses amis 
(ci-dessus, p. 133-136). 

La pièce sur la promotion d'Emmanuel, fils de Raphaël Galvo, 
citée par Kaufmann (p. 134), d'après Almanzi, se trouve dans un 
recueil de poésies de circonstances que j'ai entre les mains. J'en 
reproduis ci après le texte. A mon sens, l'exemplaire que j'ai 
sous les yeux est le même que celui dont s'est servi Almanzi. 

Selon Kaufmann la promotion eut lieu le 23 octobre 1724. Cette 
date est empruntée au registre d'immatriculation de l'Université 
de Padoue. Il en résulte que M. H. Luzzatto n'était âgé que de dix- 
sept ans au moment où il composa cette pièce. 

Gomme l'a fait observer notre regretté collègue, Emmanuel 
était lui au*si poète; il y a de lui deux, poésies dans le ny& bip de 

1 Acenheiro, C kronicon dos Beis de Portugal, p, 359. 



318 REVUE DES ETUDES JUIVES 

A. Ji. Piperno, I unp, au i° 25, sur le mariage d'Abraham navra, 
l'autre, au f° 49, sur le mariage de Moïse Atias. Cf. encore sur 
Emmanuel, ibidem, f° 85. 

S. J. Halberstam. 

r-t"n jîibnnbi rvwenbi aœb ,nbiao zyn mm rajan tara 
Sni3ïï3> n"n?oa cab^r* pvrn "prom b^can ,nb*3m "ip^r; '3>r 
■par rbn ,b"£T naba bacn n"nm»a t*»rann i^in nb^n aanrï p 
iniN rouan a-na iwb N3 fitidk the» .ïtkwiîti ^^BiDib , 'Dïi nïa 
: ^buJ7: t<uî&o /înbiia r-n^an np^ ba j-in "imannâ 

,w©n fnffirib ^caaa fm* 

tnaïab "n-in ^a ,i«-pn siw 

ijaMDn ûtzsi ,ta"Hfi ^na-p bs 

tnaan -pca ■wrrn ^bi ^ïtm 

;?û^n bipi ,î-ït iw maab 

,db« wra rws latbm 

,tab* û^pT ■rçeb «"nitroi 

/«n-p ma n^n "nm» pN 

^3inbn t^bT ,teni?i -ptab f t-iN tô 

i3iaD ifflN ,t<bs t-narra û^ 

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naia^ ->tn ■o ,-ib ^mnntîî-: 

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/im t^sn72-i îb r-na* npntt 

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Peut êlre plus exactement r\y 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan). Note additionnelle sur Moïse Halawa 89 

Araujo (Oscar d')- La grande synagogue de Ségovie 209 

Bâcher (W.). Une vieille liste de livres 499 

Bank (L.). « Los gens subtils de Poumbedita » 191 

Ghajks (H. -P.). Les juges juifs en Palestine, de l'an 70 à l'an 500. 39 

Dejob (Charles). Le Juif dans la comédie au xvm c siècle 119 

Holleaux (Maurice). Sur un passage de Flavius Josèphe {An- 

tiq.jud., XII, 4, § 155) 161 

Kahn (Salomon). Les Juifs de Tarascon au moyen âge 95 et 261 

Kaufmann (David). I. Lettres de Scheschet b. Isaac b. Joseph 
Benveniste de Saragosse aux princes Kalouymos et Lévi 

de Narbonne 62 et 21? 

II. Menahem Azaria di Fano 413 

Krauss (S.). Sur la sémantique des mots talmudiques em- 
pruntés au grec 53 

I.évi (Israël). I. Les nouveaux fragments hébreux de l'Ecclé- 
siastique, de Jésus, fils de Sira 4 et 1 1 7 

II. Un recueil de Consultations inédites de rabbins de la 
France méridionale {suite) 76 et 226 

III. La lutte entre Isaïe, fils d'Abba Mari, et Yohanan, 
fils de Matatia, pour le rabbinat de France à la fin du 
xiv e siècle . . . , 85 

IV. L'inventaire du mobilier et de la bibliothèque d'un 
médecin juif de Majorque au xiv c siècle 242 

Keinach (Théodore). Le décret athénien en l'honneur d'Hyrcan. 16 
Sack (Israël). Israël et Juda {fin) 28 

NOTES ET MÉLANGES. 

Chajes (H. P.). Traits apologétiques dans la agada de R. Sa- 
muel b. Nahmani 303 

Fursï(J.). Un passage difficile du Yalkout 132 



V20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(jRUNHur (L.). L'exégèse biblique de Nahschon Gaon ::io 

Halberstam (S. J.). Sur les poésies de Moïse Hayyim Luzznto. 317 
Kaufmann (David). Poésies de Moïse Hayyim Luzzato pour féli- 
citer ses amis promus docteurs eu médeciae et eu phi- 
losophie 1 33 

Kayserling (M.)- I. L'ordre de Calatrava et les Juifs 313 

II. Une persécution des Juifs à Fez 315 

Lambert (Mayer). Noies exégétiques 2 f <9 

Mendelsohn (S.)- Le ressentiment de Gain \ 29 

II. R. Tanhoum à Hathar 3i»i 

III. Restauration d'une Pesikta 307 

BIBLIOGRAPHIE. 

Lévi (Israël). Revue bibliographique, 3 e trimestre 1899 137 

Wetll (Julien). Der Fùhrer Maimùni's in der Weltlitteratur, par 

David Kaufmann 1 55 

Additions et rectifications 1 60 

Table des matières 3I9 



VK1SAIÎLES, 1MPR1MERIKS CKRF., RUK DUPI.KSSIS, 59. 




Revue des études juive 
historia judaica 



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